CHAPITRE PREMIER
INnUENCE SB L-ESCUVAGE SCR L'BIISEHBLB DB U POUTiQUE ET DE U LÉGISLtTIOH DES ÉTATS-UNIS
Par une coïncidence frappante, TesclaTage et la tiberté, le mal et le bien, naquirent la même année, am États-Unis. C'est dans l'hiver de 1620 que le navire la Fleur-de-Mai débarquait au rocher de Pljmouth nne poignée d'hommes pieux, honnêtes, intelligents, amants de la justice et de l'égalité: ce furent les fondateurs de l'illustre nation qui prit le nom d'Ëtats-Unis de l'Amérique. La même année, un autre navire, que l'on croit hollandais, abordait à Jamestown, en Virginie, et débarquait dix-neuf esclaves noirs, les premiers qui aient touché et souillé le sol de rAmérique du Nord. Ces deux puissantes influences durent encore et se partagent toujours le pays. Des flancs de la Fleur-de-Mai il
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ÉTATS-UNIS D'AHËRIQUE. Il
est sorti une des plus florissantes et des plus libres nations qu'ait vues le'monde, composée maintenant de près de 50 millions d'hommes. Les tristes passagers du vaisseau négrier ont eu 4 millions de successeurs. La Vilenie qui devait être le berceau de l'indépendance fut aussi celui de l'esclavage '.
L'exemple fut rapidement imité, et l'usage d'employer des esclaves se propagea du sud au nord. En i659, on refuse déjà les droits politiques aux esclavesdans le Naryland. LesdeuxGarolines deviennent le marché principal de la traite. Dès le milieu du dix-septième. siècle, l'esclavage existe dans tous les Ëiats du Sud. Il se. propage phis lentement dans les Étals du Mord, où jamais le nombre des esclaves n'atteignit celui des hommes libres, tandis qu'il le dépasse de beaucoup dans le Sud. On ne peut douter que le gouvernement anglais n'ait vivement influé sur l'importation des nègres. La Virginie résista plusieurs fois, et en 1776*, au nombre des griefs articulés amtre George lU, la convention de Williamsburg lui reprochait l'usage inhumain de la prérogative royale qui a empédié la Virginie de prohiber par une loi l'introduction des nègres. On trouve la même résistance dans une déclaration du Congrès du 8 octobre 1774*.
' Bererlej, Hùlory of Virginia. — P. Van Bienlîel, Études sur l'aclamge aux ÉlaU'Vmt, p. SI. Lounin, 18K9. — Ch.Snnunr, Ditanindu 19 septembre 1860. Boston.
■ Laboulaje, înlroduclion A VEsdavage, de Cbaoning.
> BJMiotbèqoe de l'Arsenal, Documents réunis par Grégoire, ancien ijtqae de Bloit, t. VUl dei dûcuniMiti français-
Je dois la conuminication de cette curieuse collection de document» du dii4iuîtiëine siècle ï l'obligeance de H. P. Lacroix, conservateur de U bililiolbAque de l'Anenal.
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Dans la Géorgie, ane loi inUrdisail I importation des nègres et celle des spiriiaeux ; il fallut l'abroger en 1749.
Le llassachnsets, le Gonnecttcut, le Rhode-lsland, le Delaware, la Pensjlvanie, purent s'affranchir à peu près de la GODiagion. Soutenus par des principes religieux plus vifs, ayant un besoin moins impérieux de travail* leurs habitués au climat, ces Ëtats triomphèrent de l'invasion, de l'exemple et de la pression de la métropole.
Après la déclaration d'indépendance, lorsque les immortels fondateurs de la république américaine rédigèrent la constitution du 17 septembre 1787, loi qui la régit encore et assure au peuple le plus nouveau du monde l'honneur de posséder l'une des constitutions les plus anciennes, Jefierson, ayant proclamé en termes solennels a que tes hommei ont tout été crééi égaux et dovés par leur Créateur de droits inhérents et inaliénable$, parmi lesquels la liberté, » JefTerson voulut ajouter un article qui condamnait l'esclavage.
Une majorité d'une seule voix repoussa cette déclaration.
Les intérêts remportèrent dès lors, comme depuis, sur les convictions des plus illustres pères de la liberté américaine. Washington affranchit ses esclaves par testament, Franklin écrivit contre l'esclavage, le grand juge John Jay et tant d'autres grands hommes partageaient le même sentiment. Mais, dans la crainte d'affaiblir ou de rompre le lien de la fédération, déjà si fragile, ils n'insistèrent pas, et le monstrueux hymen de la liberté et de la servitude fut consacré.
On déguisa cc^Hne une action honteuse cette disposi-
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ËTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. 13
tion dans te silence évasif d'un sous-eatenda. Le mot à'etdavage ne souille aucun article de la Gonslitulion. Od laisse prévoir l'abolition de ta traite pour l'année 1808 par ces mots de l'article I", section ix, § 1 : « La migration ou l'importation iJe telles pertotmes dont l'admission peut paraître convmable aux Étais actuellement existants, ne sera point prohibée par le Congrès avant l'année 1808. »En outre, dans l'article I", section u, $ 3, qui distribue les représentants en proportion du chiffre de la population, on lit « qu'au nombre total des personnes libres il sera ajouté trois cinq^nèmes de toutes autres personnes. » Voilà tout! « Uo étranger, disait Ghanning', pourrait lire la Gonslitulion sans soupçonner que l'esclavage existe parmi nous. »
Ainsi, la Constitution se tait sur l'esclavage comme l'Évangile; mais l'Ëvangile n'en parle pas parce que, devant lui, tous les hommes sont égaux ; la Constitution se tait parce que, devant elle, les esclaves ne sont pas
Heureusement, le vent de la liberté qui soufHait en Europe se fit sentir en Amérique. Le Congrès américain de 1794 prohiba la traite; le même principe passa dans les traités intervenus en 1814 et 1842 entre l'Angleterre et les Ëtats-Unis, mais sans que ceux-ci aient jamais voulu se soumettre au droit de visite, enfin abandonné à la suite des conflils et des n^ociations diplomatiques de
En même temps, les Ëtats du Nord donnèrent un mémorable exemple. Dès 1780, avant ta un de la guerre
• Note mr une leltre à H. Cla^, p. S49, ÂUlion l
de la réTolulioD, la Pensylvanie et le I tèrent l'extinction graduelle de l'esclara^e. Tous les États situés au nord du Delaivare imitèreat successivemeot cet exemple ; il n'y arait plus, au recensement de 1820, on senl esclave dans sept Ëtals sur treize qui composaient originairement la confédération, savoir : la Pensylvanie, le Massachusets, le Goiinecticut, leRhode- Island, le New4ersey, le New-Bampshire, le New-York.
L'esclavage restait confiné dans les six autres États : le Delaware, le Maryland , la Virginie, les deux Garolines et la Géorgie.
Hais, à cette époque, la fédération comptait déjà, dans ces six États seulement : i, 620,540 esclaves^, tandis qu'en 1790 elle n'en renfermait pas, du nord au sud, plus de 670,655 * en totalité.
I,es dénombrements et les annexions ont porté à trente-deux les États de l'Union*, partagés entre dix-
• Delaware 3,990
HarjUiid 90,368
Virginie 473,538
CandineHord 388,548
* Sud 584.984
Géorgie 381,639
(Helpo-, Compendium, tableau 13.) * Ditcours prononcé à Newkaven en17tfOpark réYéreDd J jmes Dana. Kbl. de l'Arsenal, Tonds Grégoire, documents anglaif , t. 111.
> Sam compter trois ou quatre lerriUiires. — Voici lea date*, et, en quelque sorte, les extraits de naissance Aa États de rUnion :
1564. — Une colonie do protestants français, sous la conduite de Ribault, s'établit en Floride.
1505. — Saint-Augustin, fondée par ïedro Meleodei. 1584. — Sir Walter Raleigh obtient une patente et enraie deux navires k la câte qui refràt le nom de Virginie.
1607. — Premier établissement de lacon^gnie de Londres ïJanieslown (Virginie.)
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ÉT&TS-DNIS IVAHËRIQDE. 15
sept États sans esclaves, et quinze États à esclaves , dont Toici les noms :
tias UBS Escurn.
iTUS 1 BKuns.
Gililoniie.
Wisconin.
Gamieclktit.
AUniiii.
Dliné.
Arbnsas.
Indra».
Caroline dnNoid.
Ion.
CuolmedoSod.
«>bie.
DeUnni.
■bsidiiiseb.
Floride.
Micbison.
«•We.
MionesciU.
Lotiisune.
New-Jersej.
MerjUiid.
Sew-Yoïi.
Hkebdpi.
Obio.
Ummi.
Pensylvaiiie.
Tenmmee.
Rhode-Ulaiid.
lens.
Termont.
Tirginie.
(hi avait espéré qae » l'exemple desËtats du Nord ne suffisait pas, l'abolition de la traite arrêterait le recnilement des esclaves dans le Sud et amènerait la dispaii-
1614. — Ud ibil eat Aîné par les AUemandi aat l'eoipbMnmtde New- York.
