III. — Pendant ce temps, qu'avait fait l'Église
Rien, dît-on. ËJoignée de la charité de ses commencements par un long usage de la puissance, déchirée par la réforme, partout inféodée aux gouvernemenls, elle laissa les rois signer, au nom de la Sainte-Trinité, des conventions pour la traite des noirs, elle endormit leurs scrupules en représentant la servitude comme un moyen de conversion, elle eut des évéques, des prêtres, des moines, possesseurs et vendeurs d'esclaves, elle a encore des théologiens qui défendent Tesclavage.
Je ne nie pas quelques-uns de ces malheurs; Dieu n'a pas rendu ses ministres inaccessibles aux vices de leur époque, mais je nie que ces fautes aient été sans contrepoids} je cherche la voix de l'Eglise ailleurs que dans l'exemple de ses derniers membres. Qu'est-ce qu'ont dit les papes? Qu'est-ce qu'ont fait les saints?
£n quatre siècles, quatre fois le saint-siége proteste solennellement '.
Le 7 octobre 1482, Pie II, an moment des premières découvertes des Portugais en Afrique, blâme avec véhémence les Portugais qui osent tenir en servitude des hommes semblables à eux.
Après ta découverte du nouveau monde, le 29 mai 1557, Paul III déclare « que c'est une invention du démon d'afSnner que les Indiens pouvaient être réduits en servitude, » flétrit la cupidité des Espagnols, et déclare a que les Indiens, comme tous les autres peuples, même ceux qui ne sont pas feffl/)îw^s,doiventjouirdeleur liberté
' V. BabnÈs, Wallon, et Van Bierïlîet.
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naturelle et de la propriélé de leurs biens ; que personne n'a le droil de les troubler ni de les inquiéter dans ce qu'ils tiennent de la main libérale de Dieu. Tout ce qui serait fait dans un sens contraire serait injuste et condamné par la loi divine et naturelle. »
Le 22 avril 1639, Urbain VIII défend « de priver les noirs de leur liberté, de les vendre, de les acbeter, de les enlever à leur patrie, à leurs femmes et à leurs enfants, et de les dépouiller de leurs propriétés. »
Benoit XIV, en 1741, répète aux évéques du Brésil les mêmes prohibitions '.
Si l'on vit des évéques, des prêtres et des laïques avoir des esclaves, on en vit d'autres se vendre' pour les affranchir. On eut l'incomparable douleur de lire à la porte des églises des affiches, qu'on ne peut citer sans pleurer et sans rougir : A l'issue de la hesse, il sera procédé à ta vente de telle né^esse, enceinte, avec ses enfants, etc. Mais on vit aussi des las Casas, des Claver, des Liebermann, des Jean de la Mennais, se vouer à la défense, à la conversion, ù l'instruction de ces pauvres créatures. On vit la doctrine chrétienne défigurée, et des prédicateurs et des monarques se féliciter d'arracher à la tyrannie et de rendre à la foi les Africains passant du sultan sanguinaire de leur pajs aux mains d^ négriers, comme si un crime pouvait excuser un crime. Mais on
* V. le inle il' Appendice.
*0n aiail vu, dès les temps primitifs, un sa'uil Grrgoire d'Arménie (que l'Ëglîse fêle le 1"' octobrt:), dont le père arail tué le roi Pusaron, se conliluor, pour eipier cette faute, escUre du fils de œ roi, et subir sans œuriiiurerles plus épouvantables tortures.
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436 LE CimiSTlAMSHE
ne pul pas étouffer sous ces coupables sophismes la pure voix de l'Évangile, on ne cessa pas un seul jour de répéter dans toutes les églises ce petit mol qui ne change pas : o Aimez votre prochain comme vousmême, n
Enfin, par une sorte de compensation, pendant que les souverains organisaient la vente des hommes, l'Église perpétuait et développait le rachat des captifs.
On ne connaît pas assez cette sublime entreprise.
