Biographie générale de Didot, au mot Errard
3. P. Clément, Lettres de Colbert, V, Introd.; Dict. de V Académie des beaux-arts, article Académie de Rome.
la vie et les ouvrages d'Errard, il en indique trèsclairement l'origine : « Dans ce temps-là, M. Colbert, qui a été protecteur de l'Académie, étant entré dans le ministère, établit un Conseil des Bâtiments, où il appela M. Le Brun, pour contribuer à une partie des ouvrages qui dépendent du dessin. M. Errard, voyant que M. Colbert lui donnait un compétiteur, fit la proposition de l'établissement de la nouvelle Académie de Rome, projetée en faveur des étudiants français, qui vont se prévaloir de ce que l'Italie conserve de plus remarquable pour la peinture et la sculpture. M. Colbert agréa la proposition de M. Errard, lui donna la conduite de cet établissement et l'y envoya1. » Sans conclure de là que Charles Errard ait eu tout le mérite de l'inspiration et de l'initiative, il faut du moins lui en accorder une part. L'idée était dans l'air, le projet s'élaborait; depuis quelque temps même, on envoyait à Rome, avec une subvention, les jeunes gens dont les œuvres avaient eu du succès aux Expositions de Paris. L'Académie de peinture déclarait certains lauréats « en état de
1. Mém. inédits sur les membres de V Académie de peinture. I.
NOTICE HI>TORTûl'E
profiter en rétudedesartsen Italie quand il plairait à Sa Majesté de les y envoyer, » et Colbert leur faisait ordonner une pension « en attendant qu'il y ait à Rome une Académie française établie1. » De cet état de choses à la création de l'école projetée, il n'y avait qu'un pas : Colbert saisit avec empressement l'occasion de le franchir, en donnant du même coup satisfaction à un artiste qu'il estimait. Mais, s'il lui laissa l'honneur d'une proposition dont l'adoption était résolue clans son esprit depuis que Louis XIV lui avait déclaré l'intention « de se procurer dans toutes les sciences et les arts les plus habiles gens du monde 2 » , il se réserva un rôle plus important. Durant les dix-huit années qu'il demeura encore à la tête des affaires, ce vaste génie fut l'àme de l'Académie de Rome. Etudiez sa correspondance : les soins vigilants, les instructions pratiques, la sagesse, les lumières ne viennent pas du chef qu'il a établi, mais de lui-même. Ici, l'homme d'État^ l'homme de goût éclipse l'homme de l'art. Il est vrai qu'un zèle ardent pour la gloire du roi ne le stimule pas moins que l'amour du