M. BOUVET
Sum galeatus ego, est etiam galeata Minerva, Vicimus, haud mirum est, hostis inermis erat.
M. DE CAYS
Voce leo noscor, noscuntur et ungue leones, Me domus, Urbs, cœtus clamât academicum.
M. DE MELLAC
Sit satis incautae Veneris juga dura tulisse, Dulcius en nobis dat dea docta jugum.
M. DE ROBIAS
Nititur in vetitum, vetitos dum quaerit honores Hos tantum quaerit quos vetat invidia.
M. l'abbé flèche
Telum dulce nimis quo dulcia tela vibrantur, Undique tela volant aurea dum loqueris.
M. LE SACRISTAIN DE BOCHE (l)
Siste gradum, generose puer, nunc contrahe vêla, Monte etenim sacro est ipsa thiara minor,
LE R. P. viNAY, minime
Inclita, jus violât, semel, et violasse juvabit, Imo juvat, demum régnât Academia.
La critique et l'éloge étaient agréablement mélangés dans ces vers, de valeur très inégale, mais dont quelques-uns sont charmants et pleins d'esprit (2). Ils
(i) Les armes du sacristain de Boche se composent des armes accouplées de Boche et de Porcelet.
{2) La devise du P. Vinay rappelle l'exception qui fut faite en sa faveur (voir plus haut, p. 55), mais en termes dont il ne pouvait que se louer.
turent remis à chacun de ces messieurs, « qui eurent un extrême plaisir de s'appliquer le sens de l'éloge qui leur estoit adressé. » Ils passèrent de main en main, et, lorsqu'ils revinrent au directeur, M. de Grille se chargea de les paraphraser, dans un style rempli de bonhomie et aussi d'affectation.
II prit la parole et, montrant le tableau qui contenait les armes des académiciens, encadrées de palmes et de laurier, exposé sur la cheminée : « J'admire en ce tableau, dit-il (i), l'addresse du peintre. Messieurs, ce n'est pas sans sujet qu'il préfère les palmes et les lauriers qui environnent vos armes aux lambrequins, supports, cimiers et aux autres embellissements de l'escu ; c'est sans doute avec dessein qu'il a préféré ces prétieux hiéroglyphes du triomphe et de la victoire à toutes ces autres pompeuses images de la vanité des hommes ; nous pourrions encore admirer, messieurs, l'érudition de notre petit orateur, qui dans les estraines qu'il vous présente a si galamment touché l'histoire et la fable, qu'il ne nous laisse presque rien à dire sur cette matière ; il est vray, messieurs, que pour ne nous esloigner pas de son esprit et de son intantion il ne faut vous entretenir aujourd'huy que de votre propre gloire. »
(i) Registre de l'Académie, fol. 32 et s.q.q.
Orbes argentatos, etc. — m. de gagëron
Ce premier académicien porte de gueules a six besants d'argeant, 2 et i , 2 et i que son panégiriste appelle orbes. Il dit qu'un seul ne luy suffiroit pas ; en effet, messieurs, on le peut dire sans le flatter, tout le beau monde de l'un et de l'autre sexe qui acogneu le mérite de cet illustre n'a-t-il pas advoué par une estime particulière qu'un seul monde n'estoit pas digne de luy.
Tout le monde sçavant, le bon et le beau monde
Le grand monde de France et celuy de Piémont (i)
Et le monde du double Mont, M'honorent d'une estime à nulle autre seconde,
On peut jurer sans hazarder sa foy.
Qu'un seul n'est pas digne de moy.
Concha triplex, etc. — m. de sabbatier
Le deuxième distique fait alluzion aux armes du second académicien ; ses coquilles qui se vantoient autrefois des faveurs de Diane, ne veulent plus de gloire que par les influences d'Apollon, elles quittent la sœur pour le frère, l'amertume et la saleure de la mer pour les douceurs du Parnasse, elles estoient plaines mais stériles, elles sont fécondes aujourd'huy et pour elles-mêmes et pour les autres.
(i) M. de Gageron passa de longues années à la Cour de Piémont, même après la fondation de l'Académie.
Petites filles de Neptune, Qui dans vostre berceau trouvez votre prison.
Et qui, suivant le cours de la saison,
Suivîtes le cours de la lune.
Ha ! que vous faites bien de quitter cette sœur,
Pour le frère plain de douceur.