1615. — Le Gxt Onnge est Uti près de Veofhetmeal iTAlbaiiy, H. Y. 1619. — Prennère aaeiDblée gén^ile réwiîe en Virginie.
1636. — Anifée des pèlerins puritains k PljiDCMilfa-nx&.
AtATS Ll^fS.
1614. New-Tork ^Ui (« le> «lltmutda.
rs fubli pir kt Pui-
WU. CMBBHioitâaUi parte P ' ' I6Ô6. Bhode-lsland éubli fr Bo
IML Paujlnna éUbU pir W.
'tion gradaelle de la race noire, d'autant que le rïz et l'indigo, principales productions du Sud à cette époque, cornmençaient i être fournies parflode à aussi bon marché'. Un obscur ouvrier du Hassachasets , Whitney, vint déjouer cette attente, en inventant, en 1795, le aiw>gin, ouHiachiDe à éplucher le coton *. Jusque-là l'Amérique
ATàTK * I8CUVE8.
16m. Vitcinieéublie plT lu Anglilt. 1T96. TeniMua* idmii daDs ITDion.
1617. Deliwirepir luSaédoii. IMl. Louiilirw. iil.
K^i. MaryUnd ptr lai IritDdiù laUiali- 1817. Misiiuipi. id.
qnu. iBt9. Alabun*. id.
<6S0. Nord Carolida pa' >»> enflait. Ige. Kiiaouri. id.
1670. Sud Caro1in« pat kaHugumoU. 1836. ArkinMi. Id.
173j. Géorgie |iar le général Oglalborpe. 18IS. Floride. id.
17bt. Kenluekj admii dana l'Uniop. 18i6. Tcu). id.
■ L'agriculture propretncnl dite, la culture du blé et celle de la ngne, ne se sont, en aucun lieu et en aucun temps, accamniodÉg de l'esclaTige. Les Romaiw, quand leurs biens fonùers se sont étendus, ont été ruin^ Taule de pouvoir employer à la culture de leurs champs un assci grand nombre d'hoinmes libres, et "malgré la quantité de leurs esclaves, ou plutôt par suite de cette quantité même, car il fallait entretenir toute Vannée des bras qui n'avaient d'emploi qu'une partie de l'année. Ainsi le sucre, le coton, le café, choses dont l'hamme peut i la rigumr se passer, voilb ce que l'esclavage produit ; le paioi le vin, les aliments nécessaires, sont, par la gr.^ce de -Dieu, des dons du travail libre.
* Le coton longue soie est cultivé avec difficulté ; on en récolte !i peine un diiièine centre neuf dîii^es de coton courU soie. Mais, dam celui-ci, le coton adhtre si fort k la graine, qu'un homme ne peut en éplucher à la main plus d'une lirre par jour. Hème avec les rouleaux et les roues dont se servent les Indiens, la dépense est encore excessive et telle que, jusqu'ï l'invention de Whitneif, l'Amérique exportait i peine cette sorte de coton. En 1794, l'exportation s'élève de 187,000 balles i 1,601,760. En 1800, elle atteint 17,000,000. En 1810, 95,000,000, et actuellement elle d^sse 1,100,000,000 de livres.
Le saw-gln, madone scie, est perTectiomié maintenant ; il a l'inconvénient de coitper la fibre du coton lûngue-soie; on se sert de préférence de la machine connue sous le nom de roUer-gin de Mao'arlby. {American Savery.^T Senior.'p. Il, 18I>6.— La Quettipa du coton en AngleUrrt, par John Ninet, Revue des deux Mondes du 1" mars 1861.)
D.nt.zedbïG0Oglc
exportait à peine 200,000 livres de coton; elleen exporte aujourd'hui pour plus de 600 millions de francs. Voilà, sans parler du riz, du tabac et surtout du sucre, co ({ue produit le travail des pauvres esclaves ! Mais voilà aussi ce qui produit, encourage et décuple l'esclavage. Il plaît à Dieu que nous retrouvions la solidarité humaine jusque dans les plus vulgaires détails, et on frémit en pensant ce qu'une pièce de cotonnade coûte de peine, à l'autre bout du monde, à des èlres humains, sans parler des élres soi-disant libres, que les fabriques de Manciiester emploient à tisser ce que des mains esclaves ont récolté !
Ce qu'un pareil commerce a donné de développement aux Étals du Sud, on le comprend ; la cession de la Louisiane par la France, de la Floride par l'Espagne, ajoutèrent à cette prospérité.
Mais comment fournir à la demande de hras qu'elle suppose, et sans la traite', comment obtenir assez d'esclaves ?
On y pourvut par la traite clandestine, puis par un autre moyen abominable, /'e/ètJC des néjres. On élève dos nègres comme ailleurs on élève des chevaux, on a un mâle pour dix femelles, on pousse à la reproduction par tous les moyens, on multiplie les produits, puis on les
' LeriiïérendJ. Dana, dans lediscours de 1780 déjà cilé,es:in:c que, pour recruter l'esclavage aui Élals-Unis et am Indes Occidentales qui renfermaient ensemble 1,601,503 esclaves, 11 rajiait une iinporlation de 70 à 80,000 esclaves demandes ï l'Afrique tous les ans. Il en concluait que, depuis le commencement de la Italie, l'Arriquc avait fourni prÈs de 20,000,000 d'escUves, soit, i30 Lt. si. par tête, une valeur de 003,000,000 lit. si., ou 1,500,000,000 fr. d'èlrea humains.
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Tend. Plusieurs Ëtats sont nommés, comme nos départements, qui produisent des bestiaux, pat/«c{'^/èi'«, breeding «rnles*. Pratique infâme, inconnue des anciens, et cent fois plus odieuse que la traite, car elle conduit à vendre des enfants qu'on a vus naître, qu'on a fait baptiser, elle oblige à séparer la famille, elle la transforme en un haras reproducteur !
Par ces deux moyens et malgré la mortalité qui diminue en tous pays les races esclaves plus vite que les races libres, on a pourvu à la demande de cette marchandise animée; il n'y avait pas 700,000 esclaves, nous l'avons déjà dit, dans tous les Ëlals-Unis, en 1790; en 1850, le Sud seul en possédait 5,200,564. Le nombre total des gens de couleur était alors de 3,591,000; il s'élève en 1860, à 4,490,000.
Sans doute, la résistance duNord a continue. Dè^l7S7, Jpfferson fit voler une loi qui organisa le territoire du nord-ouest de l'Ohio et déclara qu'il n'y aurait plus d'esclavage dans cette contrée. Six grands États, peuplés de quelques milliers de sauvages en 1790, et habités par
< On évalue à ISO, 000 par an le nombre des nègres élerés et imp<Hlés d'Ëtst !i Ëlat k l'aide de cette infâme industrie. I.a Virginie seule en vend de m i, 50,000 [lour plus de 1O0 millions de francs; la Caroline du Nord, le Kentucky et le Haryland sonl les États où il s'en élèie le plus, après la Virginie; ils sont refus par la Louisiane, l'Arkansas, l'Alabama, le Hissisâpi et le» autres États k esclaves. Quelques-uns des États à élèves ïoient leur population noire grandement diminuer parfenet de la vente et l'immigralion des blancs. Ainsi le Delaware n'avail pbs en ISSO-que 3,S90 esclaves, le Ugsoiiri que 87,-tî2 contre 593,000 blancs .'Diminution analogue dans la Caroline du Nord, le Har^land, le Kentucky, qui n'a plus que *i10,981 esclaves CMilrc 761 ,405 blancs, la Vii^inic qui a473,538 esclaves et 804,800 blancs.
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ÉTATS-UMS DAMÉRIQUK. m
cioq millions d'êtres libres en 1850, se parlagenl aujourd'hui cette terre.
Mais peu à peu, l'influence des Etals du Sud a envahi ta législation, et l'on peut compter ses pas au nombre des lois et des mesures qui se sont succédées.
g s. — •« («aipMMdB da aHweari * l'^lcetlan dm plaident
■■«haBBo (1830-18^:;.
De 1818 à 1820, une grande controverse s'ëlevaà l'occasion de l'annexion de l'Ëtat du Missouri. On sait que parvenu n 40,000 habitants, un territoire peut demander son annexion comme État. Le Missouri avait, dans sa constitution, admis l'esclavage. Deux Tois la Chambre des représentants refusa l'annexion, deux fois le Sénat ta vota. Ënûn on admit le Missouri sur la proposition de M. Clay, mais en convenant par un compromis, connu sous le nom de co»)promis du Missouri, que désormais on ne pourrait plus établir l'esclavage au delà d'une ligne parallèle tirée par 56 degrés 50 minutes de latitude nord, à l'est et à l'ouest du Missouri : « Plaisante justice, disait autrefois Pascal, qu'une rivière ou qu'une montagne borne : vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà! »
Le Sud accepta ce compromis qui lui assurait deux voix de plus dans le sénat. Le Nord le vota par faiblesse, espérant que les immenses territoires de l'Ouest assureraient à la liberté la prépondérance dans l'avenir. Hais c'est la fatalité de cette douloureure tiisloire- c|ue
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chaque faiblesse a pour conséquence des crimes irrémédiables. La servitude ctia liberté ayant ainsi chacune leur domaine, ce fut à qui formerait le plus tôt des Etats nouveaux pour gagner dans les Chambres des voix nouvelles et conquérir la majorité.
