CHAPITRE PREMIER
LE GÉNÉRAL BONAPARTE
Le coup d’État de fructidor. — Barthélemy, Pastoret, Sicard, Fontanes et Carnot sont exilés. — La première classe de l’Institut est mise en demeure de remplacer Carnot. — Les candidats présentés par la section de mécanique. — La liste de présentation. — Dillon. — Montalembert.
— Les titres de Bonaparte. — Ouvrages qu’il a publiés. — Sa lettre à l’abbé Oriani. — Le mémoire présenté à l’Académie de Lyon. ■ — Nomination de Bonaparte. — Le rapport sur le cachet typographique de Hanin.
— Lettre de remerciements de Bonaparte à l’Institut. — La voiture à vapeur de Cugnot. — Les travaux académiques de Bonaparte. — Lettre d’.Andrieux à Bonaparte. — Organisation de l’expédition d’Egypte. — Harangue aux troupes réunies à Toulon. — Composition des armées de terre et de mer. — La Commission des sciences et arts. — Proclamation à l’armée. — Formation do l’Institut d’Égypte. — Ses membres. — Questions proposées par Bonaparte. — Bonaparte abandonne l’Égypte. — Proclamation à l’armée. — Retour à Paris. — La séance du 5 brumaire an VIH à l’Institut de France. — Médaille offerte à Bonaparte.
Les laits qui se rattachent à la nomination de Napoléon Bonaparte comme membre de l’Institut national sont pou connus; l’inlluence qu’il a exercée en cette qualité sur la marche et le progrès des sciences, délaissée par ses historiens, paraît avoir été considérée comme n’ayant qu’une importance très secondaire. C’est là, en efièt, la plus modeste page d’une vie féconde en grands événements, mais il nous a paru intéressant de la mettre en lumière et d’en faire l’ohjet d’une courte notice.
^202 BONAPARTE MEMBRE DE L’INSTITUT NATIONAL
Nous offrons le résultat de ces recherches à ceux qui pensent que les petits côtés de l’histoire peuvent aussi présenter d’utiles enseignements.
A la fin du siècle dernier, la France, violemment secouée par des guerres successives, devait déjà à Bonaparte des succès dont elle pouvait se montrer reconnaissante ; le siège de Toulon avait mis en relief les hautes facultés militaires du général, la journée du 13 vendémiaire avait considérablement accru sa popularité, dont il prenait d’ailleurs quelque soin; un peu plus tard, la soumission du Piémont, la conquête de la Lombardie, Arcole, Rivoli, tant d’autres brillants faits d’armes, la signature à Leoben des préliminaires d’un traité de paix impatiemment désiré, avaient jeté sur sa personne un lustre incomparable.
Quelques mois après ce dernier événement, le Directoire accomplissait le coup d’État de l’an V ; les décrets de proscription des 19 et 22 fructidor (5 et 8 septembre 1797) frappaient l’Institut national dans de chères affections et le privaient de cinq de ses membres ; Barthélemy, Pastoret, Sicard, Fontanes et Carnot. Ce dernier, visé spécialement par les décrets, avait échappé aux recherches actives dont il était l’objet et n’avait pu encore fuir le territoire de la République, que l’Institut était mis en demeure de pourvoir au remplacement de ceux de ses membres que le coup d’Etat dépossédait.
C’est sous cette impression particulièrement douloureuse que la section des arts mécaniques de la première classe, à laquelle appartenait l’illustre exilé, dut se préoccuper d’élire à sa place ainsi déclarée vacante. Le 21 brumaire anVl(11 novembre 1797), conformément aux dispositions de la loi du 15 germinal an IV (4 avril 1796) (1), il fut procédé à un scrutin préparatoire où les candidats obtinrent les nombres suivants ;
Bonaparte 'LU
Dillon 371
Montalembert 367
Lamblardy 348
Molard 303
Louis Berllioud 267
(1) 10. Quand une place sera vacante notification de cette vacance s’il y a lieu ou non de procéder
Cal 1 et 265
Bréguet 206
Lenoir 191
.Janvier 157
Grobert 124
Servières 106
mois après la voie du scrutin, d’avis qu’il
dans une classe, un a classe délibérera, par la à la remplir. Si la classe est
LE GÉNÉRAL BONAPARTE
En conséquence de ce vote, la première classe, sur le rapport de la section des arts mécaniques, proposa dans la séance générale du 5 frimaire an VI (25 novembre 1797) une liste formée ainsi qu’il suit ;
Bonaparte.
Dillon.
Montalembert.
Les candidats présentés en même temps que Bonaparte étaient deux savants remarquables.
Dillon (Jacques-Vincent-Marie, de Lacroix), né à Capoue en 1760, avait fait ses premières études à l’École militaire de Naples et était rapidement parvenu au grade de capitaine dans le corps des ingénieurs hydrauliciens, récemment formé ; chargé par son gouvernement d’une mission qui l’avait appelé à Paris, il s’y était fixé et avait publié plusieurs mémoires importants sur les constructions hydrauliques ; le Bureau de consultation avait décerné à ses travaux la somme la plus élevée des récompenses accordées aux plus utiles découvertes; sa nomination
n’y a point lieu d’y procéder, elle délibérera de nouveau sur cet objet trois mois après, et ainsi de suite.
11. Lorsqu’il sera arrêté qu’il y a lieu de procéder à l’élection, la section dans laquelle la place sera vacante présentera à la classe une liste de cinq candidats au moins.
12. S’il s’agit d’un associé étranger, la liste sera présentée par une commission formée d’un membre de chaque section de la classe, élu par cette section.
13. Si deux membres de la classe demandent qu’un ou plusieurs autres candidats soient portés sur la liste, la classe délibérera par la voie du scrutin, et séparément, sur chacun de ces candidats.
14. La liste étant ainsi formée et présentée à la classe, si les deux tiers des membres sont présents, chacun d’eux écrira sur un billet les noms des candidats portés sur la liste, suivant l’ordre du mérite qu’il leur attribue, en écrivant 1 vis-à-vis du dernier nom, 2 vis-à-vis de l’avant-dernier nom, 3 vis-à-vis du nom immédiatement supérieur, et ainsi du reste jusqu’au premier nom.
15. Le président fera à haute voix le dépouillement du scrutin, et les deux secrétaires écriront au-dessous des noms de chaque candidat les nombres qui leur correspondent dans chaque billet. Ils feront ensuite les sommes de tous ces nombres, et les trois noms auxcjuels répondront les trois plus grandes sommes formeront, dans le même ordre, la liste de présentation à l’Institut.
BONAPARTE MEMBRE DE L’INSTITUT NATIONAL
de vérificateur général du système nouveau des poids et mesures avait précédé de peu son élévation à la place enviée de professeur d’arts et métiers aux Écoles centrales.
