VOIR P
Monseigneur,
« Nous ne sçaurions jamais reconnestre assez dignement l'honneur que vous nous faictes de nous consulter sur l'ouvrage du Père Lucas, qu'en protestant comme nous faisons, que personne n'aura jamais plus de respect pour vous que les académiciens d'Arles, mais, Monseigneur, ce respect ne sera point inutile, vous fairés chez nous ce que personne encore n'a pu faire, vous nous fairés rompre nos statuts sans crime et sans scrupulle, et nous osons desjea prononcer en maistres sur le mérite et sur l'estime du livre qu'rl vous a pieu nous envoyer, puisque vous le désirez ainsi. Oui, Monseigneur, cet autheurest un excellent rethoricien, et sa dissertation est admirable. Ce petit éloge que nous avons recuilli de vostre letre, nous met à couvert du reproche que nos confrères de l'Académie françoise nous pourroint faire, c'est estre justes que de juger comme vous, c'est cstre clairvoyant et infaillible, que si vous n'eussiés pas eu la bonté de nous prester vos lumières là-dessus, nous aurions eu le courage de vous les demander, avec autant de con-
fience que ce Romain auquel l'empereur ayant demendé son sentiment : « Parle, Cœsar,luy dict-il, pour nous apprendre comme nous debvons oppiner. » Ce bonhomme n'estoit peustestre pas Romain de partout, il pouvoit flatter l'empereur qui n'estoit pas infaillible, mais vous, Monseigneur, nous le pouvons dire sans flatterie, vous estes et vous serez toujours, de nostre adveu, le chef de la justice du Parnasse, comme vous lestes du Parlement dans cette province, vous estes nostre oracle en l'un et l'autre, et nous ne saurions errer après vous, surtout si vous honnorés nostre compagnie de vostre protection. Nous l'osons espérer avec beaucoub d'apparance , puisqu'il vous a pieu nous prévenir par une marque si obligeante de vostre estime et de vostre bonté, et que nous sommes avec ant de respect, Monseigneur, vos très humbles et très obéissants serviteurs,
Les accadémiciens de la R. A. D.,
EsTOUBLON, secr. »
Ce i3 avril 1677.
Registre de rAcadémie, fol. i:j. Cette^lettre fut expédiée en avril '677. Le rapport de M. de Verdier fut rédigé et approuvé peu après: il occupe au Reg. les fol. 157, verso, et i38 en entier.
Le président Alarin était allié à de puissantes familles. Son père, intendant des finances, mourut « d'une indigestion d'estomac qui l'a emporté en 24 heures » dit le Mercure de juillet 1678, p. qo, et il ajoute qu'un des frères du^président, M. de la Trousserie était maître des requêtes, un autre, M. de Mouiller on, lieutenant des gardes du corps et que ses sœurs avaient épousé M. du Plessis et M. à'Oppède, président à mortier à Aix. Le président Marin mourut^ àj Paris en 1699, ^°''" '^ Mercure d'avril, p. 234. Le I" novembre 1693, dit encore le Mercure de novembre, p. 75, '( le prieuré d'Oulmes de'la Ville Dieu Daunay, 'ordre de Saint-Augustin, 'diocèse^de Saintes, fut donné à M. l'abbé Marin de la Cliastaigneraye, fils de,messire'/l rwow/ 3/ar/n,' marquis >ie la Chastaignemye, comte Palatin, maistre des requestes ordi-*
naire de l'hostel du roy, conseiller d'état ordinaire, cy-devant, .. premier président au parlement de Provence. » Suit une notice sur les Marin, jusqu'à la page 85. Le 3/ercMre explique, p. 80, que le pape Clément X envoya, par l'entremise du cardinal Grimaldi, archevêque d'Aix, un bref honorable au premier président Marin pour le créer comte palatin. Il ne faut pas confondre l'abbé Marin, avec un autre abbé de la Chastaigneraye dont parle le Mercure à' àoùx 1706. p. 293. « L'abbaye de Thiers, diocèse de Clermont (fut donnée) à M. l'abbé de la Chastaigneraye, de la maison de Sainte-Foy, établie en Agenois. Il est allie aux maisons les plus considérables des provinces d'Agenois, de Quercy et de Périgord. Cet abbé a un goût particulier pour les sciences abstraites, et il s'est attaché toute sa vie à la géométrie et aux mathématiques. »
En note, p. 22, nous signalons une Palinodie du P. Lucas, insérée au Mercure d'août 1689, p. 55-75. Elle est précédée de ces lignes : « L'ouvrage que vous allez lire est la traduction d'un poème latin composé par un jésuite, ensuite d'un discours fort éloquent qu'il avoit prononcé en faveur de la langue latine contre la françoise. Cela fait voir que quand on a de l'esprit on peut soutenir également le pour et le contre. » Rappelons que l'Académie d'Arles se déclarait, avec Charpentier, en faveur du français, et que M. de Sabatier adressait plus tard à l'archidiacre de Saint-Andiol, un des partisans du latin avec Vertron, ces vers :
Je cède, Saint-Andiol, à ta Muse Latine, Quand je lis tes beaux vers, quand je les examine, Je voudrais au Latin accorder le Laurier, Si j'osois m'éloignerdu sçavant Charpentier.. .
Epitres morales et académiques, 1687, in-12, p. 17.
M. DE Pahaire et l'Académir
(voir t. 85 )
Lors des négociations pour obtenir les lettres patentes d'érection de l'Académie, M. de Paraire, premier commis de M. ilc Bcrni, s'était montre très bien-
veillant pour les arlésiens, aussi le 17 septembre 1668, l'Académie avait-elle chargé, M. Bouvet « de faire les compliments de la compagnie au sieur Parayre, qui s'est employé avec chaleur pour ses avantages. » Registre de l'Académie,, fol. 65, verso. On se borna à ce remerciement.
En 1677, M. de Paraire alors premier commis de M. de Pompone, prêta encore son appui dans l'affaire des nouvelles lettres patentes. Ce fut même lui, au témoignage de Roubin, qui dressa ces lettres. En tout cas, il montra un grand empressement pour les faire signer et usa, à cette fin, de tout son ascendant sur M. de Pompone. En conséquence,' Roubin proposait de lui offrir une place à l'Académie ( i). « Ces messieurs trouvent une difficulté presque invincible en cette proposition, premièrement l'honneur du corps et les statuts de l'Académie, défendant de donner la place d'un confrère à qui que ce soit, s'il ne la demende quelque mérite qu'on reconnoisse en sa personne ; ensuite toutes les places des vingt sont remplies et pour celles des dix, dont le Roy veut augmenter ce nombre, on ne sçait point encore si Sa Majesté les réserve à quelques personnes importantes.... On délibère enfin après beaucoup de refflexions, que pour le faict de M. Paraire, M. d'Estoublon respondra audict confrère M. de Roubin, les doules et le scrupulle de l'assemblée en laissant toutefois à la prudance de M. Roubin de voir et de trouver les moyens d'acquérir un si digne subjet, M. le secrétaire a dict qu'il faira la lettre de remerciement à M. Paraire, en sorte que tout
(i) C'est ce que fit, en 1682, l'Académie de Nimes, pour le marquis de Châteauneuf, secrétaire d'état. Mercure d'octobre 1682, 2» partie, p. 267.
le monde sera satisfaict, sans commettre l'honneur du corps ni des particuliers en rien, et qu'il la faira voir à l'Académie avant que de l'envoyer, mais qu'il croyoit qu'avant que d'escrire aucune response à la pensée de M. Roubin ny aucun remerciment à personne, il seroit nécessaire'd'avoir veu la copie des lettres pattantes prétendues et qu'on remercieroit M. le protecteur tout d'un temps avec les autres amis. » Reg. de l'Ac, fol, 170. Il rédigea sans retard une lettre pour M. de Paraire.
Monsieur, « Nous nous sommes hastés de remercier M. de Roubin nostrc cher confrère des bonnes nouvelles qu'il nous a données touschant nos affaires d'Accadémie, mais vous, monsieur, qui les faictes réussir si heureusement, qui ne voulés pas mesme qu'on le sache, pour nous espargner le soing de vous en remercier, que pouvons nous faire qui nous acquitte en partie de ce que nous vous debvons, nous voudrions pour cela qu'il vous pleust de deviner nostre pensée, nous ne vous la dirons pas pourtant, s'il vous plaist, l'envie pourroit bien'de là nous faire passer pour intéressés, elle diroit peut estre, que nous prétendons des grâces de vous, au lieu de vous en rendre, que si le bon génie de l'Académie royalle vous inspire de vous laisser persuader à tout ce que vous dira M. de Roubin de nostre part, vous fairés la joye de ceux qui veulent estre, monsieur, vos très humbles et très obéissans serviteurs,
Les accadémiciens de L. Royalle,
EsTOUBLON, secr, perp. (i). »
(1) Registre de PAcadéraie, fol. 171.
Cette lettre fut transmise par Roubin et Paraire y répondit peu après. A une séance de mars 1678 : « M. le secrétaire a monstre la lettre de M. Paraire en response de celle qu'on luy avoit escrit, pour le remercier des lettres pattantes nouvelles qu'on attend, dont on a chargé le Registre comme est ici : Messieurs, (six doibs, ou peu s'en fault, de distance de ce premier mot à la ligne). J'ay reçeu la lettre que vous m'avez faict l'honneur de m'escrire, et bien que je ne présume pas assés de moy pour me juger digne de la marque si obligeante qu'il vous a pieu me donner de vostre estime^ croyés, s'il vous plaist, messieurs, que j'en conserverai toute la reconnaissance que je vous doibs. J'espère mesme que M. Roubin voudra bien vous expliquer mes véritables sentimens sur ce subjet, aggréés donc s'il vous plaist que je m'en remette à luy de tout ce que je pourrois adjouster à cette lettre, et que je me contente de vous assurer que je profiterai tousjours avec soing des occasions qui se présenteront de vous tesmoigner dans le général et le particuUier la vérité et la passion avec laquelle je suis, messieurs, vostre très humble et très obéissant serviteur,
Paraire.
A Saint-Germein, ce 7 febvrier 1678 (i). »
Il ne parait pas que l'affaire ait eu suite, du moins le Registre n'en parle plus, et Roubin à son retour (naars 1679) n'en entretint pas ses confrères. Voir t. Il, p. 10 1. Il remit l'original des lettres patentes. Il y en a un exemplaire imprimé, 4 p. in-4, coUationné : Falentin, dans le vol. de Bonnemant, Collège, Académie. Nous n'avons pu retrouver l'original.
(1) Registre de l'Académie, fol. 172, verso.
~ 432 — Le Gentilhomme Forçat Floriot de Boisfey
(voir p. 89>9o. )
Nous complétons ici les détails donnés sur ce personnage inconnu (i), dont s'occupa l'Académie.
« On produict une lettre dont personne n'est le porteur, qui passe dans les meins de quelques uns de ces messieurs les académiciens. M. le secrétaire a dict qu'il y a quelques jours que cette lettre a paru, qu'on la lui a remise comme venant de la part d'un gentilhomme gallerien, mais ayant esté veue en divers endroits de la ville, il avoit creu que c'estoit une lettre faicte à plaisir. M. G. a dict qu'un officier de gallère la lui avoit remise et que la chose est constemment ainsi qu'il la lui a dicte, que ce n'est point une cassade, mais que l'embarras où les affaires de cette ville (à cause des logements des gens de guerre) tiennent les esprits n'a pas donné lieu plustost à la redition de cette lettre.
M. le directeur qui ne l'avoit point veue en demende une lecture. On trouve le cas extraordinaire et l'on demeure d'accord de la mettre dans le Registre.
M. le secrétaire a dict que ce malheureux gentilhomme, s'il faut en croire à sa lettre, se passera bien de l'honneur que l'assemblée propose, mais qu'il ne se passera point aussi aisément du secours qu il attend. On propose quelques expédients qui tous en-
(i) M. Bory, les Origines de l'Imprimerie à Marseille, in-s, i858, cite encore p. 5y, cinq ouvrages imprimés chez CIulkIc Garcin de 1682 à 1684, dont le plus important est intitule : L'Apôtre de Provence, ou la vie du glorieux Saint-Lazare, premier évéque de Marseille, par Jean de Chanteloup, ccuicr. sieur de Barban, forçat sur les galcrrcsde France.
~ 4èâ -
semble ne viennent pas au sens et à l'intention de celui qui escrit. On n'oppine rien louschant la response qui seroit une grande consolation pour ce noble forçat, enfin dans le moys de décembre de cette année 1678, on reçoit une deuxiesme lettre de M. Floriot de Boysfey, c'est ainsi qu'elle est signée, *de Marseille et de la gallère Forte-Neuve (et non Porte Neuve comme il est imprimé p. 89). On demeure d'accord d'enregistrer et l'une et l'autre, et M, le secrétaire est prié de respondre à ce pauvre gentilhomme toute la vérité la plus consolente pour ses affaires, qu'il se pourra. Ce M . Floriot de Boysfey faict de jolis vers et de bonnes lettres, on en montre encore une de sa façon qu'il a escrite à une dame de cette ville, pour lui demender son adsistance, cette lettre est pleine de jolivetés, et ses vers et sa prose marquent plus de patience et de gallanterie qu'on n'en a pour l'ordinaire dans Testât où il se trouve.
Lettre d'un gentilhomme gallerien escritte à messieurs de l'Académie (en octobre 1678, les distances observées dans l'original).
« Messieurs, que dires vous d'un infortuné gentilhomme qui sans vous estre connu prend la liberté de vous escrire et mesme d'implorer vostre secours ? Cette confiance me vient de ce que je sçay, messieurs, que
Vous estes ces vivans flambleaux,
Ces lumières toutes célestes, Dont les divins talens évoquent des tombeaux De la vertu romaine et l'essence et les restes, A la postérité vous filés d'heureux jours,
Arles est par vostre secours,
La plus glorieuse des villes,
Vos noms font dans ses murs revivre ces grands morts Et l'on trouve à foyson dans vostre illustre corps, Des Cicérons et des Virgilles.
Je sçay de plus, messieurs, que vous qui avés le plus grand Roy du monde pour Mecœnas, imités la généreuse compassion qu'il a pour ceux qui ont quelque teinture des belles lettres, et que vous faictes revivre, à son exemple, ce fameux favori d'Auguste qui a immortalisé son nom par la seule protection qu'il accordoit aux sa vans, je sçay, messieurs, que les gens de ce caracthère sont rares au siècle où nous sommes et que suyvant ce tu quamvis venias d'un ancien, on prend plustost garde si un homme a les meins dorées que s'il a l'esprit rempli de mille belles connoissances. Il ne faut pas s'estonner de cette espèce d'injustice dans la corruption du temps où nous vivons, puisque ceux qui semblent faire profession d'une amitié sincère et solide n'en ont que l'escorce, et pour habiller à la francese ce fameux Dum fucris /elix de l'antiquité, il n'est que trop vray de dire ;
On trouve des amis et mesme en quantité. Lorsque le temps pour nous heureusement s'escoule, Le bonheur les attire, et dans l'adversité, Un funeste revers escarte bien la foule.
Je fay, messieurs, une expérience bien fatale de cette vérité: j'avois quelques uns de ces masques d'amitié dans le monde, la veue seule d'un malheur qui m'a tout osté, et que je souffre pour un autre, me les a ravis et je suis présentement dans un délaissement digne de ces généreuses adsistances que chascun de vous accorde aux malheureux qui les réclament, l'achajt d'un Turc à cause de mon invalidité me tireroit d'affaire, et si vous vouliés entre vous, messieurs, y contribuer de
quelque marque de générosité vous pourries avoir la bonté de m'envoyer vostre secours et d'estre persuadés que si par vostre moyen Je recouvrois la liberté qui m'est plus chère que la vie, je fairois gloire de la perdre, pour vous tesmoigner le désir que j'ay d'estre tant qu'elle durera, avec de très profonds respects, messieurs, vostre très humble et très obéissant serviteur,
Floriot de Boys Fey.
A Marseille, ce i8 octobre 1678.
A Marseille sur la Gallère la Forte Neufve. »
Deuxième lettre du sieur de Boys Fey à Messieurs de V Académie française d'Arles, c'est ainsi qu'il nomme l'Académie royalle. (Note marginale).
Messieurs, je m'estois il y a environ deux mois donné l'honneur d'escrire à vostre illustre corps, pour implorer vostre assistance. Je suis persuadé, puisque M. de Barras (i), nostre lieutenant, a eu la bonté de me le dire, qu'il avoit remis la lettre à vostre secrétaire. Cependant, messieurs, je languis encore dans l'attente d'une response. Je l'achepterois de tout ce que j'ay de plus cher, ne fust-elle qu'en papier :
Hé quoi, messieurs, est-il possible, Qu'un gentilhomme malheureux.
Dans un estât si douloureux, N'ait pu de vostre cœur trouver l'endroit sensible !
En vérité, messieurs, je ne puis vous exprimer, à quel point cela me surprend, ma surprise ne seroit pas si grande si vous (estiez) des personnes ordinaires, mais il n'y aura personne qui ne soit surpris d'appren-
(i) Sans doute l'académicien dont il s'agit, t. I, p. iiS, note i.
dre qu'un gentilhomme demende du secours à une compagnie aussi célèbre que la vostre, par une lettre, sans en avoir seulement de response. Je vous la demende, messieurs, avec tout le respect possible, et suis, messieurs, vostre très humble et très obéissant
serviteur,
Floriot de Boys Fey.
A Marseille, ce i3 décembre 1678. »
« Ces deux lettres cy-devant enregistrées furent remises à M. Giffon par le sieur de Barras, lieutenant de gallère. L'assemblée prie M. le secrétaire d'y respondre le plus honnestement qu'il se pourra, sans engager la parolle ni l'honneur de la compagnie dans une affaire de cette nature inconnue et dont la partie elle seule avoit rendu tesmoignage.
M. le secrétaire scéant pour directeur ce 26 décembre 1678, a dict que l'honneur du corps ne seroyt nullement engagé si l'on donnoit commission à quelque personne de foy et de probité allant à Marseille de s'informer au vray de la condicion de celuy qui a escrit, de la qualité de son crime, s'il a le roy pour partie, ou si véritablement il est malheureux, sans estre coulpable, et qu'après tout cela, on luy debvoit respondre plus solidement qu'en belles parolles, qu'il demendoit un secours considérable, et qui feroit honneur à l'Accadémie si elle pouvoit le lui donner, etc. » Mémoire des mois de novembre et décembre 1678, Registre de l'Académie, fol. 175 et 176.
Le 27 octobre 1678, M. de Boche fut déput<i au roi, parce que MM. de Grignan et de Rouille avaient répondu que \c délogement des cavaliers ne dépendait pas d'eux, disent les Registres du conseil de ville d'Arles. Voir plus haut p. 94.
