Godefroid fut admis à l'Académie l'année suivante
lez bien me faire participer à l'ornement de votre cabinet en me mettant an nombre de mes illustres confrères1. J'ay sur le champ composé et ébauché ce petit morceau, qui représentera Léda et Jupiter changé en cygne. Comme les autres dénottent une partie des amours de ce dieu, celuy-là peut y trouver sa place. Je souhaitte que le sujet soit de votre goût... Le sieur Briard, du nombre des Élèves protégés, est un de ceux dont le temps doit être bientôt expiré. Je souhaitterois que M. Vanloo vous en rendit bon témoignage, pour qu'il fût du nombre de ceux que vous jugerez à propos d'envoyer à Rome. Outre qu'il a été mon élève, ce jeune homme a des sentimens qui mérittent que l'on s'intéresse pour luy, et il m'a toujours paru avoir des disposi-
1 . Cette phrase répond à une commande assez curieuse de Vandières, qui, tout en pressant Natoire de continuer ses tableaux de Marc-Antoine, le faisait travailler pour son compte à lui : « J'ay un cabinet particulier que j'ay voulu enrichir de quatre morceaux des plus habiles peintres de notre école. J'y ay déjà en place un Vanloo, un Boucher et un Pierre : vous jugez bien qu'il m'y manque un Natoire. Je dois vous ajouter que. comme ce cabinet est fort petit et fort chaud, je n'y ay voulu que des nudités. Le tableau de Carie représente Antiope endormie, celuy de Boucher une jeune femme couchée sur le ventre, et celuy de Pierre une Io. Choisissez le sujet que vous voudrez, pourvu quil n"y ait aucune ressemblance avec ceux cy-dessus nommés, et qu'il n'y ait pas, ou au moins presque pas de draperie. » (Lettre du 19 février 1753.) De Vandières paraît avoir été médiocrement content du tableau envoyé par Natoire. (Lettre du 17 septembre.)
2o2 l'académie de France a rome.
tions à faire quelque chose '... Je suis fort content du s1' Pajou : ce jeune sculpteur a du goût et beaucoup de génie ; il n'est pas prévenu de son mérite comme son confrère Caflery. Le s1' Lagrenée va commencer sa copie du Dominiquain à Saint-Louis. Le sr Hutin est destiné à faire celuy qui est au dessus, qui représente le Mariage de sainte Cécile. Ce tableau est très petit et peu chargé d'ouvrage, et convient à ce pensionnaire, qui est assez foible.
23 août 1753.
J'ay reçu les deux dernières lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire au sujet de l'ordre qui regarde la police spirituelle au temps de Pâques2; j'en ay fait la lecture en présence de tous les pensionnaires, qui l'ont tous écoutée avec soumission. Je n'ay pu cependant contenir le sieur Clérissau, malgré toutes les précautions que j'avais prises auparavant pour le rendre docile, en luy faisant parler par un de ses amis particuliers.
1. Gabriel Briard, né en 1725, fut envoyé à Rome presque aussitôt.
2. Natoire, à qui certaines difficultés avec le curé de la paroisse avaient donné lieu de se plaindre de l'irréligion des pensionnaires, venait de recevoir Tordre formel de leur faire observer les usages de Rome, de leur faire produire chaque année un certificat de communion pascale, et de chasser Charles-Louis Clérisse'au, architecte, entré le 5 juillet 1749. coupable d'avoir joint l'insolence à son refus. (Lettre du 29 juillet 1753.)
qui luy a fait sentir que, dans la lettre, il y avoit quelque chose de plus fort pour luy que pour les autres, que, s'il savoit se conduire comme il convenoit, les choses pourraient se raccommoder... Il a mieux aimé sortir de l'Académie que de se résoudre à aucune démarche. Voilà un pensionnaire de moins, qui, par un caractère bien singulier, m'avoit toujours trompé, et nous sommes bien heureux d'en être débarrassé, car il étoit capable d'entretenir l'indocilité et la zizanie. Ce garçon a été gâté en dernier lieu par des ouvrages qu'il a fait pour des Anglois, de ses desseins de ruine; cela luy a procuré quelques sequins, et il se croit en état de se passer de tout '.
27 lévrier 1754.
Le s1' Le Roy, architecte, vient de m'apprendre seulement le projet qu'il a depuis quelque temps de faire un voyage en Grèce, pour y voir les beaux restes de l'architecture antique. Il a sollicité secrètement auprès de l'ambassadeur de Venise, qui est à Rome, pour avoir une place dans le vaisseau de la république qui conduit le bailli à Constantinople, où il compte séjourner quelque
1. Clérisseau rentra cependant à l'Académie, après avoir fait des excuses au directeur. Il avait écrit, de son côté, à de Vandières une lettre ou il se plaignait que Natoire Pavait menacé, lui et ses confrères, de les faire obéir le fouet à la main. (Lettre du 28 août.)
u2(j4 l'académie de France a rome.
tems... Je crois que ce pensionnaire aura fait des progrès dans son talent. J'aurois seulement souhaitté qu'il eût été un peu plus liant avec moy, [qu'il eût eu] plus de confiance et moins d'humeur. Depuis l'affaire de.Clérisseau je ne l'ay veu que rarement, malgré qu'à Paris il avoit été mon élève et que j'ay toujours considéré sa famille comme de très honnêtes gens.
