‹ L'Académie de France à RomeChapitre 47 sur 119 · Peintre, arrivé le 3 juin · texte numérisé non relu

Peintre, arrivé le 3 juin

2. Cette lettre répond à une dépêche de Villacerf prescrivant des réductions et des économies, et signalant l'inutilité

18 mai 1694.

Il est deux heures de nuit. Monsieur; je viens de chez Mgr le cardinal de Janson, qui m'avoit fait appeller. Il m'a ordonné de vous escrire que. le pape voulant faire un fonds pour l'hospital des pauvres, de l'entretien desquels il est occupé comme un père fort tendre, il avuit jette les yeux sur la maison où l'Académie du Roy est establie pour y placer le bureau de la douane à ses despens. Ayant communiqué son dessein à Mgr le cardinal de Janson. à cause que la maison estoit au service du

du séjour de Lignières, qui ne s'occupait que du dessin d'ornement. Le surintendant écrit de nouveau, àja date du 10 mai : « Je sais tout aussi bien que vous de quelle conséquence il est de ne point faire cesser l'Académie de Rome : le Roy la connoist mieux que personne, et lorsque Sa Majesté aura vu ce qu'elle lui coustera après les retranchements qui y doivent estre faits, il prendra son party. Sa Majesté avoit fait cesser ses Académies d'architecture, peinture et sculpture à Paris ; les recteurs et professeurs ont supplié le Roy de trouver bon qu'ils enseignassent gratis: Sa Majesté l'a agréé. Si la mesme chose se pouvoit faire à Rome, cela seroit bien : mais cela n'est pas possible. »

Le mois suivant, Villacerf est encore plus pressant : les désastres de la guerre découragent le roi. l'argent manque partout : « Xe pressez point, écrit-il, la figure de Jules César: laissez languir tous les ouvrages et toutes les dépenses. » Le malheureux directeur entre alors dans de nouveaux détails pour défendre l'Académie et justifier sa conduite, qu'il croit incri-

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Roy, et cette Éminence ayant répliqué à Sa Sainteté qu'il pouvoit respondre, par la connoissance quïl avoit des sentiments du Roy sur Sa Sainteté, qu'elle estoit en droit de disposer de tout ce qui appartenoit à Sa Majesté; le pape ayant fait visiter la maison par le directeur général des douanes et par un architecte ; ces messieurs ayant fait le rapport de tout ce qu'ils a voient veu dans l'Académie, statues de piastre, bustes, bas-reliefs, statues de marbre, tables, vases, machines, etc., de l'embarras et de la despense du transport, et de la difficulté de trouver un lieu pour remplacer tout et où l'on trouvât la commodité des hasteliers; le pape changea de sentiment et ordonna sur le champ au directeur général de la douane

minée. Il va même jusqu'à jeter le blâme sur l'administration de son prédécesseur : « Erard disoit aux Italiens que c'étoit lui qui entretenoit l'Académie, et qu'elle finiroit avec lui... J'apprends cependant tous les jours qu'elle avoit esté la pluspart du temps une escole de divisions et de cabales, de goinfrerie et de desreiglemens, jusques là que les jeunes gens se faisoient un divertissement assez ordinaire de faire de la peine à leur directeur; vie d'hastelier justement, où l'on n'épargne rien, non pas même les choses sacrées ; etc., etc. » « Vous vous fatiguez terriblement, lui répond le surintendant, par les grandes lettres que vous m'écrivez et par vos grands raisonnements sur des choses inutiles. . . Vous croyez toujours qu'il y a quelqu'un qui parle contre vous, et rien n'est moins vray... Tous les raisonnements ne servent à rien contre le manque d'argent. Le Roy ne se cache point icy de ses retranchements ; il les rend publics, et se soucie fort peu que les estrangers en soient informés (31 mai et 14 juin 1694). »

daller trouver Mgr le cardinal de Janson, pour luy dire de la part de Sa Sainteté que. lorsqu'elle avoit fait choix du lieu où est l'Académie, elle n'avoit pas creu que l'establissement fut tel qu'il est. que le rapport qui luy avoil esté fait luy avoit donné lieu d'admirer encore la grandeur du, Roy et l'estendue de son génie, de pouvoir, parmy tant de grandes affaires, donner encore son attention à cultiver les arts dans des pays si éloignés. Le directeur avoit ajousté que le pape s'estoit rescrié : Vedete quel grand Re, che grande testa!...

20 juillet 1694.

J'ai donné aux s1" Lignères et Lorrain ' cent viugl livres (de viatique; à chascun. suivant vos ordres, et leur ay payé le quartier d'avril passé sur le pied de restât nouveau2... Le s1 Lorrain devroit estre bien aise de son séjour à Rome, puisqu'il y a joui plus de deux ans de la pension du Roy sans y avoir rien fait pour son service, n'y ayant travaillé que pour son utilité particulière.

La conduite du s1' Sarabat me pamit la plus extraordi-

1 . Robert Le Lorrain, sculpteur, élève de Girardon. arrivé le 4 juin 1692.

2. Le viatique et la pension accordés à chaque élève venaient de subir une réduction. Non content de cette économie, Villacerf en réalisait une autre par le renvoi de Lignières et de Le Lorrain, qui ne laissait plus à Rome que trois élèves.

naire, parce que j'avois espéré qu'il suivroit le bon che min; vous verrez, Monsieur, que je me suis trompé. Deux jours après qu'il fut informé de Testât nouveau que vous m'avez envoyé, il me demanda son congé, me faisant entendre qu'il ne pouvoit pas subsister comme un autre, prenant cependant prétexte sur un mal d'estomac qu'il a depuis plus de deux ans, qui ne l'a jamais empesché de suivre son mauvais penchant (pour le cabaret), quoique ce penchant soit la première cause de son mal... Les deux qui restent pourront servir d'exemple à ceux qui viendront, le s1 Lepautre surtout, qui ayme le travail et conserve toujours beaucoup de modestie. Le s1' Legros prend ce mesme chemin : il a profité beaucoup et profite tous les jours; ses derniers modelles sont de très-bon goust et d'une grande correction, aussy bien que ses desseins1.

