Ibid.. 4 mars, 29 avril 1776: 0 février. 7 juillet
annuelle de leurs travaux, qui excita plus d'une fois l'admiration des Romains. Toutes ces occupations ne l'empêchaient pas de travailler aux grandes toiles qui ont fait en partie sa renommée, entre autres à celles de Briséis et de Pria„i, ni de former (on verra en dépit de quelles difficultés), le talent naissant de David. Tant de services lui valurent à son retour une pension de 2,000 livres et un logement au Louvre.
La réorganisation accomplie par Vien fut consacrée par un règlement rédigé d'après ses avis, et remis à son successeur Louis Lagrenée, en 1782. Il est bon de faire connaître ces nouvelles obligations imposées aux pensionnaires du roi :
Premier article : Heures.
L'heure du lever sera à cinq heures du matin ; le modèle sera posé à six; on dessinera d'après jusqu'à huit pendant l'été, et l'hiver on le posera à l'entrée de la nuit... Les pensionnaires seront exacts à se rendre dans l'École à l'heure indiquée pour y dessiner et poser le modèle chacun leur semaine. Les étrangers à qui l'on permet de dessiner à l'Académie ne pourront entrer dans la salle que lorsque la figure sera posée et que les pensionnaires auront pris leurs places.
Au sortir de cette étude, les élèves pourront se livrer à celles qu'ils auront entreprises dans le palais de l'Académie ou dans les églises et les palais de la ville.
Le dîner sera à midi et demi, le souper à huit heures du soir.
Les élèves seront obligés d'être rentrés dans le palais au moins à dix heures du soir en hiver et à onze heures en été, le repos de la nuit étant nécessaire au travail du lendemain.
Second article : Travaux et études.
Parmi les études que doivent faire à Rome les élèves peintres et sculpteurs, on doit compter l'anatomie et la perspective. Le livre de perspective du P. Pozzo suffit : il y en aura toujours un exemplaire à l'Académie... On s'instruira de l'anatomie d'après l'écorché que M. Houdon a fait pour l'Académie.
Chaque pensionnaire sera obligé d'envoyer tous les ans un de ses ouvrages faits d'après le modèle ou les grands maîtres; ils joindront à ces études quelque composition...
Il sera ordonné aux peintres et aux sculpteurs, dans l'espace de quatre années de leur séjour à Rome, de faire pour le Roy une copie d'après quelques ouvrages des plus grands maîtres, pour être placée dans les maisons royales. Pour cela, on fournira aux peintres les
toiles et les couleurs, et aux sculpteurs le marbre et les outils nécessaires.
Troisième article.
L'on ne permet aux pensionnaires aucune magnificence dans les habits : on ne doit voir dans leurs vêtements que la propreté, la simplicité et le goût. La ratine et le drap pour l'hiver, le camelot ou ces étoffes italiennes qui jouent la soye pour l'été, c'est à quoi se réduiront leurs habillements; il ne leur sera pas permis de porter de galons.
On enjoint aux pensionnaires d'avoir la plus grande retenue dans les propos et les conversations qui se tiennent à table..., de se livrer très-modérément à la société, les visites trop fréquentes nuisant à l'étude et aux talens.
Quatrième article.
Chaque pensionnaire recevra en arrivant un lit, une table, quatre chaises, un fauteuil et tous les meubles ordinaires nécessaires à leur usage. Les peintres recevront une boëte à couleurs et deux palettes, les sculpteurs une selle et la terre nécessaire pour modeler.
Le Roy accorde aux uns et aux autres le prix que coûte un modèle pendant douze jours pour les exercer...
Cinquième article : Voyages.
ïl est accordé aux pensionnaires de faire le voiage de Naples pendant les quatre ans de leur séjour en Italie :
leur nourriture leur sera donnée à leur retour en argent, sur le pied de trente baioques par jour: mais cette rétribution ne leur sera accordée que pour un mois... La même chose ne sera pas accordée pour les autres séjours qu'il leur plairait de faire en d'autres endroits, comme Tivoli, Frascati, etc. *.
Lagrenée n'eut pas la même fermeté que son prédécesseur. 11 développa même, sur l'indépendance qu'il fallait laisser aux jeunes artistes, des théories qui déplurent vivement à Paris. On lui répondit que, si les entraves sont funestes au génie qui a déjà pris son essor, l'absence de direction ne l'est pas moins* à celui qui cherche sa voie. Lagrenée put s'apercevoir par lui-même de l'utilité de la discipline lorsqu'il vit sa fille en butte aux séductions d'un sculpteur libertin ; et mal lui en aurait pris si, comme l'écrit Pierre, « la demoiselle n'eût reçu V ancienne éducation. » Du reste, le passage de ce chef débonnaire ne fut pas sans profit pour l'Académie, qu'il enrichit d'une bibliothèque, ni pour le salon de Paris, auquel il envoya quelques bons tableaux. Il fut traité, en revenant en France, comme l'avait été Vien.