Montalembert (Marc-René, marquis de), ingénieur distingué, était bien connu de l’Institut tout entier; il avait appartenu à l’ancienne Académie des sciences, dès l’année 1747, au titre d’associé libre. Ses travaux étaient nombreux, on lui devait notamment les ouvrages dont les titres suivent : Mémoire historique sur la fonte des canons en fer (1758), La fortification 'perpendiculaire, ou essai sur plusieurs manières de fortifier la ligne droite, le triangle, le carré et tous les 'polygones, de quelque étendue qu en soient les côtés, en donnant à leur défense une direction perpendiculaire (1776-1786), 11 vol. in-4".
Les recueils de l’Académie renferment plusieurs mémoires de ce savant : Sur les salines (1 748) ; Sur la rotation des boulets dans les pièces de canon (1755); Sur la qualité de fonte la plus convenable à V artillerie (1759).
Sceau de la classe des sciences physiques et mathématiques
Les titres scientifiques de Bonaparte étaient moins sûrement établis; sa vie, jusque-là prodigieusement occupée, ne lui avait pas laissé le loisir de publier aucun travail qui parût de nature à lui assurer le suffrage des savants.
Les résultats de la brillante campagne d’Italie étaient présents à l’esprit de tous. Chacun connaissait la liste des œuvres d’art, ou de science que Parme, Modène, Bologne, Pavie, Rome, Trévise,Fano, Milan, Crémone, Cento, Mant,oue,Pesaro, Lorette, Pérouse, Foligno, Vérone, Venise, Monza, Ferrare, Livourne et Massa nous avaient abandonnées, non sans regrets. L’astronome Barthélemy Oriani avait reçu du général en chef la lettre suivante, qu’ou voulut bien alors considérer comme l’un de ses meilleurs titres académiques :
LE GÉNÉllAL BONAPARTE
Au quartier général, à Milan, le 5 prairial an V.
Les sciences qui honorent l’esprit humain, les arts qui embellissent la vie et transmettent les grandes actions à la postérité, doivent être spécialement honorés dans les gouvernements libres. Tous les hommes de génie, tous ceux qui ont obtenu un rang distingué dans la république des lettres, sont Français, quel que soit le pays qui les ait vus naître.
Les savans, dans Milan, n’y jouissoient pas de la considération qu’ils doivent avoir; retirés dans le fond de leur laboratoire, ils s’estimoient heureux que les rois et les prêtres voulussent bien ne pas leur faire de mal ; il n’en est pas ainsi aujourd’hui, la pensée est devenue libre dans l’Italie, il n’y a plus ni inquisition, ni intolérance, ni despotes. J’invite les savans à se réunir et à me proposer leurs vues sur les moyens qu’il y auroit à prendre, où les besoins qu’ils auroient, pour donner aux sciences et aux beaux-arts, une nouvelle vie et une nouvelle existence. Tous ceux qui voudront aller en France, seront accueillis avec distinction par le Gouvernement. Le peuple français ajoute plus de prix à l’acquisition d’un savant mathématicien, d’un peintre de réputation, d’un homme distingué, quel que soit l’état qu’il professe, que de la ville la plus riche et la plus abondante. Soyez donc, citoyen, l’organe de ces sentimens auprès des savans distingués qui se trouvent dans le Milanais.
Buonaparte.
Mais tout cela paraissait insuffisant à quelques esprits éclairés ne connaissant des travaux personnels du général que quelques fragments d’une Histoire de Corse, dont il adressait en 1786 les premiers chapitres à l’abbé Raynal(l); un Mémoire sur la culture du mûrier {^); une Lettre à Matteo Butta foco, député de la Corse, violent écrit tout en faveur de Paoli (3) ; le mémoire
(1) Ces fragments ont été publiés, en 1843, dans le journal l'Illustration, sous le titre de : Lettres sur la Corse à l'abbé Raynal.
Le manuscrit de ce document existe encore. Il a été vendu au mois de mai 1887, à l’hôtel Drouot, pour la somme de 5500 francs. C’est, tout naturellement, un Anglais qui l’a acheté. Il se compose de huit pages pleines, in-folio, à deux colonnes, d’une écriture line et serrée.
(“2) Ce mémoire paraît avoir été publié en 1789, la Bibliothèque nationale ne le possède pas.
(3) Lettre de M. Buonaparte à M. Matteo Buttafoco, député de la Corse a l’Assemblée nationale. Joly, à Dole, 1790. Opuscule in-8“ de 21 pages. Cette brochure est signée : « Buonaparte. De mon cabinet Demillelh, le 23 janvier, l’an second. j> Son impression a été votée par le club patriotique d’Ajaccio. Elle a été réimprimée en 1821.
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présenté au concours institué par l’abbé Raynal à l’Académie de Lyon (1) et auquel le Mémorial de Sainte-Hélène a attribué une valeur qu’il n’avait pas ; le célèbre Souper de Beaucaire (2) ; enfin un opuscule intitulé ; Politique militaire de la Corse (3).
Cependant, les trois classes composant l’Institut national concourant alors à la nomination des membres de chacune d’entre
(1) L’Académie de Lyon avait proposé en 1791, pour sujet d’un prix qu’elle avait à décerner, au nom de l’abbé Raynal, la question suivante : « Quelles vérités et quels sentiments importe-t-il d’inculquer aux hommes pour leur bonheur? »
Dumas, secrétaire perpétuel de l’Académie de Lyon, donne sur ce mémoire quelques renseignements que nous croyons bien peu connus ; il y a loin de ce qu’on va lire à l’assertion du Mémorial de Sainte-Hélène, qui dit que le mémoire de Bonaparte « fut fort remarqué s.
î Seize mémoires furent envoyés au concours, dit Dumas, celui de Bonaparte était inscrit sous le numéro 15. La Commission d’examen se composait de MM. de Campigueules, Jacquet, Matton de la Cour, Vasselier et de Savy, qui fut le premier maire de Lyon. Après un mûr examen, aucun des ouvrages ne parut mériter la couronne. Quant au travail du jeune Bonaparte, il fut jugé d’une très grande médiocrité, d’après les extraits qui en furent faits par MM. Vasselier et de Campigueules. Vasselier se bornait à dire : « Le numéro 15 est un songe très prolongé. » M. de Campigueules entrait dans de plus grands détails : « Le numéro 15 n’arrêtera pas longtemps, « disait-il, les regards des commissaires; c’est peut-être l’ouvrage d’un « bomme sensible, mais il est trop mal ordonné, trop disparate, trop « décousu et trop mal écrit pour fixer l’attention. »
Le prix fut proposé de nouveau pour 1793 et décerné à Daunou.
