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4. Antoine Boizot, père du sculpteur Simon Boizot; Claude- Clair Franchi, artiste bien connu, arrivé le 27 novembre 1731, avec un brevet très-flatteur, portant qu'il s'était acquis l'es-
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des osselets. En ce temps-là, c'étoit des espèces de dés, car ils étoient marqués; c'étoit un jeu où il faloit païer sur-le-champ. On trouve dans un ancien auteur qu'Auguste envoya des sommes considérables à Julie, qui aimoit ce jeu là, pour y jouer : c'est donc une Julie jeune que cette statue, ce qu'on reconnoît aune médaille qu'on en a, qui lui ressemble, dont le revers a quatre de ces osselets avec ces paroles : Qui ludit arram det quod satisfecit. Cette statue, qui est très belle, est d'autant plus curieuse qu'on ne trouve point de statue de cette Julie, et peu de médailles. Ainsi je crois avoir fait un achat distingué pour M. le cardinal de Polignac, qui aime les belles choses : celle-cy brillera avec justice entre celles qu'il emporte. Dans le moment que j'écris ceci à V. G., Son Éminence ne sçait pas encore que je lui aye fait cette acquisition : mais il faut ici brusquer l'occasion lorsqu'on trouve quelque chose de véritablement beau, car sans cela on ne tient rien, et je l'ai, pour ainsi dire, arrachée 'des mains des Anglois pour faire plaisir au cardinal et pour enrichir la France...
Je fais mouler la petite figure dont je viens de parler à Y. G. Elle part la semaine qui vient, sans quoy j'en aurois demandé avant la permission. Mais il seroit fâcheux, en privant Rome d'un si beau morceau, d'en priver aussi notre Académie, qui en vérité n'a guère rien de plus beau, quoiqu'elle aitles plus belles antiques de Rome.
time des plus habiles professeurs de l'Académie de Paris : il était né en 1702 et mourut 'en 1773. (V. Jal, Dict., p. 010.)
CORRESPONDANCE DES DIRECTEURS. u2 1 l
10 avril 1732.
Comme V. (i., dans quelques-unes de ses lettres, m'ordonne de lui parler comme à un confesseur, je lui dirai qu'elle peut se ressouvenir que je lui dis, lui faisant un détail véritable de tous les pensionnaires, que Charles Yanloo avoit peu ou point d'esprit. Ce pauvre garçon s'est amouraché d'une certaine veuve de la lie du peuple ; il la vou-loit si bien épouser, que cela se devoit faire aujourd'hui, le mercredi saint, tant les choses étoient pressées, à ce quïl s'imaginoit ; si bien qu'il avoit eu, à ce qu'on m'a assuré, toutes les permissions de l'Inquisition, non-seulement pour se marier le carême, mais encore la semaine sainte. C'étoient les femmes qui avoient ainsi aplani toutes les voyes. Mais, avec quelque argent que je lui donnai hier, il est parti pour Florence. Je n'ai pas osé lui donner la gratification accoutumée, à cause qu'il s'est échappé; ainsi j'espère que pour cet accident il ne tombera pas dans la disgrâce de Y. G. Il étoit foible; il a bien fait de fuir l'objet : c'est le véritable remède... C'est dommage; c'est un habile garçon, et qui peut devenir beaucoup plus habile.
1er mai 1732.
Je vais choisir un marbre, le plus beau que je pourrai trouver, el je ferai faire la figure trouvée depuis peu
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(la Joueuse d'osselets). Je suppose que le s1' Franchi, qui a toujours travaillé chez M. Coustou, où on sçait ce que c'est que de travailler, n'y aura pas étudié en vain. Il a commencé ici une tête du Caracalla; mais, comme les opérations du marbre sont longues et que l'on ne peut juger d'un ouvrage que lorsqu'il est fini, je ne peux sur celui qu'il fait porter un jugement décisif. Mais il ne peut que bien faire, ayant travaillé si longtemps dans une si bonne école ; et puisque V. G. a la bonté de me témoigner qu'elle est contente des figures [d'Adam et de Bouchardon] que j'ai tant souhaité être à Paris, j'espère qu'elle sera satisfaite de celle-cy, dont l'original est très beau, naturel, et avec des particularités non communes.
3 juillet 1732.
Le lendemain que le dernier ordinaire partit, Bouchardon me vint trouver; je lui montrai les ordres de V. G. '.
