‹ L'abolition de l'esclavage (volume 4)Chapitre 49 sur 56 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DE 1,'eIËCOTIOM et De L1 RÉVISION

Art. 33. — Les règlements et 'arrêtés que demande l'exécution Lie cette loi émanent de nous, ou, pour nous, du gouverneur de Surilam, sous notre prochaine approbation.

Art. 34. — Cette loi sera revisée aussitôt que l'état social des es-

fbïGooglc

claves alîmiidiis le permettra, et, au plus tan), dix ausaprèâ m publication dans la caloiiie de Surinam.

Art. 35. — 11 sera présente tous les ans nui élals généraux un rapport détaillé sur les mesures qui ont été prises pour l'exécution de cette loi, et sur l'état des esclaves afTranchis.

AflT. 36. — Le gouverneur de Surinam est autorisé ù faire rester les esclaves afïranchis sur les plantages où ils se trouvaient lors de la publication de cette loi, sous salaire convenable, d'y faire la moîssm sur pied et les travaux auxquels elle donne lieu.

Art. 57. — Le gouverneur de Surinam est autorisé à prendre, pour l'exécution de cette loi, suivant que la nécessité pourra s'en faire sentir, des mesures extraordinaires, afin d'y nuiinlenir l'ordre et la tranquillité.

Les résolutions prises à cet effet seront envoyées le plus pmnptement possible avec leurs motifs au département des colonies, et communiquées aux états généraux.

Abt. 38. — ^ La [iréseiite loi est publiée par son insertion dans la feuille du gouvernement {(iouvernements-blad) de la colonie de Surinam.

De plus, le contenu est, par les soins du gouverneur de Surinam, communiqué, autant que poislUe, de vive voix aux esclaves, avec éclaircissements sur son but et sa tendance.

(Uv. V, p. 18B.!

L'ESPAGNE A SAINT-DOHINGUE;.

A la laveur de la crise des États-Unis, le gouvernement espagnol vient d'accepter l'annexion à l'Espagne de la parlie de l'ile d'Haïti ou deSnint-Domingueque cette monarchie possédait autrefois. Le président de cette république, le général Santana, par une adresse du i% mars

fbïGoogIc

i Sfil , reniisu au capitaine-général de l'île de Cuba, a £iit poi-venir les

vŒui de lu {lopulatiou à la œiiie qui les a reçus et rattliés par un dê-

nt!t du 19 mars 1861, réincorporant ainsi à la monarchie la pre-

niière Ile de l'Amérique centrale dont l'immortel Colomb ait pris

possession.

Cet événement est heureux. A la séparation, les Itabitanis ont àù l'abolitiffli de l'esclavage, mais, en proie à de continuelles agitations, ib ne pouvaient trouver que dans l'union à une grande puissance européenne la paix et ta civilisation. La liberté n'est pas menacée. L'exposé, qui précède le décret, déclare que l'e^lavage, appelé scandaleusement par le maréchal O'Donnell la plaie indispensable des autres colonies, n'est aucunement nécessaire à l'exploitation de ce lerritoire fertile, et affirme que le gouvernement ne songera jamais à l'y rétablir. S'il en est ainsi, le problème de ta colonisation des terres tropicale sera résolu sur ce point du monde ; sans la race blauclie, pas de progi'is ; sans la race noire, pas de travail ; avec l'esclavage, abaissonent de toutes deux, corruption, scandale, puis ruine ou guerre . de la coexistence des deux races et de leurs libres et bons rapports commence la véritable fondation des colonies. L'Espagne sera conduite i affranchir les esclaves à Cuba et à Porto-Rico, jusque-là menacée au dedans et au dehors. Maîtresse de ces trois perles du golfe du Mexique, voisine du Mexique lui-même, gardienne du futur canal de Panama, l'Espngue verra renaître sa grandeur coloniale, et pourra devenir l'heureuse bienfaitrice de quelques-unes des magnifiques régions dont le Créateur lui Gt don, et qu'elle a corrompues, ensanglantées, puis perdues, après les avoir découvertes. '

