‹ L'Académie de France à RomeChapitre 24 sur 119 · Lettre du 30 déc · texte numérisé non relu

Lettre du 30 déc

bonne intelligence et l'estime que les pensionnaires doivent avoir entre eux, il attendait que Ton fut rassemblé clans son cabinet, et disait : « Messieurs, avez- vous vu le tableau ou le morceau de M. un tel? C'est une très-bonne chose. » Ensuite de quoi il en faisait une petite analyse, et renvoyait son auteur content1. »

Des malheurs domestiques empoisonnèrent le temps de son clirectorat : sa femme et ses trois fils lui furent enlevés dans l'espace de deux ans; il ne lui resta plus qu'une fille. Ces coups redoublés affaiblirent son génie. Mais le cœur, chez lui, demeura toujours jeune, trop jeune même, car il ne sut résistera la violente passion que lui inspira, quelques années après, une jeune et belle romaine; folie de sexagénaire, qui semble avoir été véritablement contagieuse clans la place qu'il occupait. Sa liaison fut sans cloute une des causes qui déterminèrent son rappel : mais il ne devait pas revoir la France. La perspective d'un prochain départ l'affecta vivement; il essaya de traîner en longueur, demanda des sursis, et finalement, pris d'un mal subit en sortant du théâtre.

J. Me m. in éd.. etc.. IL 283.

il expira, le 24 janvier 1752. à l'âge de soixantedouze ans '.

Charles Natoire, envoyé pour le remplacer, était déjà depuis trois mois à Rome: il avait pris la direction de l'Académie depuis le 1er janvier. Il apportait à son tour de nouvelles instructions, que lui avait remises de Vandières, et qui l'obligeaient à envoyer, tous les trois mois au moins, un état détaillé de la situation de l'Académie; à prendre ses repas avec les pensionnaires, comme l'avaient fait quelques-uns de ses prédécesseurs, enfin, à leur désigner le sujet de leurs études2. Malheureusement, Natoire, artiste distingué, était un fort mauvais administrateur, complètement insuffisant à une époque difficile, où la jeunesse française commençait à méconnaître toute espèce de frein et prenait la subordination pour la servilité. Tandis qu'il se laissait absorber par ses tableaux de Marc-Antoine ou par les fresques de Saint-Loti i>des-Francais, l'indiscipline, l'irréligion, et cette espèce de vagabondage d'esprit, si funeste aux artistes, se glissaient dans les ateliers de l'École.

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