Sur cette terre, séjour passager du bien et du mal, le même soleil de printemps fait lever le froment et germer l'ivraie, les mêmes progrès de l'art de la navigation prêtent, au commerce et aux découvertes , les mêmes facilités qu'à la piraterie, et, par une autre harmonie du monde moral, la même époque voit naitre le crime et l'expiation. A la fm du treizième siècle, les chrétiens renonçaient en tous lieux à l'esclavage, mais ils devenaient à leur tour captifs des marchands de Gênes ou de Venise, des Maures d'Espagne, des pirates d'Alger, de Tunis et du Maroc. Â ce moment une antique et sublime coutume de l'Ëglise reprit des développements nouveaux. Il avait été toujours interdît de vendre les vases sacrés, si ce n'est pour le rachat de» captifs. Saint Âmbroise avait légitimé cette touchante exception par d'éloquentes paroles : « Eh quoi ! vous ne vendriez pas les vases d'or, etvous laisseriez vendre les vases vivants du Seigneur? La véritable parure des sacrements, c'est la rédemption des captifs, omatus sa- (ramenlorvm redemptio captivorum eîï....Quelecalice rachète de l'ennemi celui que le sang a racheté du pé-
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elle.... Ce sang n'a pas rougi seulement le mêlai, maïs, par une impression de l'opération divine, il lui a en quelque sorte transmis une vertu rédemptrice. (LIt. U, ofT. ch. xxviii.) » Saint Paulin de Noie s'était donné en otage pour le fils d'une pauvre veuve. Deux saints, tous l(» deux français, tous les deux nés sur ces rivages de la Méditerranée que désolaient les pirates, Jean de Matha et Pierre Nolasqne, conçurentvers la même époque la penséedeseconsacreretde fonder un ordre spécial voué avec eux à la rédemption des esclaves chrétiens. L'un, de concertavecFélix de Valois, fonda en 1199 l'ordre des Trinitaires, que le peuple appela du nom de leur premier père, les Mathurim. L'autre ', aidé par Raymond de Pegnafort, institua en Espagne l'ordre de Notre-Dame de la Mercy (1218).
> Rien n'égale la beauté et la simplicité de la vie de Bainl Pierre Nolasque, telle qu'elle est racontée au BrêTiaire romain. Il étail noble et Français, des enTirons de Carcaesonne. Ifts son enfance, son cœur fui tout k la charité la plus tendre, et l'on raconte qu'un jour, pendant son sommeil, des abeilles Tinrent déposer leur miel sur ses lÈvres.' Retiré en Espagne pour fuir l'hérésie des Albigeois, la sainte Vierge lui .ipparut et lui manifesta combien il serait agréable !i son divin Fils que les chrétiens se dérouassent davantage a la rédemption de leurs frbres, esclaves des infidËles. Pierre, qui avait déjï dépensé tout ce qu'il possédait pour racheter des esclaves, se voue à la fondatioD d'un ordre, avec le concours de Raymond de Pegnafort et du roi Jacques d'Aragon, qui avaient eu au même moment la même inspiration d'en haut. Grégoire IX approuve le nouvel ordre, Jacques d'Aragon lui permet de porter sur son costume ses armes royales. Les religieux ajoutent aux trois vœux habituels le vœu de se donner eux-mêmes en otage aux païens, si c'est la condition du rachat de leurs frbres. Toute la chrétienté s'associe par ses aumânes i cet admirable apostolat. On assure que le bienheureux fondateur, plein d'ceuvres et de jours, demanda, quand, après avoir reçu les sacrements, il sentit la mort approcher, qu'on lui làt le psaume : ConfiUbor libi. Domine, in Wlo corde meo; h ce vei-set : HetUmptionem misit Dominus populo suO.Dieu acnvoyé la rédemption !i son peuple, il rendit l'ème.
Philippe-Auguste favorisa les TrinitaireSjJacquesd'Aragon les frères de la Mercy. Ces Ordres reçurent des évêques et des papes surtout les encouragements les plus solennels et les plus répétés. Approuvés par Innocent III (1198-1216) et par son neveu Grégoire IX {1227-1241) dès leur début, ils ne cessèrent d'être comblés des bénédictions de presque tous leurs successeurs, Alexandre lY (1254), Clément IV (1265), Nicolas Ilï (1277), NicolaalV (1288), Calixte 111(1457), Léon X (1515), Clément YII (1525),GlémentVIII(1601), Urbain VIII (1625), Alexandre VII (1655), et de plus nombreux encore. Cette protection dura aussi longtemps que l'œuvre même de ces deux ordres, qui agirent pendant six siècles, au milieu de difficultés incroyables. L'ordre de la Mercy avait, en 1655, rachetée Alger seulement plus de 12, 000 esclaves, et laissé en otage un grand nombre de ses membres' , fidè-
■ Il a élë publié un assez grand nombre de relations dea voyages des FrAres de h Ûercy et des Trinilaires. J'ai sous les jeiu cinq de ces relations, saroir :
1° Le Miroir de la charité dirétienm, ou relaliui du voyage que les religieux de l'ordre de Rotre-Danie de la Hei'cy du royaiJiae de France ont fait l'année dernière (16f)S) en la ville d'Alger, d'où ila ont ramené environ une centaine de chrétiens esclaves; par l'un des Pérès rédempteursdu mesne ordre. Ail, 1663.
