Arrivé en 1733, ainsi que les deux suivants
4. Jean-Charles Frontier, né en 1701, plus tard peintre du roi.
chose de lui ; alors on jugera de sa capacité. Duflot ne manque pas de génie; il dessine avec soin, a un assez beau pinceau, et a bonne volonté d'apprendre. Souflot, tout jeune qu'il est, a beaucoup de mérite en architecture, et il y a lieu de croire qu'il ne fera pas déshonneur à l'Académie l.
13 mars 1735.
Dimanche dernier, je donnai toute la matinée à considérer attentivement le palais Pamphile, qui est en face du notre, et dans une galerie nouvellement bâtie je rencontrai un tableau dont j'avais beaucoup entendu parler, mais que je n'avois jamais vu. C'est un morceau merveilleux, que Jean Bellin fit pour le duc de Ferrare et qu'il ne put achever, la mort l'ayant prévenu. Ce Jean Bellin étoit le maître du Titien : il avoit tiré à Venise la peinture de l'enfance, comme Michel-Ange et Raphaël l'avoient fait dans ces côtés ci. Il reste dans ce morceau, à la vérité, un peu de sécheresse des premiers temps, mais bien dédommagée par les soins et l'exactitude qu'on y trouve, par les nouveautés naturelles qu'on y découvre, par la correction, enfin par tout ce qui peut rendre la peinture recommandable. Le paysage est du
1. Soufflot, lïllustre architecte, né en 1714, était entré à l'Académie, sans brevet, le 9 décembre 1734. Slodtz et Franchi en sortirent au mois de février 1736, mais continuèrent d'y venir travailler tous les jours. Slodtz fît à cette époque le portrait du duc d'Harcourt. (Lettre du 16 mars 1736.)
Titien admirable, et je croy que ce tableau peut être d'un grand profit à une personne qui veut se perfectionner dans la peinture; c'est pourquoi je vais mettre tous mes soins pour avoir la permission de le faire copier. Comme le duc de Ferrare avoit ordonné quatre tableaux à ce peintre, et que, prévenu de la mort, il ne put [les faire], le Titien, qui avoit fini celui dont je parle, eut les trois autres à exécuter, dont il s'acquitta comme on sçait. Le Roy en a une belle copie de Bacchus et Ariane, faite par M. de Lobel; j'enverrai celle-ci, comme je l'espère. Pour les deux autres, qui sont une Bacchanale et des Jeux d'enfants, ils sont en Espagne1.
25 novembre 1735.
Le prince Borghèse n'étoit pas à Rome lorsque je voulus introduire le s1* Pierre2 dans son palais. J'ai attendu qu'il fût de retour pour le lui présenter et le faire ressouvenir de la promesse qu'il a eu la bonté de me faire. A son retour, je n'ai pas manqué d'y aller : sur-lechamp il m'a accordé ce que je souhaitois, me priant de
1. Le tableau dont parle Wleughels est encore une espèce de Bacchanale où figurent tous les Dieux. Dufrenoy en avait déjà fait une copie pour un ami de Félibien. C'est Frontier qui fut chargé par Wleughels d'en exécuter une nouvelle (24 juin 1736.)
2. Pierre, plus tard premier peintre du roi, était arrivé à l'Académie au mois de juin précédent, avec une réputation déjà brillante.
dire à Y. G. qu'il étoit ravi de trouver cette occasion de la servir et de pouvoir lui plaire. Yoilà donc notre jeune élève au milieu de très belles choses, qui, j'espère, lui seront d'un grand profit. Il commencera par copier un excellent tableau du Titien, qu'on n'a jamais copié.
Le mardi 22 de ce mois, arriva ici le sr Coustou l. Il trouva sa chambre prête et tout ce qui lui était nécessaire. Étant fils d'un habile homme, jeune, et, que je croy, bien élevé, il y a tout lieu d'espérer d'en faire un bon sujet.
8 mai 1736.
J'ai fait mouler un bas-relief de l'Algarde, qui est un morceau merveilleux presque inconnu, car il se trouve dans une chapelle souterraine où on ne va guère : M. le prince Pamphile, à qui appartient cette église, m'en a accordé la permission. Il est d'une grande beauté, et sera d'un grand profit aux élèves. Petit à petit, j'enrichirai l'Académie de précieux morceaux, et si utiles, qu'il faudroit absolument n'avoir pas envie de bien faire pour n'en pas profiter.
7 juillet 1736.
Coustou va commencer une belle statue, dont je crois qu'il s'acquittera bien. C'est une figure qui lui plaît et qu'il entreprend avec plaisir; il est déjà habile, quoique