‹ L'Académie de France à RomeChapitre 33 sur 119 · I. LETTRES D'ERRARD ET DE COYPEL · texte numérisé non relu

I. LETTRES D'ERRARD ET DE COYPEL

Rome, 3 avril 1660.

M. Girardon, ayant l'honneur d'estre auprès de vous, informera Vostre Excellence de toutes les particularités de r Académie, tant de l'estude et conduite des pensionnaires du Roy que de tous les ouvrages que j'ay fait faire par vos ordres pour le service de Sa Majesté, le séjour de plus de deux mois qu'il a fait à l'Académie ' luy en ayant donné une parfaite connoissance. lequel temps il a employé aussy utilement à voir les belles choses et les habiles du pays, et principalement M. le cavalier Bernin. duquel il pourra dire à Vostre Excellence les sentimens. Je crois qu'il aura beaucoup profité en son voyage, ayant vu et examiné les belles choses avec étonnement; ces grands et magnifiques restes de lan-

1. Le célèbre sculpteur était à Rome depuis la fin de janvier.

tique Rome luy auront assurément inspiré de hautes pensées. Le voyant dans la passion, si Yostre Excellence luy commande de mettre la main à l'œuvre et s'efforcer d'en produire quelqu'une, je luy ay conseillé de remarquer dans ces fragmens antiques que le tout et les parties sont grandes et simples, et que ces beaux esprits ont fuy la confusion des choses petites et tristes, tant dans leurs ouvrages d'architecture que de sculpture: ce qui leur donne la grandeur, netteté et harmonie, avec la résistance aux injures des temps, et qui diminue beaucoup de la dépense, ces grands génies n'ayant mis les ornemens que dans les lieux propres à les recevoir, lie s'estant servi de cette délicatesse que pour faire paroistre leurs ouvrages plus grands et magnifiques.

Je crois que mondit sieur Girardon quitte Rome avec douleur de se détacher si tost de ces belles choses; mais l'ordre qu'il a reçu de la part de Yostre Excellence lui a fait prendre en mesme temps résolution d'obéir. Je le vois partir avec déplaisir, principalement dans Testât où je suis, ayant crainte de ne pouvoir pas bien m'acquitter de la charge dont Yostre Excellence m'a honoré, la guérison de ces sortes de maladies dont j'ay esté atteint estant très-longue et quelquefois incurable. Je soumets le tout à la volonté du Très-puissant, persistai) t. dans le zèle d'obéir aux ordres de Yostre Excellence jusqu'au dernier moment de ma vie1...

Errard.

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