MONSIEUR LE PRÉSIDENT
Messieurs,
Voici déjà trois années que l’occasion ne m'a pas été fournie de discuter avec mes concitoyens de la ville de Montréal les questions publiques qui intéressent notre Pays ; trois années, c'est-à-dire depuis l’époque des dernières élections. Bien souvent, cependant, j'aurais été tenté de me présenter devant vous, afin de vous faire voir sur les questions importantes ma manière de penser, mais chaque fois des circonstances plus impérieuses que ma volonté m'en ont empêché, L'année qui suivit les élections générales, l’année 1901, après la session, la visite eut lieu du Prince et de la Princesse de Gales, et en ma qualité de Premier Ministre de Son Excellence le Gouverneur-Général il était de mon devoir de faire, si je puis m'exprimer ainsi, les honneurs de notre pays à leurs Altesses Royales. L'année Suivante, immédiatement aprés la session, je dus partir pour ‘Angleterre afin d'assister aux fêtes du couronnement de Sa Majesté le Roi, et Pour assister également à la conférence qui devait avoir lieu et qui eut lieu à Londres la même année. L'année suivante, celle qui vient de finir, la sessinn, commencée le 14 de mars, ne s’est terininée que le 24 d'octobre, Après une session de près de huit mois il était assez naturel que bien des devoirs me retinssent à Ottawa.
Mais cependant, Messieurs, si je n’ai pas eu l’occasion de vous parler, vous avez bien souvent entendu parler de moi, et surtout vous
tab tal bé
avez bien souvent entendu parler de ma santé. (Rires et applaudissements). Vous avez lu dans certains journaux et vous avez entendu répéter sur certains hustings que ma santé était irréparablement perdue, que mes forces m'abandonnaient, et que je me proposais d’avoir des élections à une date rapprochée afin de me débarrasser d'un fardeau devenu trop lourd pour mes épaules.
Je ne me suis jamais beaucoup préoccupé de ce qu'on peut dire de ma santé ou de ce qu'on peut dire de moi généralement, Peut-être la rrais faire à ceux qui s'intéressent tellement à
senle réponse que je pou t de répéter
mon sort qu’ils en parlent constamment au public ce serai
l’anecdote que l'on trouve dans les annales intimes de la révolution
française :
L'abbé Maury était un des orateurs les plus éloquents des premières assemblées de la révolution, et un jour qu’il passait dans une rue de Paris ilentendit un marchand de journaux qui annonçait la mort de l'abbé Maury. Il débitait sa marchandise au cri de ‘La mort de l'abbé Maury : La mort de l'abbé Maury : ’’ Celui-ci, s'avançant vivement
sur le camelot, lui arrache ses journaux et lui donne un soufflet en disant :
« Tiens, si je suis mort, au moins tu croiras aux revenants.”?
Il est vrai, Messieurs, que j'ai souffert d'une longue et déprimante maladie. Cela n'est pas extraordinaire, cela s'est déjà vu et se verra encore, c'est le lot ordinaire de l'humanité, Mais, Messieurs, quand on est malade comme je l'ai été, il arrive de deux choses l’une : On en meurt, ou on en revient. J'en suis revenu, et je crois, sans vaine jac tance, qu’il me reste dans la poitrine quelques années encore d'âpres labeurs et de rude travail, et que, pendant quelques années encore, je pourrai continuer la mission qui m'a été confiée, voici maintenant près de huit ans par le peuple canadien.
En effet, Messieurs, voici près de huit ans que le peuple canadien a
appt
ec de imp prol tion faire que
m'a aura pas
dabbababatad at dead dd
appelé au pouvoir le gouvernement dont j'ai l'honneur d'être le chef. e crois que je puis dire, sans anticiper sur l'histoire, que cette période de huit années comptera dans nos annales.
