‹ L'Académie de France à RomeChapitre 20 sur 119 · Lettre du 28 septembre · texte numérisé non relu

Lettre du 28 septembre

Bâtiments du roi, avec la qualité de directeur général, un administrateur courtisan, mais en même temps amateur zélé, le duc d'Antin (1708). Celuici répondit immédiatement à la proposition de Poerson en lui déclarant qu'il entendait maintenir envers et contre tous, et même remettre dans sa splendeur première, une institution aussi utile: il lui ordonnait, en conséquence, de redoubler d'activité. Stimulé par ce coup d'éperon, Poerson obéit, et le duc s'efforça de tenir parole; car jusqu'au rétablissement cle la paix, bien que le manque de fonds mit de plus en plus en souffrance toutes les branches de son administration, il ne voulut opérer sur le budget de Rome, déjà trop réduit, aucun nouveau retranchement. Il arrêta un règlement conforme à celui de 1G7G, et envoya de Paris des étudiants capables, choisis, selon la règle souvent oubliée, parmi les lauréats de l'Académie de peinture. Aidé par l'abbé de Polignac, plus tard cardinal, et qui jouissait déjà d'une grande influence, Poerson entra en relation avec la noblesse romaine, parvint à se faire voir d'un œil plus favorable, et sa position, ainsi que celle des artistes placés sous sa conduite, devint sensiblement meilleure. Gréé chevalier de Saint-La-

zare l, choisi pour vice-prince et ensuite pour prince par l'Académie de Saint-Luc, ce qui lui valut les bonnes grâce du pape et de son entourage, il en profita pour procurer aux pensionnaires du roi tous les avantages et toutes les facilités possibles. Les difficultés que la Cour de Rome eut avec le gouvernement du régent et les désastres financiers de la France n'assombrirent que passagèrement cette situation relativement prospère. Il faut reconnaître, néanmoins, que le désordre apporté dans l'Académie par toute une série de contretemps ou de fautes exerça sur les progrès de l'art une influence fâcheuse, et peut-être doit-on voir là une des causes qui ont déterminé l'infériorité de notre école du xvme siècle sur celle de l'âge précédent. Plus de suite clans la direction des jeunes artistes, plus de génie chez leur guide et leur initiateur eût sans doute prévenu la déviation de leur talent. Mais une raison plus haute plane au-dessus de toutes ces considérations : les mœurs s'altéraient, le goût s'efféminait; le pinceau et le burin

1. Cette dignité lui fut conférée en 1711. après de longues instances. Ce n'est donc pas à elle, comme on Va supposé [Arch. de l'art français, II, 150), qu'il dut sa nomination de directeur de l'Académie de Rome.

ne pouvaient que refléter la tendance générale. C'était toujours aux mêmes chefs-d'œuvre que les peintres, que les sculpteurs allaient demander leurs inspirations; et néanmoins cette étude produisait chez eux des résultats tout différents. Pourquoi donc, sinon parce que leur disposition d'esprit n'était plus celle de leurs devanciers ?

Poerson avait atteint l'âge de soixante-et-onze ans, lorsque le duc d'Anlin, ayant égard à ses longs services, mais trouvant qu'il ne faisait plus que radoter (c'est son expression), voulut lui donner un auxiliaire, tout en lui laissant les honneurs et les prérogatives de sa charge, auxquels il tenait beaucoup. Il lui demanda de désigner luimême la personne qui lui serait agréable. Poerson proposa de Lestache, sculpteur français établi à Rome: d'Antin choisit le peintre Bertin, et ce fut Nicolas Vleu ghels qui fut nommé l. Cet artiste, fils d'un peintre d'Anvers fixé à Paris, avait déjà visité Rome; il y arriva en qualité de directeur adjoint, avec survivance, le 2 mai 1724. Il a fait un récit curieux de sa première entrevue avec Poerson". Du reste, il se conduisit envers lui. dans

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