'i' Kelation de ce qui s'est passé dans les trois voyages que tes religieux de l'ordre de Notre-Dame de la Mercy ont faits dans les Étals du roy de Maroc pour la rédemption des captifs en 1704, 1708 eH71S,par un des Pères députés pour la rédemption, de la congrégation de Paris, du même wdre, Paris, 1724.
î' Voyage pour la rédemption des captifs aui royaumes d'Alger et de Tunis, fait en 1720 par les pères François Comelin, Philémon de la Hotte et Joseph Bernard, de l'ordre de la Sainte-Trinité, dits Hathurina, Paris, 1721; suivi d'Entretiens sur la tradition de l'Église pour le soulagement ou le ntchat des captifs.
i' Relation en forme de journal du voiage pour la rédemption des captif»
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les h ce quatrième vœu solennel ajouté aux trois vœux de religion : In Saracenorum potestate in pignm, si necesse fuerit ad redemptionem Ckriiti fidelium detentns manebo. Les esclaves rachetés étaient raoïenés en France, par-
aui rojaumes de Maroc et d'Alger, pendant les années 1733, 1734 et 1735, p>r les pères Jean de la Faje, procureur général, Denis Hackar, Augustin d'Arcisas, Heur; le Roy, députés de l'ordre delà Samle-Trinité, dits Hathurins. Paris, 1726.
5' Voyage dans les Étals barbaresqnes de Maroc, Alger, Tunù et Tripoli^ ou Lettres d'un des captifs qui Tiennent d'être rachetés par MM. les chanoines réguliers delà Sainte-Trinité. Paris, 1785.
De ces cinq relations, la plus ancienne est à la fois la plus curieuse et la plus louchante.
Elle donne d'iotcre usants détails sur le passé de celte terre d'Alger que la France a prise i, son tour, non pour l'asseriir, mais pour la civiliser.
Elle fait surtout bien connaître les dilTicultés énormes de l'entreprise des jélés missionnaires. La première peine était de quêter une somme considérable. Au lieu de prendre librement une place conunode à jour fixe sur un paqu'ubot, il Mail obtenir l'autorisation du gouremeur de Provence, alors M. de Mercœur, et un saut-conduit de l'amiral, alors U. de Nucbèze, pub noliser une barque, faire assurer son aident aux taux de 4 pour 100, passer turmeraumoins trois jours et trois nuits, sile temps était favorable, et si les pïratesëlaient peu vigilants; S Alger, idioisir entre de nombreux esclaves suppliants, et des maîtres qui raufonnaicnt les acheteurs, payer 10 pour jOO i la douane pour entrer, payer le gouverneur, payer les fonctionnaires, payer le maître, payer les dettes de l'esclave, débourser ainsi une somme dont le prix de Tc^clave était à peine letiers, subir mille retards, éviter mille pièges, souvent demeurer en otage, ou si l'on pouvait enfin emmener ces pauvres chrétiens qui attendaient [heure du départ comme Us âmes du purgatoire en altendail la sortie (p. 143), payer encore la douane, puis braver une fois de phisla mer et les pirates, phis î craindre que la mer. Il se trouva des hommes dans l'Ëglise pour ùire ce métier pendant six cents ans.