On sait qu'il y a deux sénateurs par État, quelque soit le chiffre de la population, cl un représentant seulement pour un nombre d'habitant^i qui ne peut être inférieur à 30,000 habitants, et que la loi qui le fixe tous les dix ans, {Conslitulion, art. I", sect. ie, § 5) a successivement porté à environ 90,000.
Il en résulte qu'un nouvel Ëtat ayant moins de iOO,000 habitants à peine installés, exerce autant d'influence dans le Congrès que l'État le plus ancien et te plus peuplé, et que la minorité de ta nation peut ainsidominer la majorité et tout paralyser. D'autre part, quand le candidat à la présidence n'obtient pas la majorité des voix, la Chambre des représentanls choisit en votant encore par État {Vonstitulioii , art. II, scct. i", § 3}, nouvelle occasion pour la minorité de la population de faire prévaloir ses volontés. Dès lors on comprend l'intérêt extrême qu'on attache à l'annexion de nouveaux États au Sud comme des poids de plus dans l'un des côtés de la balance. L'instrument de cette politique d'annexion, c'est la violence; déjà le Mississipi, l'Alabama, l'Arkansas, avaient été arrachés aux Indiens, et les civilisés y avaient établi la sei-vitude inconnue des sauvages. Le Texas fut volé au Mexique.
Volé ! Le mot est de Channing. II faut lire l'admirable lettre de ce grand citoyen à M. Clay sur ce crime. Le
Texas apparlenail au Mexique. Or, le Mesiqae, donnant une leçon de liberté à la République amcricaine, avait, en secouant le joug de l'Espagne, noblement décrété que dorénavant per$onne ne naîtrait esclave, ne serait introduit comme tel, dans let Etats meiicains.
Pour ouvrir un territoire nouveau à l'esclavage', pour donner une proie aux spéculateurs *, on alla au secours de ce qu'on appela pompeusement l'indépendance du Texas, c'esl-à-dire la révolte d'une faible minorité d'habitants stimulés par des colons américains. Et à qui donna-t-on la conquête? Â ces citoyens valeureux pour prix de leur révolte coupable? Nullement ; la généreuse Amérique s'empara du territoire, sous prétexte de le protéger.
« Dans l'armée de 800 hommes qui ont remporté la victoire, dissipé les forces mexicaines el fait prisonnier leur chef, il n'y avait pas plus de 50 citoyens du Texas qui eussent des griefs à venger sur un champ de bataille. Dans cette guerre, les Texiens ne sont qu'un nom, un prétexte à l'abri duquel les aventuriers venus d'une autre contrée ont accompli leur œuvre de pillage... »
« Il est des crimes qui, par leur énormilé, touchent au sublime; la prise du Texas par nos concitoyens a des droitsà cet honneur. Les temps modernes n'offrent aucun
' • L'anaeâoa du Texas étendra el perpétuera l'e^laTage, c'est pour cela qu'on en veut. En ce poiot, il ne piut ; UToir de doute. Dès l'aïuiée 1839, l'anneiioD du Texas était dLscutéc (Uds tes ÉtaU du Sud et de l'Ouest. On assurait qu'on pourrait y former jusqu'à neuf Etals !i esclaics aussi grands que le Kentuckf... On calculait la faaug<e qui serait ainsi produite dans le priides asclaves, ■ etc. (Cliapniig, p. SOK).
* Des assemblées révolutionnaires de Teiiens avaient concédé à des spéculateurs, pour 20,000 doUars, 400 lieues carrées de terres publiques.
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22 LESGLAVAGK.
exemple àe rapine commis par des individus sur une aussi large échelle. Ce n'est rien moins que le vol d'un Étal. Le pirate prend un vaisseau, les colons et leurs associés ne se conlcnlent pas à moins d'un empire'. » Écoutez encore ces paroles prophétiques : « Par cet acte, notre pays entre dans une carrière (l'usurpation, de guerre et de crime... Nous tirons vaniui de notre accroissement rapide... Notre peuple se jette en dehors des bornes de la civilisation et s'expose à retomber dans un état demi-barbare pour la gloire d'avoir de vastes possessions, nous inquiétant moins de consolider que d'étendre nos inslilutions... Il est temps de songer sérieusement, fermement, à nous contenir... L'annexion du Texas est le commencement de conquêtes qui ne s'arrêteront qu'à l'islhme de Darien, à moins qu'une juste et sage Providence ne nous arrête et ne nous fasse reculer. Cessons désormais de crier: ï.a paix! la paix! notre aigle excitera sa faim et ne l'apaisera pas sur sa première victime; il flairera une proie plus tentante, un sang plus enivrant à mesure qu'il avancera au Sud. I^ Texas est le premier pas vers le Mexique... Est-ii résigné à n'être qu'une victime passive?... Croyonsnous que l'Angleterre restera spectatrice d'une mesure qui ressuscite la traite et annule les efforts que, depuis 'ongues années, elle a faits pour la cause de l'humanité?... Mais en ajoutant le Texas à la Floride, nous entourons le golfe du Mexique... L'archipel des Antilles entrera nécessairement dans ces projets d'empire qui
■ Ghanning, p. 392.
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grandissenl loos les jours... L'Anglelerre et d'autres nations de l'Europe verront-elles nos envahissements sans alarmes?
a On dit que les nations ont leurs destinées, que le Turc stationnaire doit succomber devant la Russie... que les Indiens ont disparu devant les blancs ; que la race mélangée, dégradée du Mexique, doit disparaître devant les Anglo-SaxoDS. Arrière ces vils sophismes ! Il n'y a pas de nécessité pour le crime! »
Channing écrivait ces pages éloquentes en 1837, un an après le soulèvement des Texiens, soutenus par une armée envoyée en pleine paix avec le Mexique, par les Ëlats-Unis. En 1845, l'annexion du Texas fut repoussée après une vive agitation et d'orageux débals. Il fut admis comme Etat à esclaves le 29 décembre 1845. Presque aussitôt les prophéties de Channing s'accomplirent ; le Texas réclama contre le Mexique le territoire du nouveau Mexique, et la guerre fut déclarée par M. Polk, alors président.
Lorsque la paix fut conclue, l'abandon de la Californie et du Nouveau Mexique fut consacré. Une discussion passionnée s' étant élevée entre le Nord et le Sud, au sujet de la proposition de M. David Wilmot, par laquelle le Congrès déclarait que les subsides nécessaires à la guerre ne seraient accordés que sous réserve de la probibition de l'esclavage dans tous les territoires qui pourraient Hre conquis, la Chambre des représentants vola à plusieurs reprises cette formule connue sous le nom de Protii$o Wilmot ; elle fut écartée par le Sénat, mais reprise par h Chambre à propos du traité avec le Mexique, et, pro-
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24 LKSCLAVAGE.
visoirement les nouveaux territoires demeurèrent sans organisation. L'agitation elles luttes augmentèrent, lorsqu'on 1850, la Californie se constitua et demanda son annexion, comme Élatmnsesclares; clause qui avait été voit'C à l'unanimité. Un manifeste d'une violence inouïe rédigé par M. Callioun, fut adressé aux Éiats du Sud par une convention des députés et des sénateurs de ces États; il menaçail de la rupture du lien fédéral . On ne craignit pas de discuter les bases d'une nouvelleorganisalion, en cas de séparation. Le Nord répondit par des meetings furieux. Au congrès, les députés du Sud déposèrent une proposition tendant à déclarer que l'adoption des mesures projetées par les Étals du Nord serait considéré comme opérant de plein droit la séparation. De guerre lasse, on adopta le compromis proposé par M. Glay, aux termes duquel la Californie était admise avec sa Constitution, le nouveau Mexique était détaché du Texas qui recevait une indemnité de dix millions de dollars, le promo était écarté, l'organisation des territoires nouveaux était reconnue nn droit des habitants, et la constitution, une fois acceptée par eux, devait être soumise au Congrès. L'esclavage était maintenu {il a été aboli depuis) dans le district fédéral , c'ost-à-dire dans la ville de Washington, et le territoire séparé de Columbie. Une loi sévère sur les esclaves fugitifs était promise aux Klats du Sud. On proclama M. Glay le sauveur de la paix publique ; il l'avait sauvée pour l'heure présente en rendant la guerre inévitable pour un avenir peu éloigné. On avait transigé sur des droits sacrés comme on l'eût fait sur des intérêts vulgaires; on i)réparait autant de nouveaux dé-
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bals à chaque Douvelie demande d'annexion; débals dans l'intérieur du territoire avant la constitution ; débals au Congrès pour l'examen de cette constitution. Par une loi sur les fugitifs, on aggravait l'esclavage. Tous ces maux devaient bientôt éclater après un apa,i5emcnt momentané ; quand on jette de nouveaux aliments au feu, on l'éloufle un instant, puisils'enflamme et il éclate plus impétueux.
