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au delà du cdp de Bonne-Espérance, et Yasco de Gam» (1498), puis Âlmeida et ÂJbuquerque jusqu'aux Indes. Magniflques entreprises qui valurent au Portugal, avec un honneur immortel, d'immenses possessions bientôt accrues par la découverte du Brésil (1500) et par la concession de Macao (1557).
Le Portugal fut quelque temps Tavant-garde de la civilisation chrétienne à la conquête du monde. Les souverains Pontifes encourageaient et autorisaient ses entreprises. Sixte IV le déclarait maître de toutes les terres^ situées au delà du cap Boïador (1481), et Alexandre Vï (1495) partageait, par une ligne imaginaire, le nouveau monde entre l'Espagne et le Portugal. Secondée par d'admirables missionnaires, la religion gagna plus d'âmes dans ces contrées, ignorées depuis la création, que le Portugal n'y acquérait de sujets. On vit une reine dd Congo recevoir le baptême à Lisbonne, et, trois siècles après, Livingstone trouve à la côte d' Anguela ou au Mozambique les ruines des vastes églises construites par les Jésuites, le souvenir d'un monastère de Bénédictins noirs et des peuplades qui se sont transmis l'art de lire et d'écrire qu'ils ont reçu des missionnaires.
C'est à ses combats contre les Maures que le Pctt-tugal dut le développement de ce génie entreprenant, militaire et religieux qui l'éleva si haut. Mais, corrompu par le contact des vaincus, il eut le malheur d'en recevoir un poison qui devait durer plus que ses victoires, il leur emprunta l'affreuse coutume de l'esclavage. Le premier, il donna à la chrétienté des peuples, et le premier, il lui rendit des esclaves. Le port de Lisbonne a été enrichi^
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l'empire du Br&il a été colonisé par la traite, et de tous les établissements du Portugal sur les deux côtes d'Afrique, comme d'autant de portes d'un bagne gigantesque, on a vu pendant des siècles sortir des captifs enchaînés, conduits de force en exil.
La grandeur coloniale du Portugal n'est plus ; la suppression des Jésuites par le marquis de Pombal a détruit leurs missions, le christianisme a disparu comme le commerce, la traite a survécu. Supprimée en juillet 1842, elle dure toujours en secret. L'esclavage subsiste avec elle. '
Le pays d'Henry le Navigateur possède encore des établissements en Afrique et en Asie comme autant de témoin^ de son ancienne puissance : en Afrique, les îles du cap Vert et la Sénégambie portugaise ou haute Guinée, les îles de Saint-ïhomé et du Prince ; dans le golfe de Guinée, le gouvernement d'Angola et de Benguela, sur la côte occidentale; le gouvernement de Mozambique, sur la côte orientale; — en Asie, la province de Goa, le gouvernement de Macao.
Les îles du cap Vert avaient encore, en 1852, 5,659 esclaves sur 86,000 habitants. Les comptoirs sans importance, Bissao, Cacheu, Zenguichor, qui rappellent encore sur les côtes de la haute Guinée l'ancienne puissance du Portugal, maintenant dépouillé d'Arguin d d'Ëlmina, servent de résidence, autour de forts mal défendus et d'églises en ruine, à quelques milliers d'Européens ou de chrétiens indigènes , servis par environ 1,500 esclaves. Des quatre îles du golfe de Guinée, deux, Fernando-Po et Annobon, appartiennent de droit
^nè L'ESCLAVAGE,
à rEsp«ngne, de fait à T Angleterre, deux, Saint-Thonié et Tîle du Prince, portent encore le pavillon portugais; 160 hommes de garnison s'exposent là aux rigueurs de saisons partagées entre les v^nts et la pluie, pour protéger la production d'un peu de cacao et de café, d'un peu de poivre, de gingembre et de cannelle, dont la cjiIture et la vente occupent 12,253 habilants; 139 seulement sont blancs, 4,580 sont esclaves.
La basse Guinée, plus vulgairement appelée le Congo, est grande comme la France; 660,000 individus y vivent plus ou moins soumis à l'administration portugaise, dans les districts d'Angola et deBenguela, au milieu de près de deux millions d'indigènes indépendants. Cette terre fut et est encore en partie chrétienne. L'instruction y fut répandue par les Jésuites, douze de leurs églises existent encore, et c'est aux Capucins italiens qu'on doit la grammaire et le dictionnaire de la langue binda. Mais la même terre fut aussi le plus grand foyer de la traite, et, dans sa principale ville, Saint-Paul de Loanda, où siège aujourd'hui une des commissions mixtes chargées de condamner les opérations de traite, on a vu encore en 1849 trente-sept négriers à la fois attendant leur cargaison sous la protection des mêmes forts qui servent maintenant à les surveiller, et payant une redevance pour chaque esclave au gouvernement qui maintenant les condamne. En 1856, il y avait encore là 65,000 esclaves sous la domination portugaise.
Il n'y en avait pas moins de 42,000 sur 62,000 habitants à la côte opposée de TAfrique, dans le gouvernement général de Mozambique, dernier débris des
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vastes possessions du Portugal au seizième et au dixseptième siècle, lorsque, maître de la côte deZanguebar et de Mascate, il avait fait de Mélinde une florissante colonie.