Voici comment \e Mercure de décembre 1678 raconte le suces un peu inespéré de sa mission :
c M. le maréchal, de Navailles, qui commandoit l'armée du roy en Catalogne, et qui est toujours à Perpignan, ayant laissé deux bataillons et quelque cavalerie dans le Comté de Cerdagne et fourny les garnisons des places du Roussillon, avoit envoyé en Provence toutes les troupes qui lui restoient. On en avoit mis trois régimens Je cavalerie dans Arles ; mais les gouverneurs et consuls de cette ville, ayant une entière confiance aux bontez du Roy, luy députèrent iM. le marquis de Boche qui est connu de Sa Majesté par beaucoup de services qu'il luy a rendus dans ses armées, surtout en ces dernières campagnes, à la teste d'un régiment de cavalerie. Le roy qui connoist la fidélité et la soumission de la ville d'Arles, reçeut favorablement la très humble prière de M. le marquis de Boche. Sa Majesté n'a pas oublié le beau monument qu'on a élevé à sa gloire ; j'entends l'obélisque dont je vous ay envoyé la figure et qui a fait tant de bruit dans le monde. Ainsi elle voulut bien soulager cette ville de deux régimens et lui laisser l'espérance de luy faire bientost la mesme grâce pour le troisième. Le père de ce marquis et tous ceux de cette maison ont toujours esté fortement attachez aux intérests de leur paîs et n'ont épargné ny leur sang ny leur bien pour le service de l'Etat, comme on le peut voir dans l'histoire de Provence de Nostradamiis et de plusieurs autres historiens. On ne doutera point de la vigilance et du zèle de l'illustre député dont je viens de vous parler, quand on sçaura qu'il a déjà obtenu le délogement du régiment qui restoità Arles.»
Sur les cavaliers casernes à Arles, voir le Ms 807 de la Bibliothèque Méjanes qui donne de curieux renseignements à ce sujet, p. 19 et sqq. Aux Comptes de la ville pour 1678, figure la « fourniture de tabac et de pipes pour les personnes de qualité qui veilloient à l'hostel de ville pendant la présence des cavaliers. »
Vertron et l'Académie d'Arles
(voir CHxr. VI, T. Î16-14J )
Nous aurons à compléter les indications données dans ce chapitre, et à étudier les rapports de Vertron avec les académiciens d'Arles, après 1684. Citons seulement ici sa Harangue « d'intention » à la Dauphine, et son Remerciement à l'Académie.
Compliment à Madame la Dauphine
Madame, nous serions jaloux avec beaucoup de raison de l'honneur que l'Académie de Soissons a eu de vous saluer la première, si nous n'estions persuadez que cet honneur luy est eschu par un effet du sort. Nous reconnaissons V Académie françoise pour nostre aînée et même pour nostre maîtresse, avec d'autant plus de respect, qu'elle a pour particulier protecteur nostre auguste monarque, le père des sciences et des beaux arts, aussi bien que de la patrie.
Après avoir entendu M. le duc de Saint-Aignan, le chancelier de cette célèbre Académie, l'illustre protecteur de la nostre, je devrois me taire; car enfin, madame, peut-on ajouter quelque chose à son discours si éloquent, si juste et si conforme à ce que vous estes ^ Comment soustenir l'éclat d'une Académie royale ? Comment parler d'une princesse si accomplie en qui la France est ravie de trouver tout ensemble une piété sans superstition, une sagesse sans sévérité dans un âge où les autres font beaucoup de la promettre ; une humeur gaye sans les moindres marques d'emportement ; une sincérité sans artifice ; une douceur sans déguisement, une égalité sans contrainte, enfin une science sans présomption et une admirable facilité dans les plus belles langues, et surtout dans la françoise, la reyne des autres, qui vous est devenue si naturelle que c'estoit un présage du bonheur dont nostre glorieuse nation jouit à présent . Messieurs d'Arles, Madame (i), ne m'ont pas choisi comme le
(i) Après les observations de ses collègues, Vertron modifia ce passage, dont voici la r<îdaction primitive : «^Messieurs d'Arles, madame, ne m'ont pas choisi comme le plus éloquent de leur compagnie, mais comme le plus sensible à la gloire, au bonheur
plus éloquent de leur compagnie, ny mesme comme le plus sensible à la gloire, au bonheur et à l'intérêt de la France en vous voyant nostre Dauphine, puisque nous avons tous cette sensibilité dans un égal degré, mais ils l'ont fait parce que j'avois l'avantage d'estre le moins éloigné de vostre auguste personne et le plus en estât de porter à vos pieds les respects communs de nostre compagnie.
Le silence dans un temps où les autres Académies parlent, seroit digne de blasme, et il passeroit pour une marque d'insensibilité, d'ignorance ou de timidité, si dans ce grand jour où toute la France vous tesmoigne la joye qu'elle a de cette belle et heureuse alliance avec la Bavière, je ne vous tesmoignois la mienne avec celle d une Académie aussi noble et aussi florissant que celle d'Arles.
D'ailleurs la présence de mon illustre protecteur m'anime à vous dire, madame, que le ciel d'intelligence avec nostre roy très chrétien a voulu, en faisant l'union de deux cœurs, faire encore celle des grâces, des sciences et des vertus.
11 falloit sans flatterie, madame, à Monseigneur une épouse telle que vous. Il vous falloit aussi un époux tel que Monseigneur, qui a receu du père et de la mère, avec le sang royal, tontes les plus rares qualitez et du corps et de l'esprit, et qui par la parfaite ressemblance qu'il a avec l'un et l'autre, est aujourd'huy l'ornement de la France et sera un jour la gloire et la merveille du monde. Le succez nous oblige de croire, madame, que ce mariage estoit écrit de tout temps de
et à l'intérêt de la France en vous voyant nostre Dauphin. » Recueil de diverses Oraisons funèbres, etc., a* partie, p. 162, Bruxelles, François Foppens, 1682. C'est la seule notable différence entre les deux textes. Voir plus haut p. 235.
la main du Dieu des armées dans le livre de sa sagesse, pour estre un des fruits précieux des travaux guerriers de l'invincible Louis, pour estre l'accomplissement des vœux de la France et de la Bavière ; pour estre le symbole éternel de la reconnoissance, le lien indissoluble de la paix; pour estre enfin la récompense la plus solide de vos vertus héroïques.
Mais pour faire en peu de mots vostre éloge, madame, il suffit de dire que vous avez été choisie parmy toutes les princesses de l'Europe pour estre nostre Dauphine, par nostre grand Roy, dont le choix montre également sa sagesse et vostre mérite.
Par M. GuYONNET de Vertron (i). »
« Les ouvrages d'éloquence vous ont toujoursjplû et c'est,par cette raison que je me tiens assuré de vous faire un présent considérable, en vous envoyant le Remercîment qu'a fait M. Guyonnet de Vertron à messieurs de l'Académie royale d'Arles qui l'ont reçeu dans leur compagnie. Voicy en quels termes ce Remercîment a esté conçeu.
Messieurs,
« Quand Je pense aux grandes perfections qu'un académicien doit avoir, je ne m'étonne plus que le nombre des beaux esprits soit si petit, et je ne sçaurois assez estimer ma fortune d'avoir esté mis au rang de ces illustres. Mais que dis-je ?^N'est-ce point fair^^tort en quelque façon à^ces rares génies qui m'ont proposé à vostre Académie royale, que d'attribuer à la fortune, ce que vous ne donnez jamais qu'au^ mérite ! Non,
(i) La Nouvelle Pandore ou des femmes illustres du siècle de Louis le Grand, recueil do pièces académiques en prose et en vers..., par M. de Vertron, conseiller, historiographe du Roy, académicien de l'Académie royale d'Arles et de celle des Ricoyrati de Padonc, Paris, veuve C. Manuel, 1698, 2 voI/in-!2, t. I> p. 107-110. La Bibliothèque de l'Arsenal, i\ Paris, en possède deux exemples cotés B. L. 12097 et B. L. 16096.
messieurs. Leurs louanges ne sont point intéressées. Ce ne sont point des traits de politique, ny des jeux d'esprit, pour exercer leur éloquence sur un sujet médiocre. J'avoue que la cause de ces louanges est une amitié généreuse, ou un esprit prophétique qui les a engagés à parler de moi en des termes si obligeans et mesme si forts. Ils ont préveu par mes désirs pressans, par mes occupations continuelles, qu'un jour je me rendray digne de la qualité éminente d'académicien. Ces grands hommes ont jugé des suites] par quelques heureux commencemens, c'est à dire, parles ouvrages que j'ay eu l'honneur de présenter au Roy et à Monseigneur le Dauphin, sous les auspices de M. le duc de Montausier,. un duc aussi éclairé que sage, et un des plus illustres de nostre siècle. Quel prompt changement en moy, messieurs, fdepuis que vous m'avez fait l'honneur de me recevoir parmy vcus 1 Je sens déjà mon imagination plus vive, mon esprit plus libre, ma mémoire plus heureuse, mon expression plus riche, mon stile plus fort. Je m'apperçois par expérience que ma langue est plus diserte, que ma muse est plus féconde, que les ouvrages me coûtent moins et sont plus finis. Dites-moy, je vous prie, messieurs, d'où vient cet heureux changement ? Ah ! c'est^^sans doute un effet de vostre influence, une effusion que vous avez faite en moy de vos lumières. Je sens mesme qu'insensiblement vostre art a corrigé beaucoup de défauts, que la nature, par une conduite secrète, sage et admirable, sembloit avoir mis en moy par plaisir, pour vous donner la gloire d'avoir achevé son ouvrage, et pour me faire valoir davantage auprès de vous, par mes défauts, pareils aux ombres qui relèvent infiniment les couleurs dans la peinture, pareils aux taches qui donnent encor plus d'éclat aux astres. Je
vous admire en moy, et je m'admire en vous, messieurs. Vos lumières ont dissipé une partie des ténèbres de mon esprit. Vos perfections en ont effacé quelques taches et celles qui restent ne me défigureront point. Vous témoignez avoir de la joye, messieurs, de m'avoir reçea dans vostre noble compagnie, et vous approuvez par vos éloquentes lettres le choix de vostre illustre protecteur que j'ose à présens nommer le mien.
Il me semble que je l'entends répéter'ces paroles : Si l'on me donne la sagesse à condition de la tenir enfermée, je la rejetteray comme inutile, car le plus grand fruit que l'on puisse tirer de l'esprit, de la vertu et de toutes sortes de perfections, est de les communiquer à tout le monde. C'est sur ses sages et belles maximes, messieurs, que vous m'avez donné un place dans vostre Académie royale, qui est pour ainsi dire, l'assemblée générale des états des sciences et des vertus, puisqu'elle peut se vanter avec justice d'avoir des grammairiens versés dans toutes les langues sans confusion, des orateurs agréables sans affectation, des poètes charmants, des historiens habiles, des philosophes admirables. On voit dans vostre auguste Académie des ecclésiastiques dont la vie est sans reproche et la doctrine exempte de soupçon. Elle fait voir des courtisans accomplis. Elle propose pour modelles d'équité des juges éclairez, qui n'ont point d'autres intérests en recommandation que ceux du prince, et de ses sujets. Mais surtout elle fournit de ces hommes divins, qui sçavent accorder l'exercice des des armes avec la pratique des beaux arts, et ce qui est encore plus rare, avec celle de toutes les vertus ; à l'exemple de nostre illustre protecteur, l'un des principaux ornemens de 1 Académie françoise et de la cour.
On voit plusieurs de nos académiciens dans le temps de la paix, employer leurs mains guerrières pour marquer les actions héroïques de l'incomparable Louis, après en avoir esté les témoins généreux. Ces éloquens et braves capitaines montent aussi agréablement à la brèche qu'au Parnasse. Ils parlent aussi éloqueniment dans les Académies, qu'ils commandent sagement dans les armées. En un mot, notre Académie apprend à cueillir les lauriers de Mars, aussi bien que ceux d'Apollon.
Qui ne sçait à présent que Louis le Grand , pour récompenser vos services, a donné à vostre Académie seule le surnotn de royale, que les autres ne prennent que par usurpation ? Qui ne sçait encor qu'il a généreusement accordé à la nostre les mêmes honneurs et les mêmes privilèges qu'à l'Académie françoise et qu'il luy fait part comme à elle, du sceau de l'immortalité ?
Je ne sçaurois mieux finir ce discours, messieurs, que par nostre charmant protecteur, qui a mis la beauté et la vertu, l'art et la nature, la paix et la guerre dans une intelligence, dont tous les siècles passés ne nous sçauroient fournir d'exemples, et qui fera l'admiration de tout le monde. On ne sçauroit douter après cela, messieurs, qu'il ne soit l'Apollon de nostre Académie royale, puisqu'il nous communique toujours de si éclatantes lumières, lesquelles répandues également sur chacun de nous, font voir plus clairement ses grandes perfections. Chantons et répétons sans cesse ce vers admirable, qui fait son éloge et le nostre :
« Solemque sum sua sydera norunt. >
Mercure Galant d'août 1680. Edit. de Lyon, p. ib-24, Edit. de Paris, p. 23-35. Recueil Foppens, 1682, t. II, p. 165-171 (et non 174, comme il est imprimé p. 240).
Voir dans le Mercure de mai 1680, (Paris), p. 262-70, le récit « oificieux » de l'admission de Vertron à l'Académie d'Arles, avec des extraits des lettres de Saint-Aignan et de Mézeray. Il sera intéressant de le comparer avec notre récit.
Le docteur qui composa les vers, en l'honneur de Vertron dont nous parlons plus haut, p. 240, est l'abbé de Riants.
« .M. l'abbé de Riants a soutenu une thèse qu'il a dédiée à Monseigneur le Dauphin. II en est acquitté avec beaucoup de succès. M. Guyonnet de Vertren ouvrit la dispute par un compliment que tout le monde admira. Ce qu'il eut d'extraordinaire c'est qu'il s'estoit préparé pour haranguer M. le duc de Montausier. Ce duc ne vint point et M. le premier président (Potier deNovicn) s'estant trouvé à cette action, il luy parla sur le champ avec une netteté et une éloquence, qui auroient fait croire que son discours estoit médité. Il faut avoir pour cela une grande et heureuse habitude de s'exprimer en public. Les sçavantes conférences qu'on fait toutes les semaines chez M. de Bretonvilliers l'ont pu acquérir à 3/. de Vertren. C'est luy qui en fait presque toujours les ouvertures. M. l'abbé de Riants fut fort applaudy dans l'occasion dont je vous parle. Ses réponses furent justes et il n'y eut point de difficultez qu'il ne résolust. II est fils de M. le marquis de Riants. C'est une des meilleures familles de la Robe, dans laquelle il y a eu plusieurs présidens à mortier. Les alliances en sont considérables. » Mercure Galant, avril 1680, p. 3o6-3o8.
L'abbé de Riants était fils de M. de Riants, maître des requêtes honoraire et neveu de M. de Riants, procureur du roi au Chatelet. Voir Mercure àQ novembre 1679, P* ^^4 O" lit dans le Mercure de mai 1680, p. 262 : « M. de Vertron, madame, est celuy mesme que j'ay appelé M. de Vertren dans l'article de M. l'abbé de Riants. Il a eu l'honneur de présenter à Sa Majesté et à Monseigneur, sous les auspices de M. le duc de Montausier, des ouvrages d'éloquence et de poésie (voir p. 218- 240-246) et même l'abrégé de l'histoire panégyrique du Roy en quatre langues, par rapport aux vertus royales, dont \c Journal des Sçavans a parlé avec éloge. La manière dont ces ouvrages ont esté reçeus adonné lieu à quelques académiciens d'Arles, de proposer à leur authcur une place dans leur compagnie, composée, comme je vous l'ay marqué dans quelqu'une de mes lettres, de personnes de qualité, de sçavoir et de vertu. M.M. les marquis de Chasteaurcnard et de Robias en écrivirent aussitost à M. de Saint-Aignan, comme h leur protecteur, et ce duc h qui le mérite
de M, de Vertron estoit fort connu, répondit de cette sorte au dernier, qui est secrétaire perpétuel de l'Académie dont je vous parle : « Monsieur, si M""' la Dauphine... (265-68). Voir plus haut, p. 227-228, cette lettre citée ht extenso.
« Le fameux M. de Mézeray, ennemi de la flatterie, écrivit aussi ce qui suit à M. de Robias : M. Guyonnet de Vertron a extraordinairement de l'érudition et de la littérature... Allié des plus considérables familles de Paris : Sève, de Billy, de Brichanteau, etc., p. 268. C'est un tesmoignage que tous ceux qui ont l'avantage de le connoistre comme je fais, doivent rendre à son mérite (270). » Et le Mercure conclut :
« Un aussi grand homme que M. de Mézeray ne se peut tromper dans ses jugements et l'on ne voit point de portraits de luy qui ne soient fidelles. Ainsi M. de Vertron doit tirer beaucoup de gloire de ce témoignage. » P. 270.
La Réception du Président Potier de Novion ▲ l'Académie française et les griefs de l'Académie d'Arles.
Nous avons indiqué en passant, p. 25o-25i, deux pièces de M. de Grille qu'on nous saura gré de publier ici in extenso. La première fut lue à une des séances de mai 1681 : elle renferme d'intéressants détails.
Elle occupe dans le Registre deux feuillets cotés 197 et 197 bis: le second est ajouté sur onglet.
Après avoir rendu compte de ses démarches à Paris, M. de Grille se rendit aux désirs de ses collègues en leur racontant la réception de M. de Novion, qui succédait à Patru (1604-1681), raort le i6 janvier 1681. Voir son Eloge Journal des Sçavans, 1681, 41-44: a On demende ensuite des nouvelles de l'Académie françoise. M. le secrétaire entretient la compagnie de la réception de M. de Novion, premier présidant au Parlement de Paris dans cette compagnie. « Sur quoy, messieurs, leur dict-il j'ay de grands remerciements à faire à l'heureux génie de cette assemblée, des honneurs et des égards qu'on a eu pour vostrc secrétaire, car je me connois trop, pour m'imaginer que c'est à
ma considéracion qu'on m'est faict cet honneur... » Ensuite de quoy il instruit la compagnie de tout ce qu'il falloit qu'elle sçeut, et comme, ayant rendu visite au bon homme M. de Mé\eray, secrétaire de l'Académie françoise, il l'avoil invité à la réception et cérémonie du Louvre, où les portes de l'Académie seroient ouvertes à toute personne, pour la solennité prétendue de M. de Novion. «Cette solemnité, leur dict-ii, se fist le jeudi 28 mars, dans le domicile des Muses, qui est un appartement bas où le roi, qui les a prises sous sa protection, les a logées dans le Louvre, » Ces messieurs voulurent sçavoir le détail de cette feste, M. le secrétaire leur promit de le mettre dans le Registre et de leur feire voir à la première scéance. » Registre de l'Académie, fol. 196, verso. Séance de mai 1681.
Sur les Potier de Novion, voir Mercure Galant de ma.'i i686, p. 247-253.
Mémoire de Paris et relacionjidelle de tout ce qui s'y est passé durant le séjour de M. le marquis d'Estoublon touschant l'Académie.