(V. le très-curieux article de M. Lepelletier de Saint-Hemj : Saint- Domingue et les nouveaux interdis maritimes de l'Espagne, Hevw des deux-Mondes, dn i" juin 1861.)

fbïGoogIc

ENTRE LE ÏAIDT-SIÉGE ET lA HÉPCBLIQOE DH

[| eït lies (eri'c$, admiiubles pr le climaL, le sol et in situation, dont riii'loii'e ne paile qn'une fois pur siècle et jHiur ni dire peu de chose et surtout )«)i de bien. 1.3 grande tle d'Haïti, l'une des plus vastes et des plus fertiles du globe, esL du nombre de ces terres. Que fût-elle depuis la création jus(|u'i la fin du (piinzième siècle de nolie freîNoDs l'ignorons. Puis l'histoùe nous upprcnd que l'inuiorlel Colomb la découvre eu 1492 et la nomme Hispaniola, que les Espa- (jtiols, par d'horribles massacres, exterminent les indigènes, que deux cenli ans après (1697), la France s'v établit; qu'à l'ombre de notre drapeju, une poignée de Français s'y enridiit par le travail de misérables esclaves; que ceut ans plus tai-il {1791), un nouveau massacre, comme s'il venait venger le prcnuei', chasse les Français, qui s'obstinent à reprendre sans succès cette terre où ta Bèrre s'unit ï la haine pour leur résister ; qu'un gouvernement grossier, mais libre, s'installe en6n , que, d'un homme remaïquable, Toussaint Louverlure, iltombedegêDéranx en présidents, de présidents en empereur, d'empereur en président, en sorte que l'ile d'Haïti compte ses années par SCS révolutions, et toujours indépendante, jamais paisible, elle est récemment passéti entre les mains plus intelligentes d'un président nouveau.

En France, où l'indemnité payée aux anciens colons n'est pas encore enljèrement scJdée, où les pelits-lîls des po^esseurs massacrés vivent encore, où les compagnons d'armes du général Lederc ont leurs héritiers, le nom de Saint-Domingue ne rappelle que les plus tristes souvenirs. On a longtemps exploité ces souvenij s contre l'abolition de l'esdavage, quoique ce lieu commun soit une double erreur.

Les troubles de Saint-Domingue eurent pour cause le refus des blancs libree de reconnaître des droits aux mulâtres libres; ces troubles n. 35

fbïGoogIc

Éclatèrent en 1791,1792,1795; or ce n'est qu'en 1794que l'escla-. \age fut aboli par la Convention. Ce préjugé des blancs contre les gens de couleur, qu 'était-il donc sinon un résultai de l'esclavage? A quelle flamme aussi s'alluma In haine des noirs, quaud elle fit e^cplosion? Aux souvenirs de l'esclavage, à la frajeur d'y retomber. Est-ce que les blancs avaient répandu autour d'eux le bonlieur, l'amour, les lumières? Après un siècle, beaucoup de sucre oudecafé s'était vendu, de grosses fortunes, obérées de plus grosses dettes, s'étaient acquises; de trh-belles cultures avaient été exploitées; mais quels progrès avaient fails, sauf dans quelques habitations exceplionnelles, l'instnio fioii, la rëigion, la moralité ? Les noirs ont rendu en coups de couteau ce que leurs pères avaient reçu en coups de fouet, la force s'est vengée de la force, et tant d'Iiorrcnrs ont accusé l'esclavage, en souillant la liberté.

On dit : «Voyez ce que les noirs ont fait de la terre. » Je réponds : f Dites-moi ce quelesbtancsavaient faildelarace.it Je conviens que» sans les blancs, les noirs n'ont guère profité des dons du Créateur. Qu'en auraient fait les blancs, si on leur avait rendu leurs propriétés sans les noirs !

