Baltard, La villa Médicis. p
2. V. ci-après la lettre de Poerson en date du 21 juillet 1708.
grand et du beau : c'est surtout pour éterniser le nom de son maître qu'il veut se procurer les meilleurs pinceaux du monde ; mais peu importe le mobile, en face du résultat de ses efforts.
Les premiers statuts de l'Académie furent arrêtés par Colbertle 11 février 1666. Il serait inutile d'en reproduire le texte, imprimé déjà deux fois1. Les principaux articles portent sur le respect de la religion et des choses saintes, nécessaire dans un établissement « dédié à la vertu » ; sur l'union des élèves; sur leur nomination, attribuée au surintendant des Bâtiments, Arts et Manufactures, à la condition qu'il les choisirait parmi les lauréats de l'Académie de Paris; sur leur nombre, fixé à douze (six peintres, quatre sculpteurs, deux architectes2) :
1. Dict. de VAcad. des beaux-arts, art. cité ; P. Clément, V,
2. M. Baltard prétend [Villa Médicis, p. 19) que les architectes ne furent pas admis, dans l'origine, au nombre des pensionnaires, et cite, comme le premier d'entre eux qui eut cet honneur, Deriset, nommé en 1720. Ces statuts prouveraient le contraire si les noms de quatre architectes figurant dès 167H dans un rapport d'Errard, qu'on trouvera plus loin, ne le démontraient mieux encore. L'éminent artiste avance également (p. 20) que les architectes furent privés de leur droit, de 1707 à 1772. par un acte arbitraire du marquis de Marigny et que
sur les heure? du travail et de la prière; sur l'objet des études. Les jeunes artistes, entretenus aux frais du roi., devaient s'occuper à faire pour lui seul, et sous les ordres d'un recteur, des copies de tous les beaux tableaux de Rome, des statues d'après L'antique, des plans et élévations de tous les édifices remarquables. Ils étaient obligés de suivre, en outre, des cours de mathématiques, de perspective et d'anatomie. Il leur était laissé un jour de congé par semaine, le jeudi. Un prix devait être décerné chaque année, le jour de la Saint- Louis, au plus méritant. Enfin, l'Académie était ouverte gratuitement à tous les gens du dehors qui voudraient y venir dessiner au moment de la pose du modèle ; disposition libérale, qui amena par la suite la création de places d'externes, donnant droit au logement seul, sans la pension.
Le poste de recteur, réservé aux peintres du roi et aux anciens officiers de l'Académie de Paris, fut confié, comme on l'a vu. à Charles Errard.
Terray le leur rendit en 1773. On verra cependant qu'il n'y eut pas de privation absolue dans cet intervalle, et cette affirmation, trop générale, ne peut guère s'expliquer que par l'expulsion trop méritée de deux pensionnaires architectes, advenue vers la même époque.
Cet artiste, à la fois peintre et architecte, avait déjà visité F Italie en 1627, en compagnie de son père, peintre comme lui, de son frère et de Claude Le Lorrain l ; il y était retourné une seconde fois, envoyé par Sublet des Noyers, alors surintendant des Bâtiments et protecteur des arts2. Il avait donc une connaissance très-suffisante des merveilles de Rome, et, s'il n'était pas lui-même un maître de premier ordre, il pouvait, mieux que beaucoup d'autres^ diriger la jeunesse dans l'étude des chefs-d'œuvre anciens et modernes. Il fit ses adieux à l'Académie de peinture le G mars 1666, après lui avoir présenté les douze jeunes gens qu'il emmenait avec lui3. Les noms de ces premiers pensionnaires ne sont pas tous venus jusqu'à nous : mais on comptait parmi eux les peintres Corneille jeune et Monnier, le sculpteur Raon, et sans doute aussi l'un des fils de Jacques Sarrazin, peintre et sculpteur du roi 4.