‹ L'abolition de l'esclavage (volume 4)Chapitre 50 sur 56 · BENOIT XIV, PAPE · texte numérisé non relu

BENOIT XIV, PAPE

Vénérables frères, salut et bénédiction apostolique.

L'immense clia ri té dupiincedes pasteurs, Jésus-Christ, qui est venu communiquer aux hommes une vie plus abondante et se livrer lui ■ même comme victime pour le salut d'un grand nombre, nous enflamme aussi, nous, son indigne représentant sur la terre, d'un désir ardent de donner notre vie à son exemple, non- seule ment pour ses fidèles serviteurs, mais encore pour tous les hommes sans exception. Le gouvernement général de l'Église catholique, imposé â notre faiblesse, uous contraint, il est vrai, d'occuper et de diriger dans la ville même de Rome, selon l'usage et les règlements de nos pères, ce saint-siége apostolique vers lequel on accourt tous les jours de toutes parts, pour j Teiller d'un œil plus attenUf aux affaires de la république chrétienne, et apporter à ses maux un remède plus importun et plus salutaire. Il nous est refusé de voler vers ces contrées lointaines et dispersées, et

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d'yprodiguerâdesAmesracheléesdiiprécieux sangdcJcsus-Cliristtous les soii)s de noire ministère, noire sang même, si Dieu Hccordait celte gràieà nosditirs. Cepenclimt,comnie nous ne voulons pas qu'une seule (le loiiles )es nations qui sont sous le ciel ait à se plaindre d'être oubliée )>ar la prévoyance, l'autoi'ité et la bienfaisance apostolique, nous vous appelons, ô vénérables frères, vous que s'est adjoint ce même siège pour cultiver en commun la vigne du Dieu des armées, â partager noire sollicitude et notre vigilance, aGn que, votre lâche devenant de Jour cil jour pins facile et plus fructueuse, vous retiipi»-t)L-z à la fin la couronne d'imniortalité destinée i ceux qui iiuroiit vaillamment combattu.

Or aucun de vous n'ignore tout ce qu'ont entrepris pour la religion nos pi-édécesseursetles princes catholique:, lidtJesetdévonésàlacause < hrélienue, les travaux qu'ils ont supportés, les sacriQces qu'ils se sont imixiséi d'un cœur lilnx et généreux ; pour envoyer à des hommes errai.t dans les ténèbres et siégeant à l'ombre delà mort, de saints ouvj-iers dont les bons exemples et les salutaires prédications concoiinis- S.'iil, avec les secours et les dons de la piété, à faii-c luire dans ces tontrées le Oambeau de la foi ortlioiloxe et à les introduire à h coniiai>sance de la vérité. Vous cjnnaissez aussi sans doute les bienfaits, les grâces, les faveurs, les privilèges qu'il:^ accordent encore aujourd'hui, aGn que cet appât les gagne à U religion catholique, et que jtergévérant dans cette vole, ils arrivent au salut par les bonnes œuvres de fa charité.

De quelle amèrc douleur n'a donc pas êlé percé notre cœur paternel lorsque, relisant les sages conseils des pontifes romains, nos prédécesseurs, et leurs constitntions qui ordonnaient sons les peines les plus graves, non de faire subir aux infidèles les outrages, les mauvais traitements, le poids des chaînes, la mort même, mais de leur accorder seconrs, protection et laveur, nous avons appris qu'encore aujourd'hui, rfes hommes gui se disent chrétiens {et cela arrive principalement âans les provincex du Brésil) oublient les sentiments de charité répandus dam nos cœu) s par le Saint-Esprit, à cepointderéduire eu servitude les malheureux Indiens, les peuples des côtes orientales el ocâiieiilales du Urésit et des autres régions. Us confondent

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(laiii leur barbarie et ceux qui sanlprivésdesliiini^es delà foi et ccui qiti sont régénérée ians \esez\it^àah3ftëmc. Bienphis, il les vendent comme de vils troupeaux d'esclaves, les dépoaiUent de leurs biens, et l'inhumanité qu'ils déployent contre eiix est la piincipale cause qui les détoumeTU d'employer la foi de Jésut-Christ, en ne la leur faisant envisager qu'avec horreur.

