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ÉGALITÉ. LIBERTÉ

Paris, le 15 brumaire an IV de la République française une et indivisible (G décembre 1795).

Le Directoire exécutif Aux citoyens composant l’Institut national.

C’est avec une bien grande satisfaction que le Directoire exécutif voit se réunir aujourd’hui les hommes qui, suivant le vœu de la Goiislilution, doivent faire concourir les sciences et les arts au iiiaiiilien de la liberté et du gouvernement républicain qui nous

(I) Garat a donné sa démission de nicinbro do la scclion de grainmairo; il a élé remplacé par Andrieux, le 15 Iriiliaire an IV.

FONOATION DF F/INSTITUT NATIONAL 1 ii)

l’assure. Si des ol)jels également majeurs et pressants n’absorbaient tous ses moments, il aurait cbargé quelqu’un de ses membres d’assister à votre première réunion, pour prouver combien il attacbe de prix à la Ibrmation de l’Institut national. Mais, s’il est privé, par les circonstances, de se trouver par quelqu’un de ses membres au milieu des hommes les plus renommés par leurs talents, il est au moins assuré que vous n’oublierez jamais que rutilité publique est le but auquel doivent tendre tous vos travaux, que tout doit prendre un nouveau caractère dans le nouvel ordre de choses, et que les sciences et les arts, jadis trop souvent employés à favoriser le despotisme, ou à plonger les hommes dans tous les vices qu’enfantent l’oisiveté et la mollesse, doivent aujourd’hui se diriger de manière à embraser tous les citoyens de l’amour de la vertu, et leur inspirer un profond respect pour les mœurs, un enthousiasme soutenu pour tout ce qui est grand, la ferme volonté de maintenir la liberté et l’égalité, au prix de tout leur sang, une soumission entière aux lois de leur pays et la résolution immuable de consacrer toutes leurs facultés à éclairer leurs concitoyens et à agrandir de plus en plus toutes les sources de la prospérité publique.

Le Directoire exécutif sera toujours empressé de seconder vos travaux par tous les moyens qui lui sont délégués; il compte que vous l’aiderez de votre côté par tout ce que vos connaissances et vos divers talents vous mettent à même d’employer. Nous sommes également assurés de l’appui du Corps législatif, et cet heureux concours de la législation, des moyens du gouvernement et des lumières, élèvera notre commune patrie au plus haut degré de prospérité.

Rewbell, président.

Par le Directoire exécutif.

Le secrétaire général, Lagarde.

L’Assemblée arrête que son président est chargé de répondre à cette lettre, au nom de l’Institut national, et que la réponse, avant d’être envoyée, sera soumise à son jugement.

Le ministre annonce la démission du citoyen Garat, hommé membre de l’Institut national pour la section de grammaire, et se retire' après avoir [irononcé le discours suivant :

Citoyens,

C’est un rnotnent bien doux pour moi, que celui où je suis appelé par mes fonctions au milieu des savants, des littérateurs et des artistes. Ce u’est pas sans une émotion profonde ([ue je rouvre aujourd’hui ce sanctuaire du géuie et que je vous y vois rassemblés.

ir)Ü FONDATION DE L'INSTITUT NATIONAL

Nos législateurs ont voulu prouver aux détracteurs de la France qu’après six ans de révolutions, de guerres et de tourmentes politiques, après deux ans surtout qui ont été deux siècles de barbarie, c’est encore en France que se trouvent les noms les plus célèbres dans les sciences et dans les arts.

Le Directoire exécutif, en vous choisissant, a rempli le vœn de la loi; l’opinion publique a ratifié ses choix; l’Europe savante et littéraire y applaudira, et l’étranger va s’empresser de venir prendre la place qui lui est marquée parmi vous.

Vous avez à nommer ceux qui doivent être associés à vos travaux et à votre gloire. Après vos noms, il en reste d’assez illustres que la voix publique vous désigne, et je n’ai pas besoin sans doute de vous rappeler avec . quelle attention, avec quel scrupule doit être conféré l’honneur de cette association.

