L. Leduc
A. Marceau.
W. Beauchamp.
J. Lavoie,
H. Langlois.
D. Dansereau.
H. O. Rochon.
E. Allard.
N. Doucet.
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Le désert s’enfonçait bien avant dans les cieux.
Echangeant leurs pensers et leurs craintes entre eux, Coupant les horizons qu'un horizon efface,
| Calmes sous le soleil qui leur hâlait la face,
Et secouant au vent la poudre des chemins,
Forts comme des Gaulois, fiers comme des Romains,
De
Cent braves s'avançaient, joyeux, front haut, stoïques ;
Leurs pieds meurtris prouvaient leurs courses héroïques.
Un soir brumeux et froid—arrachés brüsquement Aux caresses sans nombre, au long embrassement De mères qu’effrayait le cliquetis des armes, D'épouses qui baisaient, au milieu de leurs larmes, Leur uniforme sombre et leurs humbles galons — Ils avaient dû partir. Sans but et sans jalons,
Par un climat d’avril, par des neiges fondantes,
Le jour dans la prairie, et la nuit sous des tentes Dont parfois la rafale ébranlait les sommets, Ils gagnaient l'inconnu sans se lasser jamais. Ils allaient, s’attardant quelquefois sur les routes, Interrogeant l'espace et l'oreille aux écoutes, Car la savane est grande et grands sont les déserts, | Et repartaient, de pluie ou de neige couverts
Sans vivres, sans souliers. Par moments la tempête,
Crevant l’âpre nuage au dessus de leur tête Et se répercutant dans les lointains échos,
Se dressait sur son aile et criblait leurs shakos ;
stoiques ;
héroïques.
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Mais que leur importait le vent et ses colères, Ils se disaient, domptant les éléments polaires : La vie est dure ici, mais la gloire est au bout.
Et si quelqu'un tombait, ils lui criaient : debout ! !
Jamais un mot de blâme et jamais de murmures ! Comme un chêne géant aux rugueuses ramures, Ils restaient forts devant l'ouragan qui passait. Que dis-je, à leur insu leur âme grandissait.
Et quand, raalgré cela, parce que leur épée
Etait encore vierge et n’était pas trempée
Dans le sang, dans ce sang peut-être où nos aïeux Plongèrent si souvent leur glaive audacieux,
Ils eurent à subir un insulteur, un drôle,
Un vil menteur payé pour ternir l’auréole,
Dont la clarté sans tache éblouissait leur front, —Eux qui devaient plus tard relever cet affront — Jamais ces fiers enfants, un moment ne faiblirent. Devant leurs pas hardis les routes s’aplanirent, Sans que de leur pays le souvenir charmant
Ne vint leur apporter le découragement.
Maintenant le clairon sonne halte.
C'est l'heure Où le zénith flamboie, où la terre qu’effleure Un chaud raÿon d'été par l'air pur attiédi Offre sa lèvre vierge aux baisers du midi.
Le vieux Saskatchewan, roulant ses flots sauvages, Emplissait de rumeurs les bois et les rivages ; Et la plaine sans fin, dans les horizons bleus,
Etalait sa splendeur auguste sous les cieux.
Dieu les avait conduits. seuls, à travers l’espace
Là, tandis qu’autour d’eux, comme un lion qui passe, Et dont la voix grondante épouvante les airs,
Le peuple sanguinaire et fauve des déserts
Les guettait. Rien n'avait, pendant la route morne Qui s’offrait au départ sans issue et sans borne,
De leur figure hâve et de leur front d’airain
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Terni le caractère énergique et serein.
Ils sentaient, qu’au delà de l'immense prairie, :
Quelqu'un les regardait fixement : la Patrie.
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Pourtant une pensée amère torturait Leur cœur, et quand les monts que le soleil dorait De loin leur indiquaient les tours de Notre-Dame, Quelque chose de grand s’éveillait dans leur âme. Descendants de ces preux qu'Hébert de son burin Exhume d’un passé sans tache et souverain,
is voulaient, eux aussi, de ces grands bois farouches
Réveiller les échos au bruit de leurs cartouches.
Ils voulaient recevoir leur baptème de sang.
Or, tandis qu'ils faisaient ce rêve éblouissant, Qui leur ouvrait déjà le temple de la Gloire Et burinait leurs noms au socle de l'Histoire, Tandis que leur regard voyait dans l'avenir Les drapeaux de Lévis à leur drapeau s’unir, Riantes visions de longues nuits passées
A suivre lentement le cours de leurs pensées,
Voilà que tout à coup du fond des bois touffus
Un murmure d’abord demi-vague et confus
Comme un bruissement d'algues vertes s'élève ; Puis le son devient grave et profond, de la grève Il monte et s'agrandit en se répercutant, Et le soldat, bronzé par les soleils, entend Une voix lui crier, foudroyante et terrible : ‘ Aux armes !”
L’ennemi, jusqu'alors invisible, Que nul ne sent marcher et nul ne voit venir,
De ses taillis obscurs s’apprêtait à bondir,
Pas un mot, pas un cri, ni plainte, ni surprise. Sentant battre du cœur sous leur étoffe grise,
Et voulant conserver sans tache leur blason,
Ils fixèrent muets l’insondable horizon.
Peut-être qu’au hasard quelques mains se pressèrent, Que des pleurs à travers quelques cils se glissèrent, Mais ce fut tout. Chacun comprit qu’en ce moment, Le spectre de Montcalm, sous son granit dormant, Se dressait, et qu'il ne faut pas que l’on soufflète
Par une lâcheté son glorieux squelette.
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Le courage chez eux ne se refroidit point ;
Mais avant d'engager, la carabine au poing,
Et les haillons au vent, leur première bataille ; Avant que dans les airs la sanglante mitraille
Eut sifflé, décrivant un arc-en-ciel de feu,
Leur dernière pensée ici-bas fut pour Dieu.
Car ces vaillants enfants, grandis dans les alarmes, A leur brave aumônier présentèrent les armes,
Et, pareils aux roseaux souples des prés jaunis Qui, lorsqu'un vent, chargé de parfums inouis, Passe en rasant le sol de son aile et se glisse
Léger comme un brouillard et frais comme un calice, Se penchent sans effort, aspirant les senteurs
Qui s’échappent des flots, des feuilles et des fleurs ; De même ces soldats, pour recevoir du prêtre
Le signe du pardon et le dernier peut-être, Courbèrent leurs fronts nus au soleil d’or brunis, Et mirent un genoux à terre.
O mon pays !
Le sang de tes aïeux gonfle encor tes artères, Et tes fils d'aujourd'hui sont dignes de leurs pères !
Un siècle de repos n’a pas pu le rouiller
Ton glaive, et les rayons qu'il faisait scintiller,