Clément XIII
neur de vous envoyer un modelle de ce que l'on croit pouvoir y mettre : je l'ay fait voir à M. le cardinal de Bernis, qui m'a paru la trouver bien. Ayez la bonté. Monsieur, de l'examiner et de voir si elle peut être exécutée sous cette statue, puisque rien ne doit se faire dans cette Académie sans avoir reçu votre approbation 1 .
i) décembre 1709.
M. le cardinal de Luynes m'a fait l'honneur de me faire part de l'entretien qu'il a eu avec vous, Monsieur, au sujet de ce procès où il veut bien prendre ma deffense. Vous me faites espérer que la fin ne peut être encore bien éloignée : Dieu veuille qu'elle tourne à l'avantage de la bonne cause ! . . Deux pensionnaires depuis quelques jours sont arrivés : un peintre, nommé Ménajot2, et Reimond, architecte. Le neveu de M. Vernet, nommé Gui-
1. Il s'agit de la statue que le prince Vaini avait donnée depuis assez longtemps à l'Académie de France. L'inscription proposée par Natoire relatait la fondation de cet établissement et la générosité du donateur. Marigny n'y trouva à reprendre que les termes dHnvictus et de rex Corsorum, appliqués à Louis XIV : l'épithète d'invincible n'eût pas été de trop si le grand roi eût été vivant.
2. François-Guillaume Ménageot, né en 1744. plus tard directeur de l'Académie de Rome.
CORRESPONDANCE DKS DIRECTEURS. 305
bert1, est arrivé dans le même tems, auquel vous avez accordé une chambre ; on me dit beaucoup de bien de ce jeune homme, j*espère qu'il fera bonne réussite. Le s1' Boisot - est bien sensible à la grâce que vous luy faittes de luy continuer une chambre dans l'Académie.
i avril 1770.
Je viens de recevoir la lettre que vous me faites l'honneur de nr écrire, et une autre de M. CuviUier, qui m'apprend la perte du procès au Chàtelet. Comme je ne suis pas sur les lieux et que j'ignore toutes les formalités de la justice, je ne sçais plus à quoy m'en tenir; et si le Parlement ne me rend pas plus de justice, et que je sois abandonné et sacrifié, après toutes les pièces que j'ay rapportées, quedevois-je faire de plus? Si je n'étais assuré de votre justice, de votre équité, et pénétré de vos bontés, il y en auroit là pour perdre la tête. Il est aisé, Monsieur, de s'appercevoir que c'est une pure cabale conduite par l'esprit d'indépendance. Y ai-je donné occasion? Je n'ay rien à me reprocher : je ne suis occupé que de leurs progrès et d'en dire du bien, et, dès qu'ils m'en donnent l'occasion, je suis charmé de vous le communiquer sur le champ. Si pareil désordre n'est jamais
1. Fils du sculpteur Honoré Guibert. beau-frère de Joseph Vernet.
2. Louis-Simon Boizot, né en 174.3, auteur du buste de Racine: il était arrivé à l'Académie le lx novembre 1765.
arrivé du temps de M. de Troy, c'est qu'il a été plus heureux que moy, quoy qu'il fût plus rigide que je ne l'ay jamais été pour l'article des Pâques. Il n'a pas trouvé un Clérisseau, premier auteur de la révolte; un Mouton lui a succédé ' ! . . .
27 février 1771 .
Le sr Claudion se détermine enfin de s'en retourner en France, après neuf années de séjour à Rome. C'est un sculpteur qui, partout où il se trouvera, se fera estimer avec distinction par son talent. Étant pensionnaire, il a remply cette place avec honneur et y a fait beaucoup de progrès ; j'espère qu'il méritera vos bontés. Il partira au commencement du mois prochain : je luy donneray la gratification ordinaire de 56 écus pour son voyage 2.