Le manuscrit de Bonaparte disparut des archives de l’Académie de Lyon et fut détruit plus lard par son auteur, mais une copie en ayant été conservée par l’un des frères de l’empereur, il put être publié en 1826, par le général Gourgaud, sous le titre suivant : Discours de Napoléon sur les vérités et les sentiments qu'il importe d' inculquer aux hommes pour leur bonheur, ou ses idées sur le droit d'aînesse et le morcellement de la propriété, suivies de pièces sur son administration et ses projets en faveur des Grecs. Paris, Baudouin frères, libraires, rue de Vaugirard,n“17. 1826, 1^8® de iii-170 pages.
(2) L’édition originale du Souper de Beaucaire n’existe pas à la Bibliothèque nationale. Cet opuscule a été imprimé chez Sabin-Tournal, rédacteur et imprimeur du Courrier d'Avignon. 11 a été réimprimé en 1821, par Frédéric Boyou et publié chez Terry, au Palais-Royal ; une autre édition en a été donnée, la même année, par Chaumerot ainé. Ces deux éditions renferment également une réimpression de la Lettre à Matteo Buttafoco.
(3) Nous n’avons pas trouvé trace de cet opuscule à la Bibliothèque nationale.
LE GÉNÉRAL BONAPARTE
elles, il fut procédé au scrutin dans la séance générale du 5 nivôse an Y1 (25 décembre 1797). Cent quatre membres étaient présents; Bonaparte obtint 305 votes, Dillon 166, Montalembert 123. C’était runanimité moins sept voix.
Camus, président de l’Institut, proclama le citoyen Bonaparte l’iin des membres de la Compagnie dans la section des arts mécaniques de la première classe. ^
A une époque où l’Institut, composé d’hommes illustres parmi lesquels on comptait Laplace, Cuvier, Lagrange, Darcet, Monge, Prony, Lalande, de Jussieu, Vauquelin, Delambre, Berthollet, avait pris la tète du mouvement scientifique et lui avait imprimé une irrésistible impulsion, au moment même où la savante assemblée fixait l’attention du monde entier par les découvertes et les travaux qui font immortalisée, elle eût pu peut-être se montrer plus sévère et n’accueillir qu’avec quelque réserve une candidature qui n’était pas exclusivement scientili que; mais il est juste de le dire : en s’adjoignant le général tant de fois victorieux déjà, la première classe de l’Institut, imitant en cela la majorité du pays, obéissait à des sympathies aussi vives qu’elles étaient explicables.
En recherchant le titre de membre de l’Institut que peu de temps après il plaçait en tète de ses proclamations, Bonaparte suivait avec persévérance la voie qu’il s’était tracée et montrait l’importance attachée par lui à la haute situation qu’il avait conquise.
Et pourtant, comme l’a dit d’ailleurs avec tant d’autorité F. Arago : « Est-il aucune considération au monde qui doive taire accepter la dépouille académique d’un savant victime de la rage des partis, et cela surtout lorsqu’on se nomme le général Bonaparte? Je me suis souvent abandonné, dit l’illustre secrétaire perpétuel, à un juste sentiment d’orgueil en voyant les admirables proclamations de l’armée d’Orient, signées : Le membre de rinslitul, Général en chef ; mais un serrement de cœur suivait ce premier mouvement lorsqu’il me revenait à la pensée que le membre de l’Institut se parait d’un titre qui avait été enlevé à son premier protecteur et à son ami (1). »
Dans le précieux ouvrage de MM. Bourquelotet Louandre sur la littérature contemporaine, il est dit que, lors delà réception
<1) Eloge de Carnot.
BONAPARTE MEMBRE DE L’INSTITUT NATIONAL
de Bonaparte comme membre de l’Institut, plusieurs discours lurent prononcés par Prony, Monge, Lassus, Fourcroy, Toulongeon et Garat. Nous n’avons aucun moyen de vérifier cette assertion, mais nous la croyons de tous points erronée ; les procèsverbaux ne font pas mention de cette particularité, et il est bon d’ailleurs de faire remarquer qu’elle eût été contraire aux usages académiques. Les journaux du temps que nous avons consultés ne relatent pas le fait, qui, nous semble-t-il, n’aurait pas dû passer inaperçu.
Dès le lendemain de sa nomination, le 6 nivôse, le nouvel élu prenait place au milieu de ses confrères, et la classe le chargeait, conjointement avec Monge et Prony, d’examiner un cachet typographique que lui avait soumis un nommé Hanin.
On lit à ce sujet dans le Courrier de Paris du 16 nivôse an VI (5 janvier 1798) un article ainsi conçu : « A la séance de l’Institut du 11 nivôse, le général Bonaparte a lu un rapport dont il avait été chargé, sur le cachet typographique du citoyen Hanin, connu par l’invention de plusieurs pesons ingénieux. Le rapporteur a été clair et concis ; il a fait sentir tous les avantages de cette machine, à l’aide de laquelle un particulier, quoique peu exercé dans l’art typographique, peut composer et imprimer rapidement des circulaires dont l’étendue n’excéderait pas celle d’une page in-4“. »
Cette erreur a été plusieurs fois reproduite, notamment dans l’ouvrage que nous citions tout à l’heure, et il nous a semblé d’autant plus intéressant de la rectifier, que c’est à l’aide de ce cachet typographique que s’imprimaient plus tard les Bulletins de la grande armée.
Le rapport dont il est question ici, et dont la première classe a en elfet entendu la lecture dans sa séance du 11 nivôse, ne doit pas être attribué à Bonaparte. La minute en a été conservée et figure aux archives de l’Académie des sciences ; elle est tout entière de la main de Prony, qui l’a signée, et elle est seulement revêtue des signatures de Monge et de Bonaparte.
On ne peut même pas supposer que ce dernier ait lu le rapport que Prony avait rédigé, les trois commissaires assistant à la séance.
Pour donner une entière certitude a cet égard, nous citerons les premières lignes du rapport précédées de quelques mots
Page 208-
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LE GÉNÉRAL BONAPARTE
extraits du procès-verbal : a. Le citoyen Proiiy lit, en son nom et en celui des citoyens Monge et Bonaparte, le rapport suivant sur un instrument nomme cachet typographique de l’invention du citoyen llanin. »
« Nous avons été chargés par la classe, les citoyens Monge, Bonaparte et moi, de lui faire un rapport sur un instrument perfectionné par le citoyen llanin. »
Il est donc possible que le rapporteur ait été clair et concis, cela même est certain puisque le document existe et peut être utilement consulté; mais ce rapporteur n’est point Bonaparte.