Après vous être complétés par ces choix que la loi vous attribue, vous vous rendrez compte de l’état où l’Institut naissant trouve toutes les branches des connaissances humaines qu’il est destiné à étendre et à perfectionner; en jetant les yeux sur les progrès qu’elles ont faits presque toutes dans ces derniers temps, vous retracerez l’histoire de vos propres succès et ce souvenir deviendra un engagement d’en obtenir de nouveaux.

Il est des sciences qui semblent parvenues à leur plus haut degré de perfectionnement. Qui croirait en effet que les mathématiques, l’astronomie, la physique, la chimie, l’histoire naturelle, la botanique, l’anatomie, etc., eussent encore quelques pas à faire, après les travaux et les découvertes des Lagrange, des Laplace, des Lalande, des Mécliain, des Charles, des Berthollet, des Darcet, des Lamark, des Desfontaines, des Daubenton et de tant d’autres? Mais ces bienfaiteurs des sciences, ils vivent, ils se rassemblent, ils vont de nouveau méditer et produire. Les sciences ont donc l’espoir ou plutôt la certitude de s’enrichir encore !

D’autres parties moins avancées peut-être, et en quelque sorte plus nouvelles, du moins parmi nous, attireront votre attention ; telles sont les théories relatives aux arts mécaniques, l’agriculture, l’économie rurale et l’art vétérinaire qui en est une branche intéressante. L’Institut national trouvera dans le Directoire exécutif tout l’appui que doit le gouvernement d’une grande nation, agricole autant que commerçante, à ceux qui s’occupent d’étendre et d’atTermir ces premières hases de la prospérité publique, et je serai porté par mon inclination particulière autant que par l’amour de mon devoir à remplir à cet égard les intentions du Directoire.

Dermettez, citoyens, à un ami de l’agriculture et des arts de vous intéresser à leur sort. L’agriculture est si arriérée dans un grand

FONDATION DE L’INSTITUT NATIONAL

nombre de départements, les arts utiles ont tant de conquêtes à faire, qne, chargé de réparer leurs maux et de pourvoir à leurs besoins, je sollicite pour eux votre zèle et vos lumières.

La France est de tous les {)ays de l’Europe celui qui peut réparer le plus promptement ses maux. La nature, l’industrie, le génie du commerce se réunissent pour assurer sa prospérité; mais la nature est négligée, l’industrie est entravée, et le commerce presque anéanti.

Réunissez donc ces heureux moyens que vous offrent l’étude et l’expérience pour faire refleurir ces branches de la richesse nationale.

Déjà je me suis entouré des hommes qui honorent le plus l’agriculture, les arts et le commerce, et déjà j’ai fait adopter quelques établissements utiles.

Le Directoire, sur mon rapport, a réalisé cette belle idée des conservatoires de plantes et d’animaux; dans ce local déjà préparé, on fera tous les essais qui pourront éclairer la pratique de l’économie rurale, vous assurerez le succès de ces établissements, et rapportezvous-en à mon zèle pour les propager dans la République.

L’agriculture, la botanique et l’art des jardins ne désavoueront pas le projet que voici : les jardins du Luxembourg, qu’une plus vaste étendue va rendre plus dignes du palais auquel ils appartiennent, offriront bientôt, dans une triple division, le jardin d’ornement le plus majestueux, les bosquets les plus champêtres, où se trouvera réunie la totalité des arbres et arbustes indigènes ou exotiques acclimatés en France.

Une plantation distincte que l’on pourrait appeler le Calendrier de Flore, s’il n’eût mérité le nom de bosquet de Baubenton qui en a conçu l’idée, offrira les fleurs, fruits ou baies dont se parent les divers mois de l’année; des vergers isolés réuniront les espèces de fruits les plus précieuses, c’est au hasard que sont dues les variétés; ici l’art en fera naître de nouvelles.