Hais quelle tJKhe plus capaMe J'émouroir un cœur charitable et pieux! n liiut lire dans la rebtion de 106S, le tableau des supplications adressées aux Pères par les pauvres eaclares :
f Les Pères étant de retour en leur maison y trouvaient des deux ou trois cents esdaTOs; les uns apportaient des lettres pour leur faire voir qu'ils étaient recommandés par les prélats, et autres personnes d'autorité. Les autres alléguaient leur jeunesse, ^eprés1^ntant que leurs patrons usaient lantât
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4f0 LE CHRISTIANISME
couraient en procession les villes oà les rédempteurs avaient recueilli feur rançon, puis étaient rendus à leurs familles et à leur pays natal. Plusieurs fois les deui ordres avaient tenté ensemble, notamment en 1704, un rachat général de tous les captifs détenus à Alger ou au
de flatteries, tantôt de menaces pour leur Taire quitler la croyance de l'Eglise romaine et les rendre sectaires de Hahomel, et qu'ib les Eollieitaient ï d'aliommabli^s lubricités. Les autres montraient leurs eheveux blancs. Taisant instance i\ae durant qu'ils araient pu soulTrir les fatigues de l'esclavage, ils aTlient pris patience, mais qu'alors succombant sous le faix des années, et étant inhabiles au Iravail, on devait les mettre en repos en les retirant de TesclaTage. Vous eussiez tu venir des hommes demoven Sge qui demaa- (luient la liberté, non tant pour leur commodité particulière, que pour gagner la vie [i leurs Tcmmcs et à plusieurs petits enfants. Il jr avait des personnes de condition, ou de braves officiers qui Taisaient entendre que kurs talents étant cachés et leur qualité n'étant pas connue, on les aurait alors à bon marché, mais si l'on différait davanbge tout serait découTert, et qu'on ne les pourrait retirer qa\ graisse d'argent. Quelques-uns causaient une grande compassion, pleurant de ce que » l'on ne les rachetait dans trois jours il leui' fôudrait s'embarquer poui- aller faire la guerre contra les chrétiens. Il se présentait des ^milles entières, dont le mari portant la parole, priait que l'on rachetât sa femme ou son fils, ou qu'on le mit en liberté, afin d'aller en terre chrétienne procurer des aumônes pour les deux autres. Quelques chrétiens désintéressés donnaient ou prêtaient quelque argent pour partie du rachat des autres qu'ils connaissaient être plus maltraités. Enfin quelques C3pti& charitables ne venaient rien demander pour eux, mais ils se rendaient solliciteurs des autres, accompagnant des aveugles, des sourds, des boiteux, des estropiés et priant, que puisqu'on les pouvait acheter à hou marché, on ne les laissât pas périr dans la mistre. D'autres Taisaient leurs plaintes de ce qu'ils avaient affaire ï des patrons endiablés, qui ne leur laissaient pas un instant de repos, mais tantôt les assommaient de coups, tantôt les Taisùent crever sous les Iravaui , tantôt ne leur donnaient pas de quoi vivre, se contentant de les saouler d'injures. D'autres assuraient qu'étant sans cesse occupés k travailler aux montagnes, ils ue fréquentaient que les hommes plongés dans les vices les plus honteux ; qu'on ne leur parlait jamais d« Dieu ; qu'en six mois ils n'avaient pas la commodité d'entendre une messe, et qu'ï leur grand regret des quatre ou cinq années s'écoulaient sans qu'ils ' se pussent confesser une seule fois. 0 mon Dieu, n'est-il pas vrai que ces
D.nt.zedbïG0Oglc
Maroc ; mais ce fui seulement sous le roi Louis XVI que cetle belle œuTi-e fut accomplie par le rachat des derniers esclaves chrétiens, au nombre de 314, vers l'époque où ce grand et infortuné monarque abolissait les derniers restes île la servitude dans les domaines rojaux (1 779). Ëtrange contraste ! A ce moment, en Afrique, on achève «le racheter les esclaves; en Amérique, l'esclavage va prendre de lamentables développements; en Europe, Dieu suscite un mouvement d'opinion qui va gagner à jamais la cause desesclaves devant la conscience, et armer pour l'abolir les deux premières nations du monde. L'esprit de la Révolution française, au moins sur cette question, sut demeurer chrétien, et c'est pour-
