Peintre, pensionnaire depuis le 7 septembre
3. François-Xavier Fabre, peintre, entré à l'Académie le 31 août 1 787, connu par ses relations avec Alfieri et la comtesse d'Albany.
4. Élienne-Barthélemi Garnier, peintre, arrivé le 22 novembre 1788. Né en 1759, il vécut jusqu'en 1849.
beaucoup et qui me fait grand plaisir. Il avoit fait un petit tableau pour son étude: le sujet est Jacob qui ramène Lia à Laban et lui demande Rachel. M. le cardinal de Bernis, à qui le s1' Fabre a été recommandé, m'a témoigné le désir de voir ce tableau, et il en a été si content qu'il a voulu l'avoir. Cela a fait grand plaisir au s1' Fabre, d'autant plus que M. le cardinal ne fait point un cabinet et qu'il n'est point sur le pied d'acheter des tableaux. C'est véritablement un charmant tableau, d'un très bon stile. bien étudié, et de l'exécution la plus rendue.
lo avril 1789.
J'ai compté hier au s1 Gauflier l'argent que le Roy accorde en gratification pour le retour en France. Il compte partir le 25 du présent mois pour se rendre à Paris. Il m'a fait voir dernièrement l'ébauche d'un grand tableau qu'il emporte avec lui, dont j'ai été fort content : c'est Alexandre surpris par Éphestion, au moment où il lui met son anneau sur la bouche. S'il finit ce tableau en proportion de l'ébauche, je suis persuadé qu'il lui fera beaucoup d'honneur; il est composé sagement et d'un fort bon stile.
24 juin 1789.
.le viens de terminer l'arrangement des bas-reliefs de la colonne Trajane. que j'avais eu l'honneur de vous
proposer l'hiver dernier et auquel vous avez bien voulu m'autoriser. J'avois diftëré jusqu'à présent à cause de l'humidité dont ces plâtres étaient pénétrés, et qui auroit pu les endommager encore davantage dans le transport. Ils sont distribués dans la première antichambre • de l'apartement du Roy, sur une des faces de l'Académie d'hiver et tout autour de la salle de Marc-Aurèle, où ils étoient cy devant à terre les uns sur les autres, en sorte qu'on ne jouissoit ny des bas-reliefs ni de la salle... Il auroit été à souhaiter que M. Natoire eût pensé à cela dans les premières années de son directorat : nous aurions ces bas-reliefs dans toute leur beauté, et il y en auroit un bien plus grand nombre.
8 juillet 1789.
Le sr Fontaine, architecte, qui est à la fin de sa dernière année1, m'a demandé la permission, d'aller à \aples, ce que j'ai cru pouvoir lui accorder. Ce pensionnaire m'a fait voir dernièrement une suite d'études qui m'ont fait beaucoup de plaisir : ce sont les arcs de triomphe et les principaux temples de l'ancienne Rome, qu'il a restaurés avec beaucoup d'étude et de soin. Il y a entre autres deux vues du Campo Yaccino, l'une tel qu'on le voit actuellement, rempli de ruines et de monu-
1. Pierre-François Fontaine, artiste célèbre, né en 1762, mort en 1853, était à l'Académie depuis le 31 octobre 178G, contrairement aux renseignements donnés par M. Jal (p. 586).
ments modernes, l'autre, sur la même échelle et prise du même point, restauré tel qu'il pouvait être au plus beau tems de Rome, en suivant exactement le plan de tout ce qui reste. Cet ouvrage l'a obligé à de très grandes recherches sur les différentes époques de ces monuments. Ces deux desseins sont extrêmement intéressants et rendus avec beaucoup de finesse.
19 août 1789.
Le s1' Belle l, qui a fini dernièrement un petit tableau, dont on a été content et qui lui a fait honneur icy. m'a demandé la permission de l'exposer avec les ouvrages des pensionnaires : j'ai cru pouvoir lui accorder cette permission. Le sr Belle, externe, mais fils d'un académicien, se trouve ici dans un cas particulier. Ce jeune artiste est tout à .fait intéressant par son amour pour l'étude, son honnêteté et son attachement pour ses amis les pensionnaires, avec lesquels il a toujours vécu dans la meilleure intelligence.
