PERIODE
desclavage
d'apprcn-
dc
^'importation.
tissacc 1835-1838.
liherto 1839-1815.
Antigoa
Quintaux.
Quintaux.
Quintaux.
Quintaux.
Quintaux.
La Barbade. • . .
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La Dominique. • .
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La Grenade. . . .
La Jamaique. . . .
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Bahamas
La Guyane
Total moyen. .
Maurice
Indes-Orientales. .
On est etonne de la disparite de ces chiffres, on s'attendrait a voir une meme cause produire partout les m ernes effets. S'ils different, il est probable quails ne sont pas tous dus a la meme cause. En effet, si Ton entre dans le detail, on constate que la diminution d'un quart dans les produits s'explique, a part Tinfluence de Emancipation, par une succession de mauvaises saisons, Tabandon de nombreuses habitations par les planteurs eux-memes, oberes de dettes ou decourages, par le manque absolu de capitaux ou de credit pour payer les salaires, par les mauvais procedes de nombreux plan-
teurs, notamment k la Jamaique, envers les onciens esclaves, autant que par la tendance de ceux-ei a aller habiter les villes ou former des villages1.
A prendre les resultats generaux, on voit done que jusqu'en 1845, e'est-a-dire pendant les dix premieres annees de liberte, la production des colonies an glaises nva pas ete ruinee par Temancipation des esclaves. Elle a augmente dans quelques-unes, diminue dans quelques autres. La reduction totale mojenne est d'un quart.
Mais la richesse resulte bien moins de ia quantite produite que du prix de revient et du prix de vente du jproduit.
Or le prix de recient a-t-il ete eleve par Emancipation ? Cela est probable, et pourtant ce point est fort contest^ surtout en ce qui concerne la Jamaique. Est-il bien vrai que les salaires aient atteint un taux exorbitant"? Si cela est vrai, a quoi faut-il s'en prendre?
1 Rapport deM. de Broglie, p. 30-42.
a Void Topmion de lord Elgin , gouverneur de la Jamaique, dans son rapport de 1846 :
« Je ne puis admettre que le taux des salaires ait ete exorbitant; si cr? n'est dans quelques circonstances ou un tarif a ete etabli par les planteurs eux-memes, le travail na jamais ete paye plus de 1 sh. 6 deniers. » A la Barbade, le salaire etait de 10 deniers par jour; a Antigoa de 9 deniers a 1 sb; a Saint-Christophe, 1 sb. 4 deniers; a la Guyane, 1 sh. 4 deniers; a la Trinite, 2 sh. 1 denier ; dans les petites colonies, 6 deniers. (Rev. col., 1845. p. 15.) On ne doit pas oublier que la detresse et les plaintes de la Jamaique datentde loin : de 1772 a 1792, 177 proprietes avaient ete vendues pour dettes, 55 abandonnees, 92 occupees par les creanciers, et le greffe avail vu passer 80,121 saisies. En 1807, on comptait depuis six ans 65 habitations abandonnees. En 1812, Tassemblee declare au roi « que la detresse est telle, qu'elle ne peut plus s'accroitrc. » En 1832 « la ruine est imminentc, »
COLONIES AiNGLAISES. 425
Est-ce la desertion des ateliers qui a fait monter le salaire? Est-ce 1'argent qui a manque pour le payer? Est-ce la folie de quelques habitants qui ont accorde des salaires exorbitants pour accaparer les ouvriers? Est-ee la mauvaise volonte de quelques autres habitants qui a eloigne les affranchis, notainment en exigeant des loyers eleves pour les cases et jardins, dont ils avaient la possession paisible, ou en payant irreguliferement les journees? Accordons que toutes ces causes ont agi a la fois ; il n'est pas douteux que sous leur desastreuse influence, faute de bras, faute d'argent, le prix de rerient augmenta d'abord sensiblement, et un assez grand nombre de proprietaires fut reduita ne plus cultiver. Mais, en tous cas, cette hausse excessive ne dura pas longtemps, et, apres quelques annees, le prix de revient s'etait successivement abaisse, notainment dans les colonies ou rimmigration de travailleurs nouveaux vint faire concurrence aux anciens travailleurs.
En compensation, (et ce fut la sans doute la cause majeure de la detresse des colonies anglaises), lepra devente, tres-eleve egalement pendant les premieres annees, nous Tavons vu, puisqu'il monta, en 1840, a 185 fr. 60 c. le quintal melrique, prix qui n'avaitpas eteatleint depuis 1 81 5, le prix de rente s'abaissa, malgre les progres de la consommation, a mesure que Introduction des sucres etrangers vint faire concurrence sur le marche de la metropole aux sucres coloniaux ; les hauts prix attirerenl
ccrivcnt les planteurs au Parlcmcnt. Telle etait la situation sous le regime (h Fesclavage, du monopole et des primes. (Rev. coL, 1847, XII, p. 251; XIII, p. 317.)
424 ABOLITION DE L'ESGLAVAGE.
celte concurrence, et les changements de tarif lui ouvrirent les portes.
On peut affirmer que si le meme droit protecteur eul assure pendant quelques annees encore la vente a desprix eleves du sucre colonial, la production se serait rapidement relevee, et les colons n'auraient reellement pas ete fort a plaindre.
Mais TAngleterre etaitprecisement k cette epoque dans la voiede ses grandes reformes economiques.