C’est dans cette même séance du il nivôse que Camus, alors président, donnait lecture de la lettre suivante qui lui était adressée; cette lettre, tout entière de la main de Bourrienne, est seulement signée de Bonaparte :
Paris, le 6 nivôse an VI de la République française une et indivisible.
Citoyen Président, le suffrage des hommes distingués qui composent l’Institut m’honore.
Je sens bien qu’avant d’être leur égal, je serai longtemps leur écolier.
S’il était une manière plus expressive de leur faire connaître l’estime que j’ai pour eux, je m’en servirais.
Les vraies conquêtes, les seules qui ne donnent aucun regret, sont celles que l’on fait sur l’ignorance.
L’occupation la plus honorable comme la plus utile pour les nations, c’est de contribuer à l’extension des idées humaines.
La vraie puissance de la République française doit consister désormais à ne pas permettre qu’il existe une seule idée nouvelle qu’elle ne lui appartienne.
Bonaparte.
La classe ayant reçu le même jour un mémoire et un instrument relatifs à la tactique militaire. Borda, Coulomb, Laplace et Bonaparte furent chargés de lui en rendre compte. Les commissaires déclarèrent dans la séance suivante, celle du 10 nivôse, qu’il ne leur paraissait pas qu’il pût être fait de rapport sur cet objet.
Le 11 pluviôse an VI (,S0 janvier 1708), la classe recevait un mémoire important dont la présentation est consignée au procèsverbal dans les termes suivants :
E. Maindkon. Il
BONAI'ARTE MEMURK DK L’INSTITUT NATIONAL
« Le sccrôloire lit une note remise par le citoyen llonaparte qui la tient du citoyen Rolland, relative à une voiture mue [»ar la vapeur. Les citoyens Lonlornb, Rcrrier, Ronaparte et l'rony sont charn-és de faire un rapport sur cette macliine et d’eni>ager le citoyen Lugnot, qui en est railleur, à assistci' à rexjHM'ience ([u’on en fera et de iirésenter en même temps des vues sur la
meilleure manière d’appliquer l’action de la vapeur au transport des fardeaux. »
Aucun rapport ne fut fait à l’occasion de cette grande découverte, et ce ne fut qu’incidemment que deux ans et demi plus tard, le nom de Cugnot, célèbre aujourd’bui, appela de nouveau l’attention de la première classe de l’Institut. En effet, le 13 tbermidor an Ylll (i'-- août 1800), le Ministre de l’intérieur adressait au président de l’Institut national la lettre qui suit :
11 vient, citoyen, de m’èlre adressé, par le liquidateur général de la dette publique, une lettre dans laquelle il m’informe que le G. Nicolas Joseph Cugnot demande le rétablissement d’une pension de GOO fr. qu’il avoit obtenue en considération des inventions utiles qu’il a faites pour le service de l’artillerie. Il ajoute que cet artiste paroît avoir fait plusieurs découvertes en mécanique et composé des ouvrages dont l’aiT militaire doit avoir recueilli les plus grands avantages; qu’il a imaginé des fusils que le de Saxe s’empressa d’adopter pour ses houlans; une planchette et une alidade que tous les ingénieurs ont admises; enfin qu’il est l’auteur des Élémens d’artillerie ancienne et moderne et d’un Traité sur les fortifications.
Le liquidateur général, avant de faire statuer sur la demande du G. Cugnot, désire connoître l’avis de l’Institut national sur le mérite des ouvrages de cet artiste.
Je vous invite, citoyen, à soumettre ces ouvrages à l’examen et à me faire passer les rapports qui auront été approuvés.
Je vous salue. L. Bonaparte.
La première classe de l’Institut s’empressa de satisfaire au désir exprimé par Lucien Ronaparte, et le 21 thermidor an Ylll (9 août 1800), Lalande, au nom d’une commission dont il faisait partie avec Messier et Prony, donnait lecture du rapport suivant, qui, par suite d’un oubli regrettable, ne figure pas au procèsverbal de la séance, mais se trouve cependant aux archives de l’Académie des sciences.
Le Ministre de l’Intérieur, par sa lettre du 13 thermidor, demande, d’après le désir du Liquidateur général de la dette publique,
LE (IÉNRIIAL BOMAPAUTE
l’avis (le rinslitul sur le mérite des ouvrages du cil. Cugiiol. hii cnusé(|uence, nous avons examiné ses ouvrages, ses élémeiis de l’art mililaire ancien et moderne, 17()(), 'i vol.; sa (orlitication de campagne lhéori(iue et prali(iue, 170'J; sa théorie de la forlificalion avec des observations sur les ditlérens systèmes qui ont paru depuis l’invention de l’artillerie et une nouvelle manière de construire des places. On y voit le talent et les idées d’un très habile ingénieur. Dans le môme volume on trouve la description de sa nouvelle planchette, avec la manière de s’en servir, et des planches. Sa machine à feu pour le service de l’artillerie et qui fut éprouvée avec succès à l’Arsenal; son fusil de nouvelle construction qui avoit été adopté par le maréchal de Saxe éloient connus du général de Gribeauval sous lequel il avoit servi en Allemagne, et qui lui fit donner une pension de GOO"’^ par Brevet du 6 nov. 1779, ew considération des découvertes utiles qu'il a faites pour le service de l' artillerie, ce
sont les ternies du brevet.
Le général Bonaparte communiqua, le 11 pluviôse de l’an VI à l’Institut un mémoire relatif à la machine à feu; on nomma pour Commissaires les cil. Bonaparte, Périer, Coulomb et Prony et quoique le voyage d’Égypte ait empêché le rapport d’être fait par écrit, nous avons eu connoissance du mérite de cette voilure à feu.
Depuis 1763 que le cit. Cugnot quitta le service, il n’a cessé d’instruire dans Part de la guerre de jeunes militaires qui ont rendu témoignage de son talent.
Le maréchal d’Estrées fut très-satisfait de sa fortification de campagne, comme l’un de nous l’a su du marquis de Courtanvaux, son neveu.
Parvenu à l’âge de 7r> ans, Cugnot ne peut plus faire usage de ses talens et il manque du nécessaire. Eu conséquence nous croyons que l’Institut doit opiner pour la conservation de la petite pension sur laquelle il est consulté par le Ministre.
Fait à l’Institut, le 21 thermidor an VIII.
Signé : Lalande, Messieii, Prony.
Le modèle de la voilure à vapeur de Cugnot a été recueilli au Conservatoii'e des arts et métiers, et M. le général Morin a donné à son sujet, dans les Comjiles rendus des séances de l'Académie (t. XXXIl, p. f)24, 14 avriH854), une notice accompagnée de ])ièces oflicielles établissant les di'oits de Cugnot à la priorité de l’application de la vapeur à la locomotion.
