Tous les huit jours
H6 l'académie de France a rome.
d'un autre costé il négocioit un mariage à Rome, sans nul dessein appareillent de faire ny l'un ny l'autre, particulièrement de travailler, n'ayant jamais aymé le travail, du temps même du sr Errard, qui, à cause de sa méchante conduitte, avoit esté obligé de luy faire oster la pension de deux cens escus qu'il avoit comme un pensionnaire : après quoy il a resté à Rome trois ou quatre ans sans rien faire, aymant mieux servir de maistre d'hostel à M. l'abbé de Gesvres, comme il l'a continué estant à l'Académie, pour satisfaire sans doute plus comodément à ses plaisirs, au lieu de s'appliquer à sa profession, dans laquelle il est bien difficile de s'avancer sans estude...
Les pensionnaires font tous leur devoir, autant pour leur travail que pour les mœurs. L'on ne sauroit rien ajouster à l'application du sT Lepautre à ses estudes et après le groupe1, qu'il avance à vue d'œil ; c'est un effet de la Providence qu'il soit tombé entre ses mains. L*on ne peut guère plus négliger le marbre que l'avoit esté celuy-là ; mais il est en bonne main. Dieu mercy. J'espère que ce jeune garçon fera honneur à sa profession. Le s1' Legros s'applique aussy de son costé, et avec fruit. Le s1' Bocquet achève ses desseins de la gallerie de Chigi, et j'espère que Ton sera content du sr Sarabat ; il commance bien.
1. Ce groupe d'Arria et Pœtus fut très-admiré des artistes et des amateurs romains, qui en firent mouler plusieurs parties. (Lettre du 16 avril 1607.)
6 novembre 1691.
Le sr Bocquet doit partir demain pour aller s'embarquer à Livorne, dans le dessein d*y prendre la première commodité qu'il y trouvera pour retourner en France ; de manière. Monsieur, qu'il ne restera plus que deux peintres et deux sculpteurs, qui sont tous fort appliqués à leurs ouvrages
12 février 1692.
Il a fait si mauvais temps depuis douze ou quinze jours, que l'on n'a peu commancer la coppie du Vatican [le Couronnement de Charlemagne) , le peintre n'ayant peu disposer de Caries Marat pour aller avec luy appliquer le châssis sur le tableau original, affin de le dessiner au petit carré sur la toille. ledit Caries Marat croyant qu'il est de son devoir d'estre présent à cette opération pour pouvoir asseurer que Ton n'a rien gasté. Il est vray. Monsieur, qu'ayant toujours pieu ou neigé pendant tout ce mois, la place où est ce tableau estant fort sombre, il neust pas esté possible, pendant un si vilain temps, d'avoir assez de jour pour le bien dessiner avec la justesse qu'il faut. A cause de cela, le peintre m'a prié de vouloir attendre que le temps fust un peu plus propre, craignant d'ailleurs de ne pouvoir pas disposer des officiers du Vatican pendant ce carnaval, le
monde n'estant pas icy plus sage qu'ailleurs. Il m'a promis qu'il commancera la première semaine de caresme ou la seconde, et qu'il travaillera de suitte avec toute sorte d'aplication. Il ayme aussy et a toujours aymé le travail. Il s'appelle Desforêts1. Par la passion qu'il a pour la peinture, il a demeuré deux ans et demy à Modène et dans la Lombardie, pour se perfectionner à peindre et à colorer. Il n'y a qu'un an qu'il en est revenu. Il a fait depuis ce temps-là trois coppies pour M. le cardinal de Bouillon, deux depuis le départ de cette Éminence, qui doivent estre chargées cette semaine à Civita-Vecchia pour Marseille sur un vaisseau françois. De ces deux coppies, l'une est après la Galatèe de Raphaël, du petit Chigi, et l'autre après un tableau de Pietro de Cortone du Départ de Jacob avec Lia et Rachel.
8 avril 1692.
J'attendray, avec vostre permission, iexécution de tous vos ordres, Monsieur, après que vous aurez veu la lettre que le sr Bedaut vous esprit sur tout ce qui le regarde2.