Désirant porter remède à ces maui, autant que nous le pouvMis, avec le ^efoiirs de Dieu, nous nous sommes empressé d'exciter d'abord l'ardente piélé de notre li-ès-clier fils eu Jésns-Clirjst, Jean, illustre roi de Portugid et des Algarves, et de faire appel à soii zèle pour la pro|)agation de la foi. Avec ce respect filial pour nous et le saint^i^e, q:ii le distingue, il nous a promis de mnndcr sur-le-etiamp i tons les officiers et k tous leâ ministres de se^ États de frapper des peines les plus sevci'es, Gotiformênient aux édits ropux, celui de ses sujets qui serait convaincu d'en agir avec les Indiens autrement que ne l'exigent la douceur et la charité clirétieune.

Nous prions ensuite Vos Fraternités et les exhortons dans le Seigneur \ ne pas tolérer, au détriment de votre nom et vctre dignité, le n:otii- . dre relâchement dans la vigilance et la sollicitude de votre ministère, que réclament de vous tes drcoiislances présentes, unissant même vos efforti à ceux des ministres du roi, prouvez à tous combien le zè!e de la charité, brillant dans le prêtre pasteur des âmes, est puissant et plus eflicace que les travaux des ministres séculiers pour procurer le bonheur des Indiens en les amenant à la vraie foi.

De plus, par la teneur de la présente, nous renouvebns et conGriiKHis de notre autorité npostolique les lettres apostoliques envoyées en forme debrefle 2S mai 1537 par le pape Paul III, notre prédécesseur, d'heureuse mànoire, à Jean, alors archevêque de Tolède et cardinal de la saiutfi Église romaine , et celles que le pape Urbain VIII, également notre prédécesseur, de mémoire plus récente, a adressées, le 2'2 avril 1659, au défenseur des droits et collecteur général des tributs de la chambre apostolique. Marchant sur les traces de nos prédécesseurs Paul et Urbain, et voulant réprimer les tentatives impies de ces hommes qui, bi^ loin d'attirer comme ils le devraient par tous les procédés de la diarité chrétienne les infidèles à embrasser la vraie

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foi, les en déloumeut el les en éloignent par des actes d'inhumanité, nous recommandons à Vos Fralernilés et en votre persoime à vos futurs successeurs, de publier el d'afficher par vous-mêmes ou par d'autres les ûdils rovanx, tant dans les provinces du Paraguay et du Bréiiil, qui s'étendent jusqu'au fleuve de la Plata, que dans les autres pays et Ueux situés dans les Indes occidentales et méridionales. Nous voulons qu'on en presse l'eïécution au moyen d'une force efficace et que tous concourent à les faire observer, d'une part, avec les ecclésiastiques, les séculiers eux-mêmes de tout état, detoutseie, de toute condition, de toute dignité, surtout ceux qui jouissent de quelque antorité et considération; de l'autre, tous les ordres, congrégations, sociétés, celle de Jésus en particulier, tous les instituts de mendiants et non mendiants, de moines, de réguliers, les ordres militaires, spécialement les frères hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Toute contravention à cesrêglements sera, par le fait même , frappée d'une excommunication latx sententise, qui ne pourra être levée , sauf à l'article de la mort et après une satisfaction pi-éalable, que par nous-même ou dans la suite du temps, par lepontile romain alors existant, afin qu'à l'avenir personne ne soit assez audacieux pour réduire lesdils Indiens en . esclavage, les vendre, les acheter , les échanger, les donner, les séparer de leurs femmes à de leurs enfants, les dépouiller de leurs biens, les changer de lieuxou de pays, les priver enftn,par quelque voie que ce soit de leur liberté, et les retenir en servitude ou |K>ur secouder ceux qui en agissent ainsi, en les autorisant par l'enseignement et la prédication, en les aidant sous mille faux prétextes, de conseils, de protection, de secours ou de tout autre coopération. Pour mettre fin à tous ces désordres, nous vous enjoignons de pmiir d'excommunication tous les contrevenants rebelles, qui n'obéiront pas à chacun de vous sur tous ces points, de mettre en ceuvj^, de votre clief, les auti-es censures et peines ecclésiastiques et tous les remèdes de droit et de fait qui vous sembleront opportuns, afin de maintenir dans ces mesures un certain ordre, en redoublant ces peines et ces censures et recourant s'il le faut an bras séculier. Et nous accordons à chacun de TOUS et de vos futurs successerirs le plein et entier pouvoir d'agir en conséquence.

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BULLE DU PAPE GRÉGOmE XVI.

[3 norembre 1839.)