1. Cet artiste, fils du peintre d'histoire Marie-Anne Belle. inspecteur des Gobelins. était venu étudier à Rome, aux frais de son père, en 1784. Ne pouvant entrer à l'Académie comme pensionnaire, faute de place, il y fut nourri et logé du 1 1 mai 1785 au 26 janvier 1790; mais la gratuité de cette faveur, qu'il dut à l'influence du graveur Cochin, son parent, fut tenue secrète. (Corresp. g en. des Bâtiments, aux Arch. nat., 18 oct. 1784. 11 mai et 3 juillet 178o, 3 fév. 1790.)
10 mars 1790.
M. Coutture, architecte l, part demain pour retourner en France. Il a rassemblé icy tout ce qui peut concourir à la perfection de son beau monument de la Madeleine. Je le vois partir avec peine; car c'est un de ces hommes qui font l'honneur de leur art et de leur patrie, en réunissant au talent les qualités du cœur et les principes les plus estimables.
21 avril 1790.
D'après ce que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire il y a deux ans sur la demande du s1 Le ïhiers, qui désiroit s'occuper, à la fin de son tems, d'un grand tableau où il pût mettre en pratique les études partielles qu'il a fait icy, j'ai cru pouvoir l'autoriser à s'occuper de cet ouvrage. Il travaille présentement à ce tableau, où il y a beaucoup de nud et de parties intéressantes pour l'étude. Le sujet est Sainte Hélène reconnaissant la vraie croix aux miracles qu'elle opère.
En considérant la difficulté de trouver encore icy des tableaux à faire copier pour le Roy par les pensionnaires, la plupart étant gâtés ou placés de manière qu'on
1. Continuateur des travaux de la Madeleine de Paris, commencés par Contant d'Ivry, et auteur de la colonnade de ce monument, pour lequel il avait été faire des études à Rome.
ne peut pas en jouir, j'ai cru pouvoir vous proposer de faire copier par le sr Le Thiers, pendant le séjour qu'il fera à Naples, le superbe tableau de l'Espagnolette représentant la Descente de croix, qui est dans la sacristie des Chartreux. C'est un des plus beaux tableaux de l'Italie, pur et conservé de manière que cette étude seroit très profitable à l'artiste qui en seroit chargé.
21 juillet 1790.
Vous m'autorisez de permettre au s1" Girodet ■ de prendre un atelier hors l'Académie jusqu'à ce qu'il y en ait un de vacant dans le palais, ce qui doit avoir lieu le 7 septembre, par le départ du s" Desmarais. J'ai fait parler de votre lettre à ce pensionnaire, qui me charge. Monsieur le comte, de vous présenter ses respectueux remerciements.
Il est douteux que je puisse obtenir un passe-port pour Naples pour le sr Le Thiers, et je crains que cela ne le mette dans l'impossibilité de faire pour le Roy la copie du beau tableau de l'Espagnolette. Depuis quelque tems, on les refuse à tout le monde sans distinction. Nous sommes observés icy plus que jamais. Malheureusement il y a beaucoup d'imprudens, pour ne pas dire
1. Ce peintre célèbre était arrivé le 1er novembre précédent, et fut un de ceux qui restèrent jusqu'à la dispersion de l'Académie en 1792.
plus, qui parlent et se conduisent avec bien peu de mesure ; cela donne une impression généralement défavorable, dont les gens raisonnables et tranquilles souffrent beaucoup. Que je félicite mes prédécesseurs d'avoir vécu icy dans d'autres tems !
Le sr Desmarais m'a fait voir un tableau de chevalet qu'il vient de finir, représentant la Mort de Lucrèce, dont j'ai été fort content. Il y a de l'expression ; il est même bien raisonné, d'un bon style et assez harmonieux. Ce pensionnaire a fait des progrès d'autant plus sensibles, qu'il était peu avancé lorsqu'il est venu icy...
Je suis toujours dans l'impossibilité dépeindre, à cause la faiblesse de ma vue; ce qui arrête les études de mon tableau de Coriolan et me fait beaucoup de peine.
25 août 1790.
L'esprit de liberté et d'égalité qui s'étend partout rend cette place ici bien différente de ce qu'elle étoit autrefois, dans le tems où les jeunes gens ne se croyoient pas l'égal de leur directeur, et que l'on avoit égard aux différences d'âges, de places, etc. J'ai été pensionnaire, et je n'ai jamais hésité sur les devoirs et la déférence envers mes supérieurs. Me voyant d'un moment à l'autre dans le cas de vous supplier, Monsieur, d'agréer ma démission, j'ai cru devoir vous ouvrir mon cœur sur ma situation icy, afin que vous ayez le tems de porter vos
vues sur la personne que vous choisirez pour me remplacer, ne vous en étant peut-être pas occupé jusqu'à présent, comptant sur les trois années qui me restoient encore.
