LE VOYAGEUR, THÉRÈSE
Cela ne se conçoit pas. . . à peine ai-je dit à ma tante que monsieur Rigobert était ici , la voilà qui cherche querelle à monsieur Bardou, et qui se met à sa toilette... (en soupirant.) Ah!. .. (^w voyageur,) Eh! bien, Monsieur, vous n'entrez pas ?
LE VOYAGEUR
Tout-à-l'heure. Ma belle enfant, ne puis-je pas causer
un moment avec vous .''
THÉRÈSE
Non, Monsieur 5 ma tante me défend de causer avec les voyageurs.
LE VOYAGEUR
C'est très-bien. . . mais moi , je suis d'un âge. . .
THÉRÈSE
Sans conséquence , c'est vrai.
LE VOYAGEUR , à part.
Sans conséquence. .. Diable. (Haut.) Vous vous nommez Thérèse Uesnoyers .'*
THÉRÈSE
Oui, monsieur.
LE VOYAGEUR
Vous êtes orpheluie , vous n'avez pas d'autres parens que voire tante?
THÉRÈSE
Non , monsieur.
LE VOYAGEUR
Elle se nomme madame Gervaut ; elle est veuve, monsieur Bardou voudrait l'épouser.
THÉRÈSE
Oh! je ne dois pas savoir ces choses-là ; mais je crois que oui.
LE VOYAGEUR
Et vous, ma belle enfant, est-ce qu'on ne songe pa« ù vous marier?
THÉRÈSE
Oh ! moi , je ne peux pas me marier, parce que jV un parrain.
LE VOYAGEUR
Ah ! vous avez un panain !
THÉRÈSE
Use nomme Lefort... c'est un bien homiète homme, il a des rentes sur le grand livre.
LE VOYAGEUR
Et vous ne le connaissez pas!
THÉRÈSE
Je ne l'ai pas vu depuis le jour de mon baptême... Il a écrit à ma tante qu'il ne voulait pas qu'on me muriâC avant qu'il eûi fait un voyage dans le pays... Ma tante ne le connaît pas plus que moi, mais elle dit que... que...
LE VOYAGEUR
Que dit-elle cette chère tante?
Que mon parrain est garçon, et qu'il pourrait bien avoir l'envie de venir pour...
LE VOYAGEUR
Pour vous épouser.
THÉRÈSE
C'est singulier... ce monsieur sait tout.
LE VOYAGEUR
Et que pensez -vous de ce mariage ?
THÉRÈSE
Mais , jusqu'ici je n'aurais pas été fâchée d'être U femme de mon parrain.
LE VOYAGEUR
Mais maintenant, depuis l'arrivée de M. Rigob^rt...
THÉRÈSE
Monsieur Rigobert !... C'est donc lui !... Monsieur Bardou soutient que ce n'est pas lui: mais nous saurons la vérité... Ma tanle m'a dit qu'elle le reconnaîtra bien, et qu'elle ne peut pas s'y tromper, elle !... Oh! si c'était lui !
LE VOYAGEUR
Eh bien ! si c'était lui ?
THERESE
J'en serais bien c6ntente! ... Il m'a fait tant rire lorsque j'étais petite... c'était un si bon garçon... Il jouait à la madame avec moi.
LE VOYAGEUR
Oh! s'il jouait à la madame!
THERESE
11 chantait... et j'aime tant les chansons !.. il m'en apprenait dont il faisait les paroles et la musique... je les chante encore tous les jours.
LE VOYAGEUR
Et vous espérez qu'il vous en apprendra de nouvelles.
THERESE
Je ne demande pas mieux. . . Cependant, à vous dire vrai , je l'aime bien , monsieur Rigobert ^ mais je trouve que ma tante l'aime trop.
LE VOYAGEUR
11 ne faut pas vous désoler, mon enfant-, qui sait? lie parrain Leforl peut être ici d'un moment à l'autre.
Air : des deux. Sœurs.
Oui, livrez-vous, ma chère, à l'espe'rance ! Votre parrain de vos jours prendra soin ; Du lualhcurenx , souvent, sans qu'il y pense. Oui, l)ien souvent, le bonheur n'est pas loin!
( j4 part.) La pauvre enfant veut que son mari chante ; Suis-je un chanteur?. . . Helas ! de bonne i'oi , J en fais l'aveu ; j'ai la ^oix cheviollante , El Riyobert chantera mieux que moi,
THKRÈSK.
Dej!» mon cœur se livre à l'espérance .' (](• ( litr parrain de mes jours ]Mendra soin ; Du malheui'cux , souvent , sans qu'il y pense Oui, bien souvent, le houlieur n'est pas loin.