On exagère d'ailleurs la situation. Haïti porte une société paresseuse, grossière, inférieure, mais cependant c'est une société, avec des lois, des impôts, une armée, un gouvernement. Auparavant, c'était un atelier de discipline, recruté par la traite, eicploilé par la cupidité, gardé par la peur. Lorsque l'indépendance de l'ile fut reconnue par la France, en I S26, M. Humann prononça ces belles paroles :

I Un jour', les descendants et les héritiers des conquérants de Saint- Domingne,ïoyanls'élendre et disparaître la population conquise, s'avisèrent d'aller chercher, k piix d'argent, sur une (erre étrangère une race sauvage, mais robuste, capable de supporter, sous le soleil des tropiques, les fatigues de la culture et de servir utilement l'avarice de ses maîtres. La destinée de ces esclaves était de travailler sans relâche et de mourir. Le préjugé proscrivait leur couleur, la science

• 10 man IS'26, {Moniteur, p. 'Wl.) sur l'ordonnance dn 11 «vriMSSS, qui l'indépendince de Siiat-Domingue.

fbïGoogIc

leur disputait la raison commune ; on aiTecUit de les croire nu-dessous de l'humanité pour excuser les faljgues excessives et les traitements impitoyables qu'on leur prodiguait. Qui ne croirait qu'un lel état de choses ne dût fonder une dominationsans bornes et sans fin? Hé hienl messieurs, le contraire est arrivé, et, ici, il faut reconnaSlrc, la main de cette puissance supérieure, qui ne laisse jamais outrager impunément la nature humaine, et qui, du mal même, sait tirer sa réparation,

f Par un reste de pudeur, à ces êtres dépravés on enseigna le diristianisme. La nécessité les avait formés au travail, et voili qu'au bout de quelques siècles le travail et le christianisme les ont relevés et régéaérés; le travail et le christianisme ont fait des hommes là où l'opinion n'en voyait pas, et quand le temps marqué fut veim, de la traite des noirs est sortie la république de flaïli.

« Ce que la Providence avait fuit, le roi de France l'a reconnu. Français et chrétien, j'en remercie lertnet j'en félicite la France, i

Qu'est devenu le travail, qu'est devenu le christianisme? Un rapprochement curieux montre que le travail n'est pas, comme on le prétend, anéanti. C'est â peu prés à la même époque, sous la Iteslauration, que la France consentit à l' in dépendance d'Haïti et contribua à l'indépendance de la Grèce. Qu'on ouvre le Tableau général du commerce de la France en 1858, et l'on verra que le cliirTre des imiportations en France est pour la Grèce (p. 58). 4,523,069 fr. pour Haïti {p. 62) 12,603, l&O fr.

Ces chiffres sont assurément bien au-dessous de ceux qui représentaient avant 1790 les produits de l'ile. H faut Aoaa travailler à un progrès dans l'avenir, mais sans retour vers le passé. Nous avons sous les jeux les vicœdes noirs; autrefois nous avions paiement les vices des noii's et de plus les vices des blancs.

Le christianisme était-il fort répandu avant 1 791 ? Assurément non ; dans tous les pjs à esclaves, mal enseigné par un clergé inévitablement corrompu, il ne pénètre pas profondément les âmes, il fait quelques saints, beaucoup d'hypocrites, une masse de superstitieux oti d'indifférents. La religion veut des âmes libres. Comment cette religion sans racines aurait-elle pu se maintenir pendant les massacre?,

fbïGoogIc

51« lESCLAVAGE.

au milieu des ruines, <lans une TËritabIc dfcompoEition Eociale, sous

des cliek comme Dessili nés, Pétion on Christophe?

Cependant les noirs, cjii'elle avait consdés, et qui aiment le culte cat))oliquc, ne s'en dêlaclièrent jamais tout à fait. En même teoips, le saint-^iége n'abandonna pas un seul jour celte terre infortunée. Le pape Léon \ll, par une bulle de juillet 1 826, lâche d'j réoi^ni^er le culte religieux. En 1834, Hgr Englund, évéque de Charlcslon, y est envoyé comme légat apostolique. En 1843, le souverain pontife fail partir Mgr Rosali, qui pose les bases d'un concordat négocié ;ivcc le président fiojer. Hgr ftosati obtient le concours de la congrégation du Saint-Cœur de Marie, et le vénérable supérieur, H. Lit>ermanu, envoie M. Tisserant, dont une bienveillante communication m'a lait conniiitre lu touchante coriespondance.

