‹ L'Académie de France à RomeChapitre 32 sur 119 · Baltard. La villa Medicis · texte numérisé non relu

Baltard. La villa Medicis

entre ses prédécesseurs et le directeur des Bâtiments du roi : l'influence et la direction se déplaçaient, on le voit, au profit de l'Institut, c'est-àdire de l'aréopage le plus compétent. Une série de perfectionnements et de réformes, commencée par Suvée et continuée sans interruption après lui, donna dès lors à l'École de Rome cette prospérité et cette légitime renommée dont elle a joui jusqu'à nos jours. La pension des artistes fut fixée à 1200 francs, plus 600 francs pour leur voyage et autant pour leur retour. Des excursions aux environs de Rome et dans le reste de l'Italie furent ajoutées au programme de leurs études. Leurs œuvres, exposées chaque année à la villa Méclicis, durent être ensuite envoyées en France et soumises au jugement de l'Institut. Toutes ces dispositions, dont plusieurs ne faisaient que rétablir l'état de choses antérieur, furent confirmées en 1810 par une ordonnance royale réglant les attributions des Académies.

Bientôt les peintres de paysage et les graveurs jouirent régulièrement des mêmes avantages que les peintres d'histoire, sculpteurs et architectes. Les musiciens compositeurs, qu'une décision, signée en 1804 par Méhul et Gossec, avait déjà ap-

pelés au partage des faveurs académiques, furent également envoyés à Rome; mais la durée de leur séjour fut, comme pour les graveurs, limitée à quatre ans au lieu de cinq.

La plupart de ces conditions ont été maintenues dans les règlements actuels, qui reconnaissent six catégories de pensionnaires : peintres d'histoire, sculpteurs, architectes^ graveurs en taille douce, graveurs en médailles et en pierres fines, musiciens compositeurs. Les directeurs sont nommés pour six ans. Ceux qui se sont succédé depuis Suvée sont au nombre de dix; quelques-uns figurent parmi les gloires de l'art contemporain, et tous, suivant l'ancien usage, ont appartenu à la peinture (je ne compte pas l'architecte Paris, qui remplit un intérim en 1807) : Guillon-Lethière (1808) ; Thévenin (1817) ; Guérin (1822) ; Horace Vernet (1828); Ingres (1834); Schnetz (1840); Alaux (1846); Schnetz (1852); Robert Fleury (1866); Hébert (1867); Lenepveu (1873).

11 ne m'appartient pas d'apprécier ici l'administration de ces directeurs modernes, ni les changements apportés dans le régime de l'École depuis 1863. Les critiques plus ou moins bruyantes dont ce régime a été l'objet ont d'ailleurs corn-

mencé à recevoir satisfaction dans une juste mesure. Des améliorations récentes en font foi. Mais, en somme, la fondation de Louis XIV et de Colbert n'a pas perdu son caractère essentiel. Elle est toujours la pépinière la plus féconde en talents de tout genre. Du haut des vastes terrasses de la villa Médicis, les yeux du jeune artiste contemplent les éternels modèles qu'offrent les monuments et la campagne de Rome ; sous des arceaux de marbre ou sous d'épaisses charmilles, son esprit trouve le calme et la fraîcheur favorables à l'inspiration. Et parfois, après les labeurs du jour, dans une de ces soirées intimes dont il m'a été donné récemment de goûter le charme, la parole d'un camarade érudit lui retrace l'histoire des ancêtres, grecs, romains ou français, non sans soulever parfois des applaudissements mérités. C'est là une des dernières et des plus heureuses innovations. C'est par de tels moyens, par l'union étroite de l'art avec la science et l'éloquence, que le premier peut grandir, s'élever, se fortifier. Aussi l'Académie de Rome, espérons-le, demeurera longtemps encore ce qu'elle a été, ce qu'elle est; car l'amour du beau, comme celui du bien, ne s'arrache pas du cœur de l'homme et survit à toutes les révolutions.

Page 1