Quand on etudie les resultats, au point de vue de la production, de Taffranchissement des esclaves dans les colonies anglaises, il convient de ne pas oublier ce fait capital, qui complique les recherches.
L'Angleterre tenta deux experiences hardies k la fois, la liberie des esclaves et la liberte du commerce. Ces deux libertes passferent de Topinion dans les Chambres, des livres dans les lois, des esprits dans les fails, presque au meme moment. C'est de 1820 a 1831 que la liberte commercial se personnifie dans M. Huskisson, etc7 est en 1823 queM. Buxton fait la premiere motion pour Tabolition deTesclavage.Lorsqu'apres !a mortde Georges IV et Tavenement de Guillaume IV (juin 1830), lord Grey arriva aux affaires avec les whigs, la reforme commerciale fait de nouveaux pas en 1831 et en 1832, et c'est precisement en 1831 queM. Robinson, appele au pouvoir par M. Canning avec M. Huskisson, et devenu lord Goderich, propose Temancipation des esclaves appartenant a la couronne, et c'est en 1833 que lord Stanley apporte le bill d'emancipation a la Ghambre des communes.
Des le debut, les plus ardents partisans de la liberte comraerciale avaient propose une exception en faveur des produits des colonies, exception justiflee par la crise sociale qu'elles avaient h traverser et par la convenance de ne pas encourager ailleurs la traite et Tesclavage apres avoir tant fait pour les abolir. Lorsqu'un radical notoire, M. Deacon Hume, proposa en 1840 une enqu&e sur les tarifs d'importation, il declara lui-mfime que cette exception etait Equitable et necessaire.
Mais le mouvement en faveur de la liberte commerciale devenait chaque jour plus irresistible, et l'opinion abolitionniste elle-meme etait divisee. La question etait en effetsingulierementcompliquee. Les interets n'etaient pas moins partages que les opinions. v
Les colonies avaient besoin d'une part de liberte commerciale pour acheter a meilleur prix les produits<jue lui livrait l'Angleterre, et, d'autre part, de protection pour vendre a plus haut prix, et se dedommager mn$\ des pertes qui avaient naturellement suivi 1' Emancipation.
L'Angleterre devait protection a ces soci&Es loinlaines qu'elle venait d'ebranler, et en meme temps elle devait la vie k bon marche a sa population interieure. On se dem and ait en quoi lesplanteurs de la Jamaique, dejaindemnises, meritaient plus de faveur que les agriculteurs et les proprietaires de la Grande-Bretagne, fort affectes par la loi des cereales; en quoi les negres de laBarbade ou d'Essequibo meritaient plus cTinteret que les ouvriers indigents de Manchester ou de Bolton ; or, les uns avaient besoin que le sucre fut a haut prix, les autres qu'il fut a bas prix.
m ABOLITION DE I/ESCIAVAGE.
UAngleterrewuiait multiplier les echanges, et elle ne le pouvait sans ouvrir son territoire aux produits de I'llnivers entier ; et eependant, favoriser le travail esclave, netait-ee pas contredire les vues elevees qui avaient inspire le grand acte d'emaneipalion ?
Le tresort prive de revenus considerables par les reformes commerciales, avait besoin deretrouverparl'augmentation de la consommation des ressources nouvelles, mais la ruine des coloniesf le menagait d'un autre cote de pertes plus £ aves.
II n etait pas un seul des interets engages dans cette question compliquee qui ne fut en contradiction avec lui-m&ne, etde si grandes difficulty expliquent les hesitations de Fopinion. Cependant les Ghambres et l'opinion tinrent ferme au debut, en faveur des colonies.
Lorsque le cabinet whig proposa au debut de 1841, d'abaisser de 65 sh. a 36 sh. le droit sur lesucre 1 etranger> le comite de la societe abolitionniste de Londres (britnh and foreign tmtislarery Society1* committee) protesia energiquement et demanda au moins un ajournement. La corporation des Indes occidentales (west I dia body) protesta de son cote par une longue petition, mais2 dans une convention generale des abolitionnisles, le 14 mai, l'assemblee entrainee par O'Connell, declara liautement que le travail libre etant moins dispendieux que le travail esclave, la concurrence n'etait pas a craindre, etque, dans I'iiiteret memo de Tabolilion de l'esclavagc, il etait desirable que la Grande-Bretagne, en multiplianl
1 Nous ne parlous que du sucre, parce que c'estle produit principal. - Precis, etc., Ill, p. 515.
COLONIES ANGLAISES. m
ses relations avec les Etats a esclaves, conservat sur eux rinfluence de sa politique.
D'autres orateurs demanderent qu'on abaissat les droits surle sucre produit par le travail libre, soit etranger, soit colonial, mais qu'on continuat a exclure le sucre produit par le travail servile. Les abolitionnistes etaient ainsi, sur une meme question, divises en trois- opinions,
Les memes dissensions se manifest&rent, quand la question fut portee a la Chambre des communes.
Lord John Russell, lord Palmerston, M. Labouchere, M. Hume, M. Macaulay soutinrent le projet du chancelier de rfichiquier, M. -Baring.