Pendant vingt ans, tous les efforts avaient échoué contre deux obstacles insurmontables, la mauvaise foi da gouvcrneroenl, la tcrniption du clergé. Il reslaît en effet à Saint-Domingue des prêtres scandaleux au sein d'une pnpulalion ignorante, mais Irés-disposée it la religion, si la l'cligion eût été autrement représentée. Corruptio optimi pessima. Que faire avec des prêtres dont l'un GnissuJt un sermon par ces mots : Vive la stmverainelé nationale, vive le beati sexe ! Pour oser concevoir la pensée de convertir à la foi de tels paslenr:^ et de tels Adéles, il fiilluit un saini . Tel fui M. Tîsserant, dont l'histoire touchante semble faite pour présenter, en regard des iiorreurs auxquelles la nature humaine s'abai'se, le spectade de la suhlimilé qu'elle atteint

Il y avait au séminaire de Saint-Sulpicc, peu api'ès 1830, trois jeunes g»)s, un créole de Bourbon, un créole de Maurice, un créole de Saint-Domingue. 11^ se confièrent la résolution de se vouer i l'cvangélisiilion des noirs de leur pays natal. Dien envoya la même vocation â nu savant et picitx juif converti; il se nommait Libermann; il fut le premier supérieur et ils furent les premiers membres de la conimuuaulé du Saint-Cœur de Marie (aujourd'hui réunie à celle du Saint- Esprit). *i La fin générdie de notre Société, a écrit l'un de ces fondateurs, est de s'occuper des peuples les plus pauvres et les plus d<;iuis- &és d-jns l'Église de Dien. l-es noirs se trouvant en ce moment plus

fbïGoogIc

qu'aucun autre peuple dans cette position, nous nous sommes offerts pour les évangéliser, t

L'un des trois missionnaires a relevé le culte à Maurice, l'autre i Bourbon. U. Tisseraiit fut envoyé i Saint-Domingue, avant que le roncratlat préparé par Mgr Ro^iti eût éLé signé. Hais il ne le fut pns, et le jeune missionnaire, repoussé de la terre i laquelle il voulait consacrer sa vie, se vit forcé de sgounier à S;iinle-l^icio et à la Grenade,' uii il fit tant de bien qu'on voulut le retenir. Mais fon cœur l'attirait vers Sainl-Domingue; il y pénètre enfia. Pendant «les années laborieuses, il surmonte d'incroyables obstacles, triomplie du clergé, du pouvoir, du climat, inspire enfin le respect et h coU' fiance, touche au moment de négodcr avec le général Uérard un nouveau projet de concordat. D'où vient l'obstacle? Une lettre écrite de France pnr M. Isamberl dénonce les missionnaires et la cour deRonte, comme des ôntssaires d'une politique dangereuse. On obéit aus avis d'un si grand ami det noirs, on ne doute plus que les prêtres n'aient formé le projet de rendre l'île à la France, on redoute la domination plus dangereuse encore de la cour de Rome, on demande que le concoivlat reconnaisse les libertés de l'Église gallicane.... Voyez-vous toutes nos querelles surannées rajeunies à l'usage de Saint-Domingue, et un vieux libéral de 1831 envoyant à Port-au-Prince ses passions, comme on y importe les vieilles modes et les vieux babils ! Pauvre peuple ! la foi y est éteinte, la corniption déborde, l'ignorance déploie ses ombres épaisses, et on lui persuadequ'un missionnairede trente ans porte sous sa soutane l'cpéc du général Leclerc ou les torches de l'inquisition. On craint l'influence française, et on emprunte à la FraïKe les libertés gallicanes. On écarte un François- Xavier pur écouler un descendant diminué de Pitliou ! Rien de plus alfreui que de voir uoi queielles d'école, nos tlièses de Sorlionne ou nos discussions ))arlemeutaires, traduites en langue vulgaire, et singées grossièrement à l'aiitre b«it du monde.