Malgré la ])iil)lication de ces derniers documents, malgré rimportance capitale de la découverte dont il s’agit, le nom de
212 nONAl'AllTE MEM15UE DE L’INSTITUT NATIONAL
riiabile ingénieur étail resté oublié, le pays devait à Cugnot une juste réparation.
Elle paraît lui être assurée. Un monument doit lui être élevé dans le département de la Meuse, à Void, son pays natal. On ne pourrait qu’applaudir à cette généreuse initiative prise par quelques amis des sciences, sympathiques à la mémoire du savant ingénieur.
Voiture à vapeur de N.-J. Cugnot.
L’occasion se présentant ici de faire connaître l’intervention directe de Bonaparte dans les travaux académiques, disons tout de suite les circonstances dans lesquelles il lut chargé, conjointement avec quelques-uns de ses confrères, de l’examen de diflérents mémoires soumis à la haute appréciation de la savante assemblée.
Le 1" germinal an VI (21 mars 1798), Bonaparte présentait une carte géographique que Guillaume Haas, de Bâle, venait de publier; Bonaparte et Leroy furent nommés commissaires, mais ils ne firent point de rapport.
Le 16 pluviôse an VII (4 février 1799), le Ministre de la marine ayant transmis un échantillon de papier paraissant propre à faire des gargousses, la classe nomma Desmaretz, Deyeux, Darcet et Lahergerie, qui donnèrent un premier rapport le 21 germinal (10 avril); mais la question parut susceptible d’un examen plus approfondi, car le 11 brumaire an VIII (2 novembre 1799), Bonaparte, alors de retour de sa campagne d’Égypte, fut adjoint à la première commission qui, après avoir procédé à de nouvelles expériences, fit un second rapport le C frimaire (27 novembre).
Peu de jours auparavant, le 1““' brumaire (23 octobre), Biot ayant présenté un mémoire portant pour titre : Considérations
Lli r.lîNÉr.AL BONAI'ARTE sur les équaiious aux différences mêlées, Laplacc, Bonaparte et Lacroix rurent chargés de rexaminer.
Le :21 du même mois (12 novembre), la Commission conclut a rim[tression du travail de Biot au Recueil des savants étrangers.
C’est à rexamen des divers mémoires que nous venons de citer que s’est bornée la coopération du général aux travaux de la première classe de l’Institut; encore devons-nous faire remarquer qu’il n’est l’auteur d’aucun des rapports auxquels ces mémoires ont donné lieu.
Il n’était pas indispensable d’ailleurs que Bonaparte fît œuvre d’académicien, l’influence considérable qu’il exerçait autour de lui par des succès admirables et ininterrompus, les sentiments de déférence qu’il manifestait en toute circonstance à l’égard de la classe, lui avaient assuré de la part de l’Institut tout entier un attachement vif et sincère.
Le 8 floréal an VI (27 avril i 798), il recevait la lettre suivante, qu’il nous a paru intéressant de reproduire ;
Au citoyen Bonaparte,
Un compositeur étranger a envoyé à l’Institut national différents morceaux de musique qu’il vous dédie. Le rapport de notre collègue Gossec vous en fera connaître le mérite.
Comme l’Institut ne chante guère, il a cru que ces morceaux seraient mieux placés au Conservatoire de musique qui ne demandera pas mieux que de vous les faire entendre quand vous en aurez le loisir. Je vous fais passer copie du rapport et l’épître dédicatoire de l’auteur.
Je salue le héros que j’ai l’honneur d’avoir pour collègue.
Andrieux.
P. -S. — L’auteur est M. Reicha, de Berlin; il n’a pas jugé à propos de signer sa lettre; mais il paraît cependant avoir voulu se faire connaître, car son nom est en tête de chaque cahier de sa composition.
Bonaparte recevait cette lettre, au moment meme où le Directoire, jaloux et justement préoccupé de l’autorité qu’il avait acquise, acceptait avec une joie mal dissimulée le projet que lui soumettait le général de coloniseï’ l’Egypte après en avoir oj)éré la complète.
« Éloigner de Paris le vainqueur de l’Italie, mettre ainsi un terme aux éclatantes démonstrations populaires dont sa pré-
21i J‘>0NA1‘AI{TE MEMIU’.K DE L’INSTITUT NATIONAL
seiice ütilii paiioul l’ol)j(3t, et qui, lut ou tard, seraient deveiuies un v(U’ital)le danger, e’iUait tout ce ([ue voulaient alors les cinq chefs de la Uépuhliiiuc (l). »
Fort de Tappui qu’il rencontra dans cette occasion, Bonaparte, avec la puissante activité dont il avait le secret, surveilla lui-mêine la proini>te exécution de ses desseins; le soin qu’il prit de s’entourer, sur les conseils de Monge et de Berlliollet, de savants et d’artistes parmi lesquels on j)Ouvait compter de grands talents, devait, pensait-il, assurer le succès de cette vaste entreprise.
Arrivé à Toulon le 19 floréal an AT (8 mai 1798), Bonaparte adressait le surlendemain aux troupes qu’il y avait réunies, la harangue qui suit :
Officiers et soldats,
Il y a deux ans que je vins vous commander. A cette époque vous étiez dans la rivière de Gènes, dans la plus grande misère, manquant de tout, ayant sacrifié jusqu’à vos montres pour votre subsistance réciproque. Je vous promis de faire cesser vos misères, je vous conduisis en Italie, là, tout vous fut accordé..... Ne vous ai-je pas tenu parole? (Cri général : Oui! oui!)
Eli bien! apprenez que vous n’avez point encore assez fait pour la patrie et que la patrie n’a point encore assez fait pour vous!
Je vais actuellement vous mener dans un pays où par vos exploits futurs, vous surpasserez ceux qui étonnent aujourd’hui vos admirateurs, et rendrez à la patrie les services qu’elle a le droit d’attendre d’une armée (ï invincibles.
Je promets à chaque soldat qu’au retour de cette expédition il aura à sa disposition de quoi acheter six arpens de terre.
L’armée de mer était constituée de la manière suivante
Brueys, vice-amiral, commandant l’escadre;
Villeneuve, Blanquet-Duchayla, Decrès, contre-amiraux; Ganteaume, chef d’Etat-major ;
Dumanoir Le Peley, chef de division, commandant le convoi; Leroy, commissaire ordonnateur en chef de la marine.
Treize vaisseaux :
L'Orient armé de 1^0 canons, capitaine Casa Bianca.
Le Guillaume Tell . — 80 — — Saunier.
Le Tonnant — 80 — — Du Petit Thouars.