« Élevé au suprême degi-é de la dignité aposlolii[ue, el remplissant, quoique sans aucun mérite de notre paît, la place de Jésus-CbrJst, Fils de Dieu, qui, par l'excès de sa charité, a daigné se faire homme et mourir pour la rédemption du monde, nous estimons qu'il appartient à notre sollicitude pastor.de de faire tous nos efforts pour éloigner les chrétiens du commerce qui se Ëiit des noirs et d'autres hommes quels qu'ils puissent être.

« Aussitôt que la lumière évangélique commença à se répandre, les infortunés qui tombaient dans le pins dur esdavHge, au milieu des guerres si nombreuses de cette époque, sentirent leur condition s'améliorer; car les apôtres, inspirés par l'esprit de Dieu, enseignaient d'un côté aux esclaves à obéir à leurs maîtres temporels comme à Jésus-Christ lui-même, et à se résigner du fond du cœur à la volonté de Dieu ; mais, d'un autre côté, ils commandaient aux maîtres de se montrer bons envers leurs esclaves, de leur accorder ce qui était juste et équitable, et de ne point les traiter avec colère, sadiant que le Seigneur des uns et des autres est dans le ciel, et qu'aupr^ de lui il n'y :i point acception de personnes.

1 Bientôt la loi de l'Ëvangile établissant d'une manière universelle et fondamentale la charité sincère envers tous, et )e Seigneur Jésus ajaut dédaré qu'il regarderait comme faits ou refusés à lui-même tous les actes de bienfaisance et de miséricorde qui seraient faits ou déniés aui pauvres et aux petits, il s'ensuivit naturellement que les clirétiens, non-seulement regardaient comme des frères leurs esclaves, surtout quand ceux-ci étaient devenus chrétiens, mais qu'ils étaient devenus plus enclins à donner la hberté à ceux qui s'enrendaient dignes; ce qui avait coutume d'être accompli particulièrement aux fêtes solennelles

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(le Pâques, ainsi que le rapporte saiiil Grégoire de Nysse. Il s'en trouva mêine qui, enflammés d'uue clinrilé plus ardente, se jetèrent dans les chaînes pour racheter leurs fières, et un lioiume apoâloliquc, iioti'e pi'édéeesseur, le pnpe Clament I", de très-sainic mémoire, atteste en avoir connu un graud nombre qui Gfent celte œuvre de miséricoide. C'est pourquoi les ténèbres des superstitions païennes s'étaiil entièrement dissi|>ées arec les progrès des tem| s, et les mœurs des peuples les plus barbares s'étant adoucies, grâce au btenlait de lu Ici opérant par la cbarité, les cliores en sont venues à ce point que depuis plusieurs -siècles il n'y a plus d'esclaves chez la plupart des nations chrétiennes.

« Toutefois, c'est avec une profonde douleur que noits le disons, on a vu depuis, même parmi des chrétiens, des iwmmes qui, Iwnteusement avetuflés par le désir d'un gain sordide, n'ont point hésilè à rfdtiire en serviludg, sur des terres éloignées, les Indiens, les noirs et d'autres jnalheareuses races; ou bien à uider à cet indigne forfait en instituant et oi^nisant le Irdfîc de ces iurortuués, que d'autres avaient chargés de chaînes. Un grand nombre de pontifes romains, nos piédécesseurs de glorieuse mémoire, n'oublièrent point de réprimander, selon toute l'étendue de leur charge, la conduite de ces hommes comme opposée à leur salut el flétrissante pour le nom chrétien; car ils voyaient bien que c'était là une des causes qui retenaient le plus fortement les natiotis injidéles dans leur haine contre la vraie religion.

«C'est à celle fin que tiiKlentles lettres apostoliques de Paul 111, du 29 mai 1537, adressées au cardinal archevêque de Tolède, sous l'anneau du pêcheur, et d'autres lettres beaucoup plus amples d'Urbain VlU, du 22 avril 1659, adressées au collecteur des droits de la chambre apostolique dans le Portugal, lettre où les plus graves ïcproches sont dirigés contre ceuï qui osent réduire en esclavage les habitants de l'Inde occidentale ou méridionale, les vendre, les acheter, les échanger, les donner, les séparer de leurs femmes et de leiu^ enfants, les dépouiller de leurs biens, les emmener ou les envoyer e>i des iieuï étrangers, ou les privei-, de quelque manière que ce soit, de leur liberté; les retenir en servitude, ou bien prêter aide, conseil, secours

