François Vanloo, fils de J.-B. Vanloo, né en
3. Nicolas-Sébastien Adam, né en 1705, et devenu plus tard l'émule de son frère.
peintres et les sculpteurs les sculpteurs), et ces trois juges, qui sont un oncle et deux neveux, sont les maîtres de celui qui a eu le premier prix.
Je dirai, avec la permission que V. G. m'a accordée, un mot des jeunes gens qui se sont fait tant d'honneur. Vanloo est un jeune homme qui a beaucoup de mérite, comme on en peut être persuadé par le dessein qu'il vient d'exposer. Il a quitté Paris, où il gagnoit, pour venir étudier et devenir habile. Il est fort avancé, quoique très jeune ; mais il faut qu'il fasse des bagatelles pour vivre, son frère ne le pouvant aider, ayant assez de ses deux enfans. Le frère d'Adam est un jeune homme qui a étudié dans son pais, qui a travaillé à Paris et en province, où il a gagné passablement ; et sachant que ce pais abonde en belles sculptures et qu'il pouvoit beaucoup y profiter, il a apporté tout ce qu'il avoit gagné et le consume petit à petit en étudiant, ce qui me semble être beaucoup pour un jeune homme qui à peine a vingttrois ans.
10 février 1729.
La figure du Mars sera bientôt terminée, et je me flatte qu'elle plaira à V. G. C'est le sr Adam qui l'a faite, et on est à Rome très content de son ouvrage. Il a, depuis peu, restauré un petit Faune pour M. le cardinal de Polignac, où il a fait les bras, la tête et les mains. Quelques connoisseurs ont dit qu'il étoit heureux que la tête ait été perdue, ayant peine à croire que l'antique
-200 l'académie de FRANGE A ROME.
eût été aussi belle. La figure cependant est de bonne manière grecque... Pour de l'émulation entre les élèves, il n'en manque pas, et je crois que le tout tournera à bien. Je leur prête des desseins que j'ai faits ; ils les copient le soir après soupe. Quoique ces desseins ne soient pas, à la vérité, de premier ordre, ils sont faits d'après le naturel, et se ressentent toujours du lieu d'où ils viennent. J'ai quatre ou cinq tableaux qui, dans leur genre, sont de premier ordre ; je les prête aux uns et aux autres pour qu'ils en profitent, en attendant que le beau temps vienne, où j'espère avoir la permission de les faire entrer au Vatican.
7 juillet 1729.
Le frère de M. Yanloo, qui, par vos bontés, est entré pensionnaire dans l'Académie1, vient d'achever un platfond dans l'église de Saint-Isidore, desservie par de pauvres religieux de Saint-François. Ce platfond est peint à fresque ; ce qu'il a fait pour son étude et par pure charité. Il a même fait la dépense des couleurs. Je puis dire à V. G. qu'il y a bien du bon dans tout l'ouvrage ; les figures sont beaucoup plus grandes que le naturel, et, quoi qu'il y ait à souhaiter, ce morceau fait honneur à l'Académie. Aussi en reçoit-il bien des complimens. Il est tout jeune, n'ayant pas encore vingt-quatre ans. Il
1. Carie venait d'être admis à la pension complète; François le fut à son tour au mois de janvier suivant, sur la demande du cardinal de Rohan.
va se mettre à copier un beau tableau de Pierre de Cortone, qui est aux Capucins... Hier, il arriva ici un peintre nommé Babtiste1, qui fut étonné, lui qui étoit déjà venu deux fois à Rome et qui avoit vu l'Académie dans l'état où elle étoit auparavant. Nous étions pour lors dans la chambre où est votre portrait : « Voilà, lui dis-je, le seigneur d'où viennent tous ces bienfaits. »
28 juillet 1729.
On fera dans peu, dans Saint-Pierre, la béatification de M. Vincent, instituteur des pères de Saint-Lazare. Un bon religieux françois travaille icy depuis un temps au procès de ce saint homme, et par ce qu'il en a écrit et par les preuves qu'il a données a convaincu le Saint- Père et tout le Sacré Collège de la sainteté du fondateur de son ordre ; si bien que tous ensemble ont approuvé la béatification, qui doit se faire au mois de septembre. On travaille actuellement aux décorations de cette fête, et on a choisi un des nôtres pour faire le grand tableau qui doit être posé à la- Chaire de saint Pierre : c'est le s1' de Lobel, qui a été pensionnaire, et qui a si bien profité des bontés que V. G. a dispensées, qu'il est icy très considéré et a part aux plus beaux ouvrages. C'est lui qui fait le portrait de M. le cardinal de Polignac, accompagné de figures allégoriques, dont Son Éminence est très contente, aussi bien que tous ceux qui l'ont vu.