» avons eu des questions importantes qu’il nous a fallu conduire à bonne fin, nous avons eu des problèmes presque impossibles auxquels il nous a fallu trouver une solution, nous avons eu des complications inattendues auxquelles il a fallu taire face. Dans toutes ces questions je puis me rendre ce témoignage
que je ne me suis pas épargné, et si à cette tâche absorbante ma santé \ | m'avait abandonné, mes forces s'étaient épuisées, je ne crois pas qu'il y - aurait là un reproche dont je dusse me préoccuper beaucoup, je ne crois 1 pas qu'il y aurait là un fait dont mes amis eussent à rougir, je ne crois
pas que dans ce fait il y aurait une cause pour laquelle ceux qui dans le passé m'ont donné leur confiance me la retireraient maintenant. Car, en effet, Messieurs, c'est un fait sur lequel je puis dès le début de cette
é assemblée attirer votre attention, c'est un fait devant lequel nos ar versaires sont obligés de s'incliner, s’incliner de bien mauvaise grâce pe: 5, t mais s'incliner tout de même, le pays est dans une période heureus , la
prospérité est générale, l'harmonie, la paix, fille du ciel, comme on disait dans l’ancien temps, règne dans toutes les classes, Eh bien, en face de ces faits, je crois que je puis bien, en effet, me dire que si ma santé s'était affaiblie, assurément personne dans cette assemblée ne songerait à m'en faire un reproche.
n n Messieuis, la luite est maintenant engagée dans la division d'Ho. cf chelaga et dans la division St.Jacques; nous sommes en face d’une es contestation dans chacune de ces divisions. Le mot d'ordre qui est je donné par nos amis, les ennemis, a été donné dans une assemblée récente ès tenue par les chefs du parti conservateur. A cette assemblée, tous les
hefs du parti conservateur y étaient, notamment mon ancien collègue, a M. Tarte, et je dois dire que cette fois-là c'est M. Tarte qui a donné le
mot d’ordre, et il l’a donné dans des termes que je tiens à mettre devant vous. Je vais citer une phrase tirée du discours qu’il a prononcé dans cette circonstance-là, et je tire cette phrase du rapport qui a été publié par le Journal. Je ne cite pas le rapport de Za Patrie, je cite le rapport du /ourna/, et je ne crois pas en agissant ainsi que je fasse injure à M. Tarte. Autrefois, lorsque M. Tarte était mon collègue, si j'avais eu à citer un discours de lui, je n'aurais certainemeut pas pris le rapport du Journal ; mais les temps sont changés, et aujourd’hui M. Tarte et le Journal sont aux petits soins, et tous les jours ils peuvent se dire l’un à l’autre : Passe-moi le sel, je te passerai le séné. Le mot d’ordre qui a été donné dans cette circonstance par M. Tarte est celui-ci :
‘Il ne suffit pas de dire que tout va bien, mais il faut se demander. si ça pourrait aller mieux, ’?
Messieurs, cette pensée-là n’est pas nouvelle dans la tête de M. Tarte, elle est aussi vieille que l’histoire du genre humain, et si nous remontons jusqu’à l’origine des temps, jusqu’au paradis terrestre où étaient nos premiers parents, nous trouvons cette même pensée exprimée par M. Tarte : Il ne suffit pas de dire que ça va bien, mais il faut savoir si ça pourrait aller mieux. "
Adam et Eve, nos premiers parents, étaient dans le paradis terrestre dans un état pour le moins aussi heureux qu’on peut l’être aujourd’hui dans le pays, quand M. Tarte et ses amis nous donnent comme prototype que nous devrions suivre la république américaine ; ils étaient heureux, mais le tentateur s’est présenté à eux et leur a tenu à peu près le langage que je viens de vous répéter, dans un style plus biblique, il est vrai, plus sacramentel, plus élevé, mais au fond, avec la forme moderne que lui a donnée M. Tarte, à peu près ce langage-ci : Il ne suffit pas de dire que tout va bien, mais de se demander si ça pourrait aller mieux. Le tentateur arrive, il se présente à nos premiers parents. Ils