On rendra aussi à sa destination cette pépinière des ci-devant Chartreux, si célèbre, si digne de l’être, dont les productions enrichissaient depuis longtemps les plus beaux jardins de l’Europe ; elles seront bientôt restituées à leur gloire primitive, et pour assurer encore davantage leur utilité, on a formé à Sceaux une pépinière importante qui leur servira de principal dépôt.

Ce projet, conçu et dirigé par quelques amis des sciences naturelles et des beaux-arts, ne serait pas complet si l’on n’y eût fait entrer la restauration de la science potagère introduite en France par La Quintinie. Versailles en a été le berceau; ses potagers étaient devenus une école de laquelle sortaient annuellement nos meilleurs jardiniers, cei)endant nous n’avions point encore atteint le degré de perfection de quelques contrées de l’Allemagne et de la Hollande. H

fondation de L’INSTITUT NATIONAL

s’agit aujourd’liui d’y parvenir et les potagers du Luxembourg nous en oiïrent le moyen.

Je 11 indiquerai point a l’Institut les vues particulières ({ue j’ai conçues pour l’amélioration des différentes parties de l’économie rurale, pour le rétablissement des baras, pour le perfeclionnemcnt des races d’animaux et surtout celui des bêles à laine ; je me réserve de le consulter lorsque le moment de l’exécution sera venu; mais qu’il me soit encore permis d’appeler son attention sur un établissement qui honore à jamais la nation française et qui est une de ces créations presque miraculeuses nées au milieu des orages de la Révolution, je veux parler du Conservatoire des arts et métiers.

Depuis plus d’un an le décret de son institution existe, les hommes éclairés qui doivent le diriger et le surveiller sont nommés, cependant les machines se détériorent, dispersées dans plusieurs locaux différents où elles sont inutiles aux arts, et, malgré les efforts multipliés de l’administration qui m’a précédé, ce beau monument n’avait point encore d’asile.

Je me suis occupé des moyens de le mettre bientôt à portée de remplir le but de son institution, et j’espère enfin que dans un court délai le succès couronnera mes espérances; son utilité sera même accrue par des additions que j’ai regardées comme très importantes pour le progrès des arts.

Les sciences et les arts utiles qui se tenaient isolés des arts d’imagination et d’agrément, devenus moins sévères, sollicitaient l’heureuse association que l’Institut national leur procure. Fonlenelle, La Condamine, Bailly, Condorcet, Vicq d’Azyr ont parcouru avec gloire l’une et l’autre carrière. Du pain et du fer, voilà, nous disait-on naguère, voilà tout ce qu’il faut à un peuple libre, mais c’étaient des tyrans qui tenaient ce langage, et ils le tenaient à un peuple qu’ils voulaient asservir. Le génie du Français s’opposait à ce qu’il devînt un sévère Spartiate ; c’est au peuple d’Athènes qu’on l’a dès longtemps comparé ; mais que les fleurs de la littérature et des beauxarts ne soient pas pour la République une parure vaine et stérile; poésie, éloquence, peinture, sculpture, architecture, déclamation, musique, science des antiquités et des monuments, connaissance des langues anciennes et modernes, tout ce qui forme la troisième classe de l’Institut doit être animé d’un nouvel esprit, prendre un nouveau caractère, et concourir à la félicité générale et à l’affermissement de la liberté. Les poètes, les littérateurs, les artistes que je vois parmi vous, l’ont déjà célébrée, et ils continueront de diriger l’esprit public que tant d’autres ont cherché à corrompre dans ces temps d’agitation et de trouble.

Grâce aux efforts réunis de toutes les parties de l’Institut national.

l'OMlATlON DE L’INSTITUT NATIONAL

le peuple IVunçais, à la certiUulc des sciences irialhéinaliqucs cl nalurclles, à la profondeur des connaissances politiques, à l’élévation, a la pureté de la morale, joindra ce goût du beau dans tous les genres, et cet amour éclairé des beaux-arts qui fit des habitants de rAlliqiie le peuple le plus célèbre et le plus aimable de Tunivers.