La salle à manger des pensionnaires ayant été rétablie, par quelques poutres qui menaçoient ruine, la décoration peinte qui fut faitte anciennement s'est trouvée toutte gâtée ; de sorte que ces jeunes artistes se sont unis
1 . Le 25 du même mois, Natoire se plaint encore des mauvais quarts-d'heure que ce procès lui fait passer et de l'insolence de son adversaire, qui avait envoyé à toutes les gazettes l'avis de son triomphe en première instance, se vantant de le faire afficher jusque dans Rome.
2. Claude-Michel, dit Clodion, était à Rome depuis le 25 décembre 1762, et avait occupé pendant quatre ans environ une place de pensionnaire. Ainsi se trouve vidée la question posée par M. Jal (p. 391) relativement à cet artiste aimé des curieux.
pour la décorer de nouveau, en y travaillant chacun dans leur genre. Je peux vous assurer qu'ils en ont fait une salle de très bon goût. Le sr Calais ' s'y est bien signalé, et chacun y a travaillé avec émulation; je regarde que ce n'est point un teins perdu pour leur avancement que de lavoir employé de cette manière.
18 septembre 1 7 7 o .
J*ay reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en date du 21 aoust, par laquelle vous accordez au s' Ménageot le logement dans l'Académie pendant une année après son tems terminé à la pension, dont il vous est sensiblement obligé. Le s1' Sénéchal, sculpteur, ayant fini sa pension, profitte de l'occasion du départ de M. de La Borde, un des premiers valets de chambre du Roy, pour s'en retourner en France.
27 octobre 177!!.
Il y a longtemps, Monseigneur, que je suis en avance pour l'Académie. M. le marquis de Marigny-.nie faisant sentir la difficulté qu'il y avoit d'être payé des susdittes
1. Antoine-François Callet, peintre distingué, né en 1741, arrivé le 19 novembre 1767.
2. Remplacé depuis quelques mois par Terray dans la direction générale des Bâtiments.
avances, me proposa de mettre en contrat cette somme à quatre pour cent; il eut la bonté, même, de me dire qu'à l'avenir il prendrait des arrangements pour ne plus retomber en pareil cas : je les attends encore. Mes prédécesseurs et moy prenoient cy-devant du banquier deux mille écus romains, et cette somme suffisoit pour acquitter les honoraires du directeur. Depuis bien des années que les tems sont devenus plus difficiles, je n'ay touché ordinairement que mille écus par cartier, et j'ay toujours mis ce qui me revenoit pour suppléer aux besoins de l'Académie; au moyen de quoi je n'ay aucun fruit d'une place que j'occupe depuis vingt-trois ans, et je puis vous assurer que j'y ay employé une somme que j'apportay avec moy lorsque je vins remplir cette place. Vous voulez bien, Monseigneur, me permettre ce détail: j'attends tout de vos bontés sans les avoir méritées, et j'espère que vous voudrez bien y mettre la dernière main, attendu que je n'ay encore rien reçu des intérests du contrat. M. Cuvillier, qui est au fait de cette affaire, donneroit à Monseigneur les éclaircissements qu'il désireroit.
23 février 1774.
J'ay communiqué au s1 Huvé la permission que vous luy accordez de jouir de la place de pensionnaire pendant le cours de cette année, dont il vous est sensiblement obligé. M. le cardinal de Bernis, lequel s'intéresse à ce jeune architecte, m'a dit que vous luy aviez écrit
en conséquence, et je crois que ce sera un bon sujet pour l'Académie ' .
