Fils du peintre de fleurs, J.-B. Monnoyer, dit Baptiste
u20g2 l'académie de France a rome.
1er décembre 1729.
Je demande pardon si je dis à V. G. que je lui ai parlé quelquefois par rapport à la religion, au sujet de notre Académie. Je lui ai même dit que j'étois édifié de la sagesse qu'on voyoit luire dans certains qui étoient icy. Tout n'est pas égal, il est vray ; c'est une chose impossible. Même on ne persévère pas toujours ; mais on revient, et généralement on ne peut se plaindre de la conduite des jeunes gens d'ici. Quant à la chapelle, il n'y en a point dans la maison, et il ne faut pas douter que, dans le temps qu'il y avoit des cardinaux, il n'y en eût, toute chambre étant propre à en faire une ; mais de lieu bâti et convenable, il n'y en a point. On n'a jamais fait la prière dans la maison, ni depuis qu'on a érigé l'Académie; c'est dont je me suis informé. Ce n'est pas l'usage à Rome, et puis cela seroit assez difficile : car, le matin, l'on sort pour aller à son ouvrage, qui est à une extrémité de la ville le plus souvent ; Tété, on a le modèle au jour ; ensuite, chacun vacque à ses études. Je sçay que tous font leur devoir de chrétien avant de se mettre à travailler, mais qui plus tôt, qui plus tard. Nous avons, pour ainsi dire, des églises dans la maison : devant la porte, nous avons Santa-Maria-in-via-Lata ; à côté, nous touchons à Saint-Marcel, deux paroisses, dont Santa- Maria est la nôtre; et derrière notre maison, nous avons l'église des Saints-Apôtres, autre paroisse du fond de notre cour. Ainsi, il ne manque pas d'occasion de bien
faire, et tous les sujets que nous avons y sont assez portés.
22 juin 1730.
Je dis dans ma dernière que les statues dévoient être finies dans peu : depuis il y en a une finie, qui est le Faune qui dort. On commença avant-hier à polir les parties qui doivent l'être. L'autre s"en va finir incessamment. Ce sont deux bons morceaux ; je voudrais déjà qu'ils fussent en France et que Y. G. les eût vus. parce je me flatte qu'elle en sera contente. Elle aura la bonté de m'ordonner ce qu'il faut que je fasse à ce sujet, aussi bien que des deux sculpteurs [Adam etBouchardon]. Ils m'ont témoigné qu'ils souhaitteroient passer encore ici le reste de l'été. Un voudroit bien finir quelques études qu'il a commencé d'après le Carache et Raphaël, et l'autre voudroit modeler quelque morceau pour son étude. Ils en ont bien encore pour un mois ou environ à faire polir, et après cela ils deviendront ce que V. G. ordonnera1. Bouchardon emporte de belles études d'ici, dessinées d'une belle manière ; il y a peu de sculpteurs qui s'en acquittent comme lui.
1. A partir du mois d'octobre, Adam et Bouchardon vécurent à leurs dépens et n'eurent plus que leur chambre à l'Académie. L'année suivante, ils quittèrent tout à fait le palais Mancini pour travailler dans des ateliers à eux, le premier à la restauration de quelques antiques, le second aux bustes du pape, du cardinal de Rohan et du cardinal de Polignac 2 mai 1731).
Trémouillière ' a fini une copie d'après le Guide, où il s'est bien fortifié. Il a besoin de copier, et par là il peut devenir très habile. Il est jeune et très docile, a volonté de bien faire ; il y a lieu de croire qu'il deviendra un bon sujet. Ce païs cy montre la bonne manière ; il ne tient qu'à ceux qui y sont d'en profiter. Je me fais des amis icy pour qu'ils nous donnent accès dans leurs palais et que les pensionnaires en puissent profiter.
6 juillet 1730.
Le fils de M. Vanloo partit dimanche dernier pour aller trouver son père2. Il a fait, avant de partir, les portraits de tous les pensionnaires, qu'il emporte avec lui ; ils sont bien, et c'est une étude qu'il a faite fort à propos. Il a dessiné toute la gallerie du Carache d'un très bon goût. Ce jeune homme, avec la naissance qu'il a, peut devenir très habile. Il partit avec lui de Lobel, qui s'est rendu très capable ; il a des amis qui lui promettent de le présenter à V. G.
19 octobre 1730.
Le portrait de Sa Sainteté fut commencé [par Bouchar-
1. Pierre-Charles Trémollière, peintre bien connu, né en 1703, arrivé à l'Académie de Rome en 1728.
2. Il s'agit du fils aîné de Vanloo, Louis-Michel, qui était venu avec son oncle Carie, et qui n'était pas pensionnaire.
don] mercredi dernier, et il fut fini dimanche après midi1; ce qui fit admirer le sculpteur, tant pour sa promptitude que pour son habileté, car il n'a été que trois heures et demie à faire la tête. Le pape est très content, et tous ceux qui l'ont vu. Outre que la tête est très ressemblante, elle est d'un très beau travail. J'ai toujours été présent quand on a travaillé, Sa Sainteté m ayant fait connoître qu'elle le souhaitoit ainsi. J'ai quelquefois resté une demi-heure seul avec elle ; le pape me faisoit la grâce de me parler comme si j'étois quelque chose. Il me fit avertir dimanche à midi ; nous y fûmes, et le portrait fut fini. Le soir, revenant au logis, je trouvai qu'il m'avoit envoyé un beau présent d'un chapelet orné d'une belle médaille, avec des indulgences pour l'article de la mort. Je le conserverai toute ma vie.
10 mai 1731.
Celui qui a composé la lettre que Mmc la princesse Pamphile a envoyée à Mme la duchesse d'Uzès [pour recommander Subleyras] s'est très mal expliqué. Le sieur Subleyras2 ne demande autre chose que ce que V. G.
1 . Wleughels, qui était en relations avec le neveu de Clément XII, avait procuré à Bouchardon cette commande importante, qui avait excité la jalousie des artistes italiens et fait beaucoup de bruit dans Rome (11 octobre).
2. Pierre Subleyras, peintre et graveur distingué, né en 1699, entré à l'Académie le 2 novembre 1728, et mort à Rome en
"206 l'académie de frange a home.
lui accorde avec tant de bonté, qui est de rester encore après' le temps fini à étudier dans l'Académie. C'est un fort bon sujet, très sage et qui a très bonne volonté. Dans la province où il a séjourné, le goût qu'il y a pris n'est pas celui qu'on voit icy : il a un peu de peine à se débarbouiller ; le temps que veut bien lui accorder Y. G. et son assiduité le perfectionneront.
10 octobre 1731 .
Quoique M. le cardinal [de Polignac] m'apprit il y a quelques jours qu'il avoit écrit à Y. G. à mon sujet, et que je sois très persuadé qu'il a beaucoup mieux dit que je ne peux faire, cependant je prends la liberté de lui répéter, peut-être, ce qu'il lui aura dit. Je veux croire avec S. E. que, si Y. G. était bien informée, comme nous le sommes, de la chose1, loin d'y trouver à redire, elle s'y prêteroit volontiers, et j'avoue que, sans un mot qui se trouve dans une de ses lettres, je n'aurois pas fait les difficultés que je fis à M. le cardinal, qui me remit un peu, m'assurant que ce mot n'était pas mis là pour moi, ce que je souhaite. Cependant, comme je respecte Y. G. autant que je le dois, je crains ces paroles : « La maison doit être un couvent, etc. » Il est vrai que cela n'a jamais été, surtout pour les directeurs. Le premier, qui fut un homme de mérite, fut marié deux fois ; il eut même permission, dans un âge avancé, de quitter son