L'IMMIGRATION
«le guerre, el s'est. enfin terminé par unejuste salisfacUân rendue à notre droit et à notre pavillon, maisa[wè& bien des difficultés, et à travers un déchaÎBement de clameurs et d'insultes des journaux anglais et portugais, qui ont accusé de nouveau la France de se livrer à ta traite.
En est-il ainsi? Le système d'iniportation des noin^ libres est-il un retour involontaire à la traite?
Si cela est faux, on doit persévérer dans ce système, malgré les apparences. Si cela est vrai, il convient d'y renoncer, malgré ses avantages. Nous avons assez parlé de l'immigration ailleurs, pour être ici très-bref '.
Nous avons établi que la nécessité de l'immigration n'était pas née de l'émancipation des esclaves. C'est le moyen de peupler des terres insuffisamment babité«s, de culliver des terres iosutBsamment cultivées. Mais l'abolition de l'esclavage augmente cette nécessité de deux façons : {" parce qu'une partie .des anciens esclaves étant devenus propriétaires, artisans ou vagabonds, la dasse agricole a diminué ; 2° parce qu'une partie des iiacieus maîtres étant devenus plus actifs, plus industrieux, la commande de travail a augmenté. .
Nous avons encore établi qu'après avoir essayé de toutes les races, on n'avait rien trouvé de mieux pour remplacer les Africains que d'autres Africains.
Nous avons enfin montré qu'aux Antilles comme à Bourbon, à la Jamaïque comme à Cuba, à Charleston comme à Surinam, à Rio de Janeiro comme à laNouvelle-
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Orl^ns, le cri unanini« de tous les propriétaires appelait, comme le moyea unique du salut ou du progrès, une large immigration de travailleurs, et que tous tes gouTernemeats, anglais, français, espagnol, hollandais, américain, brésilien, autorisaient, encourageaient et réglaient cette opération .
Est-il vrai que ce besoinimpérieux entraîne forcément à ressusciter la traite 7
On a dit au contraire', que l'enrôlement des noirs libres était un moyen d'éteindre ta traite, parce qiie les chefs indigènes, ayant lechoii, préféreraient livrer leurs esclaves à des négociants honnêtes pour être affranchis qu'à des négriers cruels. C'est supposer bien de la délicatesse à ces affreux petite souverains. C'est oublier surtout que les négriers payent pins cher un esclave pour le revendre que les agents de l'émigration ne peuvent payer un engagé dont le contrat sera très-court. S'il en est ainsi, l'émigration ne prévaudra jamais sur la traite. Elle otTré d'Ailleurs, en plusieurs points, les mêmes dangers.
Ou'est-oe que la traite?
Un drame en cinq actes : ta capture, la caravane, la vente, la travelrsée, l'esclavage. Or l'immigration est un drame qui linit autrement, mais qui commence de nlême. Ouprend; on amène, on vend, on emportele noir; seulement, au lieu d'aller à l'esclavage, il va à la libené, 9 la liberté qui débute par uQ exil et par un engagement de travail. • '
' V. le irès-remarquable article de M. J. Delarbre, L'immigration africaine et la traite des noirs.
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L'INHIGItATION. 319
Connue la traite, l'immigralion amène des acheteurs à d'horribles vendeurs qui se livrent, pour les satisfaire, à lâchasse el à la guerre, poussât par le fouet leurs captifs en troupeaux, tuent les bouches inutiles, et troquent ce qui leur reste contre des denrées ou de l'or. Elle conduit à la liberté sur une terre étrangère des malheureux qui ne savent pas bien ce qu'on leur demande, et qui ont en général horreur de quitter le sol où ils ont pourtant toujours souH'ert. Enfin, ctHlûée à des mains hon- Dêtes sous des regards vigilants pendant quelques années, peu à peu elle deviendra l'aflaire de commerQMits suspects ou d'agents infidèles, el retombera bientôt, à mesure que la surveilUnce et l'opinion s'endormiront, dans les anciens procédés de la traite. Pas de règlement assez minutieux, pas de protection assez forte, pas d'intersention de l'État assez sûre, lorsqu'il s-'agit d'un contrat passé sous l'équateur, loin de la justice et des notaires, c<mb-at qui con»8te dans quelques mots adressés pendant quelques minutes par un interprète intéressé à • un captif ignorant et terrifié, lesquels décident de la vie d'un malheureux qui change de mains sans se douter seulement qu'il change de sort.
En résumé:
V L'engag«nent des noirs en étal de liberté préalable me semble parfaitement légitime; seul«Tient cette voie est lente el insuffisante.
2° L'engagement par rachat préalable est à l'abri de tout reproche de la part de ceux qui engagent après avoir alïranchi, mais de la part de ceux qui pi-enncnt et qui vendent, il ressemble absolument à la traite ; le noir est
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engagé librement, mais il n'est pas amené librement à
la côte.
5° La surveillance, organiste pour réprimer les abus, est loyale et pénible, mais inefBcaee. Des faits nombreui et horribles le prouvent.
J'ai confiance dans ceux qui rachètent, j'honore, j'admire ceux qui iwveiltent ; mais je me défie de ceux qui Iraïuportent ; je suis convaincu de la barbarie de ceux quivendeiU;\'a\ des doutes sur le consentwnent de ceux qu'on venti; je crois peu au rapatriement.,
' Ces motifss^ieux et ces scrupules trop fondés ont inspiré la lettre adressée par l'Empereur, en 1858, an prince chargé de la direction des colonies :
1 Saint-eioud, le ») odolne 1^8.
a Uon clier Cousin, je désire vivement qu'au moment même ou le ditTérend avec le Portugal, à piopos du Charles-Georges, vient de se termiaer, la questien.de l'engagement des travailleurs libres pris sur la côte d'Afrique soit définitivement examinée et résotne d'après les vériUiUes principes du droit et de l'humaiiilé. J'ai reclamé énergiquemenl auprËR du Portugal la restitution du Charles-Georges, parce i|iie je maintiendrai toujours intacte l'iudi'pendance du drapeau national ; et il m'a fallu, dans cette circonstance, la conviction profonde de son bon droit pour risquer de rompre avec le roi de Portugal les felolioDs amicales que je me plaisà-enb^enir avec lui.
« Hais, quant au principe de l'engagement des noirs, mes idées sont loin d'être fixées. Si, en effet, des travaillein^ recrutés sur la cdie d'Afrique, n'ont pas de libre arbitre, et st cet enrôlement n'est aitire dwse qu'une traite déguisée, je n'en veux à aucun pris. Car re n'est pas moi qui protégerai nulle part des entreprises contraires au progrès, i l'humanité et à la civilisation.
« Je vous prie donc de recberdier la vérité avec le zèle et l'intdli-
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