Laissée inachevée par Marchand, mort le mois précédent
qu'il suivra avec la dernière exactitude la finesse de cette admirable antique.
28 juin 1743.
Je viens d'examiner avec de meures refflections les esquisses qui m'ont été renvoiées, et de les confronter avec les objections qu'on y a fait. J'ai trouvé que, par les changemens considérables que j'y puis faire par mon propre génie, et en suivant les avis qui m'ont été donnés, je pourrais rendre ce sujet agréable à la cour, à vous, Monseigneur, et au public. En cas que j'obtienne la permission de commencer cet ouvrage, je m'engage à débuter par celui où l'on a fait le plus d'objections, qui est le grand, et de le faire pour mon compte s'il n'a pas le bonheur de plaire.
9 août 1743.
Je viens de dessiner sur la grande toile le plus grand tableau de l'histoire de Jason : j'en change entièrement la composition. Attendu qu'on en voit mieux l'effet que sur une petite toile, quand toute la disposition en sera établie, j'auray l'honneur de vous en envoyer une esquisse.
30 août 1743.
J'eus l'honneur de vous écrire, il y a quelque tems, que les srs Vanloo, Hutin et Guay dévoient bientôt s'en retourner en France : ils sont partis cette semaine, après
avoir fait du progrès chacun dans leur talent. Le s1' Guay a fait ici de très belles études d'après l'antique; il a travaillé avec succès, et chacun a trouvé qu'il surpassait infiniment dans son art les premiers maitres de Rome et de toute l'Italie. IL a fait un honneur infini à la nation. Je ne vous parle pas des talents des sr* Vanloo et Hutin : on a vu leurs ouvrages à Paris. Le premier a copié, d'après Raphaël, le Miracle de la Messe, et le sr Hutin. qui s'est adonné à la sculpture, a envoyé une tête d'Ahénobarbus, père de Néron. Il faut espérer qu'ils deviendront de grands sujets.
24 janvier 1744.
Je suis bien sensible, Monseigneur, à la confiance que vous voulez bien avoir en moi pour l'exécution de l'histoire de Jason. Le grand tableau est entièrement fini, et, malgré les approbations qu'il a à Rome, je me sentirois bien plus flatté s'il pouvoit avoir votre suffrage... L'Académie de Saint-Luc vient de m'élire pour son chef, sous le nom de prince. J'ai fait ce que j'ai pu pour refuser cette dignité; mais il a fallu céder aux instances réitérées de M. le marquis Théodoli, d'une illustre maison de ce pays-cy, et mon prédécesseur dans ce poste.
1er juillet 1744.
J'eus l'honneur de vous écrire, il y a quinze jours, au sujet du départ des srs Halle et Roettiers. qui retournent
en France. Le sr Faveray vient de partir pour Malte; quelques ouvrages, qu'il avoit envoies en ce pays-là. aiant été fort goûtés, plusieurs chevaliers de Malte luy conseillèrent d'y aller, lui promettant de lui faire trouver les occasions d'exercer ses talents. Il a de l'esprit, de l'habileté et de la conduite; il fera sûrement honneur à la nation. Il retournera en France après avoir passé là quelque tems.
30 décembre 1744.
Les rapports qu'on vous a faits sur les études des élèves sont si dénués de probabilité, qu'ils ne peuvent avoir été faits que par des gens qui n'ont aucune connoissance de cette Académie. Ces jeunes gens viennent ici déjà fort avancés dans la peinture; on ne les envoie à Rome que pour étudier d'après les grands maîtres; je leur procure toutes sortes de commodités pour pouvoir le faire avec succès, soit dans le Vatican ou autres endroits; et dans ce cas il est inutile que je prenne, comme on dit, le pinceau pour les corriger, puisqu'il suffit que je leur dise mon sentiment, et de leur recommander de bien examiner l'original qu'ils ont devant les yeux. Quant à ce qu'ils font de génie, ils ne me le montrent souvent que quand le tableau est fini, et, de plus, ils sont si remplis de la manière de leurs maîtres qu'ils ont eu à Paris, que ce seroit les dégoûter que de leur faire prendre une autre stile. Je me suis toujours contenté de leur dire mon sentiment, soit sur leurs desseins, soit
U24U l'académie de frange a rome.
sur la composition, mais toujours sans y mettre les mains. Telle a été, je crois, l'intention de la cour, dans l'institution, d'y établir un supérieur qui eût soin de la conduite et des ouvrages des pensionnaires. Mes prédécesseurs n'étoient guère en état d'en faire davantage, et, si l'intention de la cour avoit été qu'ils instruisissent les élèves, je crois qu'elle auroit été difficilement exécutée,
27 janvier 1745.
Vous savez, Monseigneur, tous les malheurs qui me sont arrivés depuis trois ans : d'une famille nombreuse, il ne m'est resté qu'une fille, qui est chez les dames de la Visitation Sainte-Marie, sous la direction de M. de Chimay. Quoiqu'elle soit fort jeune, on m'avoit déjà proposé un parti pour elle; je me suis enfin déterminé pour M. de Courten, officier dans les gardes vallones au service de Sa Majesté Catholique. Il est âgé de treize ans, et est fils de M. de Courten, ingénieur en chef des armées espagnoles, et dont le nom et la famille sont connus depuis longtemps en France. Comme il y a du tems d'ici à la consommation du mariage, il doit, en attendant, quitter le service espagnol et prendre celui de France, soit dans le régiment qui porte son nom, soit dans les gardes suisses.
31 mars 1745.
Je viens de recevoir une lettre de M. Gabriel, par
laquelle il me marque que le grand cabinet de Mgr le Dauphin est orné avec la tenture -ù'Estlier. et que, faute de deux petites pièces ou d'une grande, on n'a pas pu orner le fond de la chambre. Comme cette histoire est susceptible de plusieurs beaux sujets, peut-être qu'en cherchant soigneusement on en pouroit trouver un ou deux de ceux qui n'ont point été traités dans la première. Si vous me donnez vos ordres pour l'exécuter, j'en choisirois un ou deux qui pouroient paroitre les plus intéressants, et j'y travaillerois aussitôt.
Le quatrième tableau de l'histoire de Jason est fini4... Le sr Duflos, peintre pensionnaire de cette Académie, vient de partir pour s'en retourner en France. C'est lui qui a fait l'Ecole d'Athènes et plusieurs autres copies pour le Roy. Il en auroit commencé une autre grande au Vatican; mais l'air de Rome lui est devenu contraire, et les maladies fréquentes dont il a été attaqué ne lui ont pas permis, par le conseil des médecins, de rester plus longtems dans ce pays.
28 avril 1745.
M. de Canillac (ambassadeur de France; se prépare à donner de grandes fêtes pour le mariage de Mgr le Dauphin. L'on espéroit qu'il consulteroit en quelque façon l'Académie là-dessus; il y avoit lieu de s'en flatter par