Lord John Russell fit un habile parallele entre la situation des affranchis, devenus au nombre de 5,800 petits proprietaires a la Jamaique, paisibles et heureiix a la Barbade, laborieux, moraux a Antigoa, allant aux eglises et aux ecoles a la Guyane, erigcant a leurs frais des chapelles et subvenant aux besoins de leurs malades a la Trinite, etla triste existence des ouvriers des villes mail u fact urieres de TAngleterre, exposes a la famine ou a la mendicite. « Nous avons fait, dit-il, tout ce que notre generosite nous permettait de faire pour les habitants de ces regions lointaines. Je ne crois pas que nous soyons autorises a faire de leurs interets 1'objet de notre attention exclusive, lorsque dans ce pays le peuple souffre et manque des neeessites les plus imperieuses de la vie. »
M. Labouchere montra la consommation haussant ou baissant selon la baisseou la hausse des prix.
ABOLITION DE L'ESGLAVAGE.
Prix du sucre Consomtnation
40 sh. 9
— 1 6 1. 58 par t&e
M. Hume rappela que la vente du the et du cafe avalt augmente de 80 0y0 en vingt ans (1820-1840), grace a la diminution du prix, tandis que la consommation du sucre n'avait augmente que de 15 0/0 en raison du haul prix.
M. Macaulay s'ecria spirituellement : « Quel est done ce principede morale, d'humanite et de justice qui permet de se velir du coton, et d'aspirer le tabac empruntes au travail esclave, et qui defend de melanger du sucre et du cafe provenant de la meme source? »
« l/esclave du Bresil, avait deja dit lord John Russell, ne se trouvera pas plus heureux parce que le fruit de son travail sera consommd par les Allemands au lieu de Telre par les Anglais. »
Lord Stanley repondit que a si un million de quintaux de sucre du Bresil prenait la place d*un million de quintaux de sucres coloniaux, evidemment le travail servile etranger serait encourage, le travail libre anglais decourage; qu'il ne fallait pas ruiner la prosperity des colonies au moment meme ou on affirmait qu'elle renaissait. »
Sir Robert Peel entraina la Chambre par un discours digne d'un homme d'fitat :
« Je me preoccupe, dit-il, de la condition morale et sociale de cette partie de votre empire, ou vous venez de
tenter la plus grande, la plus hasardeuse, et, je Tadmels avec une bien vive satisfaction, la plus heureuse reforme dont le monde civilise puisse offrir Pexemple, et je ne puis me dissimuler les consequences que pourrait avoir dans ces contrees encore ebranlees par une si violente se~ cousse, Tadoption d'une mesure qui equivaudrait a I'impossibilite d'y continuer la culture du sucre....
« Si nos colonies ne suffisaient pas a nous approvisionner, nous serions obliges de leyer la prohibition, rnais avecle temps, les Indes orientales combleront le deficit
de la production des Indes occidentals Or les Indes
sont dans une detresse affreuse, desolees par la famine, la peste, la misere;le salaire y est de 2 sous 1, 2 par jour, Touvrier s'y nourrit de riz et meurt quand le riz manque.
« Or, quand on songe que la nation anglaise est responsable du sort moral et physique de ces populations, peut-on alleguer que des considerations d'unordre superieur nous obligent a preferer le sucre obtenu par le travail esclave de Cuba a la production de cette contree nationale, dont les habitants meurent de faim fautede travail?
« On vous dit qu'il est necessaire de fournir au travail libre une occasion de prouver sa superiorite sur Tautre. . . Mais est-ce done au sortir de la crise qu'elles viennent de traverser que nos colonies peuvent soutenir une lutle
pareille?
« Si le desir d'avoir du sucre a bon marche vous conduit a proteger le travail esclave, dites-le une bonne fois : les nations elrangeres vous comprendront? mais ne dites
430 ABOLITION DE LTESCLAVAGE.
pas que votre intention, en admettant lesproduits de celte origine, est d'aneantir la traite et Peselavage ; personne dans le monde ne vous croira.
c< On pretend que la conduite des nations etrangeres nenous regarde pas, que nousne devons pas nous eriger en reformateurs de rhumanite.... Je repousse au nom de la nation cette doctrine egoiste. Nous avons acquis cherement le droit de parlor aux autres peuples de la terre avec uueimposanteautorite dans cette question ; ne descendons pas de la haute position que nous avons su prendre, en nous offrant pour exemples aux nations.))
L'amendement de lord Sandon contre le projet ministeriel fut vote le 1 8 mai 1841 , par 31 7 voix contre 28 1 , et le droit sur le sucre etranger ne fut pas abaisse.
Les memes efforts furent renouveles l'annee suivante au dedans et au dehors du Parlernent.
Dans le sein d'une nouvelle convention generale des abolitionnistes 1 qui tint a Londres douze seances, les uns (M. Cobden etait du nombre) repeterent qu'en diminuant les droits on diminuerait les prix, que la consommation augmenterait, et, par suite, la production. D'aulres soulinrent que Tadmission des sucres etrangers acheverait de miner les colonies anglaises et d'encourager le travail servile a Cuba et au Bresil.
Ces derniers arguments prevalurent encore dans le Parlemen* a la suite de deux vastes enquetes ordonnees par la Chambredes communes et laChambre des lords2.
1 Rev. col., 1845, p. 14.
2 Precis public par lc ministere de la Marine, t. 1IL
legalisation des droits sur les sucres de toute origine demandee par M. Ewart, la reduction du droit sur les sucres etrangers a 34 sh. (les sucres coloniaux payaient 24) proposee par M. Hawes et combattue par sir Robert Peel, furent egalement repoussees a plus de 30 voix.de majorite.
