Lettres des 28 juillet 17.% et 20 septembre
pour cette mission, qu'il remplit pendant huit mois, une indemnité de 1^000 livres1. Jean-François de Troy, successeur de Vleughels, ne put être à Rome que le 3 août 1738. C'était un peintre plus habile que les derniers directeurs, mais dont le pinceau, comme les mœurs, péchait peut-être par trop de facilité. En arrivant, il eut à mettre en vigueur un règlement fait Tannée précédente par le nouveau directeur général, Orry, et dicté surtout par une pensée de réaction contre la dernière administration. En voici les articles essentiels :
Le séjour de quatre années pouvant n'estre pas suffisant pour certains sujets qui donnent des espérances de devenir peintres ou sculpteurs du premier ordre, il sera quelquefois fort bon d'en prolonger le terme, comme de le retrancher à d'autres, dont les progrès sont visiblement limittez par foiblesse de génie ou par nonchalance et deffaut d'application; ces derniers occupent des places privativement à d'autres de grande espérance formez dans l'Académie de Paris. Pour estre instruit du progrès des pensionnaires, le directeur nous enverra tous les six
1 . Lettre du 13 février 1739 : Comptes des Bâtiments, années 1737 et 1738.
NOTICE historique:. 35
mois de chaque année un état exact et bien circonstancié de ce que chacun desdits pensionnaires aura t'ait, avec son jugement sur la qualité et progrès du travail, comme sur le deffaut de progrès dans l'art auquel il est destiné ; il accompagnera même ces états de desseins de composition de génie, que ceux qui paroissent le plus avancez auront fait. . .
Un des premiers objets de l'étude des pensionnaires du Roy est de copier les tableaux des grands maîtres, particulièrement de Raphaël : le directeur aura soin de les y occuper en deux différentes manières, suivant la portée de leurs talens, les uns par parcelles, afin de les former insensiblement, comme une tête, une figure, un groupe, les autres à des tableaux entiers. Les fragments d'étude des premiers doivent leur rester ; à l'égard des copies de tableaux entiers, elles appartiennent au Roy et doivent rester à Sa Majesté. Le directeur n'en disposera d'aucuns sans un ordre exprès de nous et par écrit. Il pourra cependant, après nous en avoir donné avis, permettre aux pensionnaires de s'occuper quelquefois à des ouvrages demandés par l'ambassadeur du Roy ou par des prélats de la nation résidens à Rome, pourveu que ces occupations ne les détournent pas des études utiles ; cette sorte de travail donne naturellement de l'émulation.
Le directeur n'employera aucune dépense à des représentations publiques, soit dans les temps du carnaval
ou autres fêtes qui surviennent à Rome ; le palais de l'Académie est une maison d'étude. Nous nous réservons, dans des cas où il seroit convenable de représenter, d'en donner nos ordres. Les étrangers que la curiosité attire à l'Académie s'y peuvent recevoir avec toute la décence que leur dignité exige.
Le directeur procurera par son crédit et ses connoissances aux pensionnaires la permission de copier de bons tableaux des grands maîtres dans les églises et palais où il y en a ; et s'il est nécessaire de lettres de nous pour obtenir ces permissions, il nous les demandera. Lorsque les pensionnaires travaillent à ces copies, il doit les y aller voir travailler, les instruire par conseils et corriger leurs deffauts essentiels. Cette même application doit estre à leurs études d'après l'antique, qui se font d'après les belles statues et sur le model que l'on expose publiquement.
Le directeur détachera de l'appartement haut du palais de l'Académie les deux pièces que nous avons marqué sur le plan qui lui a été envoyé, pour servir de salles communes à l'étude et travail de composition des pensionnaires qui n'ont pas les commoditez convenantes dans leurs chambres particulières, dont le jour est trop bas...
Notre intention estant que tout l'argent que le Roy donne pour la subsistance des pensionnaires soit employé, le directeur veillera à ce que ceux qu'il en chargera
ne lésinent pas sur ce qu'ils doivent fournir par un trop grand désir de gain, et aura soin que ce qu'on leur donne soit toujours bon '.
Le séjour de Rome eut une hilluence favorable sur le talent de François cle Troy. C'est là qu'il conçut et exécuta ses plus beaux tableaux, notamment la Suite de l'histoire d'Fsther et X Histoire de Jason, sur lesquels on trouvera des détails dans sa correspondance. Il fut accusé de ne pas corriger avec assez de soin les études des élèves; il se défendit en disant qu'il était inutile d'employer le pinceau pour le faire2. Mais un mémoire lu à l'Académie de peinture par Caffieri le justifie d'une manière plus complète, et montre qu'il apportait, au contraire^ dans cette partie de ses fonctions, un tact particulier : « Lorsque des pensionnaires le priaient de venir voir quelque chose qu'ils avaient fait, il s'y prêtait très-obligeamment et leur disait son sentiment avec droiture. Si quelquefois il avait beaucoup à reprendre, la chose ne se passait que tète à tète ; mais pour conserver la