Le biil des fugitifs fu t voté en 1 850 ; il autorise le maître à poursuivre et à faire saisir dans les Ëtats libres les esclaves en fuite, met à son service les ofGciers fédéraux et lui livre le fugitif sans défense, sans jugement, sans appel. Disposition odieuse, qui viole le droit d'asile, rend les Étals libres forcément complices des États à esclaves, transforme les juges en limiersde police et met la liberté de tout homme à la merci de la dénonciation calomnieuse du premier coquin venu. Gomme l'a dit Théodore Parker', Judas Iscarîole n'a fait, en livrant son maître pour trente deniers, que remplii- les obligations constitutionnelles; ce n'était pas un traître, c'était un patriote !
On alla plus loin. En constituant en 1854 les territoires du Nebraska et du Kansas, on abolit le compromis du Missouri, on effaça celte ligne bienheureuse au nord de laquelle on était libre, on déclara les habitants d'un lerriloire, parfaitement libres d'organiser eux-mêmes leurs imtilutions domestiques* en respectant la constitution des États-Unie.
' Glé parH. Lilwulase, Inlroduclion, f. 51.
» Le tnolpeculiar wiïWuiioB. inttifittimparticulUre, est devenu, par
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Les conséquences de cet acte ne se firent pas attendre. C'est le 50 mai i8S4 que le territoire du Kansas avait été autorisé. Le 29 novembre, il avait à élire un délégué au congrès pour demander son incorporation comme Ëtat*. Environ mille hommes armés descendirent d'un territoire voisin, bousculèrent votes et votants et élurent un M. Whilfield, partisan de l'esclavage. Le 50 mars 1855, les habitants devaient élire leur législature territoriale. Plus de 4,000 hommes du même État envahirent le scrutin, en armes, et de 5,500 voles réunis, moins de i ,000 appartenaient au Kansas. Que décida une législature ainsi installée? Elle déclara' qu'on ne pouvait être juré sans professer que l'esclavage était un droit ; — que soutenir le contraire entraînerait deux ans de travaux forcés el quatre ans pour tout écrit, ou imprimé, ou mise en circulation d'écrits contre l'esclavage; quatre ans contre celui qui donnerait asile à un esclave fugitif; la mort, contre celui qui l'aiderait à fuir et se cacher ; la mort, contre celui qui pousserait les esclaves à la révolte ; des-
un euphémisme hypocrite, le pseudonjmcde l'esclavage. Oii n'oEe pas dire : Je défends l'esclavage, mais on s'écrie : Vous atlaquez nos institutions parliadiiretl
Sans un roman de Dickens, Martin ChttzzleviU, un cerUiu dépnlé du Sud, l'bonorable Elijah Pogram, auquel on reproche d'avoir les mains toujours sales, répond : < Combien tous portez loin votre antipathie envers nos itulilutiont partiadiéres! »
' Elirait d'un sermon du Rev. Dudlej Ting k Hiiladelphie, 1856.
■ II ; a deux degrés d'initiation politique pour les pays annexés ï l'Union. L'uD cmmsle dans l'établissement d'im régime provlsoira, appelé gouremement lerriloriid, l'autre dans l'établissement du régime définitif appelé gouTeroement i'Étal. (M. Hignel, notice sur H. Ed. Liiingston, lue lo 30juin)838â l'Académie des sciences morales, Jf^moirts, t. m, p. 16.)
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ÉTATS-UNIS DAHÉBIQUE. 27
titotion du droit de voter contre celui qui refuserait de jurer le bill des fugitifs.
Commetlre ces crimes est odieux, mais les commettre impunémeat est monstrueux. L'autorité cenlraie intervintà peine; elle envoya ordre au gouverneur Walker de protéger avec quelques troupes le scrutin, violé une troisième fois à la fin de novembre 1855, au moment de l'élection d'un nouveau délégué au Congrès. Ce fut l'occasion du mémorable discours du sénateur Charles Sumner, qui, en protestant éloquem ment contre ce crime, s'écriait : « En vérité, on nous comprend tous sous la dénomination commune d'hommes, comme on comprend les épa^neuls, les roquets, les dogues, les chiens-loups, sous le même nom de chiens! » Il ne savait pas si bien parler, car c'est deux jours après avoir prononcé ce discours qu'il fut assailli, à sa place, au Sénat, non loin des bancs où Washington et Adams avaient siégé, par H. Brooks, sénateur de la Caroline, qui lui asséna un coup de canne sur la tête et l'étendil sans connaissance.
« Nous approuvons la conduite de M. Brooks, écrivait le 12 juin, le Rkhmond Inquirer, nous l'approuvons sans réserve. Cet acte est bon dans sa conception , meilleur dans son exécution, parfait dans ses conséquences. It îcas a proper act, done at Ike proper time, and in the proper place. »
Des meetings de félicitation eurent lieu dans le Sud. On vota au sénateur Brooks une canne d'honneur. Il ne fut pas exclu du Sénat, il en fut quitte pour une amende de 300 dollars; c'étaitachelerla célébrité à bon marché.
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De semblables débats n'avancèrent pas beaucoup les afTaircs du Kansas. Les meurtres et les violences restèrent presque impunis.
Le message du Présidenl (1858) raconte en termes diffus la suite de celte histoire embrouillée et sanglante. A la constitution du Topeka a succédé la constitution de Lecompton; les votes ont suivi les votes, tantôt pour, tantôt contre l'esclavage : ceux-ci annulés à cause du nombre des abstentions, ceux-là attaqués par des protestalions tumultueuses. La question, portée au Congrès, oii elle a occupé deux sessions presque entières, n'y a pas reçu une solution plus nette. Ix président a démenti, en sa qualité officielle, la conduite qu'il avait conseillée comme particulier. Âdmettrait-on ie territoire au nombre des Ëtals avec sa constitution bâclée, sauf à engager le peuple à l'amender ensuite dans une convention nouvelle? ou bien exigerait-on que tous les amendements aient eu lieu d'abord, avant l'admission? Le Président était pour le premier avis, le Congrès a voté pour le second, et, le 4 mai 1858, par un acte quel'on a appelé \e Compromis Enghsh, il a pris un biais. Se fondant sur ce que le peuple du Kansas avait demandé pour l'entretien des écoles communes le double de la quantité « de terres pubtiqms qui aient jamais été accordées auparavant à aucun État entrant dans l'Union, » le Congrès a statué que le Kansas ne serait admis qu'après un nouveau vote par lequel sa population accepterait des concessions moindres, équivalentes à celles faites au Minnesota. Le Congrès se réserve d'approuver cette constitution sans intervenir sur la question de l'esclavage, confor-
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mément au principe de non-inlervention, cannu sous le nom debïll du Nebraska.
Le votea eu lien le 2 août 1859, et le peuple a rejeté la proposition du Congrès. 11 a dès lors à faire une troisième constitution.
Mats une nouvelle difGcullé est soulevée par le message présidentiel.
Le territoire comprend-ii, oui ou non, le nombred'habitants nécessaire pour élire un membre de la Chambre des représentants, c'est-à-dire 95,420? Pours en assurer, un recensement préalable est nécessaire; or, il est assez probable que, pendant cette série de votes, d'émeules, de constitutions faites, brisées, refaites et à refaire depuis 1854, un bon nombre d'habitants ont quitté cette terre si agitée, et que le recensement aura pour résultat un nouvel ajournement. Le président propose au Congrès d'étendre la mesure des recensements à chaque territoire nouveau ; il est effrayé à la pensée que des hordes répandues sur une terre à peine défrichée, pourront aussi bii;n que l'État de Virginie, être admises à envoyer au Séaat des membres; il ajoute que le Sénat, ayant, dans certains cas, à nommer un vice-président des Étals- Unis parmi les sénateurs, et celui-ci pouvant devenir président en cas de mort du président pendant ses fonctions, la fière Amérique du Nord est ainsi exposée à avoir pour chef de la confédération un citoyen sorti de l'urne si mal respectée du Kansas ou de l'Utah !
Mais le Congrès adoptera-t-il ce parti? Le Kansas acceptera-t-ii ce nouveau délai î Le recensement se passeral-il paisiblement? Voilà à quelles extrémités sont réduits
30 L'ËSCLAVAGi:.
une population venue pour travailler et pour vivre, un territoire fertile et étendu, les Élats voisins, enfin la confédération tout entière; et pourquoi? parce que le Congrès a laissé à débattre à des intérêts grossiers la question de savoir si des hommes pourvus d'une âme peuvent être esclaves !
rcetloH d-BBrpw'a Wmtrj. (ISSe-lSflO].
Depuis que la question du Kansas est soulevée, le pouvoir présidentiel a changé de mains une première fois, en 1857. L'élection, quiadoané la majoritéà M. Buchanan, est un autre incident fort significatif de ce lamentable drame, qui ressemble fort au prologue d'une guerre civile. M. de Tocquevillc l'a parfaitement dit : « Le choix du président n'importe que modérément à chaque citoyen.... Mais les partis se servent du nom du candidat à la présidence, comme d'un symbole, ils personnifient en lui leurs théories'. »
Toute la lutte , comme celle des élections précédentes, eut pour pivot la question de l'esclavage. Toutes les anciennes dénominations des partis se sont effacées devant cellf de freesoîlers* ou de partisans de ce qu'on nomme par un honteux détour les institutions particulières des
* Les FreC'Soikrs sont le parti républicain, el leurs adversaires sont les démocralei. On ilésigne aussi les ËtaU du Nord sous le nom de Labour States, ceui du Sud sous le nom de Capital States.