Cependant le traite de commerce avec le Bresil, qui assurait a ce pays le traitement des nations les plus favorisees, expirant en novembre 1844, et la production es colonies anglaises ne se relevant que lentement, le mill is tere lory se resolut a saisir les Chambres d'un nouveau projet de tarif l.
11 adopta l'idee mise en avant par les abolitionnistes
de distinguer entre le travail libre et le travail servile, et d'admettre les produits du premier en continuant a exclure ceux du second. A partirdu ler novembre 1844, les sucres coloniaux anglais devraient payer 24 sh. par quintal, les sucres provenant du travail libre 34 sh.; tous les autres 63 sh. 2
Defendue par sir Robert Peelet M. Glasdtone, ce tarif fut adopte le 17 juin, a la majorite de 22 voix.
Cette loi, avec des apparences logiques et morales, elait impraticable et vicieuse. Comment distinguer entre certains pays libres et certains pays a esclaves? Java, Si am, Manille, la Chine, etaient indiquees3; mais a
» Rev. col., 1844,111, p. 193, 271, 423, 547.
- Les cafes de toule provenance etaient admis au meme droit (taril du 17 juin 1844).
3 Un traite liait TAngleterre avec les Etats-Unis, mais on sait que cette nation consomme et au dela les 50,000 tonnes de sucre quelle produit.
m ABOLITION DE LTESCLAVAGE.
Java regne un syst^me de travail obligatoire qui res- . semble a la servitude; en Chine et a Siam, la polygamic, les ventes d'enfants, d'autres crimes plus coupables que Tesclavage.
Comment s'en rapporter auxcertificatsd'origine? comment excommunier les sucres et accueillir les cafes? La consommation totale du monde etant egale a la production totale, fermer TAngleterre au sucre duBresil, c'est ouvrir a ce sucre les autres marches, changer le marche et nullement le tarif, mecontenter un grand pays et lui deplaire sans lui nuire. Lord John Russell se vengeade sa defaitede 1840 en criblant de censures le nouveau projet, qui c<etablissait, disait-il, une chaire de predicateur dans chaque bureau de douanes, » et il predit qu*on serait forasd'aller plus loin, de revenir a la reduction qu'il avait vainement proposee quatre ans avant, et de la depasser meme apres Favoir combattue.
Les colonies et la corporation des Indes reclamerent par des adresses energiques et pousserent a Tavance des cris de detresse. On remarque dans la protestation de la Jamaique le premier voeu de la liberte commerciale. Ce tarif ne contenta personne, et il rencontra des difficultes d'application inextricables.
Des le 14 fevrier 1845, sir Robert Peel proposa un nouveau tarif qui abaissait le droit sur les sucres anglais de 24 sh. a 14 sh. pour les sucres bruts, de 24 sh, a 16 sh. pour les sucres terres, et le droit sur les sucres etrangers libres de 34 sh. 6 a 23 sh. 4, pour les sucres bruts, de 34 a 28 pour les sucres terres. C'etait une reduction de 6 a 10 sh. sur les uns et les autres, laissant
subsisterun droit differentiel de 9 a 11 sh. environ au profit des colonies. L'exclusion contre les sucres exclaves etait maintenue. On calculait que le consommateur gagnerait 0,16 c. par livre a ce tarif, et que le tresor y perdrait 52 'millions 500,000 fr.1 Cetteloi prit la date du 7 mars 1845. Des le trimestre suivant, la consommation avait augmente presque du double; cette augmentation fut plutot due d'ailleurs aux progres du bien-etre qu'a la baisse ou a Introduction du sucre efranger; car il en entra fort peu, les prix se maintinrent et le benefice du degrevement profita tout entier aux producteurs coloniaux2. Aussi les partisans du libre echange peuventils soutenir avec quelque raison qu'on pouvait tenter une plus forte reduction. De leur cote, les representants des colonies se plaignaient justement de changements continuels de tarifs et commengaient a poser la question dans ses veritables termes : ou monopole absolu , ou liberte absolue ; protegez nos produits ou affranchissez-nous de Tobligation de recevoir les votres.
Revenu aux affaires, le ministere whig proposa, le 20 juillet 18463, parTorgane de lord John Russell, un nouveau tarif dont voici les bases :
Main lien du droit de 14 sh. sur les sucres anglais;
Abaissement graduel du droit sur les sucres etrangers;
Egalite complete de droits a partir du 5 juillet 1851;
Nulle distinction enlre le sucre libre et le sucre esclave.
« Dev. col., 1845, V, p. 183; VI, p. 125. * J bid., 184G, VIII, p. 294.
3 Ibid., IX, p. 280.
4r>4 ABOLITION M< l/ESCLAVAGK.
C'etait une revolution economique au triple point de vue de Tinteret des colonies, de linteret du tresor et de l'interet de 1'emancipation.
Le nouveau chef du parti tory, lord George Bentinck, si subitemcnt rendu a la vie publique dont la mortailait si subitement aussi le faire soriir, le vieux representant des interets religieux, sir Robert Inglis, le spiriluel et ardent orateur, M. d'feraeli, attaquerent le bill dans le sein de la Chambre des communes, avec une rare vivacite; les solides discours de lord John Russell et de lord Grey, mais surtout Tautorite imposante et inattendue de sir Robert Peel en faveur d'une mesure entierement differente des lois qu'il avait lui-meme proposees, entrainerent le vote a une majorite de 1 50 voix1.
