LIBERTÉ. ÉGALITÉ
Paris, le 10 frimaire an IV de la République (7 décembre 1795).
Le président de l’Iuslilul national aux citoyens composant le Directoire exécutif.
Le Ministre de l’intérieur, citoyens, nous a communiqué votre lettre dans notre séance d’hier : que n’avez-vous pu voir la sensation qu’elle y a produite! Le beau moment! On eût dit que c’était la résurrection de la philosophie, des sciences, des lettres et des arts.
Après six années d’anxiétés, quel a été notre ravissement, lorsque nous avons entendu pour ainsi dire, vos éloquentes voix retentir dans
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l’un lies premiers sanctuaires de toutes les connaissances linmaines, nous rappeler à nos goûts primitifs; que dis-je? à nos goûts, à nos passions les plus ardentes, car ce n’est qu’à l’aide de leurs généreux élans que l’on peut agrandir la sphère des beaux-arts, perpétuer la gloire de sa patrie et s’immortaliser soi-même !
N’en doutez pas, citoyens, nous seconderons, autant qu’il est en nous, et le vœu du Sénat français et vos grandes intentions. Tout annonce déjà que l’Institut national se rendra digne de la protection du peuple souverain qui ne veut plus désormais obéir qu’aux lois qui prescrivent de bonnes mœurs, qui font respecter les droits de la raison et de l’humanité. Nos travaux antérieurs et nos inclinations habituelles vous sont garants du zèle que nous apporterons à tout ce qui peut affermir la liberté que nous avons conquise, cette sainte et sublime liberté sans laquelle l’bomme dégradé serait privé du ressort le plus puissant que l’Être suprême ait placé dans nos cœurs.
Nous brûlons, citoyens, de répondre à vos encouragements ; déjà nous nous sommes organisés et nous aurons recours à votre sagesse ainsi qu’à vos lumières, si quelque obstacle retardait notre marche.
Amis de la gloire et de la liberté de notre chère partie, vous voulez le bien, nous le voulons aussi. Le bien s’opérera, gardez-vous d’en douter. En effet, sous quels auspices plus heureux pourrions-nous recommencer notre carrière ! Toutes les factions conspiratrices baissent la tête, en présence de la majesté nationale, qui les surveille, toujours prête à les faire rentrer dans le néant, et nous devons espérer que le vaisseau de la République, après tant de tempêtes, voguera fièrement sur le courant des siècles tant que le soleil continuera d’éclairer ce bel Empire.
La nation française ne soupire plus qii’après le maintien de la constitution qu’elle vient de sanctionner. C’est au génie de l’Institut national, à ses orateurs, à ses poètes, à ses peintres, à la réunion de tous les talents, que le gouvernement y a rassemblés, qu’il convient spécialement de l’embellir, de la faire aimer, cette salutaire constitution, que nous regardons tous comme l’ancre sacrée de la République.
Nous vous promettons donc, citoyens, et nous jurons de nous dévouer tout entiers et sans réserve aux sublimes fonctions qui nous sont déléguées.
J. Dussaulx, 'président.
On a lait lecture des listes dressées par chaque classe de l’Institut, pour remplir les places vacantes dans les dillérentes sections. Sur la proposition d’un membre, l’assemblée arrête que les élections commenceront dans la séance suivante : en
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conséquence, elle s’ajourne au lendeinain 18 IVimaire h six heures du soir.
Troisième séance du 18 frimaire an IV (9 dcccnihre 1795).
L’ordre du jour étant sur les élections, apres quehpics propositions qui n’ont pas do suite, l’assemblée jiasse au scrutin individuel pour le premier membre de la section de mathématiques. Le citoyen Borda, ayant réuni la majorité absolue, est proclamé membre de l’Institut. Le citoyen Bossut obtient la majorité absolue des suiïrages pour la seconde place de la même section. Il est également proclamé membre de l’Institut. Sur la proposition d’un membre, l’assemblée arrête qu’elle nommera successivement et au scrutin individuel, deux membres de chaque section.
