INTRODUCTION ^-^.££Ç
II est rare que les Ëtats-Cnis d'Amérique soieat, eu Europe, jugés avec impartialité. Gomme celte grande nation est la seule poissante république fondée dans les temps modernes, les hommes monarchiques n'en veulent pas dire de bien, les l'épublicains n'en osent pas dire de mal. Les premiers notent avec soin et signalent avec éclat tous les défauts, tous les scandales ; ils les pré* seiUent comme continuels et logiques. A leurs yeux, la patrie de Washington est une société tumultueuse el exécrable, ouverte à l'esclavage, à la polygamie, à l'athéisme, résidence tranquille ou refuge hospitalier des banqueroutiers et des voleurs ; une société fondée par
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i L'ESCLAVAGE,
une poignée de dévots pour aboutir à une horde de Qibustiers. Les autres, non moins excessifs, exaltent les merveilleux développements de celle nation sans voisins et sans limites, enrichie par l'accroissement d'une population qui fuit pour ses rivages les contrées trop étroites de l'Europe; nation qui solde en excédant ses budgets ', triple en vingt ans le chiffre de ses habitants et le nombre de ses villes, ne connaît pas de distinctions so* ciales et à peine la hiérarchie des pouvoirs, devance en un demi-siècle les peuples qui comptent quatorze cents années, et, parvenue i une'grandenr égale avec plus d'avenir, peut être regardée comme la reine des temps qui vont suivre et la (erre de Ghanaan de la liberté du monde.
Les États-Unis se chargent de déconcerter tour à tour leurs détracteurs et leurs courtisans. A la calomnie ils
< Les recettes du Trésor, provenant de toutes les sources, durant l'aDDée rmincière finissant au 30 juin 1S59, y compris l'eniprunt autorisé par l'acte du 14 juin 1858 et les émissions de billels du Trésor autorisés par les lois en vigueur, ont été de 81 millinis 692,400 dollars (410 millions de Trancs) environ-, cette somme, avec la balance deftmillions 398,366 doUaij restant au Trésor au commencement de celle année financière, a lait pour le Ecrvice de l'année un lolal de 88 milliws 90,187 dollars (440 millions do francs).
Pendant l'année financière qui se termine au 30 juin 1859, les dépensée publiques ont donc été de 83 millions 154,511 dollars 51 cents (490 millions de francs). Sur cette somme, 11 milliona 405,285 dollars (SOmillion» de francs), ont été appliqués au payement de l'intérêt sur la deltc publique et au rachat des billets émis par le Trésor. Pour toutes les autres brancbcs du service public pendant cette année financière, les dépenses ont été de 66 millions 346,326 dollars 13 cents (330 millions de francs). La balance resL'mt au trésor le 1" juillet 1859, commencement de la présente année fiscale, a été de 4 millions 339, â75 dollars 54 cents (32 millions de francs).
{Message du Président des Était-Unis, 19 décembre 1859.)
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ÉTATS-UMS D'AUÉniQUE. 5
répondent par de gigantesques progrès et par l'acoomplissemeni rapide de prodigieuses destinées.
Hais combien ne trompent-ils pas aussi les meilleures espérances de leurs amis?
Pour moi, je tiens à conserver la sympathie qui conduisit la France A la guerre de l'Indépendance. Je conlinue à me représenter l'Amérique sous les nobles traits que M. de Tocquevitle a tracés dans un des plus grands livres de noire ftge. Il faut en convenir pourtant, de tristes événements sont venus assombrir cette radieuse image. Évidemment, depuis un quart de siècle, l'estime que portait l'Europe à l'Amérique a baissé tous les jours.
Depuis celte époque, même avant les derniers événements qui ont amené la séparation des Ëtats du Nord et des États du Sud, chaque paquebot nous apportait les échos de rixes grossières et de scènes honteuses : on torture un missionnaire, on assomme un sénateur, on divinise une danseuse ; sous des noms stupides, des factions désordonnées oppriment la liberté des votes; les hommes de loi protègent scandaleusement des voleurs ; les gens du peuple brûlent un hôpital ; le commerce multiplie ses fraudes, ses faillites et ses dupes; toutes les jongleries sont en honneur, tous les crimes sont en progrès, et la patrie de Franklin semble devenue le tréteau de H.Barnum.
On n'en saurait douter, la société américaine renferme des éléments permanents de perturbation morale; elle est en proie à une de ces maladies dont on peut mourir, ou, ce qui est bien pis, avec lesquelles on peut,
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sans mourir, tomber, h l'exemple d'autres peuples, dans
line iacurable dissolution.
Une des causes de cet état dangereux est assurément l'efTervescence naturelle d'une nation encore si jeune. Soumise à une crise unique dans l'histoire, elle réunit sous un même nom, mais sous des constitutions indépendantes et diverses, tous les extrêmes, depuis le millionnaire de New- York jusqu'aux cliercheurs d'or de la Californie, depuis l'homme d'Élat de Washington jusqu'aux aventuriers du lac Salé, les plus libres citoyens du monde et les plus misérables esclaves. Sur un territoire qui déplace tous les jours ses frontières, cinq ou six races se remuent péle-méle, les dernières tribus des Indiens reculent, les flots pressés des Allemands el des Irlandais débarquent, et le maintien de l'ordre dans ce chaos est confié aux lois les plus libres remises à la garde d'un particulier en habit noir, sans liste civile et sans armée.