(1) Arago, Eloge historique de Fourier,
LE Gl':Nl':nAL gonaparte
Le Franklin armé de 80 canons capitaine Gillet.
IL Aquilon — 7i — — Thévenard fils.
Le Généreux — 74 — — Lejoille.
Jje Mercure — 74 — — Lalonde.
Ij Heureux — 74 — - -- ^tienne jeune.
Le Guerrier — 7 i — - - Triillet aîné.
Le Timoléon — 7i- — — Trullel jeune.
Le Peuple soitre -
rain -- 74 — -- Uacord.
Le Conquéranf -- 7 i — Dalharade.
Le Spartiate — 74- — Emeriau.
Le Dubois^xénlüen
, commandant le convoi —
Lelong.
Le Gausse, vénitien
1, servant d’hôpital. ... —
Lallement.
Huit frégates La Diane
armée de 40 canons, —
Soleil.
La Justice
— iO — —
Villeneuve.
La J U non
Pounjuier.
L' Arthémise
Standeley.
L'Alceste
Barrey.
La Fortune
Marchand.
La Sérieuse
Martin.
La Courageuse. . . .
— dC) — —
Eydoux.
Six frégates non armées :
La Sensible
Bourdet.
Le Muiron
Maillet.
Fichet.
Colette.
ÏjC Carrère.
La Léoben
ÏAi Mantoue ......
Coïens.
La Montenotte
Teni[)ier.
Benauld.
Deux bricks :
Le Coreyre
armé de 1 i canons, —
Le Lodi
Senneipiier.
Deux bricks non armés, corvettes, cutters, avisos, chaloupes canonnières au nombre d’environ
Le iiomijre des Ijùlimeiils de Iraiispoi'l était d’environ iOÜ et la force totale de l’année de mer était de 10 000 lioinmes.
L’année de terre, Lien plus considérable, était forte d’environ 30 OOÜ hommes.
Ilonaparte en était le général en chef.
BONAPARTE MEMBRE DE L’INSTITUT NATIONAL
Il avait sous ses ordres :
Bertliier, chef d’Étal-major général ;
Caffarelli Dufalga, commandant le génie;
Dommartin, commandant l’artillerie;
Kléber, Desaix, Menou, Dumuy, Vaubois, Bon, Dugua, Reynier et Baraguey-d’IIilliers, généraux de division ;
Lannes, Rampon, Damas, Murat, Lanusse, Andréossy, Dumas, Yial, Leclerc, Verdier, Fugières, Zayoncbek, Dupuy, Davout, Belliard. Vaux, Marmont, Muireur, Manscourt, Friant, Donzelot et Lagrange, généraux de brigade;
Duroc, Sbulkowsky, Lavalette, Louis Bonaparte, Julien, Merlin fils, Junot, Croisier, Eugène Beauharnais et Guibert, aides de camp.
Les troupes étaient composées ainsi qu’il suit :
Quatre demi-brigades d’infanterie légère : les 2% 21“ et 22“ ;
Dix demi-brigades d’infanterie de bataille : les 9“, 13“, 18“, 25“, 32“, Gl“, 69“, 75“, 85“ et 88“ ;
Deux régiments de hussards : les 7“ et 22“ ;
Cinq régiments de dragons : les 3“, 14“, 15“, 18“ et 20“ ;
Un escadron à cheval et un bataillon à pied de guides;
Un bataillon d’artillerie à cheval;
Quatre compagnies d’artillerie à pied;
Les 2“ et 5“ compagnies de mineurs;
Un bataillon de sapeurs.
L’administration était confiée à Sucy, commissaire ordonnateur en chef et après lui à H. d’Aure ; à Poussielgue, contrôleur général des dépenses et à Estève, payeur général.
Le service de santé était entre les mains de Desgenettes, médecin en chef, Larrey, chirurgien en chef et Royer, pharmacien en chef ; Boudet lui succéda un peu plus tard.
La Commission des sciences et arts, constituée par les soins de Monge et de Berthollet, était divisée de la manière suivante : Géométrie. — ■ Monge, Malus, Charbaud, Moret, Fourier, Costaz, Corancez, Say, Fuseau, Bringuetet Bouchard. Astronomie. — Nouet, Quesnot, Méchain fils, Beaucbamp. Mécanique et aérostats. — Ilassenfratz jeune, Sirop, Adnès père, Adnès fils. Conté, Couvreur, J.-M.-J. Coutelle, L’ilomont, Aimé, Collin, Hérault, Plazanet.
Chimie. — Berthollet, Potier, Champy père, Champy fds, Descotils, Samuel Bernard, Régnault.
LE GÉNÉRAL lîONAI'ARTE
Minéralogie. — Dolomicii , Cordier, de Roziôres, Victor Diipiiy.
Botanique. — Nectoiix, Delile, Coquebert.
Zoologie. — Et. Geoiïroy Saint-IIilaire, J.-C. Savigny, Alex. Gérard.
Chirurgie. — Dubois père, Labate, Lacipière, Pouqueville, Dubois fils, Bessières, Daburon, Dewèvre.
Pharmacie. — Boudet, Rouyer, Roguin.
Horlogerie. — Lemaître.
Économie politique. — Fauvelet-Bourrienne, Regnaud de Saint-Jean d’Angély, Gloutier, Tallien.
Antiquités. — Pourlier, Ripault, Panuzen.
Architectes. — Norry, Balzac, Protain, Hyacinthe Repère, Demoulin.
Peintres. — Redouté, Rigo, Joly.
Dessinateurs. — Dutertre, Denon, Portai, Caquet, Peré.
Ingénieurs des ponts et chaussées. — Repère aîné et P. S. Girard, ingénieurs en chef; Bodart, Paye, Martin, Duval, Gratien Repère, Saint-Génis, Lancret, Fèvre, Devilliers, Jollois, Favier, Thévenot, Chabrol, Raffeneau-Delisle, Arnollet, Du Bois-Aymé, Moline.
Ingénieurs géographes. — Testevuide et Jacotin, ingénieurs en chef; Lafeuillade, Bertre, Lecesne, Bourgeois, Leduc, Dulion, Faurie, Lévêque, Laroche, Jomard aîné, Corabœuf, Simonel, Schouani, Latliuille.
Ingénieurs de marine. — Boucher, Chaumont, Greslé, Vincent, Bonjean.
Ingénieur mécanicien hydraulique. — Cécile.
Ingénieur en instruments de mathématiques. — Renoir fils.
Sculpteur. — Casteix.
Graveur. — Fouquet.
Littérateurs. — Parceval-Grandmaison, Lerouge, Arnault, Bénaben.
Musiciens. — Villoteau, Riael.
Elèves de V Ecole polytechnique. — Vincent, Viard, Alihert, Caristie, Diichanoy, Pottier, Jomard jeune.