A la Chambre des lords, ou lord Brougham apporta une petition du vieux Clarkson contre la loi, et la combattit avec le concours de lord Stanley et de Teveque d'Oxford, elle fut votee a la majorite de 18 voix, par rinfluencede lord Clarendon.
Si Ton ose prendre parti entre des opinions soutenues par de tels defenseurs, il semble que des deux cotes on etait a moitie dans le vrai, a moitie dans l'erreur.
II est clair qu'en permettant au sucre de Cuba et du Bresil de faire concurrence au sucre des Indes occidentals, on encourageait le travail force, on decourageait le Iravail libre.
« On emploie environ trois esclaves pour produire une barrique de sucre, disait energiquernent sir Robert
* l\ev. col., 1846, IX, p. 522, 594; X, p. 86.
Jnglis; ces trois esclaves sonl les survivanls de neuf Africains enleves a leur pays. Ainsi, pour chaque tonneau de sucre de cette provenance importe en Angleterre, la C liambre aura cause la capture, le massacre ou lessouffra neesde neufde nos semblables,eteeci, multiplie par 20,000, qui est le nombre de barriques dont on attend l'imporlation, produira un total de 180,000 individus auxquels une assemblee chretienne aura de sangfroid porte ie plus grand prejudice. »
« La na tion qui a fait a l'humanite le don de 20 millions de livres sterling consentira, pour poursuivre le meme but, a payer son sucre un sou plus cher, et cet humble tribut sera agreable a Dieu, » s'ecriait lord Georges Ben ti nek.
Mais, pour favoriser les produits des colonies, il fallait les proteger contre toute concurrence, par un droit eleve. II etait vraiment chimerique de distinguer entre le sucre esclave et le sucre libre, lorsqu'on recevait le colon des EMs-Unis, et le cuivre de Cuba. c< Les opinions de lord Stanley sur cette matiere, disait spirituellement lord Clarendon, ressemblent a un thermometre, elles s elevent a une chaleur extreme lorsqu'il s'agit de sucre de Cuba, elles descendent a la glace lorsqu^il est question du coton de la Caroline. »
Quoique l'Angleterre eut accepte largement a celle lieure meme les principes de la liberte commerciale, on eut compris une exception de quelques annees pour le sucre. C'est ce qu*avait soutenu jusqu'alors rilluslro promoteur des lois sur les cereales, sir Robert Peel.
Quoi! disait-on, n'a-t-on pas promis que le travail
libre cofiterait moins que le travail force? — « Oui, repondait justement lord Brougham, toutes circonstances etant egales; mais elles ne le sont pas. Prenez deux pays, places Tun et Pautre dans les memes conditions journalieresde climat, de territoire; mettez dans Tun des esclaves, clans Pautre des libres, il n'y a pas le plus petit doute qu'a la fin le travail libre etouffera le travail esclave, 1'hoinme libre travaillant avec plus d'interet et de raison. Mais ici ce n7est pas ie cas; ia lutte est entre un pays qui possede le travail libre sans recours a aucun recrutement, et un autre qui emploie le travail force en le renouvelant par la traite. »
Une protection, continuee encore pendant quelques annees eut done ete une juste exception. Du moins eut-il etc prudent de nc pas adopter un tarif qui, a cause de la difference des prix de revient, creait pour les sucres du Bresil une veritable faveur1.
Mais, si le ministere whig etait tombe sur cette exception, le ministere tory, revenu aux affaires, eut renverse la nouvelle politique commerciale tout entiere; il valait mieux renoncer a Texception : ce fut la crainte et l'argument de sir Robert Peel. M. d'Israeli lui reprocha vivement de sac rifierTempire colonial, 50 millions de liv. sterling, les principes les plus sacres et ses propres convictions, a la question de savoir qui serait assis dans huil jours sur les bancs ministeriels. Mais la majorite, composce du parti whig et des debris du parti tory, suivit Robert Peel.
1 V. les calculs de M. Col<|ul;oun. Hev. col., 184G, X, p. 214. *
Au moins aurait-il fallu etre logique et aller jusqu'au bout de la liberie, en brisant le pacte colonial. C'est ce que demanda, dans un discours sense eteourageux, un colon, M. Bernal. « J'ai, dit-il, le ferme dessein de redoubler d'aclivite et d'energie pour triompher de la concurrence. Le temps et les hommes sont tout a la liberte du commerce, c'est en vain que les colons cherchent a y
resister Mais est-il juste que les colonies, dont les
interets sont sacrifies a ces principes, ne soient pas admises a profiter des avantages que cctte liberte peut leur assurer? »
A partir de ce jour, ces voeux passerent plus ardents et plus precis dans les publications des colons et dans les protestations des colonies1. Franchise illimitee des ports, liberte absolue de Fimmigr alion, prets pour ' favor iser, entree des spiritueux des colonies au meme droit que ceux fabriques dans la metropole, libre emploi du sucre dans les brasseries et distilleries anglaises, abolition des droits sur les produits coloniaux a Tentree de toutes les autres possessions de TAngleterre, tel fut, desormais, le programme de toutes les reclamations des colonies.
« Je pense, avait dit sir R. Peel, qu'une fois le projet vote, le cabinet ne perdra pas de vue que c'est pour lui un devoir rigoureux de fournir a nos colons les moyens de soutenir la concurrence qu'on leur aura suscitee. » Ce conseil fut suivi.
lies le 22 janvier 1847, le chancelier de l'Echiquier, (M. Wood) proposa la reduction du droit sur les spiri-
1 Hev. col.,\, i>. 211, 43].
tu<;ux et le libre emploi du sucre dans les brasseries, a la place de la dreche l.