D.nt.zedbïG0Oglc
«TATS-UMS D'AHÉRIQl'E. 31
États du Sud. Les partis en sonl arrivés à un degré de violence, en public et dans la presse, qui dépasse toute imaginaiioii, et les abolitionnistes ne le cédèrent en rien à leurs adversaires, et compromirent ainsi au plus haut degré la cause de l'abolition.
On sait que le succès demeura aux partisans de l'esclavage. Ils choisirent, le 4 mars 1857, leprésidentfincbanan. Âgé de soixante-six ans, secrétaire d'Ëtat du président Polk, au moment de l'aonexion du Texas, puis ambassadeur à Londres, ce vieux diplomate avait, outre ses facultés éminentes, Irois titres à celle faveur. Il était ouvertement connu pourses opinions favorablesà l'annexion de Cuba ; il faisait partie de la conférence d'OUeitde qui encouragea l'aventurier Lopez, avec ce M. Soulé, ambassadeur à Madrid, auquel H. Harcy, secrétaire d'Étiil, osait écrire, le 15 novembre 1854, « de s'opposera l'abolition de l'esclavage à Cuba, avant qu'on ait avisé à ce que cette mesure ne soit pas nuisible aux intérêts (lisez aux cont'oifises) desËtals-Unis. » lia pour devise de sa politique ce qu'on appelle la doctrine deMonroé^, résumée en ces deux formules : Amérimni$ation de l'Amérique, rAméique aux Américains, c'est-à-dire tout prendre et écarter les étrangers. Enfin il est d'un caractère vraiment diplomatique et, toujours irrésolu', il oscille entre les deux partis, disant aux États à esclaves : o Gardez vos esclaves, la comtitution le permet; » aux États du Nord: « Ne vous mêles pas des eschve$, la eonstitution
' La prenûêrc et 1» plus exMte (omiulc de cette doctrice se troine dans le message du président Honroë, 18^.
• V, a lettre, du 15 août 1857. dans les Débaliàu 25 seplemlire.
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52 L'ESCLAVAGK.
le défend ; aux Étals nouveaux : « Votez ce que vous voudrez, je me fie au scrutin, le remède américain, toujours sûr pour redresser tmis les torts. »
Élu à cause de ces qualités et dans ces circonstances, leprésident Buchanana vu passerles quatre années de sa présidence, n'ayant contenté ni mécontenté personne, provoquant peu à peu l'Espagne, tâchant de tenir égale une balance qui penche de plus en plus du côté de l'esclavage.
Cependant le temps élant venu pour lui de so créer des titres soit à une élection nouvelle', soità un souvenir reconnaissant, s'il n'est pas réélu ; ses derniers messages posèrent plus hardiment la politique à laquelle il ambitionne de mettre la main ou de laisser son nom.
L'élection du Kansas nous a paru le tableau le plus exact des mœurs politiques à l'intérieur. Les messages du président Buchanan en 1858, 1859, 1860, sonll'exposé caractéristique du la politique américaine à l'extérieur.
On sait combien les communications ofdcielles des gouvernements de l'Europe sont remarquables par l;i netteté et la brièveté ; on a poussé loin, en Angleterre et eii
■ ■ Il est impossible de consiilérer la marclie ordinaire des affaires aux £tals-Unie, sans ë'apercet oir que le désir d'être réélu domine les pensées du pré^deot ; que toute la politique de son admiDistralion lend vers ce point, que SCS moindres démarcfaes sont subordonnées à cet objet; qu'il mesure surtout que le moment àe la crise approche, l'intérêt individuel se substitue dans Kon esprit à l'intérêt généial. Rééligible, il n'est qu'un instrument docile dans les mains de la majorité, il aime ce qu'elle aime, hait ce qu'elle hait, il cote au-di'<ant de ses volontés, prévient ses plaintes, se plie ï ses moindres désirs; les législateurs voulaient qu'il la guidât, et il la suit. (Tocquevillc, I, p. 22.'î.)
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fiTATS-UNlS DAHKRIQUE. 55
France, l'art de tout dire en peu de mois, ou quelquefois de De riea dire, mais dans un laogage qui a grand air. t^ cartons diplomaliques, malheureusement Termes même après que les éTénements ont pris place dans l'histoire, renferment des trésors et de-t modèles achevés, trop peu connus, de la plus parfaite littérature. Bien différents de ces documents, les messages, aux Ëtals-Unis sont des pièces interminables, monotones et confuses. A. les pénétrer, à les traverser, à les conoailre, il faut la patience et la résolution d'un explorateur des forêts vierges, avançant pas à pas et se faisant jour la hache à la main. Ce courage n'est pas toujours récompensé. Les messagesde 1858, 1859 et 1860, méritent la peine d'être analysés; sous la masse énorme des sujets, des faits, des ehiiïres, des mots, on découvre des déclarations d'une importance immense pour le repos de l'Europe e( du monde, comme on découvrait dans l'armée de Macbeth, derrière une forêt touffue, des lances et des glaives.
H n'est pas sans intérêt d'extraire et de rapprocher, pour les mettre en relief, les articles du programme de politique extérieure de M. fiucbanan.
En Cbine et au Japon, le plénipolen taire, avec une faabilelèet une adresse hors ligue', a profité des démonstrations de deux grandes nations pour obtenir sans coup férir, les mêmes avantages pour la- sienne. L'Amérique a joué le rôle de l'Autriche dans la guerre d'Orient, qui consiste à gagner sans mettre d'enjeu. Conclue Tien- Tsin le 18 juin 1858, et ratine parle présidentsurl'avis
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du sénat le 21 décembre suivant, le Irail^ n été reporté à Fékia par M. John Ward, et les ratiGcalions ont été échangées le 16 août 1859 à Peilsang*.
Le président a remporté, en 1858, un succès diplomatique notable en négociant l'abandon du droit de visite par l'Angleterre ; il s'en Télicite en disant irès-juslement: « Jamais deux nations n'ont existé dans le monde qui pussent se faire tant de bien ou tant de mal. » Il ajoute que (I les abordages réitérés des croiseurs anglais dans le golfe du Mexique et des mers adjacentes étaient d'autant plus injurieux et ennuyeux qu'ils étaient commis dans les eaux naviguées par une grande portion du commerce des Ëlats-Unis et que leur libre fréquentition est essentielle à la sécurité du commerce det eâtet entre les différents Étatsdel'Union. » Ce commerce des côtes pourrait rappeler un peu celui des côtes d'Afrique.
En 1859, une nouvelle diflîculté s'est élevée pour la possession de l'île Saint-Juan, mais elle est en voie d'arrangemenl.
Les relations avec la France et la Russie continuent à être amicales. Il n'en est pas de même, ni en 1858, ni en 1859, avec l'Espagne. On était résolu à un arrangement à l'amiable, s'il ^/at{;)0Mi6/e; jusqu'à présent il n'a pu être réalisé. On a confié à un citoyen distingué de Kentucky le soin d'essayer pour la dernière [oit d'obtenir justice du gouvernement espagnol. Quels sont donc les griefs depuis cette affaire du Black H^amorque le président déclare de nature s'il n'y avait pas eu réparation,
■ Message de 1859.
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ÉTATS-ONrS D'AMÉRIQUE. 55
à légitimer vn appel immédiat à la guerre ? Ce sont des réclamations pour les droits de douane iDJustement perçus. Puis des fonction uaires espagnols, placés tou$ le contrôle du capitaine général de Cuba, ont insulté le drapeau national.
Voilà Cuba mise en cause.
Écoutons la suite : Il est fort désagréable d'avoir à réclamera Madrid, à si longue distance et devant des ministères qui changent si souvent, pour des faits survenus à Cuba, car enfin « Cuba est presqu'en vue de nos côtes; notre commerce avec elle est beaucoup plus considérable que celui d'aucune autre nation, y compris l'Espagne elle-même ; nos citoyens ont contracté l'habilude de relations personnelles quotidiennes et étendues dans toute!; les parties de l'ile. »
Un paysan normand ne médite pas avec plus d'adresse le projet de reculer la borne du champ du voisin, si celuici refuse de lui vendre ce champ si voisin du sien, si fort à sa convenance, si fréquenté par ses enfants.... Il allègue aussi l'intérêt de l'agriculture ; ce champ sera mieux cultivé par ses mains, il ne le laissera pas envahir, comme son possesseur actuel, par les mauvaises herbes, ou par les méthodes arriérées.