J'ay eu l'honneur, Monseigneur, de vous exposer succintement que j'étois en avance pour l'entretien de l'Académie depuis bien des années... Le tout (de ces avances) ayant été arrêté à neuf mille quatre cens écus romains, qui est le produit de mon travail pendant presque tout le tems de ma vie, je réclamay le payement, mais sans aucun succès... Monseigneur voudra bien considérer que cet argent, dont je me suis dessaisi depuis un tems considérable, m'auroit raporté et me raporteroit encore quelque bénéfice. L'arrangement que M. le marquis de Marigny me fesoit espérer n'a pas paru ; de sorte que je suis en avance de mes honoraires pour deux mille écus depuis les neuf mille énoncés ci-devant. Ne seroit-il pas juste, Monseigneur, que je me fasse payer de cette dernière somme par le banquier? Pour n'être plus dans l'embarras et l'impossibilité où je me trouve, je seray obligé de prendre dudit banquier la somme que je prenois ci-devant de deux mille écus par quartier, et que tous mes prédécesseurs ont pris. Bien entendu que je ne feray rien que de votre consentement2.
1. Jean- Jacques Huvé, né en 1742, obtint à son retour, en 1 77o, un viatique double. Il devint, sous la Révolution, maire de Versailles.
2. Natoire, qui avait déjà fait les mêmes doléances à Marigny, les renouvela plusieurs fois encore à Terray et à son successeur. On a vu plus haul quelles furent les suites de sa réclamation,
10 L'ACADÉMIE Dï FRANCK A ROME.
21 septembre 1774.
Je viens d'apprendre par les nouvelles publiques que le Roy vous a nommé directeur et administrateur général de ses Bâtimens '. En qualité de la place que j'occupe dans cette Académie, voulez-vous bien, Monsieur, recevoir mes hommages et toute «retendue de mes sentiments? Si j'avois L'honneur d'être connu de vous, Mon-
1 . Un des premiers actes du comte d'Angiviller, à qui cette lettre est adressée, fut au contraire de chercher à Natoire un successeur, qui lui fut donné l'année suivante, après l'intérim d'Halle. Natoire continua, comme nous l'avons dit, de séjourner à Rome et ne survécut que deux ans. Sa sœur Jeanne, qui l'avait constamment aidé dans la gestion de sa charge, le précéda d'un an au tombeau. Par un premier testament, fait dès 1758, il l'avait instituée son héritière. Après l'avoir perdue, il établit l'ordre de sa succession par un nouvel acte, qui se retrouve parmi les papiers de l'Académie, et dont voici la substance :
« Ma sœur, nommée Jeanne, que j'avois déclarée héritière, étant décédée le 16 juillet 1776, par le présent acte, moy, Charles Natoire, ancien directeur de l'Académie de France à Rome, soussigné, j'entens et prétens annuller et révoquer le testament que j'ay consigné, le 16 janvier 1758, au sr Palmiery, notaire à Rome.
» Après avoir recommandé mon ame à Dieu et laissé à mon héritier le soin de faire prier Dieu pour moy et distribuer des aumônes à ce sujet suivant sa dévotion, je dispose de tous mes biens, meubles et effets de la manière qui suit :
» 1° Je constitue héritier de foui ce que je possède mon
sieur, ainsi que je le suis de M. le marquis de Marigny, je pourrois me flatter de vos bontés : peut-être que l'avenir me procurera cet avantage. Dans cette espérance, etc.
frère l'abbé, nommé Jean, prêtre, pour en jouir sa vie durant sans aucun trouble et empêchement de qui que ce soit.
» 2° Après la mort de mon susdit frère, tous les biens laissés par luy passeront en faveur de mes trois sœurs, nommées Marie, Magdelaine et Elisabeth; et en cas de mort d'une d'entre elles, ou de deux, la dernière soit héritière ; et après, mes trois frères, savoir Louis, Florent et Charles.
» 3° Si par hazard mes sœurs venoient à décéder avant mon frère l'abbé, que les biens soient partagés entre frères, ensuitte aux plus proches.
» C'est là ma dernière volonté, annullant et révoquant tout acte passé cy devant.
» A Rome, ce deux septembre 1776.
» Signé : Natoire. »
Louis Natoire. qui poursuivit les intérêts de la succession, habitait Paris; Florent demeurait à Salon, les autres frères et sœurs à Arles.