1. Desibrêts, qui avait été lui-même élève de l'Académie douze ans auparavant, demanda 300 pistoles pour cet important ouvrage (Lettre du 16 octobre 1691). La Teulière avait dû renoncer à en charger un peintre italien.
2. La Teulière avait avec Bedaut, comme avec Théodon, des difficultés continuelles, qui se terminèrent par le renvoi de cet élève, le 1" juillet suivant. 11 avait déjà quitté l'Académie une
Pour ce qui est des six cens livres de sa pension, il les a toujours receux. suivant l'intention de feu M. de Louvois, comme vous pourrez voir. Monsieur, dans mes comptes arrestés. C'est justement ce que chaque pensionnaire dépense au Roy : deux cens cinquante livres pour l'entretien, cela veut dire pour habits, blanchissage, etc. : et trois cens cinquante livres pour leur despense de bouche, que je paye au despensier. lequel est obligé sur cette somme de faire blanchir le linge de table et les draps, fournir la chandelle, petite vaisselle, qui est iey de fayence, verres, bouteilles, tout enfin, hors la batterie de cuisine et les grands plats d'estain et porte-assiettes. qui sont au Roy. 11 est obligé, outre cela, d'entretenir un valet pour faire leurs chambres et faire porter leur disner au Vatican et partout ailleurs où les peintres travaillent, affin de les empescher de perdre le temps à aller et venir.
l'apporteray tous mes soings pour faire en sorte que les coppies du sr Desforêts soient aussy bien ou mieux que celles de M. le cardinal de Bouillon. L'on a interrompu son travail au Vatican : depuis quinze jours que le pape a parlé d'y venir, les officiers ont obligé de cespremière fois, et il y était rentré en 1691. Le surintendant écrivit, le 16 août, qu'il ne voulait plus entendre parler de lui. Bedaut resta encore quelque temps à Rome et y maria sa fille avec un peintre normand, nommé Quesnel. qui gagnait beaucoup d'argent à copier des tableaux dans cette ville (Lettre du 30 septembre). C'était sans doute un descendant de François Quesnel. dont toute la famille s'était consacrée aux art-.
ser et de ranger même les tableaux, quoique Ton en ait usé plus honnestement par le passé, où l'on y a peint en présence même des papes. Le sr Desforêts m'a dit y avoir receu deux fois la bénédiction d'Innocent XI sur son eschalfaut. lorsqu'il estoit à la pension du Roy. Je verray, Monsieur, s'il n'y aura pas quelque moyen d'arrester ou prévenir de pareils accidens, et vous en donnera) avis.
29 juillet 1692.
Quoique je sois persuadé, Monsieur, que vous estes moins susceptible qu'un autre de méchantes impressions, néantmoins, pour vous esclaircir pleinement de tout ce qui regarde cette direction, je prendray la libellé de vous dire naturellement et fidellement par quels degrés j'y ay esté establi, et ce qui a peu porter M. de Louvois à me la confier. Ayant eu l'honneur de voir souvent ce grand ministre dans les fréquentes visites que M. le duc- de La Rocheguion luy rendoit clans les commancements de leur alliance, m' estant trouvé souvent à Meudon et à Paris dans l'occasion de parler sur les bastimens, peintures, statues et tapisseries, sachant d'ailleurs que j'estois curieux de tableaux, estampes et autres choses de cette nature, il creut, comme d'autres personnes, que j'avois du goust pour les beaux-arts; et sur cette bonne opinion, dans le séjour que je fis à Rome, chargé de la conduitte de MM. de la Rochefoucauld, il m'honora de la commission de luy achepter quelques
statues, ce que je fis assez heureusement Cependant.