Je voudrois bien, messieurs, pouvoir remplir vostre attente de quelque chose de grand et qui fust à peu près aussi glorieux à cette royalle Académie , que l'idée que vous avez de celle de Paris, et des choses qui s'y passe est grande. Je voudrois bien encore pour vostre intércst particuUier vous pouvoir dire quelque chose d'avantageux au subjet de la médaille que vous prétendez avec tant de justice, cet entretien aggréable comme il seroit,me repareroit en quelque manière du deffault d'éloquance dont je veux bien que vous soyez prévenus en ma faveur. Oui, messieurs, je vous en prie, n'attendez rien de moi qu'une relation nûe et simple que je vous promets en qualité de bon et fidclle secrétaire, c'est là mon unique debvoir, si je ne me trompe ou du moins le principal de mes debvoirs. J'ai trop d'amour et de considéracion pour mes illustres con-
frères pour prétendre aux guirlandes qui leur appartiennent et qu'ils sçavent cueillir sur le Parnasse avec tant d'adresse et de bonheur, lorsque l'envie leur en prend et que la nécessité de parler les y oblige. Ne m'accusez pas, messieurs, de vous les laisser par complaisance ces fleurs du Parnasse, ni de vous offrir des couronnes que la flatterie elle-mesme ait faict de ses mains. Je ne panse pas que le Mercure Galland soit payé pour vous rendre office, et le peu de commerce que cette compagnie entretient avec ce Mercure justifie assez aux yeux de tout le royaume que les académiciens de la ville d'Arles n'ont besoing que de la vérité pour soustenir leur réputation, cependant il est vrai que ce petit Dieu du mensonge l'ayt devenu de l'histoire, pour l'amour de vous, j'en ai lu durant mon séjour de Paris quelques pages qui m'ont consolé pour un temps de tout le chagrin que lenvie m'avoit procuré. Oui, messieurs, dans l'accablement de douleur où le reffus de la cour, oU le manquement de parolle, la faiblesse où la deffection des amis sembloient me pousser, je me disois à moi-mesme : pourvu que la vertu soustienne toujours l'Académie royalle, je suis non seulement consolé des contre temps qui m'arrivent en ce pays-ci, mais je deflfie encore la fortune et la jalousie de nous pouvoir nuire. Je lisois des relations si glorieuses de vos discours académiques (i), que j'avois
(i) Le Mercure de novembre 1680, p. 123-129, contient un discours sur les Eaux Minérales découvertes à Arles « depuis sir mois à 200 pas de la ville » ; le numéro de janvier i68i renferme un long et curieux article sur la réception de MM. Petit, de Lubières, de Faure et le re'cit de l'élection de M. d'Ubaye comme directeur, avec l'analyse d'un discours de l'abbé Flèche sur la comète, qui parut en décembre 1680, et qui était alors la grande préoccupation des esprits, en Provence et ailleurs.
souvent quelque joie secrette de m'imaginer que nos jeunes académiciens nous sçauroient venger quelque jour de nos mestres. Ces relacions ont été imprimées, elles ont passé de mes mains dans celles de nos amis de la bonne cour et si elles ont éveillé la jalousie dans l'âme de quelques gros faiseurs de livres^ elles n'ont
M. Philbert , d'Antibes, composa des stances sur la comète parlante Paris [Mercure de janvier 1681, p. 94). Dans ce même numéro, nous trouvons encore un madrigal sur la comète, p. 98, et un discours pour montrer que les comètes ne prédisent aucun mal (p. 103-144), par 3/. Cow/er5, d'Embrun, « grand astronome et mathématicien », auteur de plusieurs articles dans le Journal des Sçavans. La troupe royale des comédiens français, joua même une comédie de la comète (Ibid., p. 328), pour rassurer les timides. Enfin, Cassini rassembla, dans deux volumes, les observations faites sur la comète, visible cette année-là, en Angleterre, à Madrid, à Rome, en Provence, à Toulouse, à Paris et ailleurs. Le Journal des Sçavans rendit compte de ce curieux recueil. V. le n° du lundi, 5 mai i68i,p. 145-1 Sa. Suit l'Analyse des Observations de presque tous les astronomes de la terre sur la comète de 168 1. « Jamais comète ne fut observée par un plus grand nombre d'astronomes», dit le journal qui indique encore d'autres travaux tels que celui du P. Fontaney, S. J.,au collègedeClermont, in-12, 1681. Voici le titre des deux volumes de Cassini, parus à quelques mois de distance, et dédiés à Louis XIV :
Observations sur la Comète c\\i\ a paru au mois [de décembre 1680 et en janvier 1681, présentées au roy, par M. Cassini, de l'Académie royale des sciences, ^
A Paris, chez Estienne Michallet, rQe Saint-Jacques, à l'image Saint-Paul, près la Fontaine Saint-Severin, 1681, avec permission, 91 p., in-4.
Abrégé des Observations et des Réflexions sur la Comète qui a paru au mois de dicembrc j'')8o et aux mois de janvier,'/évrier et mars de cette année 1681, présenté au roy par M. Cassini.
A Paris, chez Estienne Michallet, rûc Saint-Jacques, à l'image Saint-Paul, près la Fontaine Saint-Severin, 1681, avec permission, 1 vol., in-4, 92 P-i avec cartes. — 2 exemplaires à la Bibliothèque M^jane», auméros 37758 et ii2ji.
faict que donner une honneste émulacion aux plus honnestes gens de ce pays-là. L'abbé de Poiissan d'une des meilleures fannilles de Languedoc, l'abbé Boisleau qui passe sans contredit pour le plus éloquent d'entre les jeunes prédicateurs, M. Delaisîre, cet illustre et dernier traducteur du pannégirique de Trajan et bien d'autres ne balancèrent point de s'addresser à moi, pour vous demender l'honneur d'estre aggrégés à vostre Académie. L'abbé Danjeau (i), frère du marquis gouverneur de Torraine, m'a faict l'honneur de m'appeler souvent dans ses conférences académiques, (en marge : Al'hostel DAnjeau, place Royale, le jeudi de chasque sepmaine), dont il est le chef, il m'a faict cet honneur sous les auspices de vostre réputation, mais je me suis toujours attendu à vous entretenir du mérite de ces prétendans, et de vous laisser mesnager vos suffrages avec la sagesse et la circonspection que vous avez pratiquées en pareilles rencontres. J'avois veu quelques uns de ces messieurs de l'Académie françoise, (Mezeray et Charpentier) dans leur maison, aussitost que je fus arrivé dans Paris, j'avois pris les advis de M. le duc de Saint-Aignan sur ma conduite, pour adsister aux assemblées de l'Académie françoise (où
(i) L'abbé de Dangeau, dit Saint-Simon «avait plus d'esprit que son aîné, et quoiqu'il eut assez de belles lettres qu'il professa toute sa vie, il n'eut ni moins de fadeur ni moins de futilité que lui. Il parvint de bonne heure à être des Académies. Les bagatelles de l'orthographe et de ce qu'on entend par la matière des rudiments et du Despautère turent l'occupation et le travail sérieux de toute sa vie. II eut plusieurs bénéfices, vit force gens de lettres et d'autre assez bonne compagnie, honnête homme, bon et doux dans le commerce, et fort uni avec son frère... Il avait... acheté une des deux charges de lecteur du roi pour en conserver les entrées, et il venait de temps en temps à la cour. » T. XVIII, p. 64.
j'ai esté plusieurs fois avec ces messieurs) lorsque au lieu d'accompagner l'abbé D'Anjeau dans cette assemblée pour y estre reçeu, comme on le croyoit, nous aprîmes qu'il avoit ceddé son droit à M. de Novions, premier président du parlement de Paris (i) et la veille de cette réception, j'eus l'honneur de voir chez moi M. Charpentier qui me venoit prier à ceste ïeste.M. de Mé:{eray comme je l'ai desjea dict, m'avoit invité. M. le duc de Saint-Aignan prit la pêne luy mesme de nous venir prendre, c'estoit le jeudi 28 mars 1681 (2), M. de Vertron avoit disné chez moi, nous accompaignames le protecteur jusque dans la cour du Louvre, nous entrâmes et primes nostre rang parmi les académiciens. Sur quoi, messieurs, je ne doibs pas passer une circonstance qui est tout a faict honorable pour vous, quoiqu'elle le semble un peu trop pour moi. C'est, messieurs, que M. de Mé^eray qui faisoit la fonction de directeur,, et qui estoit placé au haut bout, fist une petite mercurialle à M. de Vertron, quoique son ancien ami, il lui remonstra qu'il ne debvoit point estre assis auprès de lui et que ce seroit un miracle si quelqu'un jaloux de son rang ne le faisoit tirer de là, que cette place (à la rigueur) n'cstoit destinée à personne, selon son sens, qu'à M. le secrétaire de l'Aca-
(i) L'abbéde Dangeau n'attendit pas longtemps, car il fut reçu à rAcadcmic le 26 février 1682, à la place de l'abbé Cottin. Il avait alors Sg ans, étant né en janvier i*;43. Voir dans le Mercure de mars 1O82, p. 143-166, le récit de cette solennité.
Le P. Niccron.'t. XV, p. 227-243, lui consacre une notice ci relève la longue liste de ses ouvrages. Voir encore son Hloge, Gougct, Bibliothèque Françoise, t. I, p. 2o3. Né An païens protestants, il fut converti par Bossuet.
(2) 27 mars, selon \cMercurc et l'abbc l)\)iivct. i.cuc vic1nn.11: date est la vraie.
demie d'Arles et que s'il ne dépendoit que de lui, il la lui offriroit sans crainte que personne la lui osât disputer. Ces paroles me furent redites aussitost et fort naifvement par le sieur de Vertron, mais j'en avois usé fort modestement et je m'estoit contenté de me tenir au bas bout. Il est vrai que, par malheur, ce debvoit estre la place du prince du sénat qu'on debvoit recevoir dans cette sçéance, de manière que je fut contreint d'incommoder M. le duc de Saint- Ai gnan et de me placer entre lui et M, de Benserade (i), ce fust la mesme que je fus tesmoin, comme les autres des deux harangues, de celle de M. le directeur, et de celle de M. de Novions, Ce n'est pas ici le lieu de vous entretenir de ces deux pièces. M. de Colbert, M, le président de Mesme {2), les RR. PP. de La Chaise ei Menestrier et les académiciens en nombre de 19 s'y trouvèrent entre lesquels estoit M. l'archevesque de Paris (3) et le bon homme M. de Corneille. On y leut quelques ouvrages de ces messieurs qui furent trouvés excellants à cause, à mon advis , que les esloges du roy en faisoient le sujet. Je reçeus beaucoub d'honneur dans cette assemblée, selon les veues de ceux qui me connessoient pour Robias. mais je vous l'advoue, messieurs, j'en fus très peu contant pour n'en avoir pas reçeu tout ce que vous méritez, et bien moins qu'on n'en debvoit à l'un de vos
(t) En marge : Et de me dire à moy-mesme : Amice ascende superius. De Mézeray, les abbés de Lavors (sic) de Talman, etc., M. Charpentier, M. deSegrais, M.Doujas, M. Le Clair, M. Boyer, M. Rose, M. Dangeau, Saint-.Aignan, Corneille, l'archevêque de Paris, Benserade.
(2) Jean Jacques de Mesmes reçu en i G7G, a la place de Desma. rest remplacé en 1688, par l'abbé Testu de Mauroy.
(3) Harlay de Chanvalon reçu en 1671, après M. Hardouin de Péréfixe, remplace' en i ôgS, par Dacier.
envoyés qui vous représentoit en cette rencontre. Ce n'estoit point là le lieu de s'en plaindre, M. le duc de Saint- Ai gnan y estoit pour sa part et pour le tout (s'il fault ainsi dire) ce n'estoit pas à moi de m'expliquer sur une^ffaire dont le protecteur n'avoit pas jugé à propos de faire semblant, etc. Lelendemain, messieurs, j'eux un carroce à ma porte qui portoit deux illustres académiciens, M. l'abbé Z)e La Chambre (i), et M. Charpentier. Ils revindrent chez moi jusqu'à trois fois, àcequ'ils médirent, pour me rencontrer, et je vous puis dire que l'indifférence que j'avois essuyée le jour de devant dans leur assemblée eust esté réparée hautement parles honnestetés de ces deux académiciens, si l'injure que je supposois n'eust offancé vostre illustre corps. 11 est vrai, messieurs, que le chef et le protecteur en estant chargé nécessairement, ce qu'il reste de cette injure (s'il y en a) est si peu de chose que nous ne debvons plus nous en souvenir, ce me semble, ni vous ni moi. — Tout ce que je vous puis dire de nos confrères de l'Académie française, c'est qu'en particullier ils sont très honnestes gens et très civils, mais en général très jaloux de leur rang, et de leur médaille, délicats et sensibles à l'intérest, comme des demoiyelles, affamés et avides d'honneur, comme s'ils en avoient besoin^ ou qu'ils n'en eussent pas de reste, en un mot, messieurs, nous pouvons penser que si la belle gloire estoit absolument leur partage, nous n'aurions que faire d'y prétendre . Ils diroient dans leur cœur ce que Dieu dict dans l'Kscriture de lui-mesme : Gloriam mcam alteri non dabo. Après cela, messieurs, messieurs, je méditai une espèce de vengeance contre l'Académie françoise qui sera bien du goust de vostre générosité, à mon advis,et
(i) Mort le i3 avril i %'<, originaire du Mans. Voir d'OIivci.
qui metra toujours cette sœur ingrate dans son tort sans vous en faire en aucune manière. C'est, comme je le disois à ces messieurs, qui me firent l'honneur de me visiter : « Vous viendrez ou vous ou vos amis, vous nous viendrez voir quelque jour en Provance, comme je le souhaite, et c'est alhors, messieurs, que vous pourrez connestre l'accueil et les honneurs que vous recevrés des gentilhommes d'Arles, qu'il n'y a pas d'autre différence entre nous que celle qui se rencontre dans les meilleures familles, où l'on void souvent que les cadets sont plus honnorables que les aynés, vous connestrez, leur disois-je, que Vesloignement de la cour ni l'air de la province n'empeschent de rien l'Académie royalle, qu'elle sçait rendre partout au mérite et à la vertu, ce qu'on leur doibt, mais surtout qu'elle aura tousjours pour vous et pour vos semblables tous les esgards qu'on n'a pas eu pour nous dans l'Académie Françoise. >^ Ces messieurs taschèrent par quelques raisonnements politiques de justifier l'Académie françese et me dirent qu'il estoit bien difficile qu'on songeât à nous dans une feste qui ne se faisoit que pour M. le premier présidant. Us me prièrent de venir à la première assemblée, où je serois satisfaict sans doubte, et qu'on metiendroit un compte exact des médailles que je n'avois point reçeues dans toutes raesadsistances d'académie, (en marge : J'avois esté trois ou quatre fois avec M. de Charpentier aux assemblées. Peu, peu de gens, etc.), en un mot que M. le duc de Saint-Aignan seroit l'arbitre commun de toutes nos petits différents. J'estois sur mon despart, messieurs, pour la cour et pour la province, et je n'avois pas le temps de vériffier toutes ces belles parolles, d'autant mieux qu'ayant à faire à une compagnie entière, de laquelle aucun membre n'est responsable des délibéracions du corps, c'eust
esté une folie à moi de paroistre pleintif et d'attendre ou de poursuivre quelque consolation sans aucune asseurance d'en recevoir. Après tout, messieurs, je ne pouvois plus parler de cette affaire sans embarrasser M. le duc de Saint- Aignan, et c'eust esté mal faire sa cour que d'embarrasser un homme dont j'avois desjea esprouvé et pour vous et pour moi tant de faveurs. Je compris qu'il les falloit mieux mesnager ces faveurs et je me contentois en le quittant, de lui laisser une forte impression de la nécessité des médailles (i), qu'il ne se lassera point de demender, pour respondre aux asseurances que je lui ai données de vcstre zelle ordinaire pour la gloire et le service de Sa Majesté, aussi bien que de l'amour et du respect que vous avez pour sa personne. Les faveurs et les grâces que je dis avoir reçeues de ce protecteur, et pour vous et pour moi, sont assez visibles, messieurs, s'il vous souvient des lettres qu'on me prioit de lui rendre touschant les réceptions de ces messieurs nos nouveaux confrères. Je vous envoyai ses responses et pour l'Académie royalle et pour MM. Montmiral, premier président du parlement d'Orange, et pour M. de Faure Fondatnente. Je ne doubte point que tout le monde n'ait esté satisfaict des honnestetés de ce duc. Il nous a produit chez le roy, chez M""" la Daulphine (et aux opéra de Saint-Germain et de Paris), et quelques-uns de nos compatriotes, pour l'amour de vous. Nous l'avons accompagné deux fois à l'Académie françoise, il nous a faict conncstrc et fort loUé chez les beaux esprits de la place Royalle et du Fauxbourg, enfin, messieurs, si je l'ose dire entre nous, il s'est deffaict
(i) En marge : « Le nom que jedonnay à ces mddaillcs pleust à M. leduc: frmen unicum €t certissima régis laudum propago. >
pour 1" amour de son Académie de cette prudence de cour qui dégénère si souvent en fourberie. Il s'est abbaissé jusqu'à nous parler franchement, il nous a donné des advis cyncères, sur toutes nos démarches et sur toutes nos prétentions.
Pour ce qui est de tous ces messieurs nos confrères aggrégés ou prétendants aux honneurs de vostre Académie, dont vous avez pensé que messieurs de l'Académie françoise seroient rebutés (i), je vous doibs dire, messieurs, que c'est une faulse allarme qu'on vous a donnée ou que vous avez prise. Je veux croire que ce n'est pas sans raison et sans apparence, mais ce sera tousjours sans effect, et je suis tesmoin occulaire que ces messieurs de l'Académie françoise, lors mesme qu'il ne nous rendent pas tout ce qui nous est dû, font une grande différence des académiciens d'Arles aux aggrégés ou externes, et qu'ainsi nous ne debvons faire aucune difficulté de recevoir tous ceux qui se présentent, s'ils ont d'ailleurs toutes les qualités requises selon l'intention de Sa Majesté, et jusques au nombre qui nous est prescript par nos dernières pattantes. »
Les académiciens d'Arles s'intéressaient certainement à la réception du premier président, dont un des fils fut évéque de Sisteront iz], mais ce qui les préoccupait le plus c'était le traitement que leur secrétaire avait éprouvé, en cette circonstance :
« Le lundi dernier jour de juin (1681) dans le cabinet de M. Gijffon malade, ces messieurs s'entretien-
(i) En marge : u On s'estoit imaginé que ces messieurs ne demendoient d'entrer que pour avoir par là l'entrée de l'Académie françoise. Cep3ndant on les distingue. -
(2) Jacques de Potier, né à Paris, en i 047, était le second fils de Nicolas Potier de Novion, premier président au Parlement de Paris, mort le i" septembre 1693. Docteur en théologie de la
nent de l'avanture de M. le secrétaire de l'Académie royalle, le jour de la réception de M, le présidant de Novions dans l'Académie françoise. On prie M. le marquis de Robias de vouloir instruire à fond la compagnie de l'offance qu'il suppose avoir reçu ce jourlà (i). » M. de Grille s'excusa en disant qu'il s'en était déjà expliqué et qu'il vaudrait peut être mieux n'en plus parler, d'ailleurs que le duc de Saint-Aignan ne s'en étant pas offensé, il ne fallait paslui « faire accroire qu'on estoit plus sensible et plus délicat en matière d'honneur que lui mesme. » Les académiciens insistèrent et il fut résolu qu'il ferait un nouveau récit de son voyage. Le 7 juillet, on décida que le secrétaire informerait par lettre ses confrères de ce qui arrivait d'important pour l'Académie, obligée d'espacer ses réunions, faute d'un local déterminé. M. de Grille se conforma à la demande de ses collègues, et il leur écrivit la lettre suivante :
faculté de Paris, il fut nommé, le 22 novembre 1674, évêque de Sisteron,mais ses bulles ne furent expédiées que le 8 fcvrieriôjj. Un brevet royal du 12 janvier 1680, le transféra à Fréjus, puis avant d'avoir reçu ses bulles, il fut préconisé évcquc d'Evreux, le 29 mars i68i, à la place de Monseigneur de Grignan transféré à Carcassonne, aprcs un an d'épiscopat à Kvreux. Jacques Potier mourut le 14 octobre 1709.