M. Buchanan s'élève plus haut ; il invoque la morale, la philanttiropie, et voyez quelle est l'erreur del'Ëurope I Elle s'imagine que le Sud convoite Cuba, pour que I Union compte un Ëtat à esclaves de plus. Elle se rappelle la lettre à M. Soulé que nous avons citée. Non, m n, l'Union veut acquérir Cuba par horreur pour la iraile. Il C'est te seul peut du monde, dit le message, où soit tolérée lu
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56 l/ESCLAVAGE.
traite des noirs, et nos trailés avec h Grande-Bretagne nom obligent r BUT b cAte d'Arn4iie une force nivale, à gi'ands lirais » et d'argent, dans le but unique d'arrêter les négriers à destination de cette ile... »
a Aussi longtemps que ce marché i escbves restera ouvert, il ne saunit yavoird'eipoir de civilîsalionpour la malhaireuse Afrique. Aussi longtemps que la demande d'esclaves continuera k Cuba, les infâmes et barbares chers africains se feront la guerre afin de faire des prisonniers pour approvisionner la traite. Dans nu pareil état de choses, il est împos ibie que la lumière de la civilisation et de la ccligiou puisse jamais pi^étrer dans ces contrées de libres, h
Le message de 1859 rëpèleces considérations si philanthropiques et si pieuses:
« Comme nation clii'ëlicnne, nous sommes obligés de considérer quels maux soulfiirail la malheureuse Afrique, si nous ouvrions de nouveau le commerce des enclaves. Cela donnerait à ce cranmerce une impulsion et une extension qu'il n'a jamais eues même dans ses plus beaux joure. Les nombreuses victimes qui devraient être fourtiies transformeraient toute la côte d'oij l'on tirerait les esclaves en un véritable eufer, et notre pajs serait responsable aux jeux de Dii-ii et de l'humanité. Ses misérables tribus seraient constamment engagées les unes conlie les autres dans des guéries de pillage, dans le but de s'emparer d'esclaves pour apiirovisionno" le mardié aménoin. Tout espoir de c»lisation en Afrique serait ainsi perdu. »
e D'un autre côlé, s'il n'y avait plus à Cid>a un marché pour les esclaves africains et que le monde entier lût fermé pour ce commerce, nous pourrions raisonnablement espérer une itmélioration graduelle en Afrique. Le principal motif de guene entre les tribus cesserait pailout oiî il n'y aurait aucune demande d'esclaves. Les ressources de ce pays fertile, muis misér.ible, pourraient alors se développer par le travail industriel et fournir les matériaux pour un commerce légitime à l'étranger et à l'intérieur ; de cette manière la chrétienté et la civilisa-
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ÉTATS-UNIS DAHÉRrOUE. 37
liiHi pénétrâiiiait gradueUemeiit et dissiperaient les ténues eiielaotest. »
N'en doutons plus : c'est par intérât pour l'Afrique que l'Amérique veut dépouiller l'Espagne; c'est par aversion de la traite des escinves que le Sud brûle d'annexer un Ëtat à esclaves de plus !
\ ces pieuses vues revient cependant se mêler encore un sentiment moins élevé; déjà exprimé, il reparaît une seconde fois, puis une troisième fois, M. Buchanan parle des principes de l'Amérique avant de parler de ses appétits, comme on prie avant de manger, mais la faim parle plus haut, et elle interrompt la morale :
( Par sa position géographique, dil-il, l'Ile tie Cuba commande rembouchiire du Missi&sipi et le commerce immense (qui va en angmciitaut chaqne annôe) de la vallée de ce noble fleuve, laquelle enibrusse aujourd'hui la moitié des États souverains de l'Union Avec cetle île sous lu domination d'une puissance étrangère, ce commerce, d'une importance vitale, est exposé au danger de se voir anéanti en leœpsdc guerre, outre qu'ilaété ex|M>sé jusqu'ici à des dommages et â desennuis incfô^nts en temps de paix. Nos relutions avec l'Espagne, qiù devraient élre du caractère le plus amic-il, seront toujours en ipiettion tant que le gouvernement colonial de l'Ue restera dans ^a condition actjielie. n
« Tandis que la possession de l'île serait d'une immense importance pour les États-Unis, sa valeur est comp;irativement peu considéiable l«ur l'Espagne. Telle était la situation relative des partis lorsque le gi'and Napoléon tr;in^éra la Louisane aux Élats-Unis. Jaloux, comnoe i) le Tut toujours, de l'honneur et des inlérêt&nationaux de la France, penonne dans le monde entier ne lui a imputé à blâme d'avoir accepté une compensation pécumaire pour cette cession, »
La conséquence se devine. On va marchander Cuba
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à l'Espagne comme un courtier marchande un ballot de
coton , ou Tenlevercomme un amoureux enlève une jeune
« Mes prédécesseurs ont fait savoir au monde que les Etats-Unis ont h plusieurs reprii^^s lente à'acquérir Cuba de l'Espagne au ntoyen d'une négociation honorable. Le puissions-noug, nous ne voudrions pas acquérir Cuba d'aucune autre manièi'e. Nous le dévouai à notre réputation na^onale. Tout le territoire que nous avons acquis depuis l'origine de ce gouvenienient a élé lojalemenl acheté, de la France, de l'Espa^iiie, du Heiique, ou obtenu )iar l'acte libre et spontiiié de l'État du Texas ', en joignant ses destinées aux nôtres. C'est ht conduite que nous tiendrons toujours, à nwim qu'il ne se présente des circonstances que noas ne prévoyons pas aujourd'hui, et quinovx titUorisent clairement à nous en départir en vertu de la toi impétiruseet omnipotente de notre propre salut*.
' M. Bucltanan écrit i sa façon rhisloire de la capture du Tcias et de la venlede la Louisiane. Ou a vu si le Teias avait été libre et sporiluné. Quant à la Louisiane, on sait que Napoléon I", au moment de la ruplure de la paix d'.^iniens (marsIDOS), embarrassé pour défendre la Loiùsane contre l'agres sion probable dea Anglais, et ne voûtant pas demander au crédit des ressources pour la guerre, imagina, malgré la vive opposition de son ministre de la marine, M. Decrès, de .vendre ce beau territoire pour 80 millions- M. Monroé, venu pour régler la question du Irao^it sur le His.<issipi, lut très-surpris de celle proposition inatltiodue, qu'il eut rhabileté d'accepter sur le-champ. Les nccessilés Je la guerre et la détresse financière furent donc les causes de cet abandon regrettable, qui rendit les États-Unis maîtres des bouches du Hississipi et du golfe du Mexique, et ne leur laissèrent pour voisins que les EspagnnJK, (Thiers, Histoire du Consulat et de l'Empire, I. IV, liï. ivi, p. 520. 1
* Eu 1859, confirmation de la même politique: t Je n'ai pas besoin de reproduire les arguniiails que je faisais valoir dans mon dernier message en faveur de l'acquisition de Cuba moyennant loyal achat. Mon opinion !i ce sujet n'a pas changé. J'appelle encore votre sérieuse allenljou sur celte question. A moins d'une reconnaissance de celte politique, il sera presque impossible d'ouvrir des négociations avec qudque chance raisonnable de £uccèsl >
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L'astuce et la convoitise ne sauraient inventer un langage plus habile et plus audacieux. En vérité, on se de* mande si on lit un document de l'histoire réelle ou une scène de comédie. Ces petits griefs rassemblés, amplifiés, et devenant un eamt belli; celte insistance adroite à étaler 1^ séductions de ce qu'on convoite; la morale iuvoquéeau moment où on s'y attend le moins; puis, ces offres prosaïques d'argent et d'écussonnanis; la malheureuse réminiscence de l'acte Itbre et spontané du Texns ; ces protestations de Sdélité à hréputaiion nationale; tout cela compose une scène complète, qui se termine par un trait ineffable :
w C'est la conduite que nous tiendrons toujours, a MOINS qu'il ne se présente dei circomtancet qui nous autoritent à nou$ en départir. »
Voilà ce que l'on fait savoir au monde. Si l'aventurier l^pezeût été président, eût-il écrit d'autres paroles? 11 est probable que, dans l'intimité de ses conseils politiques, le président tient un langage encore plus clair, plus net, plus pratique.
On se rappelle involontairement cette scène finale du second acte de Louis Xt de Casimir Delavigne, où le Uoi, qui vient de traiter avec le duc de Bourgogne par lentremise du comte de Kemours, cause avec son compère Tristan sur les moyens de reprendre le traité et de se débarrasser du comte :
. . . Tous deui soiit à voire merci.
— Respect au droit des gens! Noii pas, nou, rien iâ....
11 s'interrompt pour prier, puis :
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4t» LESCUVAGE.
. . . . Mais, t|ui sait? sur la rotite.... Il est fier! — Arii)gaHt!... — Dans un txns écarté,
Par Us siens on pur lui tn \k\i\ ctre iiisitllé? — Je Is sttis! — ttéfeiKls-loi. — Complez sur moi ! — J'y com|ite.
Ainsi l'Espagne, réduite au rôle du vendeur malgré lui, verra peut-être, si elle résiste, son bien lui échapper avec le prix. Car le message ne prévoit même pas d'hésitation. Le président sorimel la question au Congrès, parce qu'il " peut dnvonir indispensable au succès, dil-il, que je me trouve revêtu de la faculté de faire une avance nu gouvernement espagnol aussitôt après la signature du traité, sans attendre qu'il soit ratifié par le Sénat. »
Cependant, que répond l'Espagne?