Jusqu'icy j'ai l'ait tout ce qui m'a été possible pour répondre de mon mieux à la confiance que vous m'avez témoignée, en me vouant atout ce qui pouvoit concourir au bonheur des pensionnaires du Roy, tant pour ce qui regarde les facilités de leurs études que pour ce qui pouvoit leur donner de l'estime et de la considération dans Rome. Enfin j'ai tâché, en faisant tout ce que j'aurois voulu qu'on eût fait pour moi en pareil cas, d'être autant leur directeur que leur ami, et je n'ai sur cela aucun reproche à me faire. Mais lorsque je ne pourrai plus y être honorablement et que je ne serai que comme le commis de douze jeunes gens, rien dans le monde ne m'y fera rester; et je ne puis vous dissimuler, Monsieur, que j'ai bien des raisons de le craindre. Je serai éternellement reconnoissant du choix que vous avez daigné faire de moi pour cette place, et je la quitterai avec le regret de n'avoir pu répondre à vos vues en y faisant tout le bien que je désirois.
30 mars 1791.
Je vois avec grand plaisir que l'on a été plus content de l'envoi de cette année que du précédent, et particulièrement que le sentiment général ait justifié ce que
360 l'académie de frange a rome.
j'avois eu l'honneur de vous mander au sujet du sr Fabre. Je suis fâché que l'Académie ne puisse pas voir la figure du Milon qu'il vient de finir, et que je crois bien supérieure à son Abel. La lettre de M. Robert qui étoit jointe à votre paquet, étant postérieure à celle où vous me chargez de proposer au sr Fabre l'acquisition de sa figure à'Abel, me dispense de répondre à cet article, puisqu'elle m'apprend que vous renoncez à vos dispositions sur cela en faveur du procédé généreux de M. de La Borde, qui offre mille écus de cette figure. Une autre lettre de M. Robert à M. Fabre lui explique vos intentions relativement au tableau dont vous me parlez : le sujet indiqué de Vénus et Adonis mourant lui fait grand plaisir, et il se fait un bonheur d'exécuter ce tableau aussitôt qu'il aura terminé celui de la Prédication de saint Jean, dont il est occupé présentement.
J'ai reçu la copie d'après l'Espagnolette, par le sr Le Thier : elle justifie plainement l'idée que l'on m'en avoit donnée et le succès général qu'elle a eu à Naples. Le corps du Christ surtout, qui est la plus belle partie de l'original, est véritablement une chose superbe... C'est une des belles copies qui auront été faites par les pensionnaires. Le sr Le Thier est sur le point de retourner en France et compte partir sous un mois * .
1. Cet artiste obtint la double gratification pour son retour.
7 septembre 1791.
L'exposition des ouvrages des pensionnaires, qui a lieu à la Saint-Louis, s'est faite comme de coutume; mais il n'y avoit et il n'y a encore que les ouvrages de cinq pensionnaires. Tous les autres se sont trouvés en retard, malgré tout ce que j'ai pu dire et faire : mais les exhortations et les prières font peu [dans un temps] où l'on croit que la subordination la plus douce est une entrave à l'usage de la liberté. Je ne puis vous parler, Monsieur, que de ce qu'il y a jusqu'à présent à cette exposition. Le sr Fabre y paroît avec honneur par sa figure représentant Milon de. Crotone... Le s1' Garnier a fait une bonne copie de la belle Descente de croix d'Annibal Carrache. Le sr Le Thier, ancien pensionnaire, s'y distingue par sa belle copie du tableau de l'Espagnolette... Le sr Meinier { a fait une académie représentant Daniel dans la fosse aux lions. Le s1' Lefaivre, architecte 2, a exposé quelques détails dessinés des études du Panthéon, dont il est chargé de faire la restauration.
20 septembre 1791.
L'exposition s'est complétée successivement. Le sr Gar-
1. Claude Meynier, peintre, né en 1759, mort en 1832; pensionnaire depuis le 16 janvier 1790.