pnivres escUies jugeront lant de ctirftiena qui abusent de Unt de belles commodités qu'ils ont d'aTincer â facilement les affaires de leur salut? *
Ce» pieux sentim^ils de» rédempteurs n^napiraient pas toujours les rachetés. Rien de ^us ridicule que les Lettrôi du captif racheté un siècle après, 1 7R5. H a été «éparé, avant de Tépouser, d"nne adorable Eugénie. Il écrit k son Tutur beau-père. L'éditeur a publié ces lettres pour inléretser la âmes sensibles en leur apprenant ktmaUuurt dun jeune et brave mtlttaire privé de toutes Us douceurs que lut promenaient Fkymen et fantour, et pour satisfaire le philosophe en lui faisant connaître un pays dont les particularités souvent singulières et bis^arres, ont droit de piquer sa curiosité. C'est à peine si, après des rédts plus ou moins sériaii, le captif rend grlces aui soini paternels qu'ont pour lui les chanoines de la Sainte- Trinité qui ont obtenu de notre Boi la permission de nous râteler. Quelle allégresse ressentiront ces vertueux rdigieux, lorsqu'ils verront Cépouse éperdue voler au-devant de son époux, etc. Tant il est vrai que l'homme est bon, et que la sensibiUlé de son cœur ne parait jamais mieux que dans ces grands spectacles. Ce jargon sent son époque; il a sa place marquée entre Rousseau et Robespierre. J'en \tui tirer une seule conclusion, c'esique pour se vouer ï la rédemption des captifs, les enfants de Pierre Nolasque et de Jean de Hatfaa avaient besoin d'uo autre attrait que la recoDnaîssance, d'une autre permission que celle duroi ; radieter des esclaces. c'est plaire i Dieu, une telle charité n'a pas d'.tutre explicalioD, ni d'autre riconipcnse.
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quoi il fut vainqueur. Qui commença, qui alluma celle flamme généreuse? Kn Angleterre, un chrétien pieux, William Wilberforce ; en France, ud prêtre, dont les fautes politiques et religieuses ne doivent pas effacer les bonnes actions, Henry Grégoire, depuis évêque de Tours, alors curé d'Embermesnil. En Angleterre, en France, ce sont les saint*, comme on les 'appelait à Londres, qui ont fait violence aux politiques. Philosophes, littérateurs, poètes, journalistes, diplomates, orateurs, tous les hommes qui parlent ou qui écrivent, ont leur part dans cette croisade. Pie Vil s'associa aux démarches qui amenèrent en 1814 l'abolition de la traite. Grégoire XVI écrivît la mémorable bulle du5dëcembrel839 qui la flétrit, la condamne, et, allant plus loin, défend en propres termes de dépouiller, de tourmenter, de réduire en servitude des créatures humaines.
En Amérique, en Hollande, en Espagne, le mouvement contre l'esclavage est encore, est de plus en plus un mouvement tout chrétien.
Sans doute, ni les protestants, ni les catholiques ne sont irréprochables. Il y a au Brésil des curés qui ont des enfants et des esclaves. Il y a aux États-Unis des nïinistres qui pratiquent le plus odieu2( esclavage. Il y a enfla des théologiens , soit catholiques, soit protestants, qui enseignent encore la légitimité de la servitude'.
' Ces tliùologien s se placent h un point de me purement abstrait et théorique; la plupart, en pratique, ont horreur de l'esclavage, et oe le tolèrent qu'en doctrine.
Les théologiens ont en général trois înclinationSt ils aiment l'absolu, la tradition, l'indulgence. Indulgents, ils hésitent beaucoup, distinguent, commentent, atant de déclarer que telle act:on est ud néché : ie les remercie
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D'aulres, plus nombreux, se laisenl, ne se croyant pas la mission d'attaquer dans les pays qu'ils évangélisent un système établi par la loi.
