‹ L'Académie de France à RomeChapitre 83 sur 119 · Simon Ghalle, né en 1720, mort en · texte numérisé non relu

Simon Ghalle, né en 1720, mort en

i. Nicolas-Henri Jardin, né en 1720. mort en 1799. ■

ne s'en étant jamais trouvé en si petit nombre, et surtout n'aiant qu'un ou deux sujets pour travailler aux copies du Vatican. Je sai, Monseigneur, combien vous avez à cœur l'honneur des arts; ainsi je crois qu'il est inutile que je vous prie de ne nous envoier que des sujets qui puissent aller de pair avec ceux que nous avons aujourd'hui.

27 mars 1748.

Les gazettes des différentes villes d'Italie font des éloges surprenans de la mascarade de nos pensionnaires. Si la dépense qu'ils ont faite n'eut pas un peu dérangé leurs bourses, ils auroient gravé la marche et chaque ligure en particulier sur des planches séparés. Chacun en a fait des desseins à part, qui peuvent leur servir d'étude pour les habillemens des Orientaux, qui étoient conformes à toutes les qualités des personnages qu'ils représentoient avec une très-exacte recherche. Pour moi, je les fais peindre tous sur des toiles d'un pied et demi par un françois appelle Barbault, élève de M. Restout, et qui a beaucoup de talent. Il est fâcheux pour ce jeune homme qu'il ait entrepris le voiage d'Italie auparavant de s'être mis au prix de l'Académie de Paris : en vertu de ce qu'il sait faire, je suis persuadé qu'il auroit été en état de mériter une place de pensionnaire dans celle-ci. Il est en état de faire une copie au Vatican, et nous n'avons à présent personne pour en faire.

20 novembre 1748.

Le sr Vien, pensionnaire peintre, s'est amusé pendant ces vacances à dessiner et graver toutes les figures qui composoient la mascarade; j'ai l'honneur de vous en envoier un livre. Dans Rome, elle a eu un applaudissement universel.

15 janvier 1749.

Le sr Hason, architecte, qui est ici' depuis près de trois ans, est rappelle à Paris par ses parens. Il a emploie ce temps avec beaucoup d'application et de progrès, et une plus longue demeure ne lui seroit plus d'aucune utilité... Si le sr Barbault, dont j'ai eu l'honneur de vous écrire, pouvoit obtenir sa place, ce ne seroit sûrement point un des moindres sujets de cette Académie. Vous savez, Monsieur, ma façon de penser pour les places d'élèves, et, tel intérest que je prenne à un jeune homme, je ne ferois pour lui aucune démarche qui pût préjudiciel' à l'honneur de l'Académie ou à la gloire de la nation '.

1. Barbeau fut agréé, et remplaça le sculpteur Larchevêque à la fin de la même année. D'après une autre lettre de Detroy, Barbeau était de Vierme, au diocèse de Beauvais, et élève de 1* Académie de Paris, où il avait gagné toutes les médailles d'argent. Le directeur dos Bâtiments lui commanda douze

248 l'académie de frange a rome.

Vous me demandez information du s1' Le Lorrain, peintre, qui s'en retourne en France : il a fait au Vatican la copie du Parnasse et a beaucoup travaillé ici; c'est un jeune homme qui a des talens infinis dans tous les genres de peinture... J'ai eu l'honneur de vous prier, dans une de mes lettres, de pourvoir aux paiemens de mes tableaux de l'histoire de Jason. La situation présente de mes affaires, des biens à restituer, un procès à essuier, tout cela, Monsieur, m'engage à vous réitérer ma prière pour cela. Vous avez vu la ponctualité et la diligence avec lesquelles j'ai exécuté ces ouvrages et soutenu la manufacture des Gobelins. Sur cette diligence même, M. Orry m'avoit fait espérer une bonne gratification. Les bontés que vous témoignez avoir pour moi me font prendre la liberté de vous importuner sur cette affaire, ne jouissant, après tant de travaux, que d'une pension de 500 livres, semblable à celle dont jouissent quelquesuns de l'Académie qui peut-être n'ont jamais eu l'honneur de travailler pour le Roy.

11 juin 1749.

.le viens d'apprendre que quatre pensionnaires étoient

tableaux, dont les six premiers étaient terminés et envoyés en novembre 1751 : Le Suisse de la aarde du pape, le Cocher du pape, le Chasseur, la Frascatane, la Fille dotée, la Vénitienne, le Prélat de Mantelette et de Mantellone, le Chevau-légcr, le Gentilhomme en habit de cour, la Neptunesse, la Florentine, la Donna délia Torre dei Greci, la Calabrese. (Lettre du 10 novembre 1751.)

partis pour occuper des places dans cette Académie. Vous avez vu, par le dernier état que j'ai eu l'honneur de vous envoier, qu'il n'y avoit que trois places vacantes. Il est vrai que le s1' Challes, l'aîné, peintre, est ici depuis plus de six ans ; mais il a fait une copie considérable pour le Roy, et qu'il n'a fini que depuis quelque tems. et c'est l'ordinaire qu'on accorde aux copistes du Vatican une ou deux années pour faire des études particulières pour eux. Si cependant ces quatre élèves arrivent, il faudra bien que le s1 Challes quitte l'Académie ; ce qui sera d'autant plus fâcheux pour lui, qu'il n'a point été averti quelques mois auparavant pour prendre ses mesures. J'attendrai, Monsieur, vos ordres là-dessus, et, s'il y avoit moien de dédommager en quelque chose le s1 Challes, je prends la liberté de vous le recommander comme bon sujet et fort laborieux '.