Louis de Thomassin, fils de François de Thomassin. >:.->nseiller au Parlement de Provence, coadjuteur de Godcauà Vence, depuis le 24 avril 1671, titulaire de ce siège, depuis le ï'i mai 1672, fut transféré à Sisteron, par brevet du 2 février iC8t, et préconisé le 29 mars 1G81. Il mourut le 16 juillet 1718 après un laborieux épiscopat de 46 années, ûgé de 8 i ans. Il se signala par nombre d'œuvrcs, en particulier par l'établissement du Pclii-Séminairc de Lurs et la consolidation du Grand-Séminaire de Manosquc fondée par Claude de Thomassin, son oncle. Il était proche parent du célèbre P. Thomassin, de l'Oratoire.
(0 Registre de l'Académie, fol. 20(, verso.
« Je me sers, messieurs, mes chers et illustres confrères, de la proposition des lettres qui fust faicte dans la maison de M. àUbaj^e, la dernière fois que l'on s'assembla, pour tenir la parole que je vous avois donnée de satisfaire la curiosité de nos amis touschant nos petites affaires de Paris. Je vous redis ici une partie des choses que j'avois dittes dans l'assemblée du 8 mai, que l'on pourra voir dans ce registre après la page cent nonante six, où j'ai couché tout au long mon voyage. Je ne veux pas vous dire, au commencement de cette lettre un Infandiim regina jubés renovare dolorem, parce que, outre qu'il ne fault point faire le pathétique par nous, c'est qu'il n'y a pas lieu de nous préparer par ces grands mois à rien entendre de fort obligeant, il est vrai que mon petit orgueil m'a faict de la peine ; et que je n'aurois point eu de desplaisir, si je me fusse moins appliqué et moins reffleschi, sur le tort imaginaire qu'on me faisoit. Mais, de peur que vous ne vous offanciez encore de mes immaginacions, permettez-moi de vous dire sur quoi elles s'appuyèrent pour me tourmenter.
C'est, messieurs, que j'avois espéré de l'amitié, de la protection et de l'authcritié de nos amis, des grandes choses: la merfa///e en premier lieu, dont j'estois entesté, et certes avec beaucoup de raison, m'avoit esté promise, si je l'ose dire, par cent protestations et cent amitiés et cent aprobations que la chose estoit juste, et par conséquand immencable. Dans l'assemblée où fust receu M. le premier président du Parl.de Paris, j'accompaigné M . le duc de Saint- Ai gnan, qui tient son rang comme membre de l'Académie francèse, mais (nous le pouvons dire) non pas comme chef de la royalle d'Arles. Il récita quelques petits vers à son tour, il les débita à sa manière avec grâce, esprit et sa gallanterie ordinaire ;
mais je m'estois attendu à plus que cela, je songeois à la gloire de l'Académie royalle et non pas aux affaires, ni aux petits vers de l'Académie Françoise, )'avois creu que nostre chef porteroit cette gloire au plus hault point, dans cette illustre assemblée, je fus un peu consterné, je vous l'avoue, de sa prudence, ou de sa politique, après les faveurs que j'en avoir rcçeues, qui me semblèrent des arrhes de celles que nous devions recevoir. Il y avoit lieu d'estre surpris que ce brave protecteur, qui n'a jamais eu pœur de ses ennemis, eust pœur en cette rencontre de se commettre avec ses bons amis de l'Académie françoise. Car, messieurs, il ne fist point, comme j'avois lieu de m'y attendre, il ne fist point connestre nostre Académie par son secrétaire qui estoit là tout près de lui, il ne parla point de la médaille que je debvois recevoir (ce qu'il m'avoit faict espérer) du consentement de l'illustre assemblée, ce qui auroit esté un grand argument en faveur de nos prétentions, en un mot, je ne fut point reconu, je ne vis point d'effect de nos espéranses, elles furent trompées ou peust estre trompeuses, car, messieurs, je ne debvois point m'y fier, c'est ce qui me force d'en revenir là que personne n'est jamais offensé que par soi-mesme, on l'est autant qu'on s'imagine de l'estre. Mais comme de toutes les injures, à mon sens, il n'en est point qui nous doibve autant affliger que lorsque nous sommes trompés par nos bons amis, jugez, messieurs, si d'estre trompés par nous-mesmcs, c'est-à-dire par le meilleur et le plus intime de nos amis, on peust concevoir un plus grand outrage, un plus grand et plus sensible desplaisir. Je vous dis toutes ces choses pour vous faire comprendre la raison que j'avois de me plcindrc, quoique je n'osois pas m'en expliqi confrères dans une plus nombreuse assemblée, )c leur
avois dict en passant mes petits chagrins. Je n'avois pas laissé de me louer du protecteur et des accadémiciens, nos prétendus confrères de Paris, mais, messieurs, vous l'avez voulu, vous m'avez demendé un destail de mes pleintes, dont je n'avois parlé qu'en général et en énigme, vous avez voulu sçavoir le détail jusques aux moindres circonstances, j'ai consenti à cette curiosité malgré mon orgueil, et j'ai mieux aimé parestre offancé à vos yeux que plaintif immaginaire et sans raison. Mais, pour particularizer encore mieux tout ce qui se passa ce jeudi 28 mars, jour de la réception dans l'Académie françoise de M. le président de Novioîjs, voici, messieurs, mes chers et illustres confrères, ce que je trouve dans mes diaires et que J'en ai extraict pour l'amour de vous.
Un homme à collet uni, vestu de noir, mais proprement, le manteau sur les deux espaules, en castor, et gands frangés d'or s'approcha de moi à pas compassés despuis la porte par où l'on entre dans cette salle du Louvre où l'Académie s'assemible, (c'estoit avant l'arrivée de M. le premier président qu'on attendoit) qui me parust d'abbord avoir quelque intendance dans cette illustre assemblée. 11 s'approche de moi, dis-je, qui estois assis fort négligemment, à l'entour de la longue table ou bureau des accadémiciens, et d'un ton radouci, quoiqu'avec un air tant soit peu magistral, me dict ces paroles : « Je crois, monsieur, que vous seriez mieux logé si vous vous avanciez sur le derrière, car ces messieurs de l'Académie viendront et cela vous faira de la pêne de vous tirer de leur rang. » Je regarde cet homme d'un grand sérieux et comprends à sa physionomie que ce debvoit estre un de ces importans.qui s'ingèrent de tout et s'érigent eux-niesmes en officieux et en nécessaires, partout où ils se rencon-
trent. Ce sont des gens dans Paris qu'on appelle abbés, qui s'ennuyent en attendant quelque dignité dans l'esglise qui responde à ce tiltre et qui cependant fréquentent les ruelles, les parloirs, les accadémies et les assemblées d'esprit. Tout Paris est plein de ces sortesdegens, il en regorge, attendant qu'il pla'se à Sa Majesté d'en faire une réforme généralle, ou prœcision, comme elle a faict des officiers surnuméraires et inutilles, tant d'infanterie que de cavallerie. Je tasche à me raddoucir sur son exemple, quoique le flegme parizien ne soit pas donné aux gentilshommes d'Arles en pur don, comme la nature le donne aux abbés de cour. Je le remercie de l'advis, et lui dis que s'il n'eust pris la penne de me le donner, je pense que je ne me fusse point tiré de là ni du rang d'accadémicien que j'occupois sciemment et qu'à moins de cela, j'aurois creu trahir l'honneur que j'avois d'estre de l'Académie, que néant moins je voulois bien lui quitter la place puisqu'il le trouvoit bon. Une vapeur ou nuage de mille pansées plaisantes ou fanfaronnes me montèrent au cerveau dans cette conjuncture : l'histoire des nomenclateurs des rangs et places de l'emphithéàtre et des spectacles de Romme, de l'ancienne Romme, me vint en pensée, je faillis de le railler sur l'emploi qu'il usurpoit du trompette ou hérault public qui ordonnoit de ces places dans les assemblées, mais je me sentis tant soit peu trop esmu et trop cholère contre un homme innocent, et que j'estois bien obligé de souffrir, puisque toute la compagnie des beaux esprits le laissoit faire. Ce dialogue finit donc là de lui à moi, parce que je ne voulus pas l'escouter davantage, mais il n'en dcmura pas là, il se reprit lui-mesmc, par un envoyé, qui m'approche au dessus du duc de Saint-AignanyOii je m'estois placé, et qui me tesmoigna, par cent belles
parolles, le chagrin qu'avoit eu M. de Talman d'avoir mesconnu M. le marquis de Robias, frère d'un gentilhomme qu'il estimoit infiniment (i). Ce compliment du segond bon, comme l'on dict, ne me satisfict point, d'autant mieux que je ne voulois point estre connu, en ce lieu là, pour autre que pour M. le secrétaire de l'Accadémie royalle et non pas pour M. à'Estoiiblon ni pour son frère. C'estoit un M. l'abbé Petit qui me vint faire ce compliment de la part de nostre premier abbé. (En marge : je pense que cet abbé Petit est frère de l'imprimeur de lAcadémie (2), il y en a plusieurs de
(i) La Ligurie françoise par l'Hermite de Souliers (Arles, François Mesnier, j658) fait grand éloge de ce gentilhomme :
<' Messire Antoine de Grille, seigneur d'Estoublon est le frère puisné du sieur viguier, gentilhomme de grand cœur, et qui après avoir longtemps demeuré près le cardinal de Richelieu, en qualité d'enseigne de ses gardes, puis capitaine d'une galère de la reyne, est aujourd'huy entre les escuyers de Sadittc Majesté, laquelle considère ses services à tel point qu'elle lui a procuré son mariage avec demoiselle Louise Dazégat, niepce et héritière du célèbre M, Vauîtier, premier médecin du roy ; il est aussi le premier des douze maistres d'hostel du roy, créés despuis deux ans par Sa Majesté, qui luy faict l'honneur de le recevoir dans ses plaisirs de chasse, du mail et autres divertissements, mais toutes ces charges et faveurs royalles sont encore au deçà de son mérite, qui ne peut estre reconnu par de médiocres gratifications. »
L'Hermite ajoute que sa sœur, Thérèse, était mariée avec M. de Qinqueran Beaujeu « un des plus accomplis gentilhommes de la ville d'Arles. » Voir la notice de Grillo. Dans celle des Eyguières l'auteur appelle Henry d'Ayguières, seigneur de Méjanes, chef de cette famille « un des plus braves et des plus considérés gentilshommes de la province. »
Le P. Lelong, t. IV, Appendice, p. 2o5. — Portraits des François illustres, signale celui d'Antoine de Grille, chevalier, seigneur de Toiiblon, (sic), maître d'hôtel du roi, et écuyer de la reine .Anne d'Autriche ; mort à Paris, fort àgc, le i3 sept. 1706. K. Audran, à Lyon, in-fol.
(2) Ce fut Pierre Le Petit qui imprima, en 1675, TEdit de rétablissement de l'Académie de Soissons ()uin 1674) avec divers
ce nom là dans Paris). — Enfin, messieurs, ces grands esprits de l'Académie Françoise sont subjets, comme les nostres et comme les moindres aux faiblesses, aux beveiies et aux inconvéniens de l'humanité, à l'orgueil, à l'amour de soi-mesme, à l'envie et aux autres passions. J'ai reconnu surtout qu'ils n'aiment point les espées, et si j'eusse quitté la mienne, le baudrier et le chappeau gris, j'aurois esté plus considéré (i). Les
discours prononces à l'Académie française (27 mai iCyS), un vol. in-i2, dont nous avons parlé, note i, p. 256, et que le P. Lelong mentionne, t. IV, n° 4560g. (Edition Fontctte).
(i; L'Hermite de Souliers, dans la IJgurie Françoise (Arles i658) nous donne les détails suivants, après avoir parlé de Charles de Grille, «aussi bon courtisan que facile orateur, excellent poète, grand homme de cour, fidelle aray et vrai citoyen. »
« Messire Jacques 3" du nom, seigneur de Robiac, son aîné, en qui se reproduisent tant de héros, qui tient en partage la piété de sa mère, aussi bien que l'esprit et la valeur de ces ayeux, a pratiqué en même temps la cour et la guerre, il a vu l'Espagne et l'Italie et le feu cardinal de Richelieu, touché des bonnes qualités qui devançaient son aage le mit près de son nepveu le duc de Brczé, au temps que ce seigneur lut ambassadeur extraordinaire à la cour de Portugal, où le jeune Robiac jctta tant d'esclat de eu beau feu dont il est toujours animé, que le roy Jean l\ l'honnora d'une compagnie tranche de chevaux légers, dans un régiment qu'il a depuis commandé en chef. A son retour en France, le feu comte d'Alais, gouverneur de Provence, luy fit présent du (Juidon de sa compagnie de gens d'armes, et l'arresia près de sa personne par un lien bien plus considérable que les employs^ luy partageant son cœur et ses plus tendres afTections : le roy mesmc particulièrement informé de sa suflisancc à l'exercice des plus dignes charges l'a reçcu en celle de viguicr perpétuel en la ville d'Arles, en survivcncc de monsieur son père et l'a honnoré du brevet de conseiller en tous les conseils de Su Majesté, lesquelles charges il remplit avec autant d'esclat que d'intégrité. Ce gentilhomme a des enfants de son mariage avec... » Notice de Grille. Ce vol. in*4, n'est pas paginé. Uibl. de M. Arbaud.
poètes de profession, les faiseurs de livres, les gens à médaille ne fraternissent guaire volontiers avecque personne, ils ne rient que du bout de dens avec les accadémiciens de cam^aïgne (c'est comme ils appellent tous ceux qui sont estrangers de leur Accadémie) et c'est un sentiment romein, les anciens Romeins appelloient tous les peuples barbares, qui n'estoient pas subjets ou alliés de la République. — M. le duc de Saint- Aignan eust sa part de cette avanture, du moins en fust-ii incommodé autant que moi, car il me donna la moitié de sa place, et cela le pressoit beaucoub.
Je vous ai dict toutes les suites de l'assemblée, la visite des deux accadémiciens, qui furent chez moi, la douleur du bon homme M . de Mé\eray^ qu'on ne m'eust pas faict tout mon poids. J'ai escript et enregistré tout cela, messieurs, et j'eusse pu me dispenser de vous faire ce destail, si j'avois moins de respect et de complaisance pour vos ordres, outre qu'il n'est point mal que ceux qui viendront après nous prennent des mesures justes sur les inconvéniens qui nous sont arrivés ^ qu'ils ne se promettent pas tout des amis de cour, qu'ils ne se fondent point en (leurs) promesses vagues et généralles, qu'ils ne se flattent point de leurs priviilèges ni mesmes des bontés du roy, qui, malgré la cire et le p.irchemin de nos patientes ,veust laisser un grand entre deux et beaucoub de distinction entre l'Académie francoise et V Académie roy aile, entre une compagnie dont il ne desdaigne pas de se dire le protecteur et celte autre que protège M. le duc de Saint- Aignan. Après tout cela, messieurs, vous verrez dans mon autre relacion que nous ne sommes point condamnés à n'avoir point la médaille, qu'au contraire, il nous est permis de l'espérer, que le roy prist plaisir à la demande que lui fist la harangue du sieur Fer/ro«, qu'il
ne la voulut pas ouïr de sa bousche parce qu'il n'estoit plus en liberté de la reflfuser, disoit-il. Cette manière de reffuser est obligeante, vous n'avez, messieurs et très chers confrères qu'à vous obstiner contre l'envie et la fortune, par l'exercisse continuel de vostre vertu, et le ciel faira le reste, comme le souhaite vostre très humble et très obéissant serviteur,
RoBIAS(l). »
M. DE Faure Fondamente a l'Académie Française
(voir p. 274.)
Nous croyons utile, pour faire connaître les rapports de l'Académie d'Arles avec l'Acadénaie française, de reproduire ici deux pages du Ms de M. Arbaud : Abre'gé historique de l'Académie royale d'Arles. Elles compléteront les renseignements donnés plus haut. Nous ignorons où est pris ce récit, car nous n'avons rien trouvé dans les AJercurede i6î<2... Peut-être avons nous fait erreur. Malheureusement la collection du Mercure est rare et nous ne l'avons pas sous la main, pour un nouveau contrôle. La Bibliothèque Méjanes n'en possède que quelques numéros.
(i) Registre de l'Académie, fol. 202, verso, 2o3 et 204. On peut rapprocher fort utilement ces pages des documents orticieux que nous avons, sur cette séance du 27 mars i68i.
Voir le Mercure Galant d'avril iG8j, Ed. de Paris: Réception de Potier de Novion, p. 221-252, et les Chroniques des élections à l'Académie françoise ( i6.''4-i84i) par Albert Rouxel, i vol. in-8, Didot, Paris, 188G. C/jar/?c'H//tT lut à cette séance un chapitre de l'Excellence de la langue françoise, ouvrage en réponse au P. Lucas. Il était préparé depuis 3 ans, dit le Mercure, sans que l'auteur eût trouvé le loisir de le faire imprimer, et cet ouvrage ne parut que bien des années après.
Le 12 novembre ibcf'i, M. Dubois fut reçu à la place de M. de Novion. Mercure Galant, novembre i6o3, p. 147-166.
M. de Novion résigna sa charge de premier président au Parlement à Achille de Harlay, procureur général au Parlement de Paris, en 1689. Voir le Mercure Galant de septembre, p. BGç.
Le Ms de M. Arbaud n'est pas paginé : ce récit est à la date d'août 1682, et nous le retrouvons dans le Ms 1060, p. 161-164.
