‹ L'Académie de France à RomeChapitre 112 sur 119 · Auguste Fortin, sculpteur, arrivé en · texte numérisé non relu

Auguste Fortin, sculpteur, arrivé en

338 l'académie de frange a rome.

craignant que la chose ne tournât pas à son avantage, il a pris le parti d'y travailler et de se plier à vos ordres.

24 octobre 1785.

Si depuis quelque tems, Monsieur le comte, je ne vous ay pas fait part aussi souvent que vous le désirez de ce que font les pensionnaires, et surtout le s1' Drouais 4, c'est que, ce jeune homme étant dans les mêmes principes que son maître, il se cache à tout le monde et ne fait voir ses ouvrages que lorsqu'ils sont entièrement terminés... J'ai donc pris le parti d'attendre qu'il me vienne prier de voir ce qu'il a fait; car enfin, que puis-je dire à un homme que son maître et ses adjacents flattent au point de le comparer à Raphaël, ou au moins à Poussin et Le Sueur? J'avoue que ce jeune artiste a beaucoup de talent ; mais il ressemble plus à son maître qu'à tous les grands noms que je viens de nommer. Quand il me fit voir son académie peinte, qu'on m'avait élevée jusqu'aux nues, je pris la liberté de luy dire que ses contours étoient un peu secs, et en général que sa manière étoit peinée, que l'on s'apercevoit qu'il avoit été très longtems à faire cette figure, et qu'il falloit du moins s'étudier à cacher la peine lorsque l'on n'étoit pas né facile ; ce que

1. Germain Drouais, peintre, élève de David, arrivé le 7 octobre 1784, avec une réputation déjà établie par son tableau de Jésus-Christ et la Chananéenne.

j'ai pourtant accompagné de compliments et d'encouragements.

Le s1 Gauffier ', de qui on a peu parlé, est après terminer un tableau dont l'ébauche m'a paru très bien. Ce jeune homme a de grandes dispositions, quoique son académie soit inférieure à celle du sr Drouais.

9 novembre 1785.

M. Hue, peintre de païsage, est arrivé le 5 de ce mois, ainsi que M. le baron d'Ànthon. M. Hue étant de l'Académie - et un des plus habiles de son genre, zélé à l'excès pour acquérir encore davantage, m'ayant demandé en grâce si je ne ne pourrois pas luy donner quelque coin pour s'y loger, attendu qu'il désiroit extrêmement ne pas manquer l'Académie... ; considérant d'ailleurs qu'un habile homme, père de sept enfans, qui les quitte et sacrifie, pour ainsi dire, une partie de sa fortune pour venir étudier à Rome, méritoit à plus d'un titre que l'on s'intéressât au sacrifice qu'il faisoit, je luy ai donné une petitte chambre et une partie de mon atelier, en attendant que je sache si vous voulez, Monsieur le comte, luy

1. Louis Gauffier, peintre, élève de Taraval, né en 1761, mort en 1801. Entré à l'Académie le 2o novembre 1784, il demeura à Rome et s'y maria, en mars 1790, avec une jeune fille de bonne maison, qui s'occupait de peinture.

2. Jean-François Hue avait été admis à l'Académie de peinture en qualité d*agréé, en 1781.

donner un logement vacant qui a été occupé par plusieurs externes.

Monsieur l'abbé de Bourbon arrive demain, accompagné de M. Ménageot. M. le cardinal de Bernis ayant offert par écrit à M. l'abbé de Bourbon un logement dans son palais pour luy et deux personnes de sa suite, ce qu'il a accepté, M. Ménageot logera aussi chez Son Éminence. Je ne laisserai pas néanmoins de luy faire offre de mes services pour l'accompagner.

11 janvier 1786.

Je vous suis sensiblement obligé, et du tableau que vous avez eu la bonté de me donner à faire pour le Roy, et de la franchise avec laquelle vous me parlez du dernier. Je me tiendrai en garde contre le noir, défaut que l'on contracte ordinairement à Rome, par la vue des tableaux anciens, qui ne le sont pas peu..! J'ai donc déjà commencé le mien, dont voici le sujet, et qui caractérise un exemple bien marqué de la fidélité d'un sujet à son Roy :

Alexandre, après avoir vaincu plusieurs fois Darius, vain de ses succès, exigeant que tous fléchissent devant luy, outré de ce que Bétis, satrape de la ville de Gaza, dont il avait eu quelque peine à faire le siège, outré donc de ce que le général ne paroissoit pas devant luy en fléchissant le genouil et de ce qu'il ne répondoit rien à ses menaces : « Je vaincrai ce silence obstiné, dit-il, et, si je n'en puis tirer autre chose, j'en tirerai du moins des.

gémissements. » Enfin, sa colère se tournant en rage, il lui fit percer les talons, commanda qu'on rattachât à un char. Ce satrape, sans s'émouvoir, présente ses pieds aux bourreaux, et. regardant fièrement Alexandre, brave sa colère et souffre ce tourment plutôt que de proférer la moindre parole de soumission devant Vennemy de son Roy.

Ce sujet, Monsieur le comte, prête d'autant plus à L'expression que j'y introduis sa famille, la mère de ce capitaine, tenant d'une main sa fille évanouie, en criant : Arrêtez, bourreaux! Des soldats repoussent la foule. De l'autre côté, Éphestion et plusieurs autres guerriers, à l'entrée de la tente, condamnent en silence l'action barbare d'Alexandre; car, quand le maître est en colère, les courtisans s'éloignent et ne disent mot. Il y aura dans ce sujet quatre ou cinq expressions différentes, qui se feront valoir réciproquement. Ce sujet vigoureux vous paraîtra peut-être étranger au genre auquel je me suis adonné jusqu'à présent; mais je sens qu'il réchauffera en moi la verve que les soixante ans dont je suis possesseur pourroient avoir refroidie.

1" février 1786.

Je vous avoue que j'ai oublié le devoir de l'homme du Roy en ne vous faisant point part du délit du sr Chardigny '. Celui de père a prévalu; il a des droits plus natu-

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