Le 51 décembre 1858, interpellé à la Chambre des députés, le ministre des affaires étrangères déclare que « le gouvernement est dispose à demander la satisfaction voulue pour une pareille insulte;... qu'il repousse avec énergie des propositions si déshonorantes, et que, le tas échéant, il s'opposera, même par ta force, au dé* membremenl de la moindre parcelle du territoire es-
M. Olozaga propose au Congrès d'adhérer à ces paroles, et la pro()osition est adoptée à ru:iiinimité.
Au Sénat, le 4 janvier 1 859, le ministre répète ses déclarations ; il affirme qu'il n'existe entre lesÉtats-Unis et l'Espagne aucune mésintelligence. Il ajoute qu'il n'a été fait aucune offre pour la vente de Cuba. Enfin, il s'écrie :
« Si quelque représentant d'une puissance étrangère venait à me faire qucl'|ue offre nu sujet de l'aliénation
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ftTATS.UNIS D'AMÉRIQUE. M
de Cuba, je m'empresserais de l'interroinpi'c dès les premiers mois, et je lui dirais l'efftrt produit par de telles Insinuations sur l'esprit des Espagnols. La conservation de l'iledeCuba n'est pas pour nous une question d'intérêt, ni de convenance, c'est une question de dignité et d'honneur; tout l'intérêt qjii en pourrait résulter, tout l'or qui pourrait être amoncelé, seraient insuffis;inls pour déterminer l'Espagne à faire le saciifiee de ce glorieux reste des précieuses découvertes el des surprenantes et magnifiques conquêtes de nos aïeui. L'aliénation de Cuba! mais c'est là une pensée folle qui ne saurait venir qu'à des personnes ne connaissant pas l'Espagne et n'ayant jamais pénétré dans ses sentiments les plus intimes! »
Ainsi, tout ce que M. Buchanan affirme, le maréchal O'Donnell le nie; tout ce que les Etats-Unis demandent, l'Espagne le repousse'. Qui irompe-t-on ici? comment 'sortir de celte collision? Hclas ! je crains fort qu'il ne soit prouvé une fois de plus que la raison du plus fort est toujours la meilleure.
opérons mieux cependant; croyons que le droit sera le plus fort, que les nations voisines de Cuba par leurs colonies, et de l'Espagne par leur teiriloire, ne laisseront pas dépouiller cette noble nation !
* A Cuba, les aulM'ités provoquent des protestalions. Dans une adresse à la reine, la corporation de la llarane s'indigne dii projet de rendre des hommes libres comme un vit troupeau d'esclaves.
Est-ce bien la comparaison que devaient choisir des htnnmes qui ne rouinsscnl pas de vendre et d'acheter d'autres hommes, et à qui précisément revient la honte d'aioir donné dans la languj humaine un sens et une application à cette phrase : Vil troupeau d'esdaves?
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42 L'ESCLAVAGK.
Quelquu soit l'avenir, De sorloDS pas de noire sujet, et tirons de ces ëTénements les leçons qu'ils renferment.
Si l'Espagne avait suivi l'exemple des nations chrétiennes, si elle avait affranchi ses esclaves, il est probable qu'après les sacrifices de quelques années de transition la prospérité de cette magnifique colonie aurait repris son cours, comme àla Jamaïque, à Bourbon, à Maurice il est vraisemblable aussi que les noirs, en général mieux traités dans les colonies espagnoles que partout ailleurs, et aussi bien moins nombreux que les blancs, se seraient facilement groupés autour de leurs anciens maîtres. Au lieu de cela, les Espagnols se sont obstinés ou plutôt endormis en répétant leur proverbe : (Jue loi eielaves se amben cuando el tiempo los acabe (l'esclavage sera détruit quand le temps le détruira).
lisent trouvé doux d'exploiter, comme on exprime le jus d'un fruit savoureux, ce précieux reste des découvertes de leurs aïeux, et à peine quelques voix se sont élevées en Espagne en faveurdel'émancipation, lorsque l'Angleterre et la France retentissaient de réclamations triomphantes. ,
Aujourd'hui l'Espagne ne peut pas émanciper : l'affranchissement serait le signal d'une insurrection ou d'une trahison; ou bien les esclaves feraient de Cuba un nouveau Saint-Domingue, ou bien les propriétaires de Cuba, doublement désireux de garder Icure esclaves et de se débarrasser des fonctionnaires et des impôts, tendraient la main à l'Amérique du Nord. Or, celle-ci ne veut pas que l'Espagne émancipe ses esclaves, de peur que l'exemple ne soit contagieux dans les Ëtatsdu Sud ;
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elle propose d'acheter, elle se réserve de prendre. L'Espagne est en quelque sorte enfermée dans un crime par un autre crime. ^
Pour les États-Unis, ils sont également poussés, fatalement poussés à un crime par un autre. A tout prix il faut s'agrandir, nous l'avons déjà dit, car chaque accroissement de territoire augmente l'influence dans le Con- ^rrès, dans le Sénat, dans le vote présidentiel, dans les fonctions publiques. Le Nord et le Sud organisent h la hâte et à l'envi des ËlaU uonveaux; c'est à qui arrivera le plus \i\e, c'est une véritable course aui territoires.
Aussi Cuba n'est pas seule menacée. Le Mexique est faible et agité; c'est le moment de tirer parti de sa faiblesse et de mettre à profit ses agitations. Écoutons encore les insinuations du président fiuchanan :
» Notre position, relativement aux Étals indépendants sit<iés an stid de nous sur ce continent, et spécialenieni en ce qui touche ceux i|ui $e trouvent du us les limiter de l'Anicrique du Nord, est toute particulière. La frontière s^letitrionale du Mexique coi respond à notre froii- Uère méridionale d'un océan à l'autre, et nous devons nécessaireretnent éprouver un profond intérêt \vyat tout c« qui concerne le bien-être et la destinée d'un si proche voisin. Noik avons toujourx nourri les vœux les plux cordiaux pour le xuccês de cette rêfubliqoi' et l'espérance de la voir, après tant d'épreuves, jouir enfin d'une paisible prospérité sous un goiiTemement Hbre et stable. Jusqu'ici nous ne sommes jamais intervenus, directement ou indirectement, dans ses affaires intérieures, et c'est un devoir envers nom-mime de protéger l'inlégrilé de son territoire contre l'intervention hostile d'aucune autre ptiisnance. Notre position gét^aphique, notre intîrél direct dans tout ce qui concerne le Mexique, et notre poUtiqti£ bien arrêtée relativement au continent de l'Amérique du Nord, nous en font un devoir absolu... »
44 1/ESCI.AVAGE.
« La vérité ert que ce betm f»)s, gniUfié d'uu sol productif et d'uu cliniat bienfuisanl, se trout-e réduit, par des dissensions civiles, à )ine condition d'anarchie et d'impiiissince iiresque irrémédiable! h
Les réclamations pécuniaires ne sont pas payées. Des citoyens américains ont été victimes de meurtre, d'emprisonnement et de pillage. Des contributions vesatoires ont été exigées. Le mïaislre américain (M. Forsyth) a engagé se • nationaux à ne pas les acquitter ; il a protesté contre la saisie des biens et le bannissement d'un Américain ; il a quitté Mexico.
Le président attend la fin de la lutte et espère justice, si le parti constitutionnel l'emporte.
ï N'était cetleespC-rance, dit-il, j'aurais reconunandé an Congrès de confi-rer au président les pouvoirs nécessaires poiu: prendre possession d'une partie des territoires loititaias et iidiubilés du Mexique, qui seraient gardé» en fffitfe jusqu'it la satisfaction de nos justes demandes, n
Voilà un conseil d'une modération qui semble louable.
C'est une triste perspective pour le gouvernement constitutionnel que d'avoir, dès le lendemain de son triomphe, à répondre aux réclamations à l'égard desquelles on déclare qu'on a désormais « épuisé tous les moyens doux. >•
On ne comprend pas très-bien de quel droit le président Ruchanan se réserve la faculté de ne pas reconnaître comme légitime le gouvernement du parti absolu, s'il triomphe. Toutefois, on le félicite volontiers d'attendre la lin de la lutte. Mais est-ce là tout?
« 11 est, dit le Message, un autre point de vue qui appelle une action min^c/taie. »
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Sur la fi-outière sud-ouest, dans lesËtals meiicains de Chihuahua et de Sonora, il y a peu de blancs et des bandes d'indigènes qui profitentde l'anarchie pourpiller. Ce défaut de sécurité entrave la colonisation de l'Arizoaa, et peut être un obstacle aux voyages de la malle-poste récemment établie entre l'Atlantique et le FaciRque.
• Je ne vois, écrit H. Buchanaii, <\u'ua remëileà ces maux... c'est que le gouremement des États-Unis assume un protectorat temporaire sur les parties s^|iteutri<Hiales des Élats de Ctiîliuahua et de Sonora, et y étaUisee des postes militaires. Ce protectorat pourra cesser aussitôt qu'il y aura dans ces États meiicains dei gouveniemeuts la* eaux capables de remplir leurs devoirs envers les EtaU-Vnit. >
Protéger! Le czar voulait être aussi protecteur de la Turquie, la Turquie protège les principautés, et l'Angleterre exerce le protectorat des îles Ioniennes. Avant peu, ce mol protéger sortira du langage des bonnêles gens pour demeurer à l'usage spécial des diplomates.