U ne faut pas chercher seulemeill la raison de la décadence de ces immenses possessions dans les obstacles que le climat oppose à la santé des Européens, car plusieurs points, notamment sur la côle orientale, sont salubres, arrosés de cours d'eau, ombragés de forêts, peuplés d'animaux nombreux nourris par une terre fertile. La disproportion entre les ressources d'un petit royaume d'Europe et l'étendue denses établissements, n'est pas non plus une explication suffisante; on sait ce que la Hollande afaitdeJava. Les deux plaiesdeTAfrique portugaise furent la mauvaise administration et la traite ; encore esl-ce la traite qui a surtout corrompu l'administra tion. « A force de vendre des esclaves, dit M. Vogel ^, on a dégarni le? plantations, fait fuir les travailleurs, exaspéré la popula tion indigène,... et, par f appât d'infâmes profits, fait de ces provinces un exutoire de la société porlugaise. » Qui donc voudrait salir son nom en plaçant ses capitaux dans des entreprises si aventureuses et si honteuses? Si l'on disait que les nègres ne travaillent que par contrainte, on les calomnierait, car, dans cette partie de l'Afrique, dit encore M. Vogel S « 'e mode d'exploitation par accord avec des noirs libres et salariés est celui par lequel on a toujours obtenu les meilleurs résultats. »
« P. 564, ch. XXII.
» p. 579, iHd.
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Nous avons cité ailleurs la lettre du pape Benoit à Jean, roi de Portugal, où il lui renlontre' que les ^ traitements exercés par les chrétiens envers les malheureux esclaves leur font prendre en horreur le christianisme.
Ainsi, un même crime biise à la fois les trois instruments de toute civilisation , la religion , le travail, le capital. Débarqués, très-fiers de leur racé et de leur civi- ' lisation supérieures, sur ces rivages lointains, les Européens chrétiens avaient la mission d'élever l^s misérables peuplades qui les habitent au-dessus de la polygamie, de ridolâtrie, de la chasse aux esclaves, de la vente des hommes. Au lieu de les convertir, ils les ont imités; ils ont pratiqué Tesclavage, la traite, la polygamie et s'ils n'ont pas été idolâtres , s'ils n'ont pas adoré les faux dieux, c'est parce qu'ils n'en ont adoré aucun. Puis on s'étonne que quelques pauvres missionnaires, jetés entre de tels fidèles et de tels néophytes, n'aient pas transformé l'Afrique, et l'on s'écrie que les nègres résistent au clirislianisme! Oui, quand ils regardent les chrétiens.
L'avenir de l'Afrique portugaise est dàtis l'évangélisation et dans l'agriculture. L'abolition de là traite, puis de l'esclavage, est lé préliminaire indispensable de toutes deux. On l'a compris enfin. Après la traite, l'eèclavage commencée être frappé.
Par un décret du 14 décembre 1854, et par une loi du ' 30 juin 1856 ^ , les esclaves appartenant à V État, aux ' immicipalités , aux établissements charitables de Vordre
« nev, coL, 1858, 20" vol., p. 585.
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de la Miséricorde^ dans toutes les possessions d'outremery ont été déclarés libres, à con^lition d'un service limité, après leur libération.
Une loi du 25 juillet 1856 étend dette faveur aux esclaves appartenant aux église$.
U«e loi du 5 juillet 1856 abolit Tesclavage dans une partie de la province d'Angola, savoir le district d'Ambriz €t les territoires de Cabinda et de Mélinda.
Une loi du. 24 juillet 1856 déclare libres les enfants nés de femmes esclaves postérieurement à cette date, à condition de servir gratuitement les maîtres de leurs mèi^ jusqu'à vingt ans; ceux-ci demeurent chargés de leur entretien. La mêineloi défend de vendre séparément une mère et son enfant âgé de moins de sept ans.
Deux décrets ont été rendus, à la même époque, pour déclarer libres tous les esclaves qui touchent le sol du Portugal, de Madère ou des Açores.
Enfin, le 25 août 1856, sur la déclaration du gouverneur général de Macao, Timor, Solor, Goa, que Tesclavage avait disparu de fait dans Tlnde portugaise, le gouvernement a donné ordre de le déclarer aboli de droit.
Aucune loi n'a encore supprimé Tesclavageau Mozambique, dans le reste de la province d'Angola, ni dans la haute Guinée et les îles du golfe de Guinée. Il est en outre bien difficile d'affirmer si les lois que M. de Sa da Bandeira a eu l'honneur de contre-signer sont promulguées et exécutées sur la côle d'Afrique.
On voit que, lorsqu'à la fin de 1857 le gouverneur général de Mozambique fit arrêter par une goélette portugaise le navire français le Charles-et-Georges^ chargé
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d'émigranls libres, Gt condamner le capitaine à deux ans de fer, saisir le navire et retenir les nègres, on voit que ce gouverneur scrupuleux était l'agent d'un gouvernement dont la conversion à la grande cause de Tabolition de Tesclavage était fraîche, et encore peu complète.
Espérons que le premier pays chrétien qui ait eu des esclaves, depuis le moyen-âge, ne sera pas le dernier à y renoncer entièrement. Espérons que le Portugal se servira des établissements qui lui restent sur les deux cAtes de TÂfrique pour travailler enfin à convertir et à civiliser un continent qu'il a presque seul tenu dans ses mains pendant plusieurs siècles, sans profit pour ce malheureux pays, ni pour la métropole, ni pour Thumanité.