L'Académie de France à Rome
Le règne de Louis XIV a vu surgir une multitude d'institutions qui ont duré et durent encore : c'est leur plus grand éloge et le meilleur témoignage de leur utilité. Lorsqu'une œuvre humaine a traversé des désastres politiques et financiers comme ceux des dernières années du grand roi. de la minorité de Louis XV et de la Révolution, sa vitalité est surabondamment démontrée. Son état peut se modifier; elle peut même vaciller sur ses bases : les secousses ne font que la consolider, et, justifiée par l'expérience, elle demeure.
Tel est le cas de la célèbre Académie de France
fondée à Rome par Colbert, et qui depuis deux cents ans a donné au monde tant de grands artistes. Personne, cependant, n'a jusqu'ici scruté d'une manière approfondie les annales de cet établissement, et l'on a pu dire qu'à l'instar des peuples heureux il n'avait point d'histoire. Le Dictionnaire de V Académie des ~bea%ix-arts , dans un article qui renferme d'ailleurs d'utiles renseignements, n'a guère traité que de la fondation de l'Académie et de son organisation moderne. L'éditeur des Lettres de Colbert, M. Pierre Clément, qui lui consacre aussi quelques pages dans l'introduction de son cinquième volume,, a dû naturellement s'arrêter à l'époque de la mort du grand ministre. M. Baltard, dans sa publication artistique de la Villa Médicis, a tracé à grands traits l'historique de l'institution, mais sans le secours de ses archives. Les matériaux à l'aide desquels on peut reconstruire le
passé de l'École de Rome sont restés oubliés, inconnus même des amateurs et des curieux, qui, dans leurs recherches, les ont effleurés sans y faire attention.
Ces documents, perdus dans l'immense fonds des Archives nationales désigné sous le titre de Maison du roi, m'ont paru présenter trop d'intérêt pour être laissés plus longtemps dans l'ombre. Ils consistent surtout clans la série des correspondances adressées par les directeurs de l'Académie à leur supérieur immédiat, qui était autrefois le surintendant ou le directeur général des Bâtiments delà Couronne. Ces lettres contiennent, année par année, et presque jour par jour, le récit de ce qui s'est passé non-seulement dans l'Académie, mais dans la ville de Rome, depuis une époque trèsvoisine de la fondation de l'École jusqu'à sa désor-
ganisationen 1792. Elles éclairent donc deux ordres de faits très distincts, se rapportant l'un aux beauxarts, l'autre à l'histoire générale; et dans cette double mine de renseignements, je ne sais trop quel est le filon le plus riche. Mais je me suis contenté d'exploiter d'abord le premier, et j'ai, essayé d'en extraire, malgré mon impéritie, les échantillons les plus précieux, non toutefois sans y joindre à l'occasion de courts fragments relatifs aux événements publics.
Le commencement de la correspondance, pour la période du ministère de Colbert, nous manque presque totalement. Par bonheur, les statuts, les règlements, les comptes de l'Académie, conservés avec les lettres aux Archives nationales, peuvent aider à combler cette lacune. J'ai retrouvé aussi à la Bibliothèque nationale, grâce à l'obligeance iné-