« On délibère décrire une lettre en remerciement à M. le duc, et une autre à M. de Faure de Fondamente, sur les honneurs qu'il a reçu à l'Académie trançoise, où il fut accueilli de cette manière :
M. Charpentier ayant fait savoir à messieurs de l'Académie française que M. de Faure de Fondamente, de l'Académie royale d'Arles, désiroit de venir saluer l'Académie, il fut chargé de lui donner avis qu'il seroit le bienvenu. L'Académie étant assemblée au Louvre, le samedi 20 de ce mois, M. de Faure y fut amené par M. le duc de Saint- Aignan qui le présenta à la compagnie, et dit, après que chacun eut pris sa place, à l'heure ordinaire des assemblées.
Messieurs,
« La considération et le respect que j'ai pour vous, m'ont fait remarquer avec plaisir les sentiments de vénération que messieurs de l'Académie royale d'Arles ont toujours eu pour votre illustre corps. Ils m'ont encore été confirmés de nouveau par M. de Faure Fondamente, qui souhaite l'honneur d'être connu de vous. Je suis persuadé, messieurs, que son mérite attirera facilement votre aprobation et votre estime, et par la justice que vous lui rendrés en cette occasion, vous m'engagerés à une très grande reconnaissance. »
Ce discours fini, M. de Faure complimenta l'Académie, de cette manière :
Messieurs, u Si j'ose paroître dans cette assemblée, ce n'est pas pour vous entretenir de toutes les grandes idées qu'inspire la majesté de ce lieu véritablement auguste, c'est
pour donner à vos conférences une parfaite attention et pour les admirer. La gloire de Louis le Grand, la splendeur de l'Académie française éclatent ici d'une manière particulière. L'une et l'autre s'offrent à mes yeux et à mon imagination, mais ce n'est que pour m'éblouir et pour me remplir de je ne sais quelle confusion qui se mêle à toutes mes pensées, et qui m'ôte en quelque sorte l'usage de la parole. C'est donc le silence qui doit être ici mon partage ; et je ne sais même si ce n'est point le silence qui peut le mieux, en cette rencontre, satisfaire à tous mes devoirs. Il est en effet très propre à faire connoître et un respect extraordinaire et une grande admiration. D'ailleurs, messieurs, il m€ donnera plus tôt l'avantage de vous écouter et de profiter de ces savantes conversations où vous découvres avec tant de lumière et tant de netteté les secrets et les mystères de la plus belle et de la plus difficile de toutes les langues. »
M. Doujat, directeur de l'Académie, répondit à ce' compliment, que l'Académie se faisoit un très grand plaisir de le voir dans son assemblée, et qu'après l'avoir ouï si bien parler, elle ne pouvoit pas demeurer d'accord avec lui que le silence dût être son partage ; à quoi toute la compagnie applaudit.
M. Leclerc, faisant la fonction de secrétaire, lut les mots et les manières de parler qui se présentoient à examiner dans la révision du Dictionnaire. Sur quoi M. de Faure dit son avis en son tour en académicien et d'une manière qui fit voir la connaissance particulière qu'il a de la langue française. Après que chacun se fut levé de son siège, M. Boyer faisant la distribution ordinaire des médailles du roy, en donna une ù M. de Faure et une autre A M. son fils, jeune gen-
tilhomme de belle espérance, quiavoit eu sa place dans l'Académie durant tout le temps de cette séance. »
Sur l'Académie deNîmes,voir le Mercure d'octobre 1682, 2»parlie, p. 262-267, qui attribue à de Faure une grande part dans l'obtention des lettres patentes. \.& Mercure de février 1686, p. 3i- 34, parle encore de l'établissement de l'Académie de Nîmes, et le numéro de février 1693, raconte son affiliation avec l'Académie française. M. de Préhac dans sa Relation d'un voyage fait en Provence, Paris, Barbin, i683, 2 tomes en i vol. in-12, fol. 77 à fol. 80, fait mention de l'Académie de Nîmes « établie par les soins de nostre cher amy M. de Faure. » Enfin, sur les rapports de l'Académie de Nîmes avec celle d'Arles, il a paru un long article dans les Mémoires de l'Académie du Gard. Nous en avons eu connaissance trop tard pour l'utiliser. (Février 1887).
M. DE Bretonvilliers
(voir p. 27$)
Nous avons mentionné le passage à Arles, en 1682, de M. de Bretonvilliers, et non Bertonvilliers, comme nous l'avons dit, sur la foi du Registre. Il était très lié avec Vertron, et il était considéré comme membre externe de l'.Vcadémie. Né le 11 avril j653, il mourut en juillet lyoq, et le Mercure d'août, p. 266-272, lui consacre une notice dont nous extrayons le passage suivant :
« Messire Bénigne Le i?a^o/5, seigneur de Bretonvilliers, estoit président de la Chambre des Comptes. Il estoit fils de Messire Bénigne Le Ragois, seigneur de Bretonvilliers, Saint-Dié, Villemomble, Avron, Noisy le Seq et autres lieux, président en la Chambre des Comptes de Paris, et de Claude Elisabeth Perrot de Fercourt, fille de Jean Perrot de Fercourt et de Madeleine de Combault. Les frères et sœurs de celuy qui vient de mourir, sont M. Le Ragois de Bretonvilliers, seigneur de Saint-Dié, lieutenant général pour le roy au gouvernement de la ville, prevosté et vicomte
de Paris, cy-devanl capitaine aux gardes et qui possède les belles lettres... etc.,
Celuy qui fait le sujet de cet article avoil beaucoup d'esprit ; il estoit de l'Académie royale d'Arles, et M^ de Fercourt, sa mère, est associée à celle des Ricovrati de Padoue. Ainsi, l'on ne doit pas s'étonner s'il se trouve beaucoup d'esprit dans cette famille.
M. le chevalier de Vertron, aussi de l'Académie d'Arles et associé à celle des Ricovrati, ancien amy du deffunt, avec lequel il a voyagé, et filleuil de M™» la présidente de Bretonvilliers sa mère, a fait l'épitaphe qui suit, oU il fait parfaitement bien connoître le caractère de feu M. le président de Bretonvilliers. » Suit l'Epitaphe latine qui occupe les pages 271-272.
Sur la présidente de Bretonvilliers, voir la Nouvelle Pandore où elle est souvent citée. Vertron la range parmi les dames illustres vivantes, en exprimant le souhait qu'elle publie « sa comédie en proverbe, ses contes, ses poésies sérieuses et galantes » et fasse graver ses devises, (t. II, à la fin). Elle avait remplacé à l'Académie de Padoue la Signora Piscopia Cornaro.
La Thèse d'Arnauld Eymin
(voir p. }6o. )
Les jésuites dirigeaient le collège d'Arles, depuis 1 636, et avaient compté parmi leurs élèves presque tous les académiciens, en particulier MM. Henri de Boche, de Méjanes, de l'Estang, de Barréme. Ils avaient favorisé l'établissement de l'Académie. Ils avaient l'habitude de faire soutenir aux élèves des thèses publiques, dédiées soit aux consuls soit au chapitre. Dès 1668, ils avaient songé à en dédier une à l'Académie qui refusa cet honneur, pour ne pas susciter la jalousie, déjà trop en éveil, autour de ses débuts.
Mais, en i683, les temps sont changés, l'Académie a i6 ans d'existence, elle est autorisée par lettres patentes du roi, elle a recruté ses membres parmi les principaux personnages de la ville, elle n'a rien à craindre des jaloux. Le professeur de rhétorique était alors le P. Prost (i) habile versificateur, dont Vertron vante le talent dans ses ouvrages. Le P. Prost décida l'Académie à accepter la dédicace d'une thèse de rhétorique. 11 obtint même qu'un des académiciens, l'abbé Flèche, argumentât en personne contre le soutenant (2).
(i) Le P. Prost est assez peu connu. 11 était, paraît-il, franc- Comtois. Dans un recueil de Vertron à l'honneur de Louis XIV, intitulé : Ludovicus Magnus, vir immortalis Serenissimo Delphino Carmen, auclore C. C. G. de Vertron, historiographo et academico regio, Parisiis apud Jacobum Morel,seciindae majoris aulae palatii columnae sub magno Coesare, 1687 ou 1697, cum permissu, i vol. in-4, ("Bibliothèque ae l'Arsenal, B. L., 35b7 bis) on trouve une traduction de ce petit poème par le P. Prost, p. 97-102, et p. 1 10, une fable du même au Dauphin : les Grenouilles et Jupiter, puis plusieurs lettres à Vertron, p. 82-88.
(2) « Le 23 aoust(i683), jour d'Académie, on s'assembla chez M. GifFon, où les RR. PP. Jésuistes, recteur et régent de réihorique se rendent pour prendre le jour et l'heure des thèses prétendues. Elles sont dédidées à ce corps et à son chef par indivis, M. le duc de Saint-Aignan, protecteur de l'Académie royalle, etc. M. d'Aymin, gentilhomme d'Arles et grand rhétoricien, doibt les soustenir. Messieurs de l'assemblée prient M. d'Ubaye Vachères et M. Gitïon de l'aller voir et lui faire quelque civilité, par retour de tout l'honneur qu'il destine à l'Académie.
< M. l'abbé Flesche est prié, de la part des PP. Jésuistes, de vouloir argumenter, attendu la difficulté que font naistre les moines et certeins autres délicats, de parler après les PP. Jésuistes, ceux-ci sousliennent qu'ils ne peuvent relascher de la coustume qui est devenue loy dans leurs collèges. L'Académie soustient que ceux auxquels on desdie, ne doibvent point argumenter, ce qui n'est proprement qu'un plaidoyé de collège et que pour la gravité autant que pour la bienscéance on n'a guère veu que
Rien ne fut négligé, pour faire honneur à l'Académie et à son illustre protecteur, le duc de Saint- Aignan. On sait que bien des thèses étaient de véritables chefsd'oeuvre de gravure et de typographie. Ordinairement une vignette surmontait les propositions et, dans bien des cas, cette vignette était une œuvre d'art. Les bibliothèques publiques et la bibliothèque Méjanes d'Aix, en particulier, en conservent plus d'une, où s'est exercé l'incontestable talent d'un graveur trop souvent anonyme. Les PP. Jésuites se préoccupèrent de cette partie extérieure de la thèse, et ils furent admirablement servis par les circonstances. Ils avaient sous la main un écolier qui pouvait faire les frais, souvent considérables, d'une bonne gravure, et un artiste de talent qui était leur ancien élève.
François Eymin, d'une noble et riche famille d'Arles, avait son Hls au collège, et ce jeune homme était l'objet des soins particuliers des Jésuites, qui cultivaient ses heureuses dispositions. Ce fut lui qu'ils choisirent, pour soutenir la thèse.
Un Arlésien célèbre venait de rentrer dans sa ville natale, où le précédait le bruit de ses succès : le retour de Jean- Louis RouUet, avait été une fête pour ses
les corps, les chapitres, les grands qu'on honnorc d'une telle cérémonie s'amusent à soustenir le caracthcre de bel esprit, au préjudice du repos et du scilance qui font partie de la gravité et des honneurs qu'on doibt recevoir. On rclasche néantmoins de ce raisonnement quoique juste et de coustume, on en relaschc pour faire plaisir à ces messieurs les JésuistJS, et M. l'abbé promet, du consentement de toute la compagnie, qu'il argumentera quoiqu'il estimime beaucoub plus le tiltrc d'académicien que celui d'argumentant. »
Registre de l'Académie, fol. 228. C'est la seule mention de ces thèses qui soit au Registre. M. d'Kymin avait rendu visite i l'Académie, nous apprend une note marginale. Ibid.
concitoyens (i). Roullet, dont le père était un pauvre maçon, devait au médecin arlésien Jean-Louis Brunet, son parrain, et à la famille Eymin d'avoir pu commencer ses études au collège d'Arles, avant de les continuer à Paris. M. Eymin n'eut donc pas à le solliciter beaucoup, pour obtenir de lui qu'il gravât le frontispice de la thèse projetée. On y retrouve toutes les qualités de Roullet : finesse du trait, correction et fermeté du dessin. Nous en avons vu un exemplaire, malheureusement sans marge, dans le Sommaire des délibérations prises dans le Registre de l'Académie d'Arles, par Pierre Véran, aux Archives d'Arles,
M. Jacquemin affirme que plusieurs familles arlésiennes ont encore des exemplaires de cette gravure, désignée sous le nom à' Académie d'Arles. Elle est de
(i) Jean-Louis Roullet fut baptisé à la Major, le i8 oct. 1645. Il manifesta de bonne heure des aptitudes spéciales pour le dessin. Son premier maître fut le chirurgien Urbain Deyrolle, celui-là même dont le nom figure au bas du plan d'\rles, gravé en 1660, en collaboration avec Peytret, et dont le cuivre se trouve aux Archives d'Arles, (en voir un exemplaire dans le Ms 547, Bibl. Méjanes). Il lui apprit à graver des lettres au burin. Les progrès de Roullet furent rapides ; aussi, dès i663, fut-il envoyé à Paris par ses protecteurs. Il travailla d'abord dans l'atelier de Jean Lenfant, puis dans celui de François Poilly, graveur du roi. Ce fut dans la boutique de ce dernier, qui vendait lui-même ses estampes, à l'exemple de beaucoup de graveurs de son époque, que Roullet mit en vente ses premières gravures. Vers 1670, il se rendit en Italie; il vint à Rome, en 1673, et parcourut les principaux centres artistisques de la Péninsule. Au bout de 12 ans, il revint en France, épuisé, mais dans toute la maturité de son talent ; il fit un rapide séjour à Arles, au milieu de ses parents et de ses amis, puis alla continuer ses travaux à Paris, où il mourut, dans des sentiments très chrétiens, entre les bras du sculpteur JeanDedieu, son compatriote et son ami (i5 sept. 1699). Voir p. 125, en note, et le Ms 1060, 2* partie, p. SS-Sg.
moyen format : au premier plan deux personnages, Mars et Minerve, soutiennent le médaillon du duc de Saint-Aignan et le présentent à une femme richement drapée, qui marche sur des armes brisées et personnifie l'Académie d'Arles ; à l'arrière-plan est le portique du Temple de la Gloire.
La partie typographique de la thèse , dont nous n'avons pu retrouver la trace, fut exécutée chez Claude et Jacques Mesnier, les deux fils associés de François Mesnier , le premier imprimeur établi, à poste fixe, dans Arles (i). En voici le titre, d'après Jacquemin : « Rhetorica, poetica et historica, digestce per propo- « sitiones propugnatasab Arnaldo Eymin, Arelatensi, « in aede sacra Collegii Arelatensis Societatis Jesu, « anno i683, die 26 augusti, hora de meridie tertia. a Arles, Claude et Jacques Mesnier, imprimeurs du roi « et de la ville. »
La soutenance fut remarquable, tant par le nombre et la qualité des assistants, que par la science précoce de l'écolier, si nous en croyons une relation anonyme conservée dans le Recueil Ms SSg, de la Bibliothèque Méjanes. Nous ne pouvons citer que des fragments de cette relation, qui est fort longue :
(1) Nos recherches encore incomplètes nous permettent de conjecturer, sans trop de témérité, que les Mesnier se rattachent tous à une famille d'imprimeurs, établie à Paris vers le milieu du XVI* siècle, et dont les membres exercèrent, aux XVII* et XVIII* siècles, l'art de l'imprimerie, à Paris, à Poitiers, à Arles, k Marseille, à Rochefort et à La Rochelle. La branche artésienne ne disparut qu'en i838, avec Adolphe Mesnier, imprimeur à Arles. François Mesnier est qualifié maître imprinieur de Marseille, où il habitait, dès 1641. Il transporta son atelier typographique, à Arles, en octobre 1647, et mourut, le 2 août 1673. (Registres deU paroisse Saint-Anne).
« On prit donc des mesures pour le 26* du mois d'août que l'on détermina pour cet acte, et tout le monde se rendit à l'heure assignée en l'église (i) du Collège des RR. PP. Jésuites, où il y avait un concert d'instruments pour désennuierl'assemblée, en attendant qu'on commençât et que messieursde l'Académie roïale eussent pris place au premier rang qui n'estoit destiné que pour eux ; y ayant outre cela derrière ce premier cercle, trois autres rangs de fauteuils, sept à leur droite et autant à leur gauche, qui furent tous remplis, d'un côté par des personnes de qualité, et de l'autre par grand nombre de dames que la curiosité y avoit attirées et que quelques académiciens avoient invitées, à cause que les disputes académiques, telles que doivent être celles de cette action, ne sont pas si sèches et si misté-
(i) Les thèses se soutenaient, en général, dans la chapelles des collèges ou des couvents, qui permettaient de grouper une nombreuse assemblée. La chapelle du collège d'Arles, qui subsiste encore sans avoir changé de destination, est un vaste et spacieux édifice de style grec. La première pierre en fut posée le 4 août 1654, par Mgr François de Grignan, archevêque d'Arles : la communauté donna 3,ooo livres, une partie du terrain ; puis, en 1661, 90 livres pour le vitrage (Conseils du 3 1 mars i 654 et du i6oct. 1661). Le I g février I 661, Mgr de Grignan la bénit et y dit la première messe. Mais si le gros œuvre était achevé en i66i, la décoration dura longtemps encore, et, vers 1686, le P. Melchior Fabre, auteur des Annales des Minimes, Ms 647, BibL Méjanes, écrivait que « ladite église n'est pas encore dans la perfection et elle attend pour son entier achèvement la charité des gens de bien. » P. 2o3.