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APPENDICt;. S2fl

vi fiiveur i ceux qui font ces choses sous quelque couleur ou préleite que ce soit ; ou encore prêcher, eoBeigner que cela est licite, et enfin ï coopérer en quelque façon que ce puisse être. Benoit XIV confirma tlepuis et renouvela ces prescriplitHis pontificales, déjà mentionnées par de noQvelies lettres apostoliques aui évéques du Brésil et de quelques autres régious, en date du 20 décembre 1 741 , au moyen desquelles il excite, dans le même but, la sollicitude de ces évéques.

a Longtemps auparavant, un antre de i>os prédécesseurs plus aiicteii, Pie II, dont le pontificat vit l'empire des Portugais s'étendre etiGuinée et dans le pays des nègres , adressa des lettres , en date du 7 octobre 1462, à l'évéque de Ruvo, prêt à parlir pour ces contrées ; dans ces lettres il ne se bornait pas à donner au prélat les pouvoirs convenables pour exercer dans ces contrées le saint ministère avec le plus grand fruit, mais il y prenait occasion de Uâmer très-sévèrement les chrétiens qui réduisaient les néophytes en esclavage. Enfin, de nos jours, Pie VII, animé du même e^rit de charité et de religion que ses prédécesseurs, interposa avec zèle ses bons offices auprès des hommes puissants pour faire cesser entièrement la traite des noirs parmi les chrétiens.

« Ces prescriptions et cette sollicitude de nos prédécesseurs n'ont pas peu servi, avec l'aide de Dieu, â défendre les Indiens et les autres peuples que nous venrâis de nommer, contre la barbarie des conquâles et contre la cupidité des marchands chrétiens ; mais il s'en faut bien encore que le saint-siége puisse se l'éjouir du plein succès de ses efforts et de son zèle, puisque, si la traite des noirs a été en partie abolie, elle est encore exercée par un (j'rand nombre de chrétiens. C'est pourquoi, afin d'écarter un tel opprobre de toutes les contrées chrélicnnes, après en avoir mûrement traité avec plusieurs de nos Vénérables Frères, les cardinaux de la sainte Église romaine, réunis en conseil, suivant les traces de nos prédécesseurs, en vertu de l'autorité atustolique, nous avertissons et admonestons avec force, dans le Seigneur, tous les dirétiens, de quelque condition qu'ils puissent être, et leur enjoignons que nul n'ose à l'avenir vexer injtistement les Indiens, les nègres ou antres hommes , quels qu'ils soient, les déf/ouiUer de leur bien ou les réduire en servitude, ou prêter aide et faveur à ceax qui se 11. S4

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530 L'ESCLAVAGt.

livrent à de tels excès, ou exercer ce trafic iiiliiuiiaiii pur lequel le;lUMM, Goaune s'ils n'étaieut pas des hommes , mais de vénlables et impurs animaur, réi.tuiU comme eux en servitude, sans aucune distinctiou, contre les droits de la justice et de l'humanité, sont achetés, tendus et dévoués à soutVrir les plus durs travaux, et à l'occasion duquel les dissentiments sont excités, des guerres presque incessantes fomentées chez les peuples par l'appât du gain proposé aux premiers ravisseurs de nègres.

« C'est pourquoi, eu vertu de l'autorité apostolique, nous l'épi-uuvons toutes les dioses susdites, comme ab<dument indignes du nom chrétien, et par la même autorité, nous prohibons ab^tlumeut et nous iiiterdisonsà lous, ecclésiastiques ou laïques, d'oser soutenirc(Hnme{)er mis ce commeiH» des noirs, sous quelque pi'étexte ou couleur que eu soit, ou de prêcher, ou euseigner en public ou eu jiarticulier, di iiière ou d'autre, quelque chose de contraiie à ces Lettres apostoliques.

M Et afin i{ue CCS Lictti'cs parviennent à la connaissance de tout monde, et qu'aucun ne puisse prétexter ignorance, nous décrétons et ordonnons qu'elles soient publiées et alfidices selon l'usage, pur un de nos olUcierâ, aux portes de la basilique du prince îles apôlies, de la cliancellerie apostolique, du palais de Justice, du Mo!it-Giloi'io et au Champ de Flore.

« Donnéà Rome, ùSaiiite-Mariu-Majeurc,sous le sceau du Pécheur, lo 5 novembre )831t, la neuvième année de notre pontificat.

Contresigné : i Louis, cardinal L^hdbuschim. i-

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