Mais l'immense majorité du clergé, suivie par l'immense majorité des croyants dans l'Église catholique et dans les communions dissidentes' appartient à la cause de l'abolition. En 1853, le concile de la province de Bordeaux, réunie à la Rochelle, et recevant pour la première fois dans son sein les évêques des colonies, a publiquement remercié Dieu « du bienfait de la liberté, accordé à tant d'hommes qui, bien que d'une couleur différente, sont nos frères en Adam et en Jésus-Christ.. .. , et qui étaient retenus dans un dur esclavage pour la
de cette dlGposilion n favorable \t la pauvre et fragile hiimanilë. Absolu^:, ils examinent chatjiie chose en'soi, in se, avant de la regarder au point dc^ vue pratique, etil leur arrive ainsi trËs-souvent de poser une ri'{[le générale, suivie aussitôt d'une eiBeption universelle. C'est ainsi qu'ils déclarent que l'esclavage est licite, quand son origine est légitime, sa pratique irréprochable, son but pur et religieux, l'esclavage d'un saint chez un saint, dans les liens de l'amour le plus tendre et le plus chrétien ; mais, conmie ces conditions ne se rencontrent jamais, cet esclavage idéal figure dans les livres, et l'esclavage réel tombe sous toutee les censures méritées par les fautes qu'il entraine. Enfin, adonnes au culte de la Iradilion, les théologiens sont particulièrement préoccupés de se rattacher à 1a ehaine du passé, et d'appujer leurs doctrines sur celles qui étaimt professées avant eui, dispo-* sition précieuse ou plutôt indispensable quand il s'agit de points de foi, dangereuse quand it s'agit de questions libres, dont la solution change, et subit un progrès. Ils enseignent sur l'esclavage ce que l'on enseignait hier ou avant-hier, ce qu'aucun prêtre ou hilque ne croit plus aujourd'hui. Ils enseignent que l'esclavage n'est pas illicite : 1° quand il vient d'une guerre légitime on d'une vente volontaire; 3° quand il respecte l'âme, le corps, la famille, l'instruction de l'esclave. Or, je défie qu'on me montre aujourd'hui dans toute la chrétienté un seul esclave qui soit un prisonnier de guerre ou un vendu volontaire, sans parier de la manière dont il est traité. • Les États-Unis en iièi, garM. Agéiwrde Gasparin, p. 120.
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444 LE CHRISTIANISHi:
perte de leurs âmes, » solennelle déclaration par laquelle l'Église de France, renouant la chaîne du passé, clol la liste des antiques conciles des premiers siècles, et prolonge jusqu'à nous l'écho de leur sainte voix.
On pourrait former comme un autre concile des hommes qui n'appartiennent pas à notre foi, et qui, cependant, déclarent d'une commune voix que l'abolition de l'esclavage est l'œuvre du christianisme. Ëcoutez les hommes, si divers d'opinion, que cette cause a le bonheur de réunir, un démocrate radical comme M. Schœlcher, un protestant ardent comme M. de GasparÎD, un catholique ferventcomme M.dcMontalembert, unlîbéral sincère comme M. le duc de Broglie ; écoutez Burke ou bien Pitt, Canning ou Stanley, Parker ouChanning, tous, ils invoquent l'Évangile. L'Évangile est la terreur des maîtres, il est l'espoir des esclaves, il est l'argument de leurs amis, il est l'appui des législateurs, il est la source, il est la lumière de l'opinion.
Il faut entendre surtout les appels que l'on adresse à la religion, dès qu'on sort des discours pour mettre la main à l'œuvre. On ne la nomme pas dans les décrets, on ne l'appelle pas dans lesassemblées, mais on la charge du succès. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, on revient droit ou par des détours au christianisme, comme à l'instituteur de la liberté humaine. Les législateurs qui ne lui disent pas d'abord : « Éclairez-nous! » lui diront bientôt : « Aidez-nous! »
Ainsi, lechristianisme explique au philosophe la cause du mai, il inspire à l'écrivain le désir de le combattre, il fournit â l'homme d'État les moyens de le détruire
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sans danger. On n'a pas aboli l'esclavage avant Itii, on ne l'abolit pas en dehors de lui, on ne l'abolira pas sans lui. Avantlasuppressiondel'esclavage, il réhabilite le travail, il affirme l'égalité, il prescrit la charité et la justice, il adoucit le maître, il élève l'esclave, il attendrit la loi. Après l'abolilion de l'esclavage, il corrige l'esclave de la paresse et de l'envie, il fonde pour lui l'église, il fonde l'école, il fonde l'hospice, et s'il n'établit ni la prison ni le tribunal, il visite le prisonnier, et il inspire le juge.
L'histotredu présent, l'histoire du passé unissent leurs clartés. Les hommes ont à choisir.
Les yeux sur l'Amérique, ils sont au moment de contempler l'abolition de l'esclavage, remises aux mains sanglantes de la violence.
Les yeux sur l'histoire, il leur est donné de suivre l'extinction pacifique et graduelle de ce fléau, par la main douce et forte de celui qui a racheté les pécheurs, relevé les faibles et délivré les captifs, Notre-Seigneur Jésus-Christ.
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