Le P. Melchior Fabre, minime, né à Arles vers 1640, prit l'habit le 25 janvier 1660, fut provincial en 167;-, et mourut le 4 octobre 1717, à Marseille. Il assista, peut-être, à la thèse d'Arnaud Eymin, car il était à Arles à cette date. Le couvent des Minimes était établi auprès de Saint-Honorat des Alyscaraps et il en subsiste encore une partie.
rieuses que celles de la philosophie, et même la plupart du temps on devait proposer en français. Le soutenant commença par complimenter Mgr le duc de Saint-Aignan, dont le portrait étoit au-dessous de celui du roi et de ceux de Monseigneur et de Monsieur, tous entourés de bordures dorées, et après s'être adressé au protecteur, il s'adressa à l'Académie mesme et aux académiciens. Il leur dit qu'il sembleroit sans doute étrange que les muses latines fissent hommage aux françoises, et que les aînées recherchassent avec tant d'empressement la protection de leurs cadettes ; que cependant elles ne croyoient pas se faire tort à ellesmesmes ni ménager mal leur réputation que de se soumettre à leurs rivales, si elles pouvoient par là mériter leur protection ; que l'Académie roiale ne pouvoitleur refuser cette faveur ; qu'elle leur étoit redevable de tant de grands hommes consommés dans toutes les sciences et qui avoient cueilli les lauriers du Parnasse latin avant que de cueillir ceux du Parnasse françois. 11 ajouta que cependant les muses latines n'étoient pas si entêtées de leur mérite qu'elles voulussent plustôt arracher leur aveu que le mériter par leur soumission ; qu'elles avouoient que c'estoit eux qui avoient relevé la gloire des beaux-arts ; qu'ils avoient frayé le chemin à la noblesse, qui regardoit auparavant les sciences comme une occupation indigne d'un rang tant soit peu distingué ; qu'après que Mgr le duc de Saint-Aignan, si grand par l'éclat de sa naissance, si glorieux par ses belles actions et par sa valeur, si relevé par ses cxplois éclattans et si heureux par la faveur de Louis-le- Grand, avoit fourni si j,lorieuscment cette carrière, personne ne pouvoit reffuser d'y entrer ; et qu'après que tant d'académiciens aussi glorieux par leur vertu que par celles de leurs ancestres et aussi fameux par
leur bravoure que par leur politesse avoient cultivé les sciences avec tant d'assiduité et de succès, pendant que la paix régnoit partout par la clémence et la générosité du plus grand des Rois, on ne pouvoit les mépriser sans condamner tant de grands hommes, et sans blesser la sagesse de Louis-le-Grand lui-mesme,qui s'estoit déclaré si hautement le protecteur de tous les sçavans et qui faisoit refleurir les sciences partout avec tant de gloire. Tout cela se dit pourtant en latin, et le compliment étant achevé, les concerts redoublèrent pendant qu'on distribua les thèses. En suite l'on ouvrit la dispute par des questions que le préfect du Collège proposa »
L'abbé Flèche, M. Charles de Momblan, frère de l'académicien, MM. Arnaud et Fraichier, docteurs en médecine, argumentèrent successivement contre le soutenant. Celui-ci répondit avec beaucoup d'à propos et se tira avec avantage des épreuves les plus difficiles. On eut pu prolonger la discussion. « Mais l'acte avoit déjà duré pendant trois petites heures et l'on commençoit à se ressentir des incommodités de la saison. Le soutenant fit donc son dernier compliment, pour remercier messieurs de l'Académie roïale de la protection dont ils l'avoient honnoré, et toute l'assemblée des applaudissemens qu'elle lui avoit donnés plustost pour le rassurer dans ses combats, que pour accompagner ses triomphes.
« Quand il eut cessé de parler, toute la compagnie s'arresta pour entendre M. le chevalier de Romieu, directeur, qui devoit complimenter le soutenant de la part de l'Académie roïale. Comme chacun sçait qu'il ne fait rien qu'avec la dernière politesse, on fit assitôt cesser les concerts, de l'impatience où l'on étoit de l'ouïr parler: mais comme il seroit difficile de rassembler tant de beaux traits en peu de mots, on a jugé plus à propos
d'envoïer le discours tout entier, que lui ôter une partie de son éclat, par un abrégé qui n'en donneroit pas toute l'idée que l'on en doit avoir. J'ajouteray seulement qu'il promit à ce jeune gentilhomme une place dans l'Académie roïale, avec un consentement général de tous les académiciens. C'est par une fin si glorieuse que l'on termina cette action et que messieurs de l'Académie firent parêtre avec éclat l'estime qu'ils font de la vertu et du sçavoir, puisqu'ils récompensent si généreusement ceux qui se distinguent, dans ces deux routes de la belle gloire. »
« Cette fête en fit naître une autre quelques jours après. M. l'abbé de Grille (r), fils de M. le marquis de Roubiac, n'ayant pu parler au jour que se soutinrent les thèses, à cause du peu de temps qu'il y avoit pour tant de matières , on rassembla peu de jours après l'Académie roïale au Collège, avec une grande foule de gens de qualité qui s'y rendirent pour l'entendre. Il parla près de demi-heure, avec tant de justesse et de grâce, que tout le monde fut étonné de voir ce jeune gentilhomme qui n'est âgé que de douze ans s'expliquer d'un air si dégagé. Toutes ses manières étoient infiniment agréables, sans parétre étudiées ; sa pro-
(i) Cet abbé de Grille n'est autre que le second fils de M. Jacques de Grille, marquis de Robias et d'Estoublon , secrétaire perpétuel de l'Académie. L'aîné, François de Grille, fut page du roi, en 1681 {Mercure Galant de janvier 1681, p i6/-i62),et épousa, en iC85, Kugénic de Riquetti Mirabeau, de Marseille. Il fut capitaine de la ville, en 1686, procureur du pays, en 1703, consul, en 1694 et 1706, puis viguier, en i 718. Le second, dont il s'agit, s'appelait Jean-Baptiste: il naquit le 29 janvier 167a, quitta de bonne heure le petit collet, et épousa, en 1695, Louise de Glei^e de Fourchon, dont il eut quatre fils. Il fut consul, en 1726, et mourut le 21 février 1757. Voir Sacristie, livre B, p. 544.
nonciation délicate sans affectation ; ses mouvements justes et réglés sans contrainte, enfin l'on ne sauroit mieux faire son éloge qu'en avouant qu'il est digne de son illustre maison et qu'il marchera sur les pas de son père. Il expliqua les mistères de la planche que M. Roulet a voit faite. Il en découvrit toutes les beautés et tout l'artifice, il fit une infinité d'allusions ingénieuses, il en tira mille réflexions les plus délicates et les plus subtiles du monde, et finit par des félicitations à tous ceux qu'. avoient eu quelque part dans une action si éclattante. Le soutenant lui-même se rendit huit jours après au lieu où l'Académie s'estoit assemblée, pour la remercier de nouveau de l'honneur qu'on lui avoit fait de lui assurer une place, dans une compagnie si glorieuse et qui ne souffre que des personnes qui ne disent et ne pensent rien qui ne soit digne de l'immortalité. »
Le Mercure Galant de décembre i683 donna un récit de cette fête académique, et reproduisit le discours de M. de Romieu :
Messieurs, « Qu'il est beau de voir fleurir les sciences, quand le plus grand des roys les protège, et qu'il est avantageux d'assister au triomphe des Muses, où l'on voit accourir un si grand nombre d'honnestes gens. Apollon a ses Héros aussi bien que Mars ; les lauriers que remportent les vainqueurs, ne sont pas plus glorieux que ceux qu'obtiennent les sçavans ; et les uns et les autres sont placez indiféremment dans le temple de la gloire. On n'en peut douter, messieurs, les avantages que procurent les belles lettres sont très considérables. Elles sont bien souvent la cause des actions les plus éclatantes, et donnent de grandes prérogatives à ceux qui
les possèdent. C'est par leur moyen que s'entretiennent les nœuds de l'honneste société, que l'esprit communique éloquemment ses pensées, et que le cœur exprime avec politesse ses nobles mouvemens. Le commerce des belles sciences n'est pas incompatible avec la noblesse ; j'ose dire sans flater, messieurs, que l'étroite alliance que vous en avez faite, donne des marques convainquantes de cette vérité. Vous marchez glorieusement sur les pas de M. le duc de Saint-Aignan, votre fameux protecteur, que a sçeu divinement bien allier les plus profondes connoissances avec une noblesse distinguée. Vostre corps est autant recommandable par la haute naissance de ceux qui le composent, que par la beauté de leur génie. Oiiy, messieurs, vous estes illustres par vos ancestres, et par l'éclat que vous tenez de vous-mesmes, vous avez pris des moyens infaillibles pour arriver à l'immortalité. Votre noblesse soutenue d'un courage intrépide, vous a donné lieu d'y prétendre, mais les talens dont vous estes enrichis vous l'assurent malgré l'envie.
« Ne tirez pas toute vostre gloire de vous estre signalez dans le champ de Mars, la fortune peut avoir quelque part aux actions de valeur ; et vostre ardeur pour les belles lettres, qui vous a fait obtenir l'alliance de la première Académie du monde, vous distingue par vostre mérite particulier. Glorifiez vous d'estre de nobles sçavans, comme d'estre de nobles guerriers, et continuez à faire chanter à vos Muses les prodiges de guerre, que vous avez vus en servant sous les étendars de l^ouis -le Grand , qui soumet les Nations les plus fières, par la seule approche de ses armes toujours triomphantes. Faites-vous un honneur de ne devoir qu'à vous la haute réputation que vous avez si justement acquise, par la délicatesse de vos pensée (sic),
par la fécondité de vostre imagination, et par la politesse de vos ouvrages. Aussi personne ne s'étonnera que le juste discernement des Révérends Pères Jésuites, les ait obligez à vous offrir les premiers fruicts des travaux de leur disciple. Vous leur estes pourtant redevables de vous avoir publiez par cette action célèbre comme les arbitres de l'Eloquence.
« Que vous estes heureux, monsieur, d'avoir de si parfaits modelies à imiter parmy vos concitoyens, et de trouver chez vous de si beaux sujets d'émulation, pour répondre au panchant que vous avez reçeu de la Nature ! Il est certain que l'homme est naturellement porté à priser la Vertu. Ces louables mouvemens luy sont inspirés par le créateur, qui répend dans son âme, en luy donnant l'estre, les semences du bien. Il n'est pas moins véritable que l'on juge du prix des gens par leur inclination, et par le désir qu'ils font paroistre de posséder les belles lettres. Que ne doit-on point attendre de vous, qui secondez cette disposition naturelle et qui faites voir tant de ferveur dans les études, en faisant tous vos efforts pour devenir sçavant ? Vous avez des sentiments héroïques, et vous commencez, dès vos jeunes ans, à travailler pour l'immortalité. Ah ! qu'il est glorieux d'y aller par une route qu'on se trace soy-mesme, et qu'il est charmant de porter des couronnes dont le brillant n'est pas emprunté ! Vous estes sans doute convaincu que ces messieurs tiennent aujourd'hui par les belles connoissances un si haut rang dans le royaume, et qu'ils tirent leur plus grand éclat de cette source féconde de lumière. Animé par l'exemple de ces juges souverains des lettres, guidé par les Révérends Pères Jésuites, vos fidelles conducteurs et [es véritables oracles des sciences, dont les vertus ont toujours fait l'admiration de la chrétienté, par les
solides avantages qu'elle en reçoit chaque jour, et mérite l'estime des plus sages monarques; cette illustre et sainte Compagnie estant d'une aussi grande utilité à l'Etat qu'à la Religion. Enfin, instruit par les leçons d'un si habile homme, vous pouvez espérer d'avoir une glorieuse part aux récompenses que distribue le grand Apollon, et vous mériterez en persistant dans vostre louable entreprise, les mesmes honneurs que les maistres du bien dire. Les doutes subtils que vous venez d'éclaircir sur la Poésie et sur l'Histoire, les justes définitions que vous avez données de l'éloquence, nous persuadent que vous estes un digne nourrisson des Muses Latines. Les Françoises, leurs chères soeurs, auront un plaisir extrême de faire voir en vous leur parfaite union sous les auspices de Louisle- Grand, et toujours le mesme, je veux dire véritablement grand ; grand dans l'exécution comme dans le projet ; aussi grand dans ses actions que dans ses discours ; plus grand par luy-mesme, que par les avantages qu'il tient de la fortune, et encore plus grand par la rare piété qui luy attire les Bénédictions célestes, dont on voit des effets si charmans, par la fécondité de son auguste famille qui fait le bonheur des françois, et celuy de ses alliez. Les faveurs de ces grands protecteurs de toutes les Académies vous donneront moyen d'occuper une place dans la nostre, et je puis vous promettre, monsieur, sans crainte d'estre désavoué, qu'elle sera réservée à votre mérite. »
Ce discours qui suivy fut d'un applaudissement général, termina cette action, etc., etc. (i).
(i) Mercure Galant, novembre io<^.i, Ku. de Lyon, cher Thomas Amaulry. Bibl. de l'Arsenal, p. i23-i3o inclus. Voir le Parnasse Provençal, Marseille, i8b5, in-4, t. I, p. 35-49.
Arnauld Ejmin se fît jésuite, au rapport de M. Jacqueipin (Plutarque provençal, p. 4t, en note). Un des frères ou des cousins d'Arnauld fut chan. d'Arles, et mourut syndic du chapitre.
<r Pierre d'Eyminy, chanoine métropolitain et grand vicaire, mourut à l'âge de b-j ans (le 14 janvier 1734), après avoir été exilé à Riez, par ordre du roi, d'après la sollicitation de l'archevêque de Janson, sous prétexte d'être janséniste. Ce savant théologien a laissé un manuscrit intéressant pour l'Eglise de cette ville, sa patrie. » Ms de M. Arbaud, Cfr. Ms 1060, 2* partie, p. 55, et Sacristie, livre B, passim. L'ouvrage en question e&t \&Dissertation sur la mission de Sainl-Trophime dans les Gaules, par M. Ciminy-, chan. d'Arles, signalée par Lelong, (Ed Fontette, t. I, n" 4068) qui se sera mépris sur le véritable nom de l'auteur. «L'original, dit-il.djit-être entre les mains de sa famille: il y en a une copie faite sur cet original, dans le cabinet de M. de Nicolay, à Arles. » Cette pièce est, en effet, aujourd'hui aux Archives des Bouches-du-Rhône, fonds Nicolaï, 5-2, pièce \.
Elle a été copiée par M. de Nicolay,dont la signature figure en tête. L'erreur de Lelong provient de ce que M. de Nicolay a écrit Cyminy, pour Eyminy. Cette dissertation est favorable à l'apostolicité de l'Eglise d'Arles : elle comprend 80 p. in-fol. d'une écriture peu serrée.
Les Prix de Sonnets en Bouts rimes
(VOIK PAGE 389 ET SaO. )
Nous nous sommes étendus trop longuement peut-être sur les concours, dont le Mercure de 1682 donne lesdé:ails ; mais il ne faut pas oublier que c'était une mode, une passion.
On a recueilli tous ces sonnets: signalons seulement le /?ecu«/ de sonnets en bouts rimej à la louange du roy, proposez en divers temps pour des prix considérables qui esloient des médailles d'or ou des portraits de Sa Majesté, donnez par Mgr le duc de Saint- Aignan, pair de France, premier gentilhomme de la chambre de S. M., et M. de Vertron, historiographe de S. M., de l'Académie royale d'Arles, M. Mignon, maistre de la musique de Nostre- Dame. proposés par M..., gentilhomme flamand et par M. Quinet, libraire du palais à Paris.
Au Havre de Grâce, chez Jacques Gruchet, imprimeur et libraire de Mgr le duc de Saini-Aignan, et de la ville, i6S6, 55 p., in-8, 4» pièce d'un Recueil de Vertron, à la Bibl. de l'Arsenal, B. L. 8932. Voir encore à la Bibl. Nat., X, 6219 et Y, bi-j5: Recueil de Sonnets composés par plusieurs poètes du Royaume sur les bouts rimes. Pan, Guenuche, proposés par M. Mignon. Paris, Gabriel Quinet, iG83, in-12.
En tête de la pièce imprimée au Havre, on lit la lettre suivante :
A Versailles, le 22 mai 1682.
a II estoit destiné, Monsieur, que ny vous ny moy n'aurions point le prix de la médaille du roy.quoy que peut estre nos sonnets ne fussent pas les pires, mais j'étois de l'Académie, et ces messieurs n'ont pas voulu qu'on peusi les accuser d'avoir favorisé un de leurs confrères, en me l'accordant, et après avoir rebuté 145 sonnets, ils en ont seulement retenu quinze ; pour vous, monsieur, qui aimez la gloire et qui vous souciez peu du bien, je suis certain que vous aimerez autant pour le moins estre )uge, que de gagner une médaille d'or et l'on parlera plus de vous assurément, quand vous choisirez quelqu'un digne du prix a qui vous le ferez remporter, que quand vous seriez sur les rangs pour combatre et pour vaincre. Si M. le marquis d'Ubaye veut bien estre l'un des juges avec vous, quand J vous l'aurez pressenti, je lui écrirai pour l'en supplier ■ et le troisième pourra estre M. Faure Fondamentc aussi de la mesme Académie royale d'Arles. Faitcsmoy, s'il vous plaist, sçavoir vos pensées là-dessus, monsieur, et celles de M. d'Ubaye et soyez, s'il vous plaist, bien persuadé de mon estime pour vous et que je suis toujours vostre très humble et très obéissant serviteur.
Le duc de Saint- AïONAN. »
Vertron répondit par ce madrigal in-promptu :
€ A composer des vers l'or ne peut exciter, Ce n'est point son éclat qui fait que je travaille. Je rime pour la gloire et non pour la médaille, Quand je cède le prix, je crois le mériter. » — {P. 4).
Voir le Mercure de mai i 682, p. 266. a II y eut divers sentimens et entin ces messieurs furent d'avis que les quinze sonnets choisis et reservez de près de 160, fussent remis entre les mains de M. It duc de Saint-Aignan qui nommeroit des juges pour décider de la bonté des sonnets et donner le prix de la médaille du roy à celuy qui auroit fait le meilleur ; ce que ce duc ayant accepté, il reprit le sien. Depuis ce temps-là, il a prié MM. d'Ubaye, de Faure Fondamen e et de Vertron, tous trois de l'Académie royale d'Arles dont il est protecteur, de donner le prix auquel il a cessé de prétendre, par les mesmes raison qui ont apparemment empêché messieurs de l'Académie françoise de recevoir leur confrère en cette concurrence. » P. 267. Puis il cite avec éloge le sonnet et annonce qu'il donnera la décision des juges, au mois suivant.
Mercure de iu'in 1682, p. i 56-i 57. «On m'a dit que les nouveaux juges choisis par M. le duc de Saint-Aignan, avoient enfin prononcé, mais je n'ay point encore fçeu quel est le sonnet victorieux. Je sçay seulement que M. de Vertron a lait retirer le sien, n'ayant point voulu disputer le prix, depuis que ce duc l'a nommé pour un des juges. Je vous l'envoyé avec quelques autres. J'ay mis au bas le nom des autheurs qui me sont connus. > De Vertron, Gardien, Atnoreux de Digne, Delosme, Girault.
Voir p. 274-286, ce qui se passa au jugement en question.
Fête pour la naissance du duc de Bourgogne
(voir F. 410 IT SQO,)
Le 3/erc«re d'octobre, de novembre et de décembre 1682, est rempli par les relations des réjouissances célébrées, dans toute la France, à l'occasion de la naissance du duc de Bourgogne, l'élève de Fénelon, celui-là même dont la mort prématurée, en «712, causa tant de regrets.
Le numéro d'octobre est double, à cause de l'abondance des matières : toutes lés villes et toutes les corporations civiles et religieuses de France eurent leur fête.
Le Mercure consacra d'abord, en novembre, une courte notice à la tête célébrée par l'Académie d'Arles, puis en décembre, il publia Une notice détaillée due à M. de Grille-Robias. Citons d'abord une lettre du duc deSaint-Aignan, puis ces deux passages.
La réception de l'abbé Dangeau à l'Académie française, 2(3 février 1682, est racontée dans le Mercure de mars 1682, p. 143- 166, Après les discours, on lut diverses pièces des académiciens, puis « M. le duc de Saint-Aignan fit part à cette illustre assemblée d'une lettre très spirituelle qu'il venoit d'écrire sur la grossesse de M"* la Dauphine. Je vous l'envoyé. Elle fut leue par M. l'abbé Régnier (p. i 60). »
Lettre de M. le duc de Saint-Aignan, à M. le marquis de Robias, secrétaire perpétuel de l'Académie royal le d'Arles.