Le message de 1S59 insiste, précise, et de plus en plus les insinuations deviennent transparentes :
s Le Hexique détail être une république ricbe, prospère et florissante ; il possède un vaste territoire, im sol fertile et il abonde en trésors minéraux ; il occupe une importante positica entre le gdTe et l'Océan, h cause de ces routes i!e trjnsit et de commerce. Est-il possible qu'un tel pays soit abandonné à l'anarchie et à la. ruine sans qu'il soit Tait quelque etTort pour le délivrer elXa sauver? Les nations cmnmcrçanles du monde, qui ont tant d'intéiéts eng;igés au Mexique, i^leroiit-ellos .indill'érentes à ce résultat? Les États-Unis surtout, qui doivent avoir avec le Mexique le plus grand nombre de relulions commerciales, lais.-%ront-ils cet État voisin se détmiie lui-même et les miner.'Suruappin, le Ue.iqneue saurait reprendre sa position p«rini
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les nations ni entrer ilans nne carrière féconde en bons résultats. Cette afastance eiigée à la fois par son intérêt et par celui du commerce en général, c'est au gouvernement d^ ÉUits-Uois a la lui donuei- à ruison de son Toisiiiage immédiat, et en raison de notre politique, qui n'admet pas rintervetition d'une puisnance eurorpérnne quelconque dans les affaires intérieures de celte république. Le monde entier connaît déjà tous nos griefs contre le Mexique, tout citoyen américain en doit ^Ire ému. Un gouTememenl qui ne peut ni ne veut léprimer de tels atteiiLits déserte tous se^ devoirs. C'est en vain que nous demanderions au gouvernement constitutionnel de Vera Cmz le remède à ces manx ; il est bien disposé, mais il est impuissant à nous rendre justice. C'est surtout â Mexico et dans les provinces avoisinanies que des citoyens américainsont souffral. Il faut pénétrer dans l'intérienr du pays pour trouver les coupables. Nous pourrions requérir et obtenir l'aide du gouvernement constitutionnel ; mais dans le cas où celte assistance nous ferait défaut, il est de notre devoir de d<H)ner à nos compatriotes une protection suffisante. Voilà pourquoi je recommande au Congrès d'adopter une loi autorisant le président, dans des conditions que le Congrès jugerait tonveuables, à employer des forces militaires en état d'entrer dans le Mexique pour obtenir l'indemnité du passé ella garantie de l'avenir. »
« Le Mexique est un navire s'en allant â la déiive sur l'Océan et gouverné seulement par les passions des partis contraires, qui s'; disputent le gouvernement ; bon voisin, le gouvernement des États-Unis ne doit-il pas im tendre une msîn secourable pour l&piloter? Si non» ne le faisons pas, il est à croire que d'autres le feixint, et qu'en dernière analyse force nous sera d'intervenir à notre tour dans des condi* tioiis plus difficiles. »
Que dire de ce bo7i voisin r|ui, dans le but de piloter, assister, sauver, délivrer, un £tal sans appui, demande à faire entrer dans l'inlérieur des forcesmililaires que le protégé ne demande pas? pour le secourir? Non, qoq, pour obtenir des indemnités et des garanties t
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Sur un autre point encore, le président Buchanan conseille des mesures de protection.
L'Europe connaît à peine ces cinq républiques de l'Amérique centrale : Nicaragua, Costa-Bica, ta Nouvelle* Grenade, San Salvador cl Honduras, qui occupent, sous le plus beau ciel du monde, un espace aussi vaste que la France, et tiennent entre les deux parties de l'Aménque la clef des deux mers et des deux continents, ce pont singulier qu'on nomme Tisthmede l'anama. Ce pont, commode entre des voisins lorsqu'ils communiquaient seuls, est devenu, au contraire, un obstacle aux relations entre tous les peuples; il est temps que le cap Horn soit évité, comme le cap de Bonne-Espérance, et qu'un canal perce l'isthme de Panama iximme l'isthme de Suée. Ainsi seront abrégées* :
La dislance de New-York à San-Francisco, de. . . 3,600 lieues.
A Yedo 5,400
A Canton 3,200
De Bonkaux 1,400
Du Havre à San Francisco 3,500
De Cadii à Manille 2,000
De Londres à San Francisco 5,500
Aïedo 3,000
A Canton 2.800
A Sidnej 2,200
D'Amsterdam à îedo 2,400
• V. le très-intéressuil mémoire de notre compalriiMe, M. Bdlj (Paris, 1858), <fid a obtenu des goaremeiDents de Nicaragua et de Cosla-Rica, un traité agné le i" mai (858, pour la concession d'un canal iDaritîine par b riiiëre San Juan et le lac de Nicaragua, Irailé que la France ne laissera pas, je l'espère, devenir une lettre morte.
V. aussi la savante brochure publiée en Angleterre (1846), par le prince lia poléon-4>oais Bonaparte , aujourd'hui empereur dea Francau.
iB L'ESCLAVAGt:.
Od comprend quelle impçrtâQce toutes les nations doivent attacher à la neutralité de ces contrées, de façon qu'aucun intérêt mesquin, aucun désordre local, ne vienne barrer le passage au commerce du monde, sans blesser pourtant les droits de souveraineté et la légitime rémunération des Étals de l'Amérique centrale. C'est dans ce but que fut signé, le 19 avril 1850, par H. Clayton pour les Ëtats-Unis, et par M. Bulvrer pour l'Angleterre, le traité connu sous leur nom. Mais, depuis ce temps, que d'interprétations diverses ont élé données à ce traité! On a commencé par disputer aux Anglais leur antique protectorat sur les Hosquilos. Pour une insignifiante réclamation on a bombardé Grey-Town. L'aventurier Walker n'a pas été désavoué, et il a fallu, pour le battre et le chasser, le patriotisme des citoyens de Nicaragua et de Costa-Ricn, commandés par le président Mora à Santa Rosa et à Rivas (1855). Walker écrivait après sa défaite : « Je ne puis pas vivre assez pour voir la fin de celte guerre, mais je sens que mes compatriotes n'en laisseront pas le résultat incertain. » I,e président des ËtaLs-Unis semble prâl à recueillir ce legs.; il établit fort bien dans son message de 1858 les avantages de la neutralité de l'isthme; mais on pressent que tonte tentative d'une autre nation, tout traité, tout mouvement des Ëtats souverains, sera considéré comme une atteinte à la neutralité, dont l'Union se charge de demander réparntion. Elle adresse aux républiques de l'ancien Guatemala ce mot des jeux d'enfants : Le premier qui bougera payera un gage.
Le président demande au Congrès de l'autoriser à
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ÉTATS-IMS D AMÉKIQUE. 4»
employer les Ibrcesde terre et de merdes Ëlats-Unis pour empêcher le transit d'être entravé ou fermé par une violence illégitime, et pour proléger la vie et la propriété des citoyens américains voyageant sur celte route. Il va plus loin. Déjà des Américains ont soulTcrl, à ce qu'il prétend, de sérieui dommages; ils ont droit à des indemnités, à peu près comme cet homme qui réclamait une indemnité pour avoir déchiré son habit eu assommant son voisin. Le ministre américain a demandé réparation, et le président n'hésite pas à le déclarer :
« A moins qu'il ne soil Ht dnnt a cette danandedaiisuii bref délai, il ne restera à ce gouTernemeDt d'autre ressource que d'adopter telles mesures qui pourront être nécessaires pour obtenir par luirméme la justice qu'il a vainement cherché à se Caire rendre par des mojoig pacifiques. »
Nous n'irons pas plus loin. L'analyse un peu longue de ces messages est l'indication précise du degré oii est descendue la politique des Ëtals-Unis, interprétée par un président qui représente à la fois l'ancien et le nouvel esprit américain, mais surtout qui personnifie les vues et les passions des Élals du Sud.
Acheter ou prendre Cuba, s'établir au Mexique, intimider, puis occuper l'Amérique centrale, voilà le programme. Quel en est le but? D'une part, agrandir démesurément l'Union américaine, mettre la main, avant de pouvoir la peupler ou la défendre, sur une immense part du globe terrestre, réaliser à tout prix cette ambition effrénée qui pousse la race saionne à être en tous lieux le premier occupant; d'autre part, et surtout, s'a-
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grandir au Sud, créerau Sud de nouveaux Ëlatsà esclaves, apporter dans le Congrès un reafort i la prépondérance du Sud; ainsi, en résumé, étendre à la fois la patrie et la servitude.
Politique audacieuse, imprudente et injuste, qui, servie sans scrupule par tous les moyens, indispose et éloigne les grands citoyens, inspire, eafante les aventuriers, transforme en piraterie le rôle d'un noble peuple, et diminue sa gloire plus rapidement qu'il n'agrandit sa surface !
Voilà donc ce que l'esclavage avait fait de la politique des Étals-Unis, à la veille de la grande crise qui a signalé l'année 1860.
Mais, avant de raconter cet événement décisif, demandons-nous quelle a été l'influence de l'esclavage sur la prospérité matérielle et morale de l'Union.
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