peu de temps après, me croyant inutile chez M. le duc de la Rochefoucauld, craignant d'y estre à charge, ce qu'un homme d'honneur appréhende toujours, je songeay à me faire quelque occupation; et M. de Louvois m'ayant donné assez souvent quelques marques de sa honte, je creus. par des raisons particulières, devoir luy faire part de la résolution où j'estois avant de me déterminer à rien, et pris la liberté de luy escrire un billet à Meudon. où il estoit. Madame la duchesse de la Rocheguion y estant allée par hazard. il la chargea de me l'aire savoir qu'il souhaittoit de me parler. M'estant rendu à ses ordres, il me dit qu'il avoit songé de [n'envoyer à Rome. Ayant respondu qu'il estoit en droit de me comander et qu'il pouvoit faire de ino\
'usage qu'il trouveroit à propos, il en parla à M. le duc de la Rochefoucauld, et m'expédia avec un mémoire qu'il me donna pour visiter l'Académie et luy en rendre compte, ajoustant qu'il avoit respondu au Roy de ma capacité et de ma fidélité, qu'il estoit persuadé qu'il ivauroit pas lieu de s'en repentir; ce furent ses propres termes. Je partis donc sous sa protection et sous ses ordres. Estant arrivé à Rome, je visitay l'Académie et lu\
en rendis un conte exact Ayant receu et approuvé ce
mémoire, il me demanda un homme pour l'exécution. Luy ayant rescrit que je n'en connoissois point dont je peusse luy respondre. il me réittéra ce même ordre par une seconde lettre, et par le même ordinaire, qui fut le
i septembre 1684, il m'escrivit en ces propres termes :
« Depuis mon autre lettre escritte, j'ay pensé que b T Académie pourroit estre gouvernée par vous, qui « choisiriez des peintres, des sculpteurs, des architectes » à Rome pour conduire les eslèves en chascun de ces » arts, et pourriez, en veillant à leur conduitte. les chan- » ger. sy vous trouviez qu'ils ne s'appliquassent pas d comme ils doivent à instruire les eslèves. Je say bien » que l'on me dira que vous n'estes ny peintre, ny sculp- » teur. ny architecte : aussy ne désirerois-je de vous » dans cet employ que de maintenir l'ordre et la disci- » pline de l'Académie, et de veiller à ce que ceux que « vous auriez choisi pour conduire les eslèves dans leurs » estudes fissent leur devoir pour leur instruction. Man- » dez-moy vostre avis sur cela, que je m'attends que » vous me donnerez comme s'il estoit question d'un au- » tre que de vous. »
Je luy respondis que je fairois aveuglement tout ce qu'il trouveroit bon, que j'examinerois cependant toutes choses à loysir, que. n'aymant pas moins les arts que les belles-lettres, ayant dessiné dans ma jeunesse et peint même quelquefois pour mon plaisir, je réveillerois cette passion, et donnerois une application nouvelle à ces mêmes arts et à la connoissance des maistres de ce
pays De manière que j'escrivis enfin à M. de Lou-
vois que, secondé dans les commancemens du sr Théodon, que je croiois alors plus capable et plus appliqué qu'il n'est, je croyois pouvoir espargner au Roy la despense des maistres, ayant veu par expérience, quoi qu>n puissent dire les partisans de Rome, que le goust
de France pour le dessein et la manière de drapper es! beaucoup meilleur que celuy de Rome, et ne luy cède en rien pour les autres parties, persuadé de plus que M. Le Brun et M. Mignard estoient au-dessus de tous les peintres d'Italie, ce dernier même non-seulement pour le dessein, mais pour bien peindre et bien colorer, et MM. Girardon et Pugel au-dessus des sculpteurs, sans parler de MM. Coyveaux [sic), Desjardins et autres, donl je n'avois pas veu les ouvrages... C'est ce qui me détermina à prendre le party de me passer d'eux autrement que par manière d'avis.
Voilà, Monsieur, sincèrement, par quels degrés j'ay esté establi et conservé à la place où je suis.
14 octobre 1692.
Le s' Desforêts est mort, comme je. l'avois appréhendé1. Je fairay estimer son ouvrage par deux peintres, l'un au choix des héritiers et l'autre au mien. Ils ont nommé le s1' Merandi. florentin, bon peintre et homme de bien; j'ay choisi le s1' Nicolas, qui a les mêmes qualités de l'autre, françois de nation, qui a même un fils en France, bon peintre comme luy. Après avoir payé à la femme et aux enfants du mort ce que l'on aura estimé l'ouvrage, j'attendray vos ordres, Monsieur, sur la pensée que j'ay eu de le faire finir par le sr Sarabat, que je