1 . D'Antin avait écrit, le 20 avril : « Ne procurez plus d'ouvrage ni à Bouchardon ni à Adam, et sans affectation persuadez-les de revenir le plus tôt qu'ils pourront; ce n'est pas pour enrichir les païs étrangers que le Roy fait tant de dépenses à son Académie de Rome. » Et le 7 juin : « Puisque le caractère de Bouchardon est l'inconstance, il faut le fixer. Dites-lui de ma part qu'il s'en revienne, que j'aurai soin de lui, et que je lui garde de belle et bonne besongne. Vous direz la même chose à Adam; car il seroit triste d'élever des sujets pour les païs étrangers, et dans le fond il n'y a de fortune à faire pour eux qu'en France. » Cédant à des instances si flatteuses. Bou-
11 me dit qu'il étoit prest de tout quitter, même qu'il alloit faire achever de dégrossir une petite figure qu'il avoit commencée, pour alléger le marbre, qu'il vouloit emporter. Il avoit déjà fait les modèles de la Justice et de deux enfants pour la chapelle que le pape fait élever à Saint-Jean de Latran ; mais il va remercier pour se rendre aux ordres de V. G., et je crois qu'il n'attend que la réponse à celle qu'il doit lui écrire cet ordinaire pour aussitôt se mettre en chemin. En attendant, il va vendre le peu de hardes et de meubles qu'il a, afin d'être aussitôt prest à partir. Sous une pareille protection, il se
chardon adressa au directeur des Bâtiments la lettre suivante : « Monseigneur, je laisserai toutes choses au monde pour faire ce que V. G. souhaite de moi. J'attends vos ordres précis; aussitôt je partirai. .. V. G. fit une grâce à M. Natoire pour son voyage, que, si ce n'étoit trop présumer de moi, j'oserois demander. J'ai fait quantité d'études ici; c'est le gain que j'y ai fait. Cela me coûtera à emporter, car je ne voudrois pas perdre le fruit que j'ai pu faire; ainsi j'espère que V. G., me faisant faire par M. Vleughels le même avantage qu'il a fait à M. Natoire et à quelques autres, je pourrai garder et porter en France ce que j'ai fait icy. Je lui demande cette grâce, et suis avec respect, etc. » (10 juillet 1732.) Adam écrivit dans le même sens. D'Antin tenait trop à ces deux artistes pour leur rien refuser. Bouchardon, ayant terminé le buste de la duchesse de Buckingham, quitta Rome le 5 septembre, et fut universellement regretté dans cette ville : on l'installa au Louvre, dans l'atelier de Vanclève, qui venait de mourir. Adam, après avoir restauré quelques figures pour le cardinal de Polignac, partit au mois de janvier suivant. (Lettres des 28 août, 13 novembre 1732; 10 janvier 1733.)
tient tout assuré de faire merveille ; et la vérité est que c'est un sujet aussi capable qu'il y en ait, et qu'il est très rare d'en trouver [comme lui]. Adam m'a dit aussi qu'il auroit l'honneur d'écrire cet ordinaire à Y. G. et de la remercier. Celui-ci fait un peu plus le mystérieux ; mais je ne doute pas qu'il ne profite dans peu des grâces que V. G. veut bien lui faire.
31 juillet 1732.
Il court ici une nouvelle qui m'afflige extrêmement, car pour l'ordinaire les mauvaises nouvelles se confirment plutôt que les bonnes : c'est que le jeune Vanloo (François) soit mort à Turin l. Un architecte de mes amis en a eu la nouvelle, assez confuse à la vérité.. A travers ce que j'en ai lu, je croy voir que c'étoit le fils de M. Vanloo. Voilà un pauvre père bien affligé, avec d'autant plus de sujet que ce fils promettoit extrêmement, qu'il êtoit déjà habile, et qu'il est père. C'est dommage ; il ne sort pas tous les jours [de l'Académie] des sujets pareils. Y. G. se ressouviendra de ce que je lui en ai dit.
29 janvier 1733.
Hier, M. de L'Estache se maria. Il y avoit huit jours qu'il avoit délogé de [l'Académie] 2 ; l'endroit où il demeu-
1 . Cette nouvelle fut confirmée par d'Antin dans sa lettre du 18 août. (Voir dans Mariette les détails de cet accident.)