15 avril 1750.

Les s1" Vien et Petitot sont partis le 9 de ce mois ; ce sont de très bons sujets, très dignes de votre protection.

1. Le directeur général des Bâtiments répondit avec aussi peu de bienveillance que d'exactitude : « C'est un abus que de laisser les élèves plus de trois années, suivant les anciens règlements. Comme ceux que j'envoiray doresnavant ne seront plus à leur première école, je prétends que, leurs trois années faittes, ils reviennent pour faire place à d'autres; et le sr Challes ayant fait plus que son temps, j'ay eu raison de nommer à sa place. » (Lettre du 11 juillet.)

u250 l'académie de France a rome.

Ils vous feront voir de leurs ouvrages, et j'espère. Monsieur, que votre jugement leur sera favorable. M. de Vandières, qui se rend de jour en jour le plus aimable du monde, est parfaitement bien venu dans toutes les meilleures [maisons] de cette ville1.

Vous m'avez permis, Monsieur, de me servir de la commodité de la poste quand cela ne passeroit pas un trop gros volume. J'en proffite pour avoir l'honneur de vous envoier une petite boëte qui ne contient que très peu d'espace : ce sont trois estampes, gravées d'après deux tableaux de ma main. Ce n'est pas tant pour ce qui concerne mon ouvrage que pour vous faire voir la graveure d'un jeune homme nommé Gallimard. Je crois que vous serez content de ses taleus ; il peut devenir utile dans les beaux-arts, et l'on a toujours besoin d'artistes pour les perpétuer.

22 juillet 1750.

Il m'a paru, Monsieur, par une dé vos dernières lettres, que vous souhaiteriez estre informé de l'établissement de l'Académie de Saint-Luc à Rome. C'est la plus ancienne qui ait été formée pour le progrès de la peinture, sculpture et architecture. Son gouvernement

1 . De Vandières, qui devait bientôt remplacer Tournehem, était venu étudier à Rome même les besoins de l'Académie, où il était logé. L'âge déjà avancé du directeur rendait sans doute sa présence plus nécessaire.

est approchant du nostre. Le sujet qui est élu par le scrutin pour remplir la place de directeur la conserve pendant un an ou deux : quand l'assemblée juge à propos de le confirmer, on luy donne le titre de prince. Ils m'ont fait l'honneur de me mettre à cette place, il y a quelques années: mais je me persuade qu'ils eurent plus d'égards à la place que je remplis qu'à mon propre mérite. La fonction que l'on fait pour délivrer les prix aux jeunes écoliers qui les ont mérités est fort auguste. Le pape fait choix du meilleur orateur pour faire un grand discours à l'honneur des trois beaux-arts. Les meilleurs poètes de l'Académie de l'Arcadie (c'est ainsi qu'elle se nomme sont invités pour y réciter des pièces en vers, à l'honneur des élèves qui ont remporté les prix. M. Vanloo. qui a eu cet avantage en son tems, et avec tant d'honneur, pourra. Monsieur, vous faire un détail mieux circonstancié. Cette cérémonie se fait d'ans une grande salle bien parée, au Capitole, où il y a des places marquées tout autour pour la noblesse. Ce sont les cardinaux qui délivrent les prix aux jeunes gens qui les ont mérités; cela est précédé d'une grande musique.

14 juillet 1751.

Il se trouve ici le fils du fameux M. Le Roy, orloger de S. M. Il a guagné deux prix d'architecture, et il m'en a fait voir les médailles, qu'il dit avoir de vos mains. Il est parti de Paris dans l'espérance d'obtenir de vos bon-

tés un brevet pour entrer à la pension. Aussitôt que vous m'aurez donné vos ordres, j'agirai en conséquence l.

L'on me mande de Paris que M. Natoire avoit receu de vous l'ordre de se rendre incessamment à Rome pour remplir ma place ; j'en viens tout présentement de recevoir une lettre d'avis de sa part. En ce cas, il me trouvera prest à lui remettre les affaires de l'Académie en bon ordre. Comme j'étois convenu avec M. de Yandières de ne partir qu'au printemps prochain, tant pour éviter l'hiver à mon arrivée à Paris que pour mettre ordre à mes affaires, j'ai cru que M. de Yandières vous en auroit écrit quelque chose, comme il me fit l'honneur, à ce qu'il me peut souvenir, de me le promettre. Yoilà, Monsieur, ce qui a fait que j'ai différé à prendre la liberté de vous l'écrire, croyant estre à tems, jusques à la nouvelle saison, de vous supplier de m'accorder ma retraitte. J'espère de votre justice, Monsieur, que vous me laisserez jouir de toutes les prérogatives du directorat jusqu'à ce que j'aie mis en possession M. Natoire, et je me remettrai à sa discrétion, affin qu'il ne me puisse soubçonner de le tirer à la longue2.

1 . Julien-David Le Roy fut installé dans l' Académie le 2 août suivant.

2. Dans ses lettres du 18 août et du 10 novembre, Detroy invoque de nouveaux prétextes pour faire retarder son départ. Natoire n'arriva du reste à Rome que le 31 octobre, et n'entra en fonctions que le 1er janvier suivant.

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