« Vous me demandez des nouvelles. Je n'en ay qu'une à vous faire sçavoir, mais elle vaut mieux que toutes celles que je pourrois vous apprendre. M""" la Dauphine sentit hyer son auguste enfant. Vous jugez bien, monsieur, qu'au point où le roy a mis son autorité, c'estoit le seul remuement qui pust faire du bruit dans sa cour. Le ciel a donc voulu que Louis-le-(Jrand fust grand-père et qu'ayant mieux aimé estrc l'arbitre que le vainqueur de l'Europe, il ne manquast rien à sa félicité non plus qu'à sa gloire. Ce gage prétieux de l'amour de Mgr le Dauphin nous fait bien voir la fausseté de ce proverbe qu'il n'est point de belle prison. Aussi je ne pense pas qu'il en veuille sortir de plus de quatre mois. Lors qu'il sera en liberté, ne croyez pas que les canons du Havre, ny les vers du gouverneur se taisent en une si belle occasion. Si les premiers ont bien du feu, les autres n'en manquent pas entièrement ; et comme je les fais avec plus de
facilité que l'on ne fond les autres, et qu'ils ne me coûtent pas beaucoup, je prétens mettre en; feth tpiite nostre Académie. Ce sera par vous- mesme que jeferay commencer cet agréable embrazement. Vous brillez déjà en tout ce qiie vous faites, et c'est dans l'attente d'un commencement si désirable, que finira la lettre, monsieur, de vostre très humble, etc. »
« Cette lettre fut écoutée avec grand plaisir et les applaudisse» mens qu'elle reçeut en furent la marque conclut le Mercure. »
« Quoy cu'on eust déjà célébré dans la ville d'Arles la naissance de Monseigneur le duc de Bourgogne par des feux d'ar.ifice, des illuminations, et des fontaines de vin, on y a fait encor pour ce grand sujet une feste bien singulière. Ceux qui composent l'Aca lémie royale que Sa .Majesté y a établie, y firent sur la fin du mois passé une assemblée publique. Mgr de Grignan, archevêque, M. le coadjuteur son frère (neveu), MM. ,du Chapitre, et MM. les consuls gouverneurs de la ville, y assistèrent avec un grand nom.bre de personnes de qualité. M. de Sabatier, directeur, fit l'ouverture de cette assemblée, M. d'Ubaye de Vachères, récita un panégyrique du roy ; et tous les autres académiciens montrèrent divers ouvrages en vers et en prose sur l'heureuse Naissance du jeune Prince. On y remarqua beaucoup d'esprit et de politesse. Ces belles productions furent deux fois interrompues par des concerts de musique, où l'on chanta les Louanges de Leurs Majestéz, de Mgr le Dauphin, de M'^^ la Dauphine, et de Mgr le duc de Bourgogne. L'assemblée finit par un discours que fit encor le directeur.
« Toute la compagnie passa deux heures avec beaucoup de plaisir à écouter tant de belles choses, et l'on demeura d'accord que s'il y avoit eu dans le royaume
des festes plus magnifiques, il n'y en avoit point eu de plus agréables.
a J'en attens un mémoire plus ample, avec les discours qui ont été prononcez dans cette docte assemblée. Vous sçavez qu'elle se tient dans l'Hôtel de Ville. En vous apprenant, dans l'une de mes lettres, les noms de tous ceux qui la composent, je vous ay parlé des talens de chacun, et des ouvrages par lesquels, ils se sont rendus illustres dans l'empire des belles lettres. » Mercure Galant de novembre 1682, p. 289-293.
On lit dans le Mercure de de'cembre 1682, p. 322-342 « Messieurs de l'Académie royale d'Arles ont tait une feste particulière pour la naissance de Mgr le duc de Bourgogne. Je ne puis mieux vous en informer qu'en vous faisant part de ce que M. le marquis de Robias, l'un des acade'miciens, en a écrit à l'illustre protecteur de la même Académie. »
Lettre en forme de Relation à M. le duc de Saint-
Aignan :
Monseigneur,
a C'est un grand malheur pour la ville d'Arles qu'estant toute noble comme elle est, brave, fidelle, et amoureuse de la gloire de son roy, elle se trouve dépourvue en cette occasion de tout ce qui pouvoit faire éclater sa joye, à la naissance de Mgr le duc de Bourgogne. Elle s'est mise elle-mesme dans cette fâcheuse impuissance, par un excès de fidélité, et de soumission (si cela se peut dire). Elle a donné sans hésiter, toute son artillerie à la seule apparence du nom du roy, lors que ce mesme nom qu'elle adore, semble l'accuser aujourd'huy de ne répondre pas dignement au bel exemple, à l'éclat, au grand bruit dont toutes les villes du royaume ont solemnisé cette feste (i).
(1) V. le MsSoô, à l'année 1682 La ville remit 11 pièces de canon à M. Lenoir, commissaire de l'artillerie '3i mai).
Le Mercure Galant vous l'aura sans doute appris, comme elle fust la première des trofs provinces, quoy que la plus éloignée de la cour, qui s'empressa d'allumer des feux, de faire sonner ses cloches, de répandre du vin dans les riies, et de faire enfin tous ses efforts pour témoigner sa joye à cette heureuse nouvelle ; mais elle est trop glorieuse pour en demeurer là. Elle ne peut estre contente d'elle-mesme, si elle laisse faire à son impuissance. Elle emprunte donc aujourd'huy toutes les pièces du Parnasse, toute l'ardeur, et le feu de nos Muses, pour tâcher de se distinguer. L'Académie royale qui vous doit son estre et sa conservation, luy donne la main dans son besoin, luy preste toutes ses armes, c'est-à-dire, ses vers et sa prose, ses récits et sa simphonie, et tout son opéra. Il est bien vray que tout cela ne fait pas grand feu, ny grand bruit, et que vos canons du Havre ont porté beaucoup plus loin le bonheur de la France, que ne peuvent faire toutes nos machines d'esprit, et tout le grand courage de vos illustres Parnassiens.
Mais, Monseigneur, en bonne justice, c'estoit à vous, qui estes le chef de l'Académie royale, à faire toute la dépense ; à vous, dis- je, qui estes l'âme et l'esprit de ce petit corps. Vous pouviez luy fournir vous seul plus de traits, et plus de lumière que cinquante autres Apollons, s'il s'en trouvoit autant dans le monde. Quoy qu'il en soit, et quoy qu'il en couste à vos amis, ils avoueront toujours qu'on acheté à fort bon marché, la gloire et le mérite de lotier nostre invincible Monarque. Je voudrois pouvoir vous envoyer son Panégyrique, tel qu'il fust prononcé par M. àHJbaye, lundy dernier dans l'assemblée générale de l'Académie. Vous aimeriez ce gentilhomme, Monseigneur, pour lequel vous m'avez souvent témoigné
de l'estime. Sa sagesse et sa modestie, dans un âge •où l'on le pardonne à ceux qui n'en ont pas tant ; son amour pour la vertu, son zèle pour le roy, son éloquence, son air enfin, et toutes ses manières en parlant vous eussent charmé, et je ne doute point qu'un orateur de cette force dans Madrid, ou dans Bruxelles, ne fit régner le roy de France souverainement c'ans le cœur de ses ennemis. Le sujet de son Panégyrique estoit l'Immortalité de Lctiis-le-Grand. Il fit voir que toutes les vertus d'accord avec la fortune, le portoient là ; que la naissance de Monseigneur le duc de Bourgogne, estoit un gage, une promesse infaillible de son immortalité. Il prouva tout cela par des raisonnements solides et forts, par des paroles également belles et brillantes. Que vous diray je enfin. Monseigneur ? Il s'en falut peu que nostre orateur ne fut digne de son sujet. M. de Sabbatier, ouvrit et ferma l'assemblée en qualité de directeur. 11 fit un discours éloquent et succint, pour apprendre à tous le dessein de cette feste. On admira son adresse, en donnant au roy seul tout le mérite, et le bonheur de l'Académie, et remerciant pour elle l'Auditoire qui estoit nombreux, de cette avide curiosité, qu'il témoignoit à vouloir otiyr les louanges de Sa Majesté.
Il est vray que depuis la naissance de l'Académie, elle n'avoit point veu une aussi grande multitude de gens d'esprit, d'hommes, et de femmes de qualité, s'empresser ainsi pour luy rendre visite. Cela n'est pourtant pas difficile à croire, si l'on vous dit que nos augustes prélats nous firent l'honneur d'y assister, c'est-à-dire, d'inviter par leur exemple, toute la ville, et d'en emmener avec eux la plus illustre partie. Ils y vinrent en rochet et en camail, avec tout l'appareil et la pompe de leur dignité, pour enseigner à bien des
gens qui se piquent de spiritualité, le culte et la dévotion (s'il faut ainsi dire), qu'on doit aux lotianges du roy Très Chrestien. Je vous l'avcûe, Monseigneur, leur présence nous fut un surcroist de joye, non seulement pour la gloire du monarque dont il s'agissoit, mais encor pour celle de l'Académie royale. Qu'un grand prélat, vénérable par tant de titres, qu'un saint archevesque, et le plus appliqué à la sanctification de son diocèse ; que son digne coadjuteur, si bien instruit de la morale chrestienne, et le mieux persuadé des obligations de sainteté, qui sont inséparables de sa charge ; que ces deux modelles d'honneur et de vertu estiment assés, et honnorent comme ils font nos petits exercices académiques ; qu'ils augmentent par leur présence l'amour et la haute idée qu'on doit avoir pour la Majesté ; qu'ils écoutent ses louanges avec la mesme vénération, qu'on écoûteroit le Panégyrique de Saint- Louis; Je vous l'avoiie encore une fois, cela me sembla fort glorieux pour l'Académie. Elle estoit hautement vangée par là d'une trop austère vertu, qui voudroit luy préférer la retraite et le cabinet, et faire à croire aux gens, qu'elle est quelque chose de profane. L'assemblée se faisoit dans la chapelle des Pénitents-Gris. C'est une vaste nef fort exhaussée, et fort éclairée. Les portraits du roy, de Monseigneur, et de M'"*' la Dauphine, estoient posez selon leur rang, sur une tapisserie de point, qui cachoit cette partie du fonds de la chapelle, où l'on avoit placé la musique. Les airs de cet opéra ont esté composez par le sieur Campa (i), jeune
CO II s'agit sans doute d'i4»ire Campra, né à \\x, le 4 décembre 1G60 II avait été élève de la maîtrise, et ses premières compositions furent des motets religieux. Il fut élève de Poitevin. Il vint à Paris, en i685. Maître de musique de la maison protesse
hommcj d. la vérité, mais expert en son art, et maistre de la musique de Saint-Trophime d'Arles, lequel paroist presque inimitable dans les belles variétés, et les douceurs de sa symphonie. Au dessous de la royale famille, on voyoit vostre portrait de la manière de cet excellent homme, qui ne peint plus que les Alexandres, après avoir eu congé de peindre une seule fois Ephestion. On ne crût pas qu'il fallust d'autre décoration. Celle-là charmoit les yeux et les cœurs.
Nosseigneurs les Archevesques furent reçeus à la porte avec toute la cérémonie qu'on doit à leur personne et à leur dignité. Ils furent conduits à leur place, qu'ils prirent sur de superbes Fauteuils qu'on leur avoit préparez. Messieurs les consuls à leur droite et à leur gauche, achevoient une ligne droite, qui répondoit de chaque costé aux fauteuils des académiciens. Personne ne se croyoit incommodé dans cette grande presse. Il est vray qu'on le pardonnoit aisément à l'Académie en cette occasion, où chacun souffroit agréablement la foule et la chaleur, pourveu qu'il pust oûir le nom de Loûis-le Grand. Messieurs les consuls qu'on respecte beaucoup en cette ville,
des Jésuites, il devint plus tard directeur de la maitrise de N.-D. de Paris. Il travailla aussi pour le théâtre : on cite de lui VEurope Galante, le Carnaval de Venise, etc. Le roi le nomnoa maître de musique de la chapelle «le Versailles, et il mourut dans cette ville, le 29 juillet 1744, âgé de 84305. S;)n talent était varié et souple, et il a réussi dans tous les genres. On a donne son nom à une des rues de la ville d'Aix. Voir l'article du Dict. des Hommes Illustres de Provence, t. I, p. ibO, par l'abbé Paul. Il est fort court. Guillaume Poitevin, originaire il'Arles, pré.re bénéficier et raaitre de musique de Saint-Sauveur d'Aix, mourut le 7 janvier 170G. Il jouissait d'une certaine réputation musicale, moi» il fut éclipsé par ses éU'vcs ("ampra. Gilles. Cabassol et autre».
comme les pères de la patrie, les tuteurs et les gouverneurs, estoient attachez à écouter nos petits ouvrages. Cent jeunes créatures, belles et délicates, furent enfermées dans ce lieu trois heures durant, avec plus de patience et de tranquillité qu'elles n'en eussent eu au sermon. Enfin, Monseigneur, vostre empire académique s'est accru de plus d'une moitié. Toutes nos dames sont académiciennes dans l'âme, sous vôtre bon plaisir. M. de Sabbatier commença nos petits exercices par un sonnet de sa manière à l'honneur du roy et de Mgr le duc de Bourgogne. Je vous l'eusse envoyé avec tous les autres ouvrages de nos confrères, s'ils m'eussent fait l'honneur de me les remettre. M. le marquis de Boches leut une critique sur une version en vers françois, que l'on estima beaucoup. M. le chevalier de Romieu, leut une traduction de la première satyre d'Horace, du troisième livre, qui surprit les gens dans la prévention où l'on peut estre que les chevaliers de Malte ne sont faits que pour détruire les Turcs. M. Gifon leut un madrigal qui traduisit les pensées latines de M. Dabbés sur les conquestes de Lo(iis-!e- Grand. Tous ceux enfin qui s'y estoient engagez à la précédente assemblée, lûr^'ut quelque ouvrage en vers, le tout avec autant de relation qu'il se pût à la naissance de Mgr le duc de Bourgogne. Je ne pus m'en dédire, non plus que nos autres confrères. Je vous envoyé nostre Melpomène, qui sous vostre faveur doit faire nos compliments au prince nouveau-né. MM les abbez de Verdier et Du Port, MM. le marquis de Châteaiirenard, de Méjanes, de Gageron, M . Cays, et tous les autres, donnèrent leurs petits soins avec beaucoup de zèle et d'application à l'ordre et à la perfection de cette feste, et surtout de la musique, laquelle sur la bonne foy des connoisseurs, ne le cède qu'au
seul M. de Lully que vous aimez tant. On Jeut encor quelques vers latins sur les villes de Strasbourg et de Casdl soumises au roy, sur la paix, sur la naissance de Mgr le duc de Bourgogne, le tout de la manière de M. Dabbés, académicien royal, et ju^e de la pnmatie de Narbonne, pour M. le cardinal de Bonzy Cet autheur est illustre et connu de tous les sçavans du royaume, par ses vers latins et par ses autres qualitez. On a traduit icy quelques-unes de ses pensées en vers françois Je vous envoyeray tout cela. Monseigneur, si la paresse ou la modestie de nos amys ne s'y oppose. Il fallut après cela que la feste s'achevast et j'eus l'honneur d'estre fait directeur. On me trouva passablement digne de cette dignité. Chacun se sçavoit bon gré d'avoir fait les honneurs du roy et de son auguste petit-fils durant le jour. Je fis célébrer leur santé et la vostre durant une partie de la nuit, selon le dû de ma nouvelle charge, et sans nous vanter de rien, tout cela se passa fort académiquement. Les 24 violons du Parnasse n'y menquèrent pas. Melpomène et ses compagnes soupèrent avec nous, mais avec tout l'honneur et la pruderie de telles divinitez. Elles firent des Impromptus et des Pronostics fort heureux. Je le réserve pour une autre lettre (i) et suis, Monseigneur, vostre très, etc.. »
« J'ajoute l'ouvrage que M. le marquis de Robias leut dans l'assemblée. »
Melpomène présentée à M. le duc de Bourgogne.
« Suivant l'ordre rcçcii de sa troupe royale, Melpomène aux beaux arts sfavante et sans égale Avoit appris du ciel qu'elle peut consulter,
Le dc^'i'-" <!'■ r'-!itMit .in'riic \;\ visïicr.
(1) Nous n'avons i^as trouvi: ces l'icccs dans le Aïcrciirr. r)i\ -(lletjic furent pas insérées. Voir plus haut, p. 416.
Sur l'aile de l'amour cette Muse portée,
(Du Parnasse royal elle estoit députée)
Part, arrive, se montre, et son empressement,
Du prince nouveau-né perce l'appartement,
[.orsque ce brave Hylas que la France renomme
Comme l'original du parlait honneste homme,
Ce duc dont la bavoure et le noble maintien
Entre ceux de son rang le distingue si bien.
Pour faire plus d'honneur à nôtre Mclpomène
Luy présente la main aussi-tost et la meine.
« Chère sœur, luy dit-il, malgré tous vos appas.
Le héros nouveau-né ne vous connoistroit pas.
Souffrez, qu'en ce moment je vous serve d'organe.
Et n'appréhendez pas la bouche d'un profane,
J'entre quand je le veux, dans ces réduits sacrez.
Qu'au sçavant Apollon le temps a consacrez.
Eraton, Calliope et l'aimable Thalie,
M'ont inspiré des vers l'agréable folie.
Je parle quelquefois comme parlent vos sœurs.
Et quand j'en ay besoin, j'ay part à leurs douceurs.
Cette reyne du nord (■ ), qui sur la mer Baltique
Trouva tous les ressorts de nostre rhétorique,
Malgré le Capitoie et son cœur tout romain,
Estima mon esprit, et mon coeur et ma main,
Et ce roy, ce grand roy que l'Kurope révère,
A dit plus de cent fois que j'dvois l'art de plaire.
Voyez donc, chère sœur, que sans trop nous flater,
La louange est un bien que l'on peut accepter,
Lorsqu'on est approuvé de testes à couronne.
On ne refuse p jint l'estime qu'on nous donne ;
Qui refuse ce. don, ne l'a pas mérité.
Et de pareils refus sont une lâcheté.
Muse ne craignez rien pour vostre astrologie ;
Je vay la débiter avec grande énergie.
Et je fer?y comprendre au prince nouveau-né
A quel point de grandeur le ciel l'a destiné. >
Ce duc luy tient parole, et quand sous sa conduite.