Interprètes. — Venture, Magallon, Amédée Jauhert, Raige, Belleteste, de Laporte, L’ilomaca, Bracevich.
Imprimerie orientale et française.— Marcel, directeur ; Puntis et Gallant, protes et sous-chefs; Bauduin et Besson, directeurs divisionnaires.
BONAPARTE MEMBRE DE L’INSTITUT NATIONAL
Au momentdemetlreà la voile, le30 floréalan Vf (10 mai 1 708), Donapai’tc adressa à l’armce toiU entière la belle proclamation qui suit :
Soldats, vous ôtes une des ailes de l’armée d’Angleterre. Vous avez fait la guerre des montagnes, des {daines et des sièges; il vous reste à faire la guerre maritime.
Les légions romaines que vous avez quelquefois imitées, mais |)as encore égalées, combattaient Carthage tour à tour sur cette même mer et aux {)laines de Zama. La victoire ne les abandonna jamais, |)arce que constamment elles furent braves, patientes à supporter la fatigue, disciplinées et unies entre elles.
Soldats, l’Europe a les yeux sur vous. Vous avez de grandes destinées à remplir, des batailles à livrer, des fatigues à vaincre; vous ferez plus que vous n’avez fait pour la prospérité de la patrie, le bonheur des hommes et votre propre gloire.
Soldats, matelots, fantassins, canonniers, soyez unis. Souvenezvous que le jour d’une bataille, vous avez tous besoin les uns des autres.
Soldats, matelots, vous avez été jusqu’ici négligés. Aujourd’hui la plus grande sollicitude de la République est pour vous; vous serez dignes de l’armée dont vous faites partie.
Le génie de la liberté qui a rendu, dès sa naissance, la République l’arbitre de l’Europe veut qu’elle le soit des mers et des nations les plus lointaines.
On sait comment, pendant son trajet, Bonaparte put s’emparer de l’île de Malte. Parvenu au terme de son voyage, il signala son arrivée par la prise d’Alexandrie et la victoire des Pyramides qui lui donna libre accès au Caire, où il lit son entrée le (i thermidor an VI (24 juillet). « Ce grand projet, médité dans le silence, fut préparé avec tant d’activité et de secret, que la vigilance inquiète de nos ennemis fut trompée ; ils apprirent presque dans le même temps qu’il avait été conçu, entrepris et exécuté (i).»
C’est arrivé au terme de cette prestigieuse campagne qu’il se préoccupa, le 3 fructidor an VI (20 août 1798), de l’une de ses plus utiles fondations; l’Institut du Caire, qu’il divisa en quatre classes, celles de mathématiques, de physique, d’économie politique et de littérature et arts.
(1) Courier, Description de l'Égypte. Préface hislorique.
LE r.l'.NÉIlAL liONAl’AüTE
Col liisliliit, dont Monge avait accepté la présidence et dont la vice-présidence avait éU; attribuée à I)Onaj)arte Ini-ineine, dont Fourier avait été élu secrétaire perpétuel et Gostaz secrétaire adjoint, devait jeter les Ininières les pins vives sur Fhistoii’e de l’Égypte et sur les antiquités qu’elle renfermait.
11 était coin})Osé de la manière suivante ;
M alhémaliques .
Andréossy , Bonaparte, Gostaz, Fourier, Girard, Lepère, Leroy, Malus, Monge, Nouet, Quesnot, 11. Say (1).
Physique.
Berthollet , Gliampy , Gonté , Raffeneau-Delisle , Descotils, Desgenettes, Dolomieu, Dubois (2), E. Geoffroy Saint-llilaire, Savigny.
Économie politique.
Gaffiirelli (3), Gloutier, Poussielgue, Sulkowski, Sucy (4), Tallien.
Littérature et arts.
Denon, Dutertre, Norry, Parseval, Redouté, Rigel, Venture (5), dom Raphaël, prêtre grec.
La première classe de l’Institut, vivement préoccupée des intérêts de la science, vit avec joie la création de l’Institut d’Égypte; dans sa séance du 26 frimaire an Yll (16 décembre 1798) elle s’empressait de désigner trois commissaires: Laplace, Fourcroy et Lacépède, pour préparer une série de questions qui devaient être adressées au Gaire.
La deuxième classe nommait, dans le même but, Fleurieu, Volney et Grégoire; la troisième classe, Dupuis, Mongez et Langlès.
Grégoire fit à ce sujet un rapport qui, immédiatement transmis en Égypte, fut imprimé dans le tome III des Mémoires de l’Institut (sciences morales et politiques).
(1) Say a été remplacé par Lancrel.
(2) Dul)ois a été remplacé par Larrey.
(3) CalFarelli a été remplacé par Coraiicez,
(■i) Sucy a été remplacé par Fauvelet-liourricnne. qp Venture a été renqilacé par Uipault.
nONAPAlîTE MEMIiRE DE I/INSTÏTUT NATIONAL
De son côte, rinstiliit d’Égypte constituait son l)urcan des le lendemain de sa fondation et Donaparte y proposait les rpiestions suivantes :
1° Les fours employés pour la cuisson du pain de l’armée sont-ils susceptibles de quelques amélioi'ations sous le rapport de la dépense du combustible, et quelles sont ces améliorations?
L’examen de cette question fut renvoyé à une commission composée de Bertbollet, Caffarelli, Say et Monge.
2“ Existe-t-il en Égypte des moyens de remplacer le houblon dans la fabrication de la bière?
L’examen de cette question fut renvoyé à Bertbollet, Malus, Costaz, Glouticr et Desgenettes.
3“ Quels sont les moyens de clarifier et de rafraîchir l’eau du Nil?
Les commissaires nommés furent Monge, Bertbollet, Costaz et Venture.
4" Dans l’état actuel des choses au Caire, lequel est le plus convenable à construire, du moulin à eau ou du moulin à vent?
Commissaires : Caliarelli, Andréossy, Malus, Say et Costaz.
5” L’Égypte présente-t-elle des ressources pour la fabrication de la poudre? Quelles sont ces ressources?
Commissaires ; Monge, Bertbollet, Malus, Andréossy et Venture.
6“ Quelle est en Égypte la situation de la jurisprudence, de l’ordre judiciaire, civil et criminel, et de l’enseignement? Quelles sont les améliorations possibles dans ces parties, et désirées par les gens du pays?
Commissaires : Sucy, Sulkowski, Taliien et Costaz.
Une correspondance active s’était établie entre la première classe de l’Distitut national et l’institut d’Egypte. Bonaparte, heureux de ce résultat qu’il avait fait naître, donnait des ordres pour que les procès-verbaux des séances fussent adressés à la première classe, qui les reçut du 6 fructidor an VI (23 août 1798) au 26 frimaire an VII (16 décembre 1798) et en ordonna l’impression.
