A L AUTEUR
Avant de publier ce premier volume de l'histoire d'une académie, dont le but principal était de populariser, dans la Provence, la langue française, nous l'avons soumis au jugement de M, Frédéric Mistral, le restaurateur de la langue harmonieuse des Troubadours, l'auteur des admirables poèmes qui assurent, une fois de plus, l'immortalité au doux" parler d'Arles. Voici la lettre qu'il nous a fait l'honneur de nous écrire. Il nous permettra de la reproduire ici, comme la meilleure préface à ce travail, dédié à nos amis de Provence. Il ne saurait paraître sous de plus glorieux auspices.
Maillane, 22 janvier 1886.
Vous voulez bien, Monsieur l'abbé, prendre mon avis sur cette honnête Académie d'Arles que vos intéressantes recherches viennent d'exhumer. Le voici tout sincère. Je ne professe qu'une considération très modérée pour les beaux esprits de province, qui, sous Louis XIV, contribuèrent peu ou prou à implanter le culte du soleil de Versailles, et tout ce qui s'en est suivi, dans le libre domaine du soleil provençal. Je sais bien qu'il n'est pas juste de juger les idées d'un siècle
avec celles d'un autre siècle, mais vous permettrez, je crois, à un poète provençal, profondément épris de son pays et de sa langue, de regretter cet entraînement, composé d'adulation plus encore que d'admiration, qui, sous le roi-soleil, poussa toutes nos provinces à faire litière de leurs droits et de leur personnalité devant l'absolutisme et le nordisme triomphants.
Or, les académiciens d'Arles, prenant pour tâche de répandre dans leur cité romaine le beau langage de la cour, ou de chasser, en d'autres termes, la langue provençale de l'usage habituel « des gens de qualité », faisaient à leur manière ce que firent, au même temps, les consuls arlésiens qui portèrent au roi leur admirable Vénus pour recevoir en échange une croix de Saint- Louis. La Vénus d'Arles est aujourd'hui au Louvre, et le plâtre est à Arles; c'est bien gagné.
Et de l'Académie qui rêva de tailler les peupliers blancs du Rhône comme les ormes de Le Nôtre reste-til autre chose que le madrigal de Roubin ?
Que faire de mon île'? Il n'y croît que des saules Et tu n'aimes que le laurier,
Que les mânes des vingt illustres me pardonnent l'injure! Vers 1740, au grand scandale de quelques demeurants de l'Académie défunte, un fils de paysan,