M. Tisserant, qui avait dtjà reçu le concours de plusieurs prêtres français, dût encore, après plusieurs années de prières, d'efforts, dtt peines infinies, renoncer à ce troisième ou qiiatiicme |)rojct de concordat; il revint en France espérant de meilleurs jours, et, dans l'ardeur

fbïGoogIc

de Eon lèle, il accepta, comme en attetiàant, )a préfecture a^tolique de lu Guinée. Le Papin, qui le conduisait ^ la cale d'Afrique, fut assailli p;ir une furieuse lempéte. M. Tisserant exhorta ses c(Hnpag:iioiis, et ne pouvant sauver leur vie, il s'efTiirça de sauver leur âme. L'un d'eux, jeune Israélite, touché de sa vertu, se jefa à ses genoux pour hii demander le baptême. Quelques heures aprcs, le prêtre et le néophyte mouraient engloutis dans les flots, le 7 décembre 1846. II. Tissei^aut avait trente et un ans.

Avec lui eût été engloutie l'espérance de la mission d'Uaïli, si son ' eiemple et ses mérites n'eussent suscité d'autres dévouements. Une nouvelle tentative fut faite par Mgr Spaccapietra pour obtenir, au nom du saint-siége , un concordat du ridicule empereur Soulouque.

Enfm l'avènement, le 22 décembre! 1858, d'un président énergique, lutelligent et loyal, léguerai Geffrard,» été l'occasion de négociations nouvelles, et Mgr Honetti, prélat d'un grand mérite, envoyé en 1860 par le souverain pontife, vient de revenir en Europe, rapportant im concordat ratifié et signé.

L'Iionneur de l'initiative ap[tarticnt an général Geffrard, lui-même, qui, dès 1859, envoya i Rome un négociateur beureusement choisi, H. Fanbcrt, Connaissant mieux que personne son pajs, le président savait bien que toute la population demeurait attaiM au culte catholique, avec une remarquable persévérance, malgré les elTorts des missions protestantes, facililésparlemauvaisexempledu clergé catholique, réduit â trente-trois prêtres, français, corses, italiens ou espagnols. Il avait compris que la réforme du clergé dépendait des relations hiérarchiquesavecRomeetderétablissement d'un séminaire. Le saint-siége, aussi persévérant à porter la foi à cette population qu'elle l'était à la souhaiter, correspondit a ces vues.

Le 5 décembre 1860, Mgr Monelli débarquait â Jacmel, avec plusieurs missionnaires, au milieu d'une ovation joyeuse des habitants, déjà prévenus de la signatme du traité avec Rome par le discours du président à l'ouverture de la session (29 août 1860). Tous les gardes nationaux étaient sous les armes, une bougie allumée dans la main droite, et le iiisil sur le bras gauche! De Jacmel â Port-au-Prince, il y a vingt-deux lieues par des chemins difliciles. Le prélat fut reçu, le

fbïGoogIc

i i décembre, par le général, les ministres, les magistrals, le peuple, avec un extrême enthousiasme. ( I.a Hépiétique, journal d'Haïti, 13 décembre 1860.)

L'enlhousiasme égalait l'ignorance et la corruption. Pas de sacrement sans un salaire. Les églises pleines, mais, dans une paroisse de 50,000 âmes, occupant plus de dix lieues, un seul [irêtre, et, sur cent vingt-quatre enfants baptisés, quatre eniaiits légitimes seulement! Du 5 décembi c 1 860 au 6 avril 1 861 , Mgr HonctU a visité les paroisses, ranimé le zèle des {Hêtres, distribué les sacrements, pendant qu'un misËLonuaire français prêchait le carême à Port-au-Prince, et que d'autres instruisaient tes enfants et donnaient an peuple le spectacle inouï de l'assistance gratuite des mourants.

Le Sénat, la Chambre des représentants, ont félicité le président d'avoir signé le concordat, qu'ils saluent comme la première pieire de la civilisation de la république.