Mais tel avait ete l'effet de l'abaissement subit des droits, qui coincida malheureusement avec une annee de secheresse, que l'exportation des Indes orientates tomba de 2,911,503 en 1845, a 2,422,575; a cette diminution de 500,000 quintaux, corresponds une baisse de 146 fr. 80 a 118 fr. 50, etmenie 107 fr. Aussi les colonies multiplierent les meetings, les memoires, les petitions; la Chambre de commerce de Kingston convoqua une assemblee de delegues de toutes les colonies dans Tile Saint-Thomas*. Les gouverneurs signalerent au gouvernement la detresse et I'alarme de tous les habitants. L1 agitation envahit I'Angleterre, et lorsque le 7 fevrier 1848, lord George Bentinck proposa la formation d'un comite pour faire une enquete sur l'elat de Topinion, le cabinet ne s'opposa pas a la proposition.
Le comite, par son rapport du 29 mai, conclut a Tetablissement pour six ans d'un droit protecteur en faveur du sucre colonial5.
Lord John Kussell s'opposa a ce projet et, avec une logique hardie, faisant faire un pas en avant a la liberie commerciale au lieu du pas en arriere qui etait propose, il progenia un plan qui fut adopte, et dont voici les bases :
1° Nouvel abaissementde droit sur les sucres coloniaux
1 Rev. col., 1847, XT, p. 75; les experiences failes alors etablirent que le sucre pouvait etre mele avec la dreche ou meme elve combine seul aver le houblon, sans nuire a la qualite de la hiere.
2 Ibid., 1847, XII, p. 463 ; 1847, X II, p. 555. 5 Ibid., 1848-1840, 1, p. 6.
de24 sh. a 1 5 et successivement a J 0 sh . , sans diminution correspondante pour les sucros etrangers. 2*Egalite de droits fixes HO sh. , pour tous les sucres, a partir du ier juillet 1854. 5° Emprunt de 500,000 liv. a ouvrir en faveur des colonies.
C'etait une protection momentanee et un large encouragement a la consommation avec la libre concurrence au bout, a jour fixe. L' emprunt devait servir d'ici-l a a favoriser Timmigration de Iravailleurs nouveaux; mais Timmigration par voie de rachatdemeurait positive ment interdite, comme Taffirmerent lord John Russell, M. Labouchereet sir R. Peel, d'une commune voix.
Un dernier effort fut tente le 3 mai 1850 par le parti abolilionnisteaidedu parti protectionniste1. SirE,Buxlon proposa a la Chambre des communes de « declarer qu'il est injuste et impolitique d'exposer le sncre des colonies britanniques a la libre concurrence du sucre des pays a eselaves. »
M. Hume proposa d'ajouter « que le gouvernement devait faire cesser les difficultes qui empechent les colonies de se procurer des travailleurs libres en 4fr^ue et ailleurs. »
Sir John Pakinglon et M. Gladstone soutinrent de nouveau quele commerce colonial devait faire exception aux principesdu libre echange. Mais le chancelier de 1'Echiquier repeta a M. Buxton que loute distinction entre le produit du travail libre et celui du travail servile etait impraticable. II ajouta que la concurrence du travail
J Rev. col., 1850, IV, p. 555.
servile sur les marches anglais elait peu considerable et allait en decroissant *.
11 montra qu'on depit de craintes exagerees Fimportalion du sucre deslndes occidentals s'etait depuisdix annees enormement accrue2. II se felicita surtout dece que la consommation du sucre en Angleterre s'elevait d'an-
nee en annee 3.
De pareils resultats et le mouvement general de la politique, a ce moment, Jaissaient a la proposition peu de chanches de succes. Elle fut repoussee par 4i \oix de majorite.
Des ce moment le systeme de liberte commerciale applique aux colonies fut irrevoquablement acquis. On
{ Sucre colonial
I Sucre des pays a esclaves . . .
Sucre colonial
Sucre des pays a esclaves ....
227,000 tonneaux, 61,000 n
Quintaux.
Quintaux.
15 livres par tete.
compta vainement sur le retour aux affaires d'un ministere protectionniste, qui fut assailli de petitions. Le sort voulut que chaeun des anciens adversaires de la liberie arrival successivement au pouvoir,et tous, ils vinrent faire leur confession. Le 12 mars 1852, sir John Pakington, devenu ministre des colonies, refusa de discuter une petition et une motion tendant a la revision du tarif des sucres1. Les plaintes les plusvives des colonies, et une curieuse petition des negres, se plaignant d'etre les victimesdela legislation de 18462, demeur&rent sans effet m&ne sur M. d'Israeli. Ghancelier de l'Echiquier, il fit le 3 decembre 1852, cette declaration decisive5 :
« Depuis Tannee derniere, la production anglaise s'est accrue de 1,250,000 quintaux, et la production etrangere a decru de 600,000 quintaux. On peut m'appeler traitre, on peut meme m'appeler renegat, si Ton veut ; mais je desirerais savoir s'il est un seul membre de cette assemblee, aquelquebanc qu'il appartienne, qui voulut proposer un droit differentiel poursoutenir une industrie pretendue languissante, qui fait en ce moment la loi sur le marche metropolitain. »
Devenu a son tour chancelier del'Echiquier, M. Gladstone repondait le 18 avril 1853, a la demande d'un degrevement sur les sucres coloniaux * : « II est tout a fait mpossible au gouvernement. d'entretenir le moindre espoir que la demande soit accueillie. »
* Rev. col., 1853, X, p. 386.
