Lettre du 28 juillet
imaginaires, et que son erreur (car on ne douta pas un instant de sa bonne foi) provenait d'un faux calcul prolongé du rapport des monnaies françaises avec les monnaies romaines. Cette découverte engendra mille difficultés. En attendant qu'elles fussent vidées, d'Angiviller s'empressa de faire des loisirs au vieil artiste. Pour ne pas le froisser, il lui donna une retraite égale à ses appointements (6,000 livres), avec un supplément de 1,200 livres pour le loyer d'un appartement dans la ville de Rome, s'il voulait y rester. Natoire prit assez bien la chose, qui lui fut annoncée avec ménagements par le cardinal de Bernis, et mourut deux ans plus tard à Gastel-Gandolfo, le 29 août 1777. Un de ses frères ayant poursuivi la réclamation de ses prétendues avances, on finit par accorder à chacun des six représentants de sa succession, en considération de sa loyauté et de ses longs services, une fente viagère de 1,000 livres '.
1 . Lettres des 23 février 1774, 21 juin et 30 octobre 1775; mémoire du 21 mars 1780. On voit que la démission donnée par Natoire, suivant M. Jal, est un euphémisme. En outre, ce ne fut pas en 1774, mais seulement au mois de juillet 1775, quil quitta la direction de l'Académie.
L'Académie de France avait besoin d'une nouvelle réforme. Le comte d'Angiviller y envoya provisoirement le peintre Noël Halle, avec le titre de commissaire du roi, pour rétablir l'ordre et révi-
viser les statuts. Ce délégué fut bien reçu des élèves, améliora leur condition matérielle, et fit reporter au chiffre de 300 livres la subvention annuelle qui leur était allouée pour leur entretien, somme encore bien modeste^ mais supérieure à celle qui leur était payée depuis longtemps*. Ayant rempli sa mission à la satisfaction générale, il revint a Paris an bout de quatre mois, et recul en récompense le cordon de Saint-Michel, avec une gratification de 6,000 livres. Il avait remis la direction à un homme dont le génie devait exercer la pins heureuse influence sur l'Académie et sur l'art français en général2 : Joseph-Marie Vien. devenu libre par la suppression de l'École des Élèves protégés, ne fut nommé que pour six ans: c'étail une innovation dont plus d'une expérience avait fait reconnaître la nécessité; aussi fut-elle adoptée désormais comme une règle. Dès son arrivée, au