Altivoldns atque, etc. — m. giffon
L'épigramme du troisième académicien est ingénieuse, elle se joue sur le mot de (Rostris). Rostra, chez les Romains , estoit la tribune aux harangues dont on voit encore quelque reste au Capitole. Cet académicien est ici indiqué comme un aigle eslevé dans les airs, puissant du bec et de la serre, et l'équivocque est tiré de ses armes dont la principale pièce est une croix encrée d'hermines , chasque bout de l'encre terminé par une teste d'aigle de sable, allumée et becquée de gueulles.
Lorsqu'il parle, on diroit que l'orateur romain,
Luy preste sa masle éloquence ;
Il a de la douceur, il a de la science. Et lorsqu'il est forcé de faire l'escrivain, Les Muses luy guident la main.
Quas natura dédit, etc. — m. le chevalier de romieu
Cette bource à l'antique marque le lustre de cette famille qui esclatte en la personne et dans l'employ de cet académicien, elle contient de grands thrésors dans sa petitesse, et cent vaisseaux de cours qui reviennent des mers du Levant ne sont pas chargés
de raretés si prétieuses que l'âme de cet académicien ; vous jugez bien, messieurs, que cette bourse n'est qu'une allégorie de cette âme et qu'on peut dire parlant de ce quatriesme académicien :
Q.U 'outre les vertus nécessaires, Dont chascun se pique aujourd'huy, Toutes les Muses lui sont chères Toutes lui donnent leur appuy Jusque là, qu'on cognoît deux mille de ses frères, Qui n'en scavent pas tant que luy Ci),
Multat legit, etc. — m, l'abbé de barrême
C'est ici une énigme à peu près ; il est vrai, qu'à faire un peu de réflexion sur la lettre double de cet escu , on peut aysément comprendre l'éloge de cet académicien. Je crois pour moy que sa double littérature ne consiste pas seulement à l'intelligence des poètes et des pères qu'il joint et qu'il sçait parfaitement, mais qu'on veut aussi dire qu'il a sçeu joindre une pratique honorable à une belle théorie.
Et qu'entre ceux qu'on admire Aucun ne va plus avant, Ainsi de luy peut-on dire :
Qu'il est doublement scavant De son double delta la figure enlacée Prouve assez bien cette pensée.
Per mare, per, etc. — m. de bouchon
Ce sixième se fait assez cognoistre par ce beau
(i) Les Chevaliers de Malte.
sentiment : je ne relâche rien, dit-il, de mon ambition, au contraire, elle ne fut jamais si belle qu'au point qu'elle m'inspire de m'arrester. Le repos de l'Académie vaut mieux que l'inquiétude de Pyrrhus, et que toutes les sueurs d'Alexandre.
J'ay veu la cour, j'ay fait la guerre
J'ay couru la mer et la terre (i),
J'ay toujours fait tout ce qu'il faut, Mais enfin en suivant le cours de mon estoile, J'aborde le Parnasse oià je cale la voile,
N'est-ce pas le porter bien haut ?
Sum galeatus ego, etc. — m. bouvet
Ce septième académicien fait paroistre dans le blason de ses armes, qui sont des symboles de force et de lumière, le rapport qu'il a avec la scavante Pallas. Il porte d'azur au chevron d'or, accompagné de deux estoiles en chef de mesme, et d'un casque d'argeant en pointe, taré de front ; il vous remet en mémoire, messieurs, l'heureux employ que l'Académie lui donna à la première attaque qu'elle reçeut de l'envie (2), ou ce monstre parut abbatu par ses soins; mais il dit cela galamment, sans estimer trop une victoire qu'il partage avec une divinité.
(i) M. de Boche, ou Bouchon avait servi dans la marine. Il fut nommé capitaine dans le régiment des chevaux-légers en 1674, et fit, en cette qualité, plusieurs campagnes.
(2J II s'agit de la critique de la satire communiquée à l'Académie le i" mai 1666 et dont nous avons parlé plus haut
Pallas qui chez nous préside, Me couvrit de son égide, M'adsista de sa vertu , La chose ainsi disposée La défaite fut aysée, De ce phantôme abbatu.
Voce leo noscor, etc. — m. de cays
Celuy-ci , messieurs, qui porte dans son escu, les mesmes armes que la ville, et que l'Académie ; peust soutenir qu'ainsi que lyon se distingue des autres animaux par la voix et par la main , un véritable académicien, peut estre distingué de la plus part des hommes par la parolle et par les escrits (Me domus), dit-il, sa maison, la maison commune (i), et l'Acamie le déclarent assez.
Si la ville et TAcadéraie, Qui sont également l'objet de mes travaux. M'estiment autant que je vaux.