Les époques les plus favorables au génie sont celles des révolutions; le terme de la nôtre est arrivé; que les esprits agités par les orages politiques reportent leur énergie vers les sciences et les arts, qui seuls peuvent nous consoler de nos longs malheurs.

Voilà, citoyens, ce que la patrie attend de vous. Quant à moi, toutes mes facultés, tous mes instants sont à la République; cependant parmi les soins importants qui me sont confiés, je regarderai comme les plus intéressants et les plus honorables ceux que je prendrai pour un établissement mis au premier rang parmi les moyens de régénération et de prospérité publique.

L’assemblée procède par la voie du scrutin à la nomination d’un président et d’un secrétaire. Le citoyen Dussaulx, ayant obtenu la majorité absolue pour la présidence, est proclamé président. Le citoyen Chénier, ayant obtenu la majorité absolue pour la place de secrétaire, est proclamé secrétaire.

La discussion s’ouvre sur la question de savoir si les membres qui doivent compléter l’Institut national seront nommés à la majorité absolue, ou seulement à la pluralité; après avoir entendu plusieurs opinions, l’assemblée arrête que les membres qui doivent compléter l’Institut national seront nommés à la majorité absolue.

Un membre propose d’inviter le Directoire exécutif à provoquer auprès du Corps législatif (quelques changements à l’organisation même do l’Institut national ; le plus important consiste à former une classe entière pour les sciences militaires

et navales, il désire cependant que le nombre des membres qui doivent composer l’Institut ne soit pas augmenté. La discussion est ajournée à la seance suivante. L’assemblée arrête qu’avant d’examiner cette question, elle procédera dans la même séance aux oi)erations du scrutin nécessaire pour compléter l’Institut. Lu conseipience, elle arrête encore ([ue cluupie classe s’assemblera le lendemain 10 frimaire, poui' former le tableau des citoyens qu’elle croira les plus dignes d’être associés à scs travaux et de faire partie de l’institnt. Enlin, après avoir arrêté sur la proposition d’un membre que les titres IV et V de la loi rendue

l>'jt FONDATION DE L’INSTITUT NATIONAL

lc31mimairc dernier par la Convention nationale, sur l’organisation (le rinstrnetion piiblirpie, l’arrêtii dn Directoire ex(‘cntif relatif aux quarante-huit membres de rDistitut qui sont déjà nommés, la lettre écrite à rDistitut par les membres du Directoire exécutif et le discours prononce par le ministre seront insérés au procès-verbal, l’assemblée s’ajourne au surlendemain 17 frimaire à cinq heures du soir.

Deuxième séance du 17 frimaire an IV (8 décembre 1705).

Le président rend compte de deux lettres qui lui ont été adressées; l’une est du citoyen Lévesque de Pouilly qui remercie, en supposant qu’il n’y ait point de méprise sur la liste du Directoire exécutif; l’autre lettre est du citoyen Larcher qu’on avait consulté pour savoir s’il accepterait une place à l’Institut national, au cas qu’il fût choisi par les électeurs. Il s’excuse et remercie de toutes fonctions, en raison de son âge, de ses travaux et de ses infirmités. Un membre obtient la parole pour une motion d’ordre. 11 désire que l’assemblée .se constitue en Institut national, supposé qu’elle ne crût pas encore avoir ce caractère. Il demande aussi qu’il soit formé une commission de cinq membres pour rectifier, s’il y a lieu, le code réglementaire présenté par le Directoire exécutif, et préparer un travail sur le mode, le nombre et l’époque des élections. Cette proposition n’a pas de suite.

On a demandé au président lecture de la réponse qu’il a été chargé de faire à la lettre du Directoire exécutif. Cette réponse a été adoptée et envoyée sur-le-champ à son adresse. Elle est ainsi conçue :

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