‹ L'Académie de France à RomeChapitre 113 sur 119 · I. Voici quel était ce délit. d"après une lettre du peintre · texte numérisé non relu

I. Voici quel était ce délit. d"après une lettre du peintre

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rels et au moins aussi sacrés, puisqu'il s'agissoit de l'honneur et du repos de toute ma famille.

Vous êtes obéi : j'ai notifié au sr Chardigny que, le Roy étant instruit de la malheureuse lettre qu'il avoit eu l'audace d'écrire à ma fille, vous m'ordonniez, Monsieur le comte, de sa part, de le renvoier, et que sous huitaine il ait à sortir de Rome, que je lui remettrois les cent écus de France pour s'en retourner, au cas qu'il se comportât avec réserve dans la juste punition de son manque de respect. Ce à quoi il a répondu qu'il comptoit éclaircir cette affaire-là à Paris. J'ignore ce qu'il entend dire par ces paroles. Dieu veuille que ce malheureux n'aille pas troubler le repos de mes vieux jours à mon arrivée à Paris { .

Pierre : « Le sr Chardigny parut s'attacher à une des filles de M. Lagrenée; et lorsque l'imprudence attachée à son âge eut fait connaître ses projets, les parents luy deffendirent toutes conversations particulières et toutes démarches empressées. Quelque tems écoulé, il écrivit à la jeune personne et luy conseilla de prendre les clefs pendant le sommeil de sa mère, de sortir, de le venir joindre à un lieu indiqué et de partir avec luy. La demoiselle, qui a reçu Y ancienne éducation, remit la lettre à sa mère. Alors le père chassa et deffendit son appartement au jeune homme, ainsi que tout salut ou réunion hors de l'Académie. » (18 janvier 1786.) L'affaire fit du bruit et parvint aux oreilles du roi, qui ordonna le renvoi immédiat de l'élève et le fit remplacer par le peintre Desmarais.

1. Le comte d'Angiviller fit à Lagrenée cette réponse, dont les dernières lignes caractérisent la situation de l'Académie : « Je vois que, d'après ce que vous a dit le sr Chardigny, vous craigniez quelque réclamation du genre de celle du sr Mou-

3 mai 1786.

J'ai l'honneur de vous remercier d'avoir bien voulu accorder 5 baïoques de plus par jour pour la nourriture de chaque pensionnaire, vu le prix des denrées, qui ont extrêmement renchéri depuis douze ans. Je donnerai donc dorénavant 35 baïoques par jour au cuisinier pour chaque pensionnaire.

J'ai demandé à M. Drouais de votre part de faire une copie du portrait de Mademoiselle Chingy, qui est au palais Colonne. Il se charge avec grand plaisir de la faire ; il vous demande seulement du tems, car il est actuellement tout rempli d'un grand tableau qu'il est en train de faire pour l'exposition de la Saint-Louis de cette année, à Rome, et l'envoyer à Paris au mois d'octobre prochain. J'ai vu l'ébauche de ce tableau, qui promet de venir très bien. Il représente Marius qui dit au soldat gaulois : Oses-tu bien tuer Marins ? Mais qui que ce soit ne l'a vu : il m'a même prié de garder le secret sur cet ouvrage. Je luy ay tenu parole, excepté pour vous, Montera contre M. Natoire. Mais vous devez être tranquille : ce renvoi est mon ouvrage, après avoir pris l'ordre du Roy. Le délit est constant, d'après la lettre qui vous a été remise; ainsi, il a d'autant moins lieu à réclamation ou procès contre vous, que la pension de Rome n'est pas même un droit, que c'est une pure grâce du Roy, et que, sur des mécontentemens beaucoup moins graves, je puis rappeler un pensionnaire de l'Académie. »

sieur le comte, pour qui je ne dois pas avoir de secret; mais, immédiatement ce tableau fait, il ira au palais Colonne faire de son mieux la copie que vous désirez.

11 octobre 1786.

Le prince Colonne étant à une de ses terres, j'ai écrit au secrétaire de ses commandements sur la proposition de vous procurer l'original de la célèbre Cenci. Il est venu, une heure après, me dire qu'il n'y avait personne d'assez osé pour lui faire pareille proposition, qu'il me prioit même de ne luy en point parler, que ce seroit luy rappeler une chose qui luy feroit de la peine ; car, m'at-il dit sous le secret, le tableau n'existe plus...

Je viens de voir une ébauche avancée du sr Gauffier : c'est un sujet de trois figures représentant Jacob et les filles de Laban, pour le président Bernard. Je ne conçois pas comment on peut faire un tableau aussi bien (car c'est absolument comme un Le Sueur pour la composition, le drapé et les grâces naïves), et en même tems faire une académie aussi médiocre que celle qu'il a faitte cette année.

4 juillet 1787.

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m' écrire en datte du do juin, par laquelle vous m'aprenez que M. Ménageot va venir me remplacer vers la fin

de septembre. Je me tiendrai prêt pour ce tems, et aussitôt que mon successeur sera arrivé et que je l'aurai mis au fait, je partirai pour me rendre à Paris le plus tôt possible. J'ai même tout écrit ce qui concerne la gestion de la place, pour bien des petits détails susceptibles d'être oubliés lorsqu'on les dit simplement de bouche.

J'ose vous demander, Monsieur le comte, tant pour moi que pour mon épouse, le même traitement que vous avez fait à mon prédécesseur, réversible sur sa femme ; car je vous avouerai que, pour tous les détails et le contentieux de l'Académie, c'a été ma femme sur qui tout a roulé, et je n'ai été que le copiste des comptes. Enfin, nous nous sommes réunis pour prendre les intérêts de l'Académie avec une honnête économie1.

1. Lagrenée obtint, comme Vien, un logement à Paris et une pension de 2,000 livres, mais sans la réversibilité, qui n'avait pas été accordée non plus, quoiqu'il en dise, à son prédécesseur.

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