Dans ce lieu de respect la Muse est introduite,
Elle admire le prince et le sacré Berceau,
(i) Chmtine de Snide
A qui toute la France offre un encens nouveau ; Mais voulant par ses vœux honnorer sa naissance, De ses propres désirs elle craint l'excellence, Et que le grand destin de Louis triomphant, N'accable quelque jour ce prélieux enfant. Bornons, bornons nos vœux, c'est assez, disoit-elle, Qu'il soit toujours héros, sage, vaillant, fidelle, Qu'il regarde de loin ce modèle des rois, Mais qu'il n'espère point égaler ses exploits; Sa fortune peut esire assez bien assortie Lorsqu'il n'en remplira que la moindre partie, Puis voulant repasser les miracles divers. Dont Louis a lassi nostre prose et nos vers. Ce détail éclatant éblouit Melpomène, Et de tant de hauts faits dont notre histoire est pleine Le grand nombre et le p jids accablant ses esprits, Elle en dit beaucoup moins qu'elle n'en a compris ».
Quelques Rectifications de détail
Les copistes d'autrefois avaient conscience des fautes qui leur échappaient, et les humbles moines mettaient souvent, sur le dernier feuillet du volume, une supplique au lecteur, pour le prier de leur pardonner leurs erreurs. L'imprimerie n'a pas supprimé la nécessité de cette prière, et nous devons le reconnaître ici.
A la page 28, en note, au lieu de : fol. 157, lisez : fol. iSy, verso.
P. 43, dans la note 2, au lieu de : vers Je mots d'août, lisez : vers le mois d'août.
P. 47, dans la note 2, au lieu de: 27 novembre 1677, lisez : 17 novembre 1677, date exacte.
P. 48, ligne II, au lieu de : enseigner à Roubin, lisez : envoyer à Roubin.
P. 49,1a note 3 est rectifiée aux Pièces Justificatives, voir la p. 422.
P. 102. Les lettres patentes de 1677 sont imprimées s. 1. n. d., 2 p. in-fol., coUationné : Falentin. Voir dans le Recueil de Bonnemant Collège, Académie.
P. III, dans la note 2, il est dit que A/. Vautier légua une Forte somme, pour l'achèvement de la chapelle des Jésuites. Or, cette chapelle n'était pas commencée, lorsqu'il mourut, à Paris, le 4 juillet i652. La première p.erre fut posée par l'archevêque d'Arles le 4 août 1654, et les 12,000 livres jéguées par Vautier furent les premiers fonds employés. Voir Ms 1060, 2^ partie, p. 22 ; le Factum de l'Econome des Jésuites contre M. de Verdict-, en 1672 (,25 p in-4, vol. de Bonnemant Collège, Académie), et plus haut la note i, page 473.
P. II 5. La note 2 est à rectifier: Les arceaux du cloître des Cordeliers ne sont pas dans l'enclos des sœurs Saint Charles, mais tout auprès. La ville a vendu cette portion du vieux couvent, avec la clause qu'elle ne serait jamais cédée à une communauté religieuse, paraît-il. Au mois de mars 1667, le gardien des Cordeliers était le P. Julian. (Registre, fol. 42) Il fut remplacé, vers le mois de septembre. Voir Registre, fol. 52, verso. Ne serait-ce pas le P. Maurice JuUien, général des frères mineurs, dont le portrait, peint par Fenouil et gravé par H. Coussin, se trouve à la Bibl. Méjanes. Portraits de Provence, t. I, p. 23o ^
P. i36, note I, au lieu de : p 25, lisez : p. 24.
P. 139, dans la note 2, ligne 14, avant ces mots : Du 'Parlement, ajoutez : à M. le premier président d'Oppède, pour obtenir un jugement favorable, qui t<nt été passés.
P. 144, ligne 6, au lieu de : l'abbé de Beaumont, lisez : M. de Beaumont.
P. 174. Notons que le Dict. des Hommes Illustres de ProN'ence fixe la mort du P. à^Uhaye^ en 17 14.
P. 175. La note 2 est exacte, M. Bertrand d'IJbaye fut enterré le 14 août 1687 (Registres de Sainte-Anne).
P. 176 : les vers cités en note se trouvent dans le Mercure Ga/an? de janvier 168 i, p. 161-162, (Ed. de Paris). Sur François de Grille, voir la note p. 476.
P. 179. A la seconde ligne de la note 2, au lieu de : 27 décembre, lisez : 29 décembre, date exacte.
P. 184. Nous compléterons la notice sur M. Gaspard II de Varadier, archidiacre depuis le 3 mai 1644, par suite de la résignation de Gaspard I, en sa faveur. Ce dernier avait remplacé, en 1623, Gabriel de Varadier, qui lui-même avait remplacé, en 1620, François deClaret, le traducteur du livre de P. de Beaujeu : De Laudibus Provinciœ . La note i, p. 196, est donc à peu près juste, dans ses déductions.
P. 2^2 et sqq. Les indications Bibliographiques sur Gilles Du Port seront rectifiées. Nous avons soigneusement collationné ses œuvres à la Bibl. Nat.
P. 207. La note i est ù modifier. Pierre S axi \x\o\ixn\ le 3o avril 1637, âgé de 5 2 ans. Nous avons été induit en erreur par un portrait de Saxi, fait durant sa vie et non après sa mort, comme nous l'avions pensé. Ce portrait in-8, sur cuivre, signé M., se trouve à la Bibl Méjanes, Portraits de Provence,!. 1, 188 11 est ovale, et autour on lit : Petrus Saxius, sanctœ Arelatensis ccclcsice canonicus Anno œt. 43, et au dessous, ces deux vers:
Saxii ad ejji^icm : ccii Palladis oia vidirc», Gorgonece, stupcas, aut homo Saxeus es.
Le Pontificium est indiqué par Lelong et Fontette,t. I, p. 548, n"* 7975, avec cette note :
« Quoique le dessein de cet auteur ait été d'écrire l'Histoire Ecclésiastique, la vie et les actions des Prélats de cette ville ; néanmoins il y a fait entrer si à propos et si judicieusement les affaires temporelles de la Province, qu'on peut dire que son livre est un abrégé fort racourci de toute l'Histoire ecclésiastique et séculière de la Provence. Je n'ai point trouvé d'auteur plus sçavant aux antiquités géographiques et historiques de cette Province, ni plus judicieux à les bien arranger. « Honoré Bouche, dans la Préface de son Histoire de Provence. Pierre Saxi est mort en lôSy. Pitton dit, dans ses Jugemens sur les Historiens de Provence, p. 67, que c'est un travail des plus achevés, que cette histoire et une pièce des mieux écrites, de laquelle on peut dire qu'il est serti de grandes lumières, pour ceux qui ont travaillée {'Histoire de Provence. Je souhaiterois (aJ3ute-t-il) qu'il se fût un peu plus étudié à bien prouver le droit de Primatie sur l'Eglise de Vienne, comme a fait le P. Cabassut dans sa Notice ecclésiastique. » Gassendi, dans sa Vie de Peiresc, sous l'année 1626, dit que ce livre fut défendu par arrêt du Parlement de Provence, parce que l'auteur y attaquoit les droits du roi sur cette Province
« L'ouvrage de Saxi étant devenu rare, a été réimprimé dans le Recueil de Menkenius, intitulé : Scrip ■ tores rerum Germanicarum, Lipsiœ, 1728, lySo, in-fol., 3 vol , au t. I, p. 107 et suivantes. »
Dans la Vie de Peiresc par Gassendi (Viri illustris Nicolaï Claudii Fabricii de Peiresc, senatoris Aquisextiensis vita, per Petrum Gassendum praepositum Ecclesiae Diniensis. Parisiis, sumplibus Sebastiani
Cramoisy, architypographi Regii, via Jacobaea, mdcxli. Cum privilégie régis, in-4, p. 209), on lit, à l'année 1626 : Tandem lit mentem diverteret, legit jper id tempus qitod tune e prœlo primum prodibat, Arelatense Pontijicum, aiictore Petro Saxio, ejiis ecclesiœ canonico. Flurimum vero fuit indignatus, quod ille, studio nescio quo, affectasse! elevare principum nostrorum jura, et non modo non reposuisset quaî opponi potuerant, sed interdum etiam tentasset praeter fas illa enervare. Quamobrem non interquievit, donec placito curiae libri evulgatio prohibita fuit, » Les pren:ières lignes de ce passage sont soulignées, dans l'exemplaire de la Bibl. Méjanes, n» 18 180. Cette opposition de Peiresc, alors malade, empêcha peut-être la publication du livre, déjà imprimé, jusqu'en 162g, date que portent les exemplaires. On expliquerait de la sorte les indications de certains bibliographes, relatives à deux éditions, l'une en 1625 et l'autre en 1629 (comme Dubreuil, t. I, fol. 3o) alors qu'il n'y en eut, en réalité, qu'une seule.
Voici ce qu'en dit l'abbé Dubreuil, dans sa bibliographie provençale, t. I, fol. 3o. (Ms 372) :
« Historia primatum sancta; Arelatensis •ecclesiae, autore P. Saxio, Aquis-Sextiis, 1625, in-4.
« Pontifie! um Arelatense seu historia primatuum S' arelatensis ecclesiae cum indice rerum politicarum, auctore Petro S.ixio,e]usdem ecclesiae canonico. Referuntur in calce operis nomina pra'positorum ari-iatcnsium. Aquis-Sextiis, Roize, 1629, in-4.
« C'est, dit-on, un abrégé racourci de toute l'histoire ecclésiastique et séculière de la Provence, peu favorable, ajoute-t-on, aux droits du roi sur cette province, au moins l'édition de 1625. flétrie, en 1626, par arrêt du Parlement de Provence. Vita Pcircskii >
La Bibl. Méjanes en possède un exemplaire, coté n" i6638, in-4, intitulé : Pontificiurfi Arelatense seu Historia Primatum Sanctce Arelatensis ecclesiae, cum indice rerum poIiticarum,aulhore PetroSaxio, Sanctae Arelatensis ecclesiae canonico, sacrae theologiasdoctore. Aquis-Sextiis, Typis Joannis Roi:{e, Regije Universitatis ordinarii typographi, 1629 Cet exemplaire a une demi-reliure moderne, en basane. En tête, il y a un frontispice gravé par Hanser, où figurent les armes de Gaspard du Laiirens, archevêque d'Arles, à qui le Pontificium est dédié. La Dédicace est en tête du vol. 9 p., non numérotées, en gros caractères, suivie d'un avis au lecteur, en latin et en caractères italiques. Suivent des vers latins à Saxi, sur son oeuvre, par Guison, prêtre, doct. en théologie, régent du collège et ami de Rebatu, par le P. Lud. B. Soc. Jesu, par Gleyse, par le médecin Gravier, l'avocat Jean Pillier, Louis I.Cpuis un sonnet français et des vers latins par César Nostradamiis, de Salon, l'auteur de l'Histoire de Provence. Viennent ensuite une liste alphabétique des archevêques d'Arles, et des vers français de M.d'£'5/oî<^/ow, le fondateur des Anonymes, à M. Saxj^, enfin le portrait de Saxi, dont nous avons signalé un exemplaire, dans les Portraits de Provence. Saxi avait alors 43 ans, par conséquent ce portrait n'est pas antérieur à 1628. Le tout forme 24 p., non numérotées. Le prœludium qui suit comprend 10 pages. Le corps de l'ouvrage comprend 422 pages et quelques gravures: les armoiries de M. du Laurens, de 26 de ses prédécesseurs, le sceau d'Arles, en i25i, p. 276, le sceau de l'archevêché à la même époque, p. 277, des desseins d'inscriptions, un tombeau antique, p 161. A la fin, se trouve le catalogue des prévôts de l'Eglise d'Arles, dédié à Jacques de Roquemartine prévôt (jusqu'en
1644) 7 Pm puis une note Ms de M. de Méjanes sur Raymond Bérenger, comte de Provence, en 1178, entin la table détaillée qui comprend 19 pages non numérotées.
Dans son avis au lecteur, Saxi nous apprend que Scvertius, théologal de Lyon, lui demanda une liste des archevêques d'Arles, qu'il lui envoya avec quelques notes. Mais Severtius crut devoir modifier cette liste, et c'est pour rectifier ses erreurs, ainsi que celles des autres historiens {Democares, Savaro, Nostradamiis, Chenutius, Robertus et Severtius omnium postremus praesulum nostrorum nomina ediderunt) qu'il a rédigé son histoire, sur les pièces originales.
Dans sa dédicace à M. Du Laurens, on lit : « Edidissem profecto multo ante tempore nisi majora molirer et pro collegii nostri re conservanda difficillimis ncgotiis proepedirer. Hanc igitur Epitomem ex integro corpore historiae excerptam tibi offero, atque ut qua fictus es humanitate humanissime excipias obtestor : si facis, adversarium pertimesco ncminem ; illa enim tua laurus, quam ut gentilitio stemmate, sic re et nomine praefers, adversus omnia invidia^ et odii fulmina me illaesum tutab.tur, modo tuus sim, sum equidem ex voto. P. Saxius. » N'y a-t-il pas une allusion à la susceptibilité si étrange de Peircsc, qui contribua peutêtre à nous priver de celte histoire complète, dont Saxi a détaché le Pontificium ?
Dès la fin du XV 11* siècle, le Pontificium était devenu rare C'est le témoignage de M. de Cambis dans le catalogue raisonné de ses manuscrits, Avignon, 1770, in 4. Le chanoine Trichaud, Histoire de l'Eglise d'Arles, t. IV, p. 148, en note, dit: Dans le .lournal Allemand Monnaliche Aus\uge, on lit : Le Pontificium Arelatense est très rare ; il a été payé jusqu'à 400 écus
d'Allemagne. L'auteur du journal ajoute qu'il avait donné commission de lui en acheter un exemplaire d'une nouvelle édition imprimée à Hambourg, et qu'il en avoit payé 5o écus » Nous n'avons pas contrôlé ce témoignage, mais iédition de Hambourg nous est inconnue.La Bibliothèque d'Arles conserve un exemplaire du Pontificium, avec des notes Ms de Bjnnemant et c'est lui que décrit M Sjuchière, Musée, t III, p. 187.
Notons une erreur qui a échappé au judicieux auteur: ce n'est pas Peiresc qui a écrit la vie de Gassendi, mais Gassendi qui a écrit la vie de Peiresc. Tache légère dans un article fort bien rédigé (i) !
P. Saxi est l'auteur de l'Entrée de Loys XlII.roy de France et de Navarre dans sa ville d'Arles, le xxix octobre MDCXXII...
En Avignon, de l'imprimerie de J. Bramereau, imprimeur de Sa Sainteté, de la ville et de l'Université, MDCxxiii. In-fol. avec gravures de Jean Bœuf, d'Avignon (Voir Délib. du Conseil d'Arles du 10 juin 1623). Il y en a un exemplaire aux Archives d'Arles, un chez M. Arbaud, un à la Bibl. Nat., Lb 36, 209 r.
Cet ouvrage est signalé par Lelong et Fontette, t III, 26349. ^^ P^"* Rcboiil^ Anonymes de Provence, n" 63 i .
P. 211. Le fondateur du Mont-de- Piété d'Arles, que la notice citée par nous appelle François Z.a^ne/, signe toujours François Agneausuv les Registres de Sainte- Anne. Né aux Mées, diocèse de Riez, en 1 6 1 7, il entra à l'Oratoire, en i64r, fut d'abord employé aux Mis-
(i) On écrit indifféremment Saxi ou Saxy. D'après un double projet d'inscription, rédigé l'un en 1698, l'autre un peu plus tard par Guillaume Saxi. chano:ne o'Aries, Pierre Saxi serait mort le I" mai 1637, I Calendas Maii. Voir Recueil Bovruier, Bibl. -Méjanes. Ms 8i3, p. gjetqg. Guil. Saxi était arrière neveu de Pierre.
sions, puis envoyé à la résidence d'Avignon. Enfin, dans le livre des Délibérations de l'Oratoire, (Registre 577, aux Archives Nationales), nous lirons, à la date du vendredi 24 novembre \656 : « Le P. François Aigneaii, d'Avignon à Arles, pour administrer la cure. • tJaint-Annc était un poste de confiance. Le P. Agneau y donna l'exemple de toutes les vertus. Il mourut le 7 mai 1680, vénéré de ses paroissiens et de toute la ville. Voir sa notice par le P. Bicaïs, dans le Dictionnaire des Hommes Illustres de Provence et l'article de M. Fassin dans le Musée, série I,p. 87-88. M. Du Roure possède une copie du Testament de Gilles Du Port, daté de Paris, le 4 août 1 69 1 , qui mentionne un legs important au Mont de Piété.
P. 217. La note sera complétée au tome III, disons seulement que nous avons pu étudier la Nouvelle Pandore, à la Bibl. de 1' .Arsenal, et constater l'exactitude des renseignements du P. Bougerel.
P. 25o, à ia dcrnièie ligne de la note, au lieu de : Grasse, lisez : Evreux. Voir p. 455, note 2.
P. 309. Sur le P. Charles Du Faur, on lit dans les Délibérations de l'Oratoire, Registre 577. aux Archives Nationales : « Du vendredi, 3 mai i652. M, Du Faur cy-dcvant prestre de l'Oratoire, s'estant de lui-mcsme retiré et séparé de la congrégation et pris congé du R. P. Général, par la lettre qu'il luy a cscrit et à son conseil, du 25 mars dernier, est prié de ne plus demeurer en notre maison de Pézenas, ny en aucune autre maison de l'Oratoire : de l'ordre de^notre R. P. Général et de son conseil, qui tous y ont signé, excepté le R. P. Senault, pour cstre absent et non encore de retour à Paris. »
P. 317, ligne 14, au lieu de : promettant, lisez :
obtenant. M. de Beaujeu fut, en effet, nommé membre associé de l'Académie des Inscriptions, à cette date.
P. 373, ligne r, au lieu de: décernait chaque année, lisez : décernait tous les deux ans.
P. 477, au lieu de : Mercure Galant de décembre 168 3, lisez : Mercure Galant àe novembre i683. Voir p, 480. en note.
En divers endroits, on a imprimé : entr'autres, c'est toujours : entre autres, qu'il faut lire.
P. i5, ligne 22, au lieu de : un homme plus envié, il faut lire : un honneur plus envié.
P. 21, au lieu de : Hcsmivry, lisez : Hesmivjy.
P. 36, lisez : Gratulor ecce tibi, au lieu de : Gratulor eece tibi.
P. 118, lisez : Y était-il encore, au lieu de : j'était-il encore.
P. 186, lisez : Turcs, au lieu de : Turs.
P. 188, lisez : Planctus, au lieu de : Plantus.
P. 195, en note, lisez: Boche, et non : Roche.
P. 219, lisez: Padoue, et non : Padone.
P. 240, lisez : Communiqua, et non : communica.
P. 272, en note, ligne 8, lisez : ce personnage, au lieu de: ce personne.
P. 433, lisez -.flambeaux, et non : Flambleaux.
P. 445, lisez : Sisteron, et non : Sisteront.
P. 473, lisez : les chapelles et non : la chapelles, etc , etc. . .
Nous ne voulons pas pousser plus loin cette chasse aux coquilles, aussi fastidieuse pour nous que pour le lecteur, qui y suppléera et voudra bien se rappeler que la perfection est, hélas ! irréalisable.
riN DO SECOND VOLUME.