Les deux membres de la section de mathématiques se trouvant nommés, elle passe aux autres sections. En conséquence, le président proclame dans l’ordre ci-après, membres de l’Institut national, les citoyens :
Le Roy Section des arts mécaniques.
Perrier — —
Lemonnicr Section d’astronomie.
Pingré —
Brisson Section de physique expérimentale.
Coulomb — —
Fourcroy Section de chimie.
Bayen —
Desmarets Section d’histoire naturelle et minéra-
logie.
Dolomieu — —
Adanson Section de botanique et physique végétale.
Jussieu — —
Portai Section de médecine et chirurgie.
Ilallé — —
q'enon Section d’anatomie et zoologie.
Broussonet (1) —
On observe (pi’il faut passer aux sections qui composent la
(1) liroussonct avait donné sa démission, mais il l’a retirée le 15 juin I7'Jü, et la première classe lui a rendu sa place le 7 juillet suivant.
NOMINATIONS 0 M l' I. É M LNT A 1 li li S
seconilo classe, du soir.
L’assemblée s’ajourne au lendemain à six heures
Quatrième séance du 19 frimaire an IV (10 décembre l/9o).
L’assemblée procède aux opérations du scrutin.
Le président proclame successivement membres de ^Institut national des sciences et des arts, les citoyens :
'fessier Section d’économie rurale et art vétéri-
naire.
Iluzard —
Garat (1) Section de l’analyse des sensations et des
idées.
G ingu en é —
Grégoire Section de morale.
La Reveillère-Lepcaux. . —
Merlin, de Douai Section des sciences sociales et législation.
Pastoret —
Dupont, de Nemours. . . . Section d’économie politicpie.
Lacuée — ~
Raynal (2) Section d’histoire.
Anquetil, auteur de ï Esprit de la Ligue —
Reinhard Section de géographie.
Fleurieu —
Yillars Section de grammaire.
J. -B. Louvet —
Ces nominations faites, l’assemblée s’ajourne au surlendemain 21 frimaire à six heures du soir.
Cinquième séance du 21 frimaire an IV (12 décembre 1795).
Le président, après le dépouillement des scrutins, a
proclamé membres de l’Institut, les citoyens :
(1) Le Directoire ayant nommé Garat à la i)lace de Léves(|iic de Pouilly, celle place est devenue vacante. Cabanis a élé appelé à la remplir par un vote dii 24 frimaire.
(2) liaynal, démissionnaire, a été remplacé seulement après son décès, le 5 tliermidor an V, par liouchaud.
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Silvcslre de Sacy (1). . . . Section des langues anciennes.
Dulheil — —
Dclille Section de poésie.
Ducis —
Leblond Section des antiquités et monuments
David Le Uoy — —
Vieil Section de peinture.
Vincent —
Julien Section de sculpture.
Moitte —
Paris (2) Section d’architecture.
Boullée —
Avant de procéder au dépouillement des scrutins pour la section de musique et de déclamation, un membre lit un discours important (3) et conclut en demandant pour la déclamation trois places des six accordées à la section qu’elle partage avec la musique.
L’assemblée, adoptant les conclusions de l’opinant, arrête que l’art de la déclamation aura trois places dans l’Institut.
On a continué les scrutins, et le président a proclamé membres de l’Institut, les citoyens :
Gossec Section de musique et déclamation.
Préville (4) — —
L’assemblée s’ajourne au lendemain 22 frimaire à six heures du soir.
Sixième séance du 22 frimaire an IV (13 décembre 1795).
L’Institut a passé tout do suite au dépouillement des scrutins, et le president a proclamé membres do l’Institut national, les citoyens :
(1) Silvcslre de Sacy, démissionnaire, a élé remplacé par Larcher le 5 thermidor an V.
(2) Paris, démissionnaire, a élé remplacé par Dufourny, le 5 thermidor an IV.
(3) Ce discours n’a pas été conservé et son auteur no nous est pas connu,
(4) Prévillc, démissionnaire, a été remplacé par Grandménil, le 5 thermidor an IV.