* Ibid., 1852, VIII, p. 459.
*Ibid., 1852, IX, 156, p. 310.
*Ibid.t 1853, X, p. 80.
L'annee 1854 vit ainsi, tous les sucres arrives a la meme taxe, et tous les partis rallies a la me me opinion..
11 ne restait plus aux colonies qu'a invoquer pour ellesmemes le prineipe de la liberie commerciale, eta porter les derniers coups a Tedifice demantele du pacte colonial. LeursvoBUx etaient en ce point d'accord avec les doctrines des libre-echangistes, et c'est par la coalition logique de leurs efforts qu'avait etc obtenu au mois de juin 1849, lerappel des lois de navigation, a partirdu lerjanvier 1850. Cettemesure capitale, presque aussitol adoptee par la Suede, la Hollande, la Belgique, et en parlie par les Etats-Unis, eut a traverser la resistance ardente des ports \ mais elleeut pour resultat d'abaisser lefret, etful ainsi pour les colonies an notable soulagement.
D'autres mesures, qu'il serait trop long de detailler2, furent prises pour supprimer les droits de douane a Fentree des colonies, et yingt ans apres que la liberte du travail avait ete proclamee, la liberte du produit et la liberte du transport en etait la consequence. C'est a cette date quTil convient de se placer, pour constater quelle avait ete Tinfluence d$ cqs deux grands £vjenements, Facte de 1854, et le bill de 1846, sur la production coloniale.
1 Rev. col., 1851, Yl, p. 461. V. surtout le discoiirs do lord Granville, p. 470, et les letlresde M. Lindsay, VII, p. 68, 102, 457.
- Histoire de la re forme commerciale en Angleterret par Henri Richclot. — Lettres de lord Grey sur la politique coloniale. — Revue coloniale, juin I860.
Las progres de la consommation du sucre en Angleterre del 801 a 1858 sontenormes1.
La moyenne, de 1801 a 1814, etait de 1 ,425, 759 quinlaux metriques de 51 kilogrammes. Elle s'est elevee a 2,000,000 quintaux metriques environ, dans les dix annces qui precedent Femancipation (1824-1854) et se maintint a peu pres a ce meme chiffre dans les dix anneesqui la suivirent (1834-1844). Sous Tinlluence de Tabaissement des tarifs, elle atteint, dix annees apres, en 1854, 4,166,205 quintaux metriques. En 1859, enfin, elle est montee a 4,510,00Q quintaux metriques.
Si Ton compare ces progres a Taccroissement de ia population2, on constate que la quantite moyenne de sucre consommee par tete, qui etait, en 1814, de 8 kilog. 900 grammes, est, en 1858, de 15 kilog. 850 grammes3.
Le Tresor a trouve son compte a ce progres : par suite de l'abaissement des tarifs, au lieu de 65 sh. par quarter sur le sucre eiranger, 24 sh. par quarter sur le sucre colonial, il ne pergoit plus que 10 sh. par quarter, sans distinction de provenance, el cependant, sa reeette, dont le maximum, sousl'ancien tarif, avait ele de 125,000,000 fr. en 1828, de 150,000,000 fr. en 1844, n'esttombee audessous de 100,000,000 fr. apres la reforme de 1846
1 Annales du commerce exterieur, mars 1 800, p. 44 et 45.
* 1814 17,256,000 habitants,
5 La consommation du the a suivi une progression correspondante et plus grange encore. Elle etait de 10,678,568 kil. en 1801. Elle a atteint 32,860,555 kil. en 1858. La proportion etait de 0 k. 60,8 par tete en 1801 elle est de 1 k. 014 par tete en 1858,,
m ABOLITION DE L'ESC LAVAGE.
que pour se relever bientot et atteindre 155,000,000 fr. en 1859, chiffre auquel elle ne s'etait jamais elevee.
Pendantee temps, le prixmoyen du quintal metrique, qui etait (droits compris) 1 de 185 fr. 60. ... en 1814
avait monte jusqu'a 231 fr. » . . . . en 1815
et s'etait maintenu depuisa. 160 fr. ...... en 1825
134 fr. 30 en 1835
146 fr. 80 en 1845
ce meme prix est tombe apres
les reformes a 85 fr. 40. ... en 1848
amemetoucheau minimum,
a. 79 fr. 50 en 1853
pour renter depuis tres-peu
au-dessusde 100fr.,soit: 105 fr. 10. . . . en 1858
Ainsi, en Angleterre, toutle monde a gagne, le consommateur d'abord, puis meme le fisc*. Le producteur a
1 Prix en entrepots :
1814 120 fr. 40
* Le systeme douanier de FAngleterre est si bien combine , et la richesse est si repandue dans ce pays , que le revenu des douancs attemt 626 millions en 1859 et que, sur ce chiffre, qualre articles de luxe, le sucre, le the, le tabac, le vin, produisent plus des cinq sixiemes, le reste n'excedant pas 89 millions.
Sucre 153 millions
The .135 »
Tabac 139 »
Vins et eaux-de-vie. . . . 110 »
557 millions.