Si l'une et l'autre est mon amie.
Elles font leur devoir, et le ciel y consent,
Puisque l'une me considère
Comme son demi-père, Et l'autre comme son enfant.
Sit salis incautœ, etc. — m. de melac
Ce sage académicien fait parler ses colombes à l'honneur de l'Académie ; luy-mesme qui a tant
(i) M. de Cays fut élu consul d'Arles pour l'année 1667, c'est à quoi M. de Grille fait allusion.
parlé en faveur de la galanterie commence à se désabuser, et cognoit que s'il y a quelque bien solide dans le monde, ce ne peut estre que l'étude de la sagesse , ce qu'il y a de joli en ce latin convient à l'histoire fabuleuse , il n'est personne qui ayt commerce au Parnasse qui ne scache l'employ des colombes de Vénus ; elles disent donc aujourd'huy :
Adieu, Vénus, adieu la bagatelle, Vous n'aurez plus de nous un pas, Ny le moindre coup d'aisle, Minerve à son char nous attelé, Elle est sçavante, elle est pucele,
Et vous ne Testes pas, Adieu donc déesse volage.
Cherchez vous un autre attelage.
Nititur in vetitum, etc. — m. de robias
Celuy-ci employé la divise de ses armes, mais il
l'adjuste fort bien avec la modestie académicienne :
l'envie luy fermoit tous les passages pour arriver à
l'Académie, il a vaincu tous les obstacles (i) et peut
dire :
Jamais la vertu ne fait mieux, Que dans les choses difficiles La tem peste et les vents l'eslèvent jusqu'aux cieux. Les plus grands ennemis luy sont les plus utiles. Et l'honneur d'estres assis entre des demi-Dieux Je le doibs à nos envieux.
(i) Nous avons exposé plus haut, p. SC-Sy, les circonstances dans lesquelles il fut admis à l'Académie; elles expliquent ces paroles assez claires d'ailleurs.
— 7fi — Telum dulce nimis, etc. — m. flèche
C'est bien peu dire à l'honneur de cet académicien, que d'employer les termes à'aurea ; gemmea, ignita, luminosa , luy seroient encore plus convenables, estant certain qu'il ne parle jamais qu'il ne pénètre les coeurs et qu'il ne fasse voir que ses paroles sont des traits de feu et de lumière.
Ce trait qui semble d'or est un trait tout de tlamme,
Mais un trait doux et sans pareil, Il pénètre les cœurs et nous laisse dans l'âme, I/image du soleil.
Siste gradum, etc. — m. le sacristain de boche
C'est le Parnasse en corps, messieurs, qui prie cet académicien de s'arrester : il y a grande apparance qu'en ce bel aage où il se rencontre (i), et avec tous les autres advantages que la grâce et la nature peuvent prester à la vertu, il y a, dis-je, grande apparance qti'il devoit aller bien avant et qu'il n'est point de grandeur dans sa profession où il ne put attaindre ; mais il est trop cher aux muses, messieurs, pour qu'elles l'abandonnent à l'ambition (hue contrahe vêla), luy disentelles, et je m'imagine qu'il est assez civil pour leur respondre :
(i) M. de Boche avait alors 20 ans à peine. Il n'aurait été reçu à l'Académie qu'au mois d'août suivant, d'après le Ms 1060, mais c'est une erreur, voir plus haut, p. 48-49.
Avec beaucoup d'esprit, de noblesse et de bien, Un grand cœur se peut tout promettre.
Mais puisqu'enfin je suis académicien.
Et que par mes talents j'ay mérité de l'être, J'ay tout ce que je veux et ne demande rien.
Inclita jus violât, etc. — le r. p. vinay
Cette épigramme touche en passant le mol de Cézar (si violandum jus, regnandi causa) mais pour en comprendre le sens, il se faut persuader qu'on règne par la paroUe aussi bien et plus puissamment quelquefois que par les armes ; que si cela est, messieurs, n'est-il pas vray que le mérite de cet académicien justifie vostre attantat, vous avez violé la loy que vous vous estes faite (i), mais c'est pour un mérite sans comparaison, c'est pour une esloquance parfaite qui règne sur les cœurs et sur les esprits, dont on peut
dire :
Elle est un empire innocent.
Sous la loy duquel on ressent.