Hais ces agitations prouvent aussi la vigueur du tempérament; elles attestent assurément une forte dose d'esprit civique et chrétien chez un peuple qui leur résiste'. lia maladie n'est pas là : ce n'est pas la fièvre de la mort, c'est la fièvre de la jeunesse.
On peut, avec des publicistes distingués, signaler la destruction des anciennes lois et surtout des anciennes moeurs d'origine anglaise qui avaient présidé à la fomlation de ce monde nouveau. On peut alléguer encore
■ C'nt ce qu'a si fortement et m éloquanment démontré l'ilhutre P- Latiordaire, dans son discours de ràxption } rAcadémie baatûae (S4 jan- Tier (860).
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ÉTATS-UNIS D'AHÉRIQUE. 7
l'élat des croyances en un moment de transition laborieuse où les âmes se dëlachent peu à pea du christianisme dissident, sans marcher encore d'un pas résolu vers le christianisme complet de TËglise romaine '. Avec Ghanning *, avec Senior', on peut signaler la folie des spéculations et des agrandissements, la disparition des grands hommes d'Ëtat.
Hais toutes ces circonstances régies sont des conséquences et non pas des causes.
La cause principale de ces maux et de tant d'autres, le poison secret qui attaque les entrailles mêmes de cette société et la menace de honte, de décadence et de déchirement, je le nomme l'e$clavage.
Partout ailleurs, dans l'univers chrétien tout entier, l'esclavage disparaît ou diminue; aux Ëtats-Dnis, il dure, il grandit, et, par le terrible ascendant de ses eflîets indirects, il domine et il menace l'existence même de la nation.
On voulait le nier, on ne peut plus en douter aujoar^ d'hui. L'œuvre de Washington est compromise, l'union est déchirée, la Constitution est violée, le suflrage national est méprisé, la guerre civile est imminente. Quelle est, je le demande de nouveau, l'origine d'une telle calamité? Quelle est la cause de la plus misérable décadence au sein du plus magnifique développement?
C'est I'escuvage.
' BrownsoaS Quarlerty Rewievi, Mission of America, (857. * L'Esclavage, traduit par H. Ed. Liboobye. ' American SUwery, EdùUmrgh Rewieui, 1850.
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J'essayerai de tracer rapidement le tableau des progrès et des ravages de ce Qéau.
Od peut, pour composer ce tableau, choisir entre deux manières différentes :
Ou bien analyser les lois, décrire les mœurs, calculer les forces de chacun des Etats à esclaves de l'Amérique du Sud, étudier les maux de l'esclavage dans la famille, montrer que les lois deviennent moins humaines, les croyances moins solides, les mœui's plus corrompues, l'état matériel plus crilique, et rendre ainsi manifeste qu'un même mal ébranleà la fois dansées Etats les lois, les croyances, les mœurs, la richesse, c'est-à-dire tout ce qui soutient el tout ce qui compose une société régulière.
Ou bien exposer comment la question de l'esclavage, dépassant les frontière des États à esclaves, domine et compromet la confédération toute entière, comment elle en est venue à affecter l'ensemble de sa politique, la grandeur de son rôle dans le monde, la concorde et la paix des États qu'elle renferme, le développement de ses magnifiques destinées.
lia seconde méthode est plus neuve ; elle prête moins à l'émotion, mais elle mène plus droit à une conclusion pratique.
Chercher h prouver aux hommes qu'ils se nuisent à eux-mêmes, c'est en général perdre sa peine, car ils se crojent bons juges de leur propre intérêt, et s'ils se trompent, s'ils se font du mal, ce mal, en les châtiant, les avertit assez. Les États à esclaves se montrent peu sensibles aux conseils qu'on leur prodigue, et ils répondent : C'est notre affaire !
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A.U cootraire, il est juste d'accuser tout haut celui qui fait tort à autrui. Si le propriétaire d'esclaves nuit, dodseulemeDt à tni-méme, non-seulement à la race infortunée qu'il retient captive, mais à la confédération toute entière, s'il avilit, par son obstination, l'une des preniières civilisations du monde, s'il précipite vers la guerre civile une société dont les développements furent incomparables, s'il viole le cbristianisme, s'il oiilrage la mture, s'il est un obstacle au progrès du genre humain, ce crime monstrueux crée contre celui qui le commet un droit légitime, et ce droit appartient à tout Américain, à tout chrétien, à tout homme. Il n'est pas une conscience qui ne doive, pour le dénoncer et le combat- Ire, se liguer avec la justice de Dieu.
L'influence de l'esclavage sur l'ensemble de la politique et de l'état social de l'Union américaine;
Les raiscns alléguées pour le maintenir ;
Les moyens proposés pour l'abolir ;
La crise suprême de la séparation des Ëtals, à cause de l'esclavage ;
Voilà tout le plan des développemeots qui vont suivre.
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