COLOMES ANGLAISES. 445
gagneaussi, puisqu'il pergoit un moindre profit, mais sur une quantite plus grande et avec un droit moins eleve.
Mais quel est le producteur qui a profite de ce progres? N'est-ee pas le producteur etranger?Ne lui a-t-on pas sacrifie le producteur colonial ?
La reponse exige qu'au lieu de considerer les quantites consommees, nous tenions compte des quantites importees, soit pour etre consommees, soit pour etre reexportees, et que nous distinguions entre les diverses provenances1.
Sans doute, le sucre Stranger a la plus large part dans l'accroissement de la consommation de TAngleterre, et comment en etre surpris, puisque Timpot presque prohibitif qui le frappait a ete abaissede63 sh. le quarter a 10 sh.? Jusqu'au premier degrevement, Timportation du sucre Stranger, malgre l'abolition de Pesclavage, malgre le progres de la population et de la consommation, n'avait accompli que de lents progres. Elle etait, en 1851 , de 507,547 quintaux, etait tombee au-dessousde 200,000 quintauxen 1835, ets'etaitreleveejusqu'a 777,900 quintaux en 1844. Apres la reforme de 1846, Timportation du sucre etranger atteint, en 1847, 2,408,981 quintaux, retombe en 1852 a 1,058,961 quintaux; mais pour doubler , puis tripler , et toucher en 1 858 a 3, 650 ,9 1 5 quintaux, plus de sept fois le chiffre de 1 831 .
1 Nous empruntons ces chiftVcs au remarquable ouvrage de M. Henry Richelot : Histoirede la reforme commerciale en Angleterre,$. 484,485, IIe vol. L'auteur a eu la bonte de nous communiqucr les chiffres inedits qui competent ses tableaux pour les annoes posterieures a 1851. (V. a YAp~ pendice ).
146 ABOLITION 1)E l/ESCLAVAGE.
Les progres des Indes orientalessont prcsqueaussi rapides. Elles ne figurent que pour 296,670 quintaux en 1837, etellesmontent a 1,585,430 quintaux en J 851, chiffre plus que quintuple. La quantite a diminue sous Tinfluence des demiers evenements, mais elle etait encore de 1,181,368 quintaux en 1857, et de 794,309 quintaux en 1858.
Memo progres a Tile Maurice. Sa production ne depasse pas beaucoup 500,000 quintaux avant l'emancipation; dix annees apres(1844) elle est la meme ; dix ans apres (1854) elle monte a 1 ,662,190 quintaux ; elle est triplee ; diminuee depuis, elle reste superieure a 1,000,000 quintaux.
Quant a la Guyane et aux Antilles, comme nousl'avons deja dit, la baisse de la production par suite de l'abolition de Fesclavage, a ete du quart a la moitie pendant les dix premieres annees, mais elle s'etait deja relevee a la fin de cette periode, de maiiiere a faire serieusement esperer le retour aux chiffres anterieurs, lorsqu'intervint la reforme des tarifs.
En effet, la production en 1834, etait de 3,844,243 quintaux; elle etait remonteeen i 845 a 2,854,010 quintaux. En meme temps, les prix qui etaient (droits compris) de 134 fr. 50 en 1854, etaient montes a 145 fr. , 162 fr. , 167 fr., meme 185 fr. 60 pendant les premieres annees, et etaient encore a 146 fr. 80 en 1845 ; en sorteque les producteurs recevaient plus pour une quantite moindre. ^introduction plus large du sucre etranger libre, fit retomber l'importation a 2,147,563 fr. en 1846, et Ton peut affirmer qu'en ne continuant pas
quelques annees encore une protection necessaire , le g ouvernement anglais arreta le mouvement s^rieux de reprise des affaires coloniales. Cependant les plaintes furent exagerees, car la production revint vile aux chiffres de 1845, et au-dessus. Des 1847, elle est remontee a 3,199,821 quintaux, atteint 3,795,311 quintaux, en 1848, et, demeurant a peu pres au meme niveau, elle est encore de 3,499,1 71 quintaux en 1858. Rappelons. nous que la moyenne etait de 3,640, 712 quintaux de 1814 a 1834; c'est presque le meme chiffre.
II conviendrait de distinguer une a une les importations des dix-neuf colonies; mais, depuis 1852, les tableaux officiels du commerce anglais nedistinguent pas, dans l'importation generale, la part des differentes Antilles; ils separent seulement la Guyane et les Antilles.
Or les chiffres de 1852 presentaient toujours une grande diminution a la Jan\aique. La Guyane remontait aux chiffres anterieurs a 1834 et les a atteints en 1851. Notable augmentation a la Barbade, a la Trinile; a peu pres parite entre les deux epoques> a Antigoa, Saint- Vincent, la Grenade. Augmentation du chiffre, pris en bloc, de l'importation des autres petites possessions des Indes occidentales. (V. le tableau dMailU d T Apperidice) .
En vingt-cinq ans, les colonies anglaises, apres deux epreuves aussi graves quel' abolition du travail forceet celle du tarif protecteur, sont revenues a peu pres exactement au chiffre de leur production avant ces deux epreuves. La premiere a diminue la quantite produite, mais elle a eleve les prix, la secondea augment^ k quantite
produite, mais elle a diminue les prix. La seconde a etc plus nuisible aux colonies que la premiere; mais, en ne lesseparant pas, qui done, de bonne foi, aurait pu prevoir que deux si radicales tentatives ne cofl leraient pas plus eher ?