Ce concordat (Moniteur haïtien du 8 décembre 1 860) se compo-e de t8 articles. Il déclare (art. 1") la religion catholique celle de la majorité, et reconnaît ses droits. Un archevêché sera éiigo à Port-au- Prince, et plusieurs diocèses êt3blisdansrile(art. S). Le traitement du clergé, la nomination des chanoines, curés, vicaires, l'établissement d'ordres religieuiL, lu libre correspondance avec le saint-âége, le respect des lois canoniques, l'administration des grands et petits séminaires, la participation â celle des fonds paroissiaux avec un conseil de notables, sont assurés aux êvêqnespar lesail. 6, 7, 8, 9, 10, 11, 1^, 15, 14, 17. Les évêques sont nommés par le président, institués (>ar le saint-aiége, et si le saint-siége croit devoir ajourner ou ne pas conférer cette institution, il en informe le président d'Haïti, qui, " dans ce dernier cas, nomme un autre ecclésiastique (art 4).

Les éïêques et les membres du clergé prêtent serment (art. 5) .

Plus d'un pays civilisé pourrait prendre pour modèle et concordat, fi prévoyant et si loyal.

Apiès l'échange des ratifications, Mgr Monetti a fait à Port-au- Prince un assez long séjour pour pouvoir féliciter le président Geffrard Si l'anniversaire du 22 décembre et le i" janvier, pour s'occuper avec succès de la réforme du clergé, adresser auï fidèles, à Toccasiou

fbïGoogIc

du caiême, un maudemeiil touchniit et utile, suivi d'iitie exliorlatioti aux prCtres cux-mênies. Enfui, il a signé, le 6 février 1861, un lègleincnl en eiiécution du coucordiit qui fixe à cinq le nombre des dlucè-es, égale le ixombre des paroisseî à celui des communes et arrête le tmitementdu clergé. (Moniteur haïlien, r-0niarsi861.)

A peu près à la même époque, au commencement de celle aiuiée, lu retour de la nation bulgare à l'unité catholique consolait le saint-père. La fondation de ciuq diocèses, la signature d'un concordat, api-ès quarante anuées de tentatives inrmclueuscs, sur une grande île de la mer des Antilles, où sont déposées les cendres de Chrisltqihc C<doinb,nesont pas un événement aussi considérable; il est ct^udanl la preuve de b fécondité renaissante de la foi, et l'espoir d'un meilleur avenir prunis à uue terre ((ui mérite, malgré ses misères, notre intérêt particulier à bien des points de vue, puisqu'elle lut française, qu'elle est libre, et qnelle redevient catholique.

TIlAtTË DE f AIX EKTftE t:E ROI ET LES PUISSANCES ULlâss CONCr.U A CABIS, I.E 30 MAI 1S14, ET Qtir PRÉCÉDA LB CONGRÈS DE VIENDE.

Abticle premier. — Sa Majesté très-cli retienne, partageant sans ré.crve tous les sentiments de Sa Majesté britannique, relativement a un genre de commerce que repoussent et .les principes de la justice naturelle, et les lumières du temiis où nous vivous, s'engage à uuir, au futur Congrès, lous ses effoits à ceux de Sa Majesté bri- . tannique pour faire prononcer par toutes les puissances de la chrétienté l'abolition de la traite des noirs, de telle sorte que ladite traite esse universellement, comme elle cessera d^uitivemeiit et dans tcus les C.1S, de la paii de la France, dans un délai de cinq année:, et qu'eu

fbïGeogIc

APPENDICE. Ô2t

outre, pendaiil lu dune de ce délai, nucuii trafiquani dVsclaves n'en puisse impoi'Icr ni vendre ailleurs qiie dans les colonies de l'ËUI â.ml il est sujet.

(Ur. IX, m, p. Wî,) HISSIONS CÂTUOLIQUEi ES AFHIQDE (1860-1861) >.

Alger. — 170,00[l calliolitjues ; 5,000,000 demusulmans ; 40,000 juifs ; une dizaine de convem<His par an ; 500 enfants environ biptisés Il l'article de la mort.

Tunis. — ii.MO ratlioli(}i:ea; 3,000,000 de musulmans; 40,000 juifs; une uoDversiou dans un an; 671 baptêmes d'enfants d'inûdèles à l'article de h mort.