1. Réponse du surintendant : « Vous ne deviez jamais souffrir que Le Lorrain travaillât pour luy pendant qu'il a été à l'Académie; quand il sera en France, je luy ferai raporter les ouvrages qu'il a faits, puisqu'ils y sont. Vous pouvez dire à Sarabat que le Roy ne lui veut pas accorder son congé qu'il n'ait achevé le tableau qu'il a commencé au petit Cliigi. S'il quitte l'Académie sans congé, S. M. le fera arrester en quelque endroit quil soit, et vous ne luy donnerez pas un sol que vous n'ayez de mes nouvelles. » Le Lorrain, en sortant de l'Académie, travailla quelque temps à la journée, sous la direction de Théodon, puis revint en France; Sarabat finit par obtenir son congé, au mois d'octobre suivant. (Lettres des 31 août et 14 septembre.)

7 décembre 1694.

Le s1 Openhor répond à la bonne opinion que vous avez de luy1. Il travaille présentement après le plan de Caprarolle. beau palais appartenant au duc de Parme, à une journée de Rome. Comme le dessein de ce palais est fort extraordinaire et d'un grand architecte il est de Vignole), je permis au sr Openhor. il y a environ six semaines, d'aller sur les lieux, persuadé que vous auriez du plaisir de voir un plan fidelle d'un si beau bastiment. De la manière qu'il l'a commancé. je suis persuadé qu'il réussira, car il y travaille avec plaisir et l'accompagne de certains ornemens de sa façon qui fairont voir son génie et le progrès qu'il fait.

23 août 1695.

Je vous envoyé. Monsieur, le dessein du petit groupe

1. Gilles-Marie Openhor ou Oppenordt. recommandé particulièrement par Villacerf. qui connaissait son père, ébéniste du roi. avait travaillé à l'Académie environ deux ans sans être pensionnaire: il fut admis à la nourriture au mois d'octobre de cette année, et à la pension complète le 1er juillet suivant. Cet artiste, qui acquit une certaine célébrité, avait alors vingttrois ans. Le surintendant, voulant i se servir de lui » pour l'architecture, avait chargé La Teulière de lui apprendre également l'orthographe, et de l'empêcher de se débaucher ou de se marier. ''Lettres des 4 et 20 novembre 1692. 24 août 1694.'

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que le sr Lepautre a fait de terre, de son invention. Il Ta dessiné luy-même de trois costés après son modelle. affin que vous le puissiez voir de toutes les veues pour en pouvoir mieux juger. Il a voulu choisir un sujet qui s'écartât un peu de l'ordinaire, à l'imitation du groupe des Lutteurs ou du Combat d'Hercule et du Centaure, que l'on voit à Florence. Voicy, monsieur, son sujet : Hercule venant d'Espagne, d'où il emmenoit les troupeaux de bœufs de Gérion, roy d'une partie de ce pays, passant auprès du mont Aven tin, le brigand Cacus luy ayant volé quelques uns de ces bœufs et enfermé sa prise dans une caverne qu'il habitoit au pied de ce mont, Hercule, les ayant entendu meugler, enfonça la porte de la caverne, et de sa massue assomma Cacus, que les poètes ont fait fils de Vulcain, fort grand et fort laid, jettant même du feu par la bouche ! .

15 novembre 1695.

Le s1' Legros m'apprit par occasion qu'il s'estoit engagé à faire un groupe de quatre figures avec les Pères Jésuites, et me fit voir l'ordre qu'il avoit d'aller recevoir le premier payement... Je luy représentay, comme vous pensez, Monsieur, avec toute sorte de charité, le tort ([ii 'il avoit, ayant l'honneur d'estre à la pension du Roy depuis plusieurs années, de s'estre engagé ailleurs sans

1. Le dessin du groupe de Lepautre fut trouvé fort beau. (Lettre du 12 septembre.}

savoir sy vous l'approuveriez ; quïl ne devoit pas ignorer que c'estoit un devoir indispensable... L'avanture est honorable pour ce jeune homme, à sa conduite près : le groupe qu'il a entrepris doit estre placé dans une chapelle que les Pères Jésuittes font dans l'église de leur maison professe à l'honneur de S. Ignace. Ils prétendent faire cette chapelle très riche; il y doit avoir quatre grandes colonnes incrustées de lapis ; deux groupes de marbre, de huit à neuf pieds de haut, doivent accompagner ces colonnes. Plusieurs personnes ont produit des modelles pour ces groupes : celuy du sr Legros a esté le plus générallement approuvé, tout le monde en ignorant l'autheur ' .

Vous ne serez pas fasché, Monsieur, d'apprendre que le sl> Fremin, disciple de M. Girardon. a aussy sa part pour orner la chapelle de S. Ignace2. Le P. Pozzo, ayant veu ce qu'il fait, luy a ordonné le modelle d'un basrelief... Par ce que ce jeune homme a commancé. je voy qu'il a du génie et une très bonne manière de faire.

31 janvier 1696.

Le s1' Favanes a pris possession de la place que vous avez eu la bonté de luy accorder dans l'Académie. J'es-

1. A la suite de cette aventure, comme dit La Teulière, Legros reçut son congé sans l'indemnité ordinaire: il sortit de l'Académie le 1er janvier 1696, et s'établit à Rome.

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