‹ L'Académie de France à RomeChapitre 57 sur 119 · Clément XI · texte numérisé non relu

Clément XI

seigneur, la permission : mais ils m'ont apporté deux exemples, l'un de M. Le Brun et Vautre de M. Errard, qui estoit icy directeur lorsque l'Académie royalle a esté établie à Rome ; ce qui nous fait espérer que vous ne le trouverez pas mauvais, d'autant plus qu'il paroît assez surprenant que MM. les Italiens veulent bien se soumettre à la conduite d'un françois1.

27 juin 1711.

La nation françoise prépare un catafalque à Saint- Louis pour les obsèques de Mgr le Dauphin. C'est le s'Legros, sculpteur, qui est un des députés de la congrégation, que l'on a chargé de l'exécution. Les desseins m'ont esté apportés, et j'en ay dit mon sentiment et leur ay promis de les ayder de- ce qui dépendra de moy. Le fameux père Daubanton, jésuite, qui a esté confesseur du roy d'Espagne, fera l'oraison funèbre.

26 septembre 1711 .

Nous avons été extraordinairement occupés cette semaine pour le jugement et la distribution des prix de

1 . Le duc cTAntin, à cette occasion, augmenta de mille livres les appointements de Poerson, qui depuis fut souvent consulté par le pape sur les affaires des beaux-arts. (23 juin et 11 juillet 1711.) Peu de temps après, il fut aussi reçu dans

l'Académie de Saint-Luc, dans le magnifique palais du Campidoglio. Dimanche, je fis intimer une congrégation de tous ceux qui composent eette compagnie, et à la pluralité des voix le sr de Vernansal, élève de l'Académie, eut le premier prix de peinture, avec une distinction très avantageuse, ayant eu toutes les voix à l'exception d'une. Le sr Besnier, aussi élève de notre Académie, eut le premier prix de l'architecture tout d'une voix, avec applaudissement; et si le s1 Bousseau n'avoit pas été si attaché à son Centaure, qu'il travaille avec un soin et un amour extraordinaires, il emportoit le premier prix sans aucune difficulté ; mais il n'a pas souhaité d'être du concours, n'ayant que son grand morceau en teste V.

26 mars 1712.

Le s1' Vernansal, ayant laissé son tableau de Saint- Grégoire pour le retoucher dans quelque tems, fait un petit tableau d'invention, où l'on voit un bon progrès qu'il a fait depuis qu'il est icy. Le sr Goupil, quoique d'un génie lent, ne laisse pas de s'avancer et travaille toujours à Saint-Grégoire; il imitte assez fidellement;

VArcadia, académie de beaux-esprits, dont les membres prenaient chacun un nom de berger ; on lui donna celui de Timante. (20 août 1712.) A la mort de Carlo Maratto. en 1713. il fut élu prince à l'unanimité.

1 . Vernansal et Besnier reçurent chacun, de la part du roi, une gratification de 200 livres 21 octobre 1711).

sa copie sera bonne. Le s1' Bousseau continue sans relâche le Centaure de marbre avec succès. Le sr Besnier ne perd point de tems ; il aime l'étude et fait ce qu'il faut pour devenir habile homme. Le s1 Edelinck a fait un grand dessein du tableau du Dominiquain, qui est une belle étude.

21 mai 1712.

Vous m'ordonnez de vous mander mon sentiment au sujet du retour des élèves dont le tems finit au mois de septembre prochain. Pour obéir à l'honneur de vos ordres, j'aurai celui de vous dire que je crois très à propos de faire retourner le s1' Edelinck, qui a fait assez de progrès dans le dessein, dont il avoit grand besoin : à présent il faut qu'il se mette à graver: et comme cet art est ignoré en ce pais, il me paroît nécessaire qu'il aille en France, où il y a d'habillés gens et où il aura de l'émulation et de bons préceptes. Je crois qu'il est bon aussi que le sr Besnier, architecte, cherche à mettre en pratique les études qu'il a faites en ce pais. D'ailleurs, la manière de construire les bâtiments à Rome, avec des briques, fort peu de pierres, et sans art de charpente, estant très différente de la nôtre, demande de nouvelles études. Je m'imagine aussi qu'il seroit avantageux au s1' Bousseau, sculpteur, de s'en aller : il a dessiné et modelé d'après l'antique, et aura dans peu achevé le Centaure de marbre. Cela lui suffit; il n'est pas extrêmement jeune, il est tems qu'il commence à exercer son

CORRESPONDANCE DES DIRECTEURS. I oo

génie. A l'égard des srs Yernansal et Goupil, il seroit nécessaire qu'ils fissent un voyage en Lombardie, pour joindre au bon goût du dessein qui règne icy la connoissance de la couleur. Sur quoi je prends la liberté de très humblement supplier Votre Grandeur de vouloir bien leur accorder quelque gratification pour leur faire faire cette étude... ; je suis persuadé qu'un peintre qui n'a pas au moins bien veu les tableaux de Lombardie ne doit pas compter avoir fait un voyage d'Italie complet, et c'est peut-être à quoy l'on peut avoir manqué quelquefois. MM. Corneille, Boulogne l'aîné et plusieurs autres ont eu cet avantage, et en avoient bien profité '.

8 octobre 1712.

Le fils de defl'unt le s1 Parousel, qui peiguoit des bataglies, m'a apporté une lettre de M. de Cotte, par laquelle il me' prie de donner, s'il se peut, une petite chambre audit sieur Parousel. Il en reste encore une : si Votre Grandeur trouve bon que je lu y donne, je la supplie de m'honorer de ses ordres2. Le s1' Edelinck, qui depuis

\ . Vernansal se rendit à Venise et en Lombardie, avec une subvention de 400 livres. Goupil resta encore une année à Rome. (Lettre du 3 septembre.) Les trois autres revinrent en France au mois d'octobre.

2. Charles Parocel, né en 1688, était venu à Rome dans un état voisin de la pauvreté. Il obtint plus encore que la chambre. Poerson écrivit peu de temps après- qu'il était déjà fort

trois ans ne s'estoit pas servi de son burin, a gravé mon portrait en petit dans les derniers jours qu'il a été icy : comme il est destiné pour mettre à la tête d'un livre que Ton me veut dédier, sa petitesse n'est pas avantageuse; cependant il n'a pas laissé d'assez bien réussir. J'espère qu'il aura l'honneur d'en présenter quelques épreuves à Votre Grandeur qui ne lui déplairont pas.

26 novembre 1712.

J'ay fait dessiner, peindre et modeler les nouveaux élèves, qui paroissent avoir bien de l'envie de profiter de l'avantage que Votre Grandeur a bien voulu leur procurer. Le s1' Nourrisson1, sculpteur, non-seulement s'applique avec beaucoup d'amour et de soins, mais il est capable, a bon goût et beaucoup de modestie, qualités essentielles pour parvenir aux plus hauts degrés des sciences. Le sr Giral, peintre, a beaucoup de feu, de la facilité pour peindre ; mais il a besoin de devenir correct dans le dessein. Le s1' Delassurance, architecte2, dessine de l'architecture et des figures assez bien : il aime l'étude, il a du cœur et se propose de grands

avancé pour son âge et qu'il avait, comme son père, un vrai talent pour les peintures de batailles. Sur ce rapport favorable, d'Antin l'admit au nombre des pensionnaires de l'Académie. (16 juin 1713.)

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