Tripoli de Barbarie. — 28,000 catholiques; 2,000,000 de musulmans ; 50 baptêmes d'enfants ; quelques conversions secrètes.

Bosse-i'giçîte.— 94,000 catholiques; 500,000 coptes; 2,000,000 de musulmans.

Haule-Égypte. — 5,300 catholiques; plus de 4,000,000 d'hérétiques ; 5,000,000 d'inGdcles. La religion y fait des progrès parmi les copl^, et les conversions par.iiss^t sur le point de devenir plus nombreuses encore.

Gallas. — 1,200 catholique.^ 10,000 liérétiqites ; 30,000 misul mansi 1,000,000 d'infidèles. Les habitants commencent à s'habituer aux Européens; des routes s'ouvrent.

Cap de Bonne-Espérance (Ouest). — 5,500 catholiques; 40,000 hérétiques; 55,000 infidèles. On fait insensiblement des ])rogrès. 11 j a eu récemment quelques conversions, même pannt les mahométans.

fbïGoogIc

in L'ESCLWAGE.

Cap E$l. — 5,000 catholiques; 50,000 Itêrétiques; 150,000 iafidèles.

Deux Guinéts et Sénégambie. - 4,000 catholiques; S0,000,000 (l'iiabilants. Il y a un ëlaUissemeiit d'apprenti >siige à Dakar ; on ; enseigne à 70 enfants les métiers d'imprimeur, relieur, forgeron, menuisier, cordonnier, tourneur, tailleur, tisserand; an Gabon est un établissement d'étude et d'agriculture ; ils y a plusieurs ouvroirs pour les liltes.

Sierra-Leone. — Tout est à faire dans cette mission, où la mort a cijevé, dès les premiers mois, le premier évèque et les jirèlres qui l'avaient accom|)agiié.

Zangnehav. — Les missionnaires se proposent d'évangéliser principalement les noirs esclaves, \enus de l'intérieur des terres, que l'on radièlerait et que l'on garderait dans rétablissement de la mission. Ces noirs iraient ensuite librement dans l'île de la Réunion, y corapléleraieiil leur éducation morale et religieuse, et funoeraient ninsi dans la colonie une classe de travailleurs sur les(|nels on )>ourrnil compter.

Réuniott. — Mission pour 60,000 idolâtres indiens ou chinois.

lUs Seydielles. — 8,000 calboliquei; 1,000 hérétiques; 500 infidèles. La religionest florissante aujourd'hui dans ces ilcs qui, pendant uu siècle entier, étaient restées sans prêtres et absolument privées de tout secours spirituel.

jl&^Sjtnte. — Le roi Hégoueié a envoyé en 1858, à Rome et à Paris, unedéputalioucomposéeUesoncousinHedj-Zacaya, de l'abbé Emnaton, Abyssin, et de H. Lcpère de Lapeyreuse, secrétaire-interprète. Cette députatiou exprima à Rome les s^timenls d'attachement et de vénération du roi ^égoncié pour la chaire de saint Pierre, et déclara au saint-père que ce roi embrasserait le catholicisme dès que la position politique du pys le lui permettrait; eu atteudant, lerui permet dans ses Ëlats le libre exercice du cathoUcisme. Les lazaristes ont une mis-

sion dans c

pays.

Madagatcar. — Les jésuites ont des établissements : 1° à la Ressource. C'est une école spéciale d'arts et métiers et d'agricultiu^, destinée â pourvoir les petites îles et surtout la grande terre d'honnêtes ouvriers en tous genres; 2* â Nazareth, les religieuses de S.iint-Jose[di

fbïGoogIc

de Cluiiy y élËv»it de jeunes ù]les malgaches avec lesquelles piiiïsent s'allier les jeunes ouvriers de la Ressource, pour former, quand ils rentreront dans leur pays, des métiages chrétiens; 5° â la gmnde tenc de Madagascar (station de Nossy-Faly); 4° aux petitcsilcsdeMayotlti, Nossi- Bé, Sainte-Harie, la Crande-Comore. Hohély et Anjouan, Ces îles sont possédées par des mnsidmans fatialirjiiei ; la foi s'y implante iivec peine.

Page 1