Une douceur extrême,
(i) Lorsqu'elle accueillit la demande du P. Vinay, minine, le 25 octobre 1666, € l'Académie regarda plutôt son mérite et ses talents supérieurs que son état et sa naissance. » Ms 1060, p. 8. Il fallut déroger au principe, en vertu duquel les académiciens devaient tous être nobles d'origine et n'appartenir à aucune corporation religieuse, voir le Registre de l'Académie, fol. 17. C'est à cette dérogation qu'il est fait allusion ici, avec une inssistance légèrement étrange et qui nous surprend de la part d'un homme si intelligent, mais aussi n'était-il pas le défenseur des statuts rédigés par lui-même ?
Mais que l'empire est doux, Lorsque celuy qui règne en sa pompe suprême Ne règne que pour nous.
Voilà, messieurs, une meschante paraphrase de ce pettit chef d'œuvre dont vous avez fourni une si belle idée à notre petit orateur. Il reste encore les armes de l'Académie (i) qui porte de mesme que la ville
{2) Lorsque le roi Louis XIV eut accordé à l'Académie le titre d'Académie Royale, il fit changer ces armoires, qui servaient aussi de sceau. A dater de 1669, elles représentaient le roi en manteau royal, assis sur des trophées et le sceptre à la main, avec ces mots en exergue : Academia Regia Arelatensis. Voir sur le Blason de l'Académie d'Arles, Histoire de Louis le Grand par les médailles, du P. Claude François Menestrier de la Compagnie de Jésus, 1691. Cfr. ce que nous avons dit plus haut, p. 64. note I.
Il est important de ne pas confondre le blason de l'Académie diwcc %a. devise, ni avec la mérfdii'Z/e qui fut frappée, en 1669, en mémoire de l'approbation royale.
Pierre Véran n'a pas évité cette confusion, et une fois encore nous surprenons sa critique en défaut.
« Je trouve que l'Académie d'Arles a souvent changé le blason de ses armes. Celui qu'elle avait en 1669, représentait deux oliviers l'un plus gros que l'autre, échauffés tous les deux par les rayons du soleil placé au millieu de la devise : Foventur eodem. Le blason était couronné d'une fleur de lys soutenue de droite et de gauche par une guirlande, au bas, on lisait : Académie d'Arles, M Dc lxix.
Lorsqu'elle fut honorée du titre de royale, elle prit pour armes le portrait du roi, en manteau royal, le sceptre à la main et appuyé sur des trophées avec cette devise : Academia Regia Arelatensis.
Elle eut aussi pour armes, d'argent au lion d'or assis, sur un cartouche de sinople que ce lion soutenait, ayant ces mots en lettres d'or : Academia Arelatensis, Elle changea ensuite cet
d'Arles, d'argeant au lion d'or assis, tenant un cartouche de synople, avec ces mots en lettres d'or :
ACADEMIA ArELATENSIS.
Ce lion, fait encore une de vos devises, messieurs, lorsque vous le représentez au milieu de quantité de lionceaux leur disant : L^etabor genuisse pares, l'esclaircissement de ce mot se trouve dans le distique qui suit :
Pars genuina mei vos stirps generosa leonum, Laetabor tandem me genuisse pares,
OU bien
Pars genuina mei longos spectata per annos, Fac, tuus ut quondam noscar ab ungue ieo,
OU bien
Quos genui tandem noscuntur ab ungue leones, Ipsemet ut quondam notus ab ungue fui,
ce que la moindre de vos Muses, messieurs, interprette comme s'ensuit :
Troupe illustre et généreuse Mes chers, mes braves enfants, Par vos exploits triomphants Rendez ma mémoire heureuse.
Souvenez-vous qu'autrefois, J'ay pu soumettre à mes loix, Mars, les Muses et Cythère,
écusson et elle porta d'argent à un vieux lion d'or, entouré d'une troupe de cinq lionceaux et pour devise : Laetabor genuisse pares. ■» Seconde partie de l'essai de la statistique de la ville d'Arles et son terroir, p. 265, Ms de Pierre Véran, aux archives d'Arles.
Faites qu'on dise aujourd'huy, Q.ue les enfants d'un tel père, Sont toujours dignes de luy (i^. »
Lorsque ce compte rendu eut été transcrit sur le Registre, le directeur proposa de jurer fidélité aux statuts et règlements. Ils furent « leus et examinés à la rigueur d'un bout à l'autre » et il fut décidé que chacun apposerait sa signature au bas, sur le Registre. La formule du serment, prêté par chaque membre, était ainsi conçue : « Je soubsigné, après avoir ouï et examiné le contenu aux présents statuts, ay juré sur mon honneur et ma conscience de les garder et observer de tout mon mieux. »
Ces statuts comprennent dix-neuf articles (2).