23 avril 1754.
Je travaille sans relâche à la suite de mon Marc- Antoine... Le s'1 Coustou ' vient de partir pour s'en retourner en France. C'est un sujet qui, par son bon caractère, se fait regretter icy ; je l'ai veu partir avec peine. Je n'ay que du bien à dire de luy. J'espère, Monsieur, qu'à son retour à Paris il tâchera de méritter vos bontés ; il s'est fait, panny ses études, une belle suitte de desseins d'après les meilleurs morceaux qui sont en réputation .
8 niai 1754.
Ce dernier courrier vous apportera, Monsieur, des échantillons d'études de MM. les pensionnaires: cette première fois ne renfermera que des parties qu'ils ont fait d'après les différents maîtres. J'aurois cru que le
1 . Guillaume Coustou irétait plus pensionnaire depuis un certain temps.
sr Doyen auroit eu dans ses portefeuilles quelques dessains plus intéressans que ceux qu'il envoyé, surtout étant un des plus anciens... 11 faut avouer que ce n'est pas sans peine qu'ils se sont rendu à remplir cet ordre; car tant de mauvaises raisons qu'ils m'ont donné ne tendoit qu'à s'en disculper. Mais comme je crois (et vous le pensez bien aussy, Monsieur,) que c'est un très bon moyen pour les faire bien aller, ayez la bonté de ne leur faire aucune grâce là-dessus, et d'exiger d'eux qu'ils en envoyent tous les trois mois l... Je ne saurois cependant que me louer beaucoup du s1* Doyen, de son voyage de Naples; les deux mois qu'il y a passé, malgré les mauvais temps, il en a apporté plus d'une douzaine d'esquisses, grandes et petites, toutes coloriées, d'après Jordano et le Solimen. Il a fait mieux que ses autres confrères, qui n'y ont rien fait, et il s'est acquis une bonne réputation dans ce pais.
19 juin 1754.
Je suis bien fâché de vous apprendre. un tragique accident qui vient d'arriver au fils de M. Nattier2. Il y a
1. De Vandières exigea seulement tous les six mois deux ou trois dessins, une académie peinte et une tête de caractère. Les études de La Traverse, Briard et Godefroy furent jugées supérieures à celle de Doyen, après l'examen fait par Silvestre et Vanloo. (Lettre du 13 juin.)
2. Le peintre J.-M. Nattier avait envoyé un de ses fils à Rome, et, par considération pour lui, on avait donné à ce
trois jours qu'ayant fait la partie de s'aller baigner dans le Tibre avec quelques pensionnaires et autres, il s'y est noyé. Comme il ne savoit pas nager et n'étoit pas dans un endroit favorable, le premier pas qu'il fait dans l'eau l'entraîne malgré lui. il se débat, ses compagnons qui n'en sçavoient pas plus que luy le voyent se débattre et ne peuvent luy donner du secours;... il périt à leurs yeux. Cette jeune trouppe, toujours trop facile et trop inconsidérée, est dans une grande consternation.
6 août 1754.
Le Repos de Marc-Antoine et Clèopdtre est fini depuis peu de jours : j'aurai l'honneur de vous l'envoyer incessamment. Pendant le temps qu'il sèche, on le vient voir; il me paroît qu'il fait quelque plaisir. C'est de votre goût, Monsieur, duquel je seray le plus flatté, s'il a l'honneur de vous plaire l.
7 mai 1755.
Voilà encore un changement dont j'ay l'honneur de
jeune homme une chambre dans l'Académie (25 septembre 1753).
1. De Marigny. qui venait de remplacer de Vandières, écrivit à Natoire : « Je suis très-content de votre premier tableau de l'histoire de Marc-Antoine; je ne puis trop vous exhorter à continuer ce grand ouvrage, qui vous fera beaucoup d'honneur si la suilte répond au commencement. » (3 mai 1755.)
vous instruire au sujet du sieur Dehait1 : [après avoir demandé son retour] il demande la permission de rester à Rome. Il m"a fait voir la lettre quïl prend la liberté de vous écrire pour obtenir cette nouvelle grâce. Après le combat qu'il a fait entre sa santé, qui lui paroît meilleure, et l'avantage de rester icy pour ses études, celuycy remporte sur l'autre: il veut tout sacrifier affin d'ôter la mauvaise idée que Ton pouvoit avoir sur un retour si précipité. Son camarade (de La Rue2) part tout seul. J'attendrav vos ordres sur touttes ces variations.
16 juillet 1755.
Les morceaux que les pensionnaires vous envoyent auroyent dû être déjà partis ; le tems les a trompé, malgré l'avertissement que je leur ay donné plusieurs fois. Il n'y en a plus qu'un qui retouche encore son ouvrage, et dans quelques jours le tout sera en état de partir3...
1. Jean-Baptiste-Henri Deshays de Colleville, né en 1729, arrivé le 6 octobre 1754. devenu plus tard le gendre de Boucher. Il acquit une célébrité éphémère, et mourut à trente-cinq ans, victime de son libertinage.