Duflos quitta Rome un an après
une très-belle coppie de ce tableau. La Bataille de Constantin du sr Blanchet sera admirable ; quoiqu'il y travaille avec exactitude, je ne sai quand elle sera finie, parce qu'il y a un ouvrage prodigieux.
12 avril 1742.
J'ay été fort affligé en apprenant qu'on n'avoit pas été content des copies du Vatican que j'ay envoyées à la Cour. La connoissance que vous avez dans les arts et le jugement que vous en portez valent mieux que toutes les raisons que je pourrois alléguer pour les faire valoir. Cependant, Monseigneur, permettez-moy de vous représenter que j'y ay apporté toute l'attention possible, et que ceux qui y ont travaillé l'ont fait avec toute l'exactitude qui dépendoit d'eux : ils n'ont dessiné aucune figure qu'après l'avoir prise au voile, et c'est une permission que je n'ay pas eu peu de peine à obtenir. Les étrangers qui étoient à Rome au tems du conclave en ont été fort contens, et les Italiens même les ont beaucoup louées, de sorte que, pour le dessein, je ne crois pas qu'on puisse y trouver quelque chose à reprendre; pour ce qui est du coloris, ceux qui commissent la fresque de Raphaël sçavent bien que ce n'est pas la partie dominante de cet admirable auteur.
234 l'académie de France a kome.
9 novembre 1742.
Je suis bien charmé que faplaudissement que vous avez donné à mes tableaux (la Suite de l'histoire d'Esther) me procure encore le plaisir de travailler pour le Roy. Parmi tous les sujets qui sont susceptibles de noblesse et de magnificence, l'histoire de Salomon et celle de Jason me paroissent considérables. Je ne puis point à présent avoir l'honneur de vous envoyer aucun projet des tableaux de l'un, ou de l'autre sujet; ce n'est qu'en les lisant avec avec attention qu'on peut saisir de ces heureux moments où le peintre exerce son génie et où le spectateur se récrée la vue.
7 décembre 1742.
Dans la persuation où j'ay été que vous choisiriez l'histoire de Jason. pour ne point perdre de tems, jay t'ait une esquice de la plus grande pièce, représentant Jason qui enchante les deux taureaux. C'est une fort grande composition; j'auray l'honneur de vous l'envoyer aussitôt qu'elle sera en état d'être roulée.
15 lévrier 1743.
J'ai retardé d'un ordinaire à envoyer les sept esquisses de l'histoire de Jason, à cause du mauvais tems qui les a empêché de sécher plus tôt. Je vous prie, Monseigneur.
CORRESPONDANCE DES DIRKCTEURS. 235
de me les renvoyer aussitôt que vous aurez fait vos observations ; la toile est toute prête pour commencer le grand '... Par le choix que vous me laissez du sr Saly ou
1 . Detroy joint à sa lettre l'explication suivante de ces esquisses, dont plusieurs furent modifiées :
« I. Médée, allant faire sa prière à la déesse Hécate, vieil autel qui était au fond d'un bois, rencontre Jason. Après lui avoir fait promettre quïl serait éternellement à elle, cette princesse lui donne des herbes enchantées, dont elle lui explique l'usage. Comme l'amour de Médée était fondé sur la foi conjugale, que Jason venait de jurer, on a mis l'allégorie de l'Amour qui tire une flèche que l'Hymen conduit dans le cœur de Jason.
» II. Jason,, au champ de Mars, en présence du roy, de Médée et de tout le peuple de Colchos, se présente audevant des deux taureaux défenseurs de la Toison d'or. Ces animaux jettent sur lui des regards pleins de fureur, vomissent des tourbillons de flammes, remplissent l'air de poussière et de fumée. Les Argonautes reculent d'épouvante et font des vœux pour la conservation de leur chef intrépide. Jason leur présente les herbes de Médée pour les enchanter.
» III. Jason, immédiatement après avoir dompté les taureaux et les avoir contraints de subir le joug, leur fait labourer ce même champ de Mars, où il sème des dents de serpent. Il voit sortir des guerriers qui l'attaquent ; mais, les ayant divisés avec une pierre, ils tournent tous leurs armes les uns contre les autres et s'entre-tuent. Les Argonautes applaudissent cette victoire; ils en montrent leur joie par toute sorte de témoignages et viennent embrasser le victorieux.
» IV. Jason, ayant endormi le dragon qui veillait auprès de la Toison d'or, enlève ce dépôt. Tout se dispose de l'autre côté pour le départ de Jason. qui doit se rembarquer, chargé
du sr Vassé pour finir la ligure de YAntin l, je l'ai donné au sr Saly. Ce n'est pas qu'ils ne soient tous deux en état de se faire honneur : mais je crois que celui-ci se laissera moins emporter à la vivacité de son goût, et
de cette dépouille, avec Médée et la troupe des Argonautes.
» V. Médée, devant la porte de son palais, au milieu de l'appareil magique qui avait servi au rajeunissement du vieil Éson, le présente à Jason, son fils, au même état que ce vieillard s'était vu quarante ans auparavant. La joie, la tendresse, l'admiration et la reconnaissance éclatent dans leurs actions.
» Les sujets de ces cinq premiers tableaux sont tirés du septième livre des Métamorphoses d'Ovide, fables première et suivantes. Les deux derniers y sont si peu circonstanciés, que j'ai été obligé de me servir d'autres anciens auteurs, comme Euripide et Sénèque, dans leurs tragédies de Médée.
» VI. Créùze, dans son appartement, revêtue de la robe éclatante d'or et de rubis, présent fatal de la cruelle Médée, et la couronne brûlante sur la tête, commence à sentir les effets de l'une et de l'autre, et tombe au pied de son trône. Gréon et Jason, qui étaient accourus, sont saisis d'horreur à ce spectacle; le premier s'empresse d'arracher ce funeste vêtement : mais le charmé passe jusqu'à lui; il est pénétré des mêmes feux qui dévoraient au dedans sa fille infortunée.
» VII. Médée, sur son char tiré par deux dragons volants, reproche à Jason sa perfidie et lui montre les deux enfants provenus de leur mariage, qu'elle venait de massacrer. Jason la supplie de lui donner au moins la triste consolation de pouvoir les embrasser ; mais, pour mettre le comble à sa fureur, elle les lui refuse et les emporte avec elle. . . Dans le fond du tableau, on voit le palais de Créon embrasé. »