Deux rapports furent faits à l’occasion de ces procès-verbaux, l’un à la première classe le 1" nivôse (21 décembre 1798), l’autre à la seconde classe le 12 du même mois (1" janvier 1799).
LE GÉNÉRAL RONAPAUTE
A l’envoi
de CCS documents bien connus, l’Institut répondait
par la lettre suivante ;
Paris, le ^21 nivôse an VII (10 janvier 1799).
Au Président de l’Institut du Caire.
J’ai l’honneur de vous adresser, de la part de l’Institut national de France, les trois premiers volumes de ses Mémoires qu il vient de publier. Je vous prie de les présenter en son nom à l’Institut d’Égypte comme un hommage qu’il lui est bien doux de faire à ses intéressants compatriotes, dont la position pour l’avancement des sciences et des arts inspire à tous les amis de la raison, le désir de les voir longtems contribuer à la prospérité de la Piépublique et au bonheur de l’humanité.
Jussieu, président.
Bien des événements s’étaient accomplis au delà des mers, quand, adressant à l’armée la proclamation suivante, Bonaparte abandonnait l’Égypte après avoir confié à Kléber l’achèvement de la mission qu’il s’était donnée.
Alexandrie, 5 fructidor an VII (22 août 1799).
Les nouvelles d’Europe m’ont décidé à partir pour la France. Je laisse le commandement de l’armée au général Kléber. L’armée aura bientôt de mes nouvelles. Il me coûte de quitter des soldats auxquels je me suis le plus attaché; ce ne sera que momentanément, et le général que je leur laisse a la confiance du gouvernement et la mienne.
Accompagné de Berthier, de Monge et de Berthollet, Bonaparte reparaissait inopinément à Paris, le 24 vendémiaire an VIII (16 octobre 1799). Le Moniteur mentionne ce fait important dans les termes qui suivent ;
« Le général Bonaparte est arrivé ce matin à six heures au Directoire, avec le général Berthier et les citoyens Berthollet et Monge. Les autres Français venus d’Égypte sont arrivés dans deux autres voitures, dans le courant de la journée. »
Le 1" brumaire an Vlll (23 octobre 1799), Bonapai’te prenait place, à l’Institut, au milieu de ses confrères; le procès-verbal est sobre de renseignements au sujet de sa présence; on n’y trouve que les mots suivants ;
r.OISAl'ARTK MEMIMÎE DE L’INSTITUT NATIONAL
la salislaclion qu’elle éprouve de voir noire eoufi’ère Ilouaparle ilaiis sou sein. »
Oualre jours plus lai’d, le 5 brumaire (“27 oelohre), l’inslilul tenant une séance générale, lionaparte y prenait la parole et coniinnniquait à la Conijiagnie quelipies délails touclianl le voyage qu’il venait d’accomplir; il ne paraît rester des observations importantes qu’il présenta dans celte séance que les quelques mots suivants qui sont extraits du jirocès-verbal :
Le citoyen Bonaparte annonce qu’il a donné les ordres nécessaires pour le transport en France d’une table en pierre trouvée dans les fondations du château de Rosette, sur laquelle se trouve une inscription en langue grecque, copte et en hiéroglyphe. Cette inscription porte que sous tel règne d’un Plolémée, tous les canaux d’Égypte ont été curés et la somme que ce travail a coûtée. Il ajoute que dans la fouille des fossés d’Alexandrie on a trouvé, dans une des tombes qui sont là fort nombreuses, une petite statue de femme dont la coilfure est presque la même que celles que nous voyons aujourd’hui. Cette statue nous vient. Il rend compte ensuite du voyage entrepris pour découvrir le canal de Suez. Il entre dans des détails assez étendus sur l’état actuel du canal, sur la différence des niveaux entre les deux mers, entre la mer Bouge et l’Egypte. Des ingénieurs sont présentement occupés à lever le plan de ce canal si important au commerce de l’Europe.
Le même jour, riiistitiil adressait à Bonaparte une médaille frappée à son effigie et y joignait la lettre qu’on va lire :
Au citoyen Bonaparte,
La médaille, citoyen confrère, que l’Institut national nous charge de vous faire passer doit, par la nature du métal dont elle est formée, durer presque autant que votre gloire.
Elle transmettra vos traits à la postérité la plus reculée et vous rendra pour ainsi dire présent à toutes les générations dont vos victoires auront fixé le bonheur.
Nous sommes très heureux de nous trouver aujourd’hui les organes de l’Institut national et d’avoir cette occasion de vous témoigner tout notre dévouement.
Sabatier, Lefèvre-Gineau, Cuvier, secrétaire.
Cette médaille, gravée \m' Benjamin Dnvivier à l’occasion de la signature du traiU; de Campo-Formio et frappée en j)la-
lÆ C.lïNÉllAL ÜONAI'AUTI':
Une, lie fut reiH Oiluite qu’à (luutre cxcniplaii'cs ; l’im fut envoyé à liouiiiwrtc, un iiutec fut remis aux AicIhvos do lu luquih u|m,. I„ lioisièiue au Cahiiiet dos médailles, enini le dern.ee lut cou-
serve aux Archives de l lusLiLut.
Ce dernier excmiilairc existe encore dans le medailhcr de l’Académie des sciences ; nous avons pu voir aussi celui du Cabinet des médailles on sa réception est constatée sur les registres de la manière suivante :
Médaille offerte par l’Institut au général Bonaparte.
« Envoi an Cabinet des antiques de la médaille gravée par Duvivier en riionneur de Bonaparte, frappée sur platine à 2000 coups de balancier (21 brumaire) (i). »
Cette médaille est fort belle; elle représente, sur son avers, le buste à droite de Bonaparte en costume de général en chef et porte pour légende: « Boîxaparte, Qpigp dp l’aPxMée
FiiANçsE pty Italie » et pour exergue : « offert a l’Institut NATIONAL PAR B. DüVIVIER A PARIS. ))
Le revers est occupé par un sujet allégorique représentant Bonaparte à cheval, une branche d’olivier à la main, précédé de Bellone qui tient les rênes du cheval, et de la Prudence qui porte un miroir dans lequel se regarde un serpent. La A’ictoire
(1) Sous l’effort tle la frappe, le coin dont il s’agit ici s'est fendu; il a été gravé de nouveau, à une époque que nous ne saurions ILver.
IJONAPAUTE MEMUIlE DE L’INSTITUT NATIONAL
plane derrière; elle place de la main droite une couronne sur la tète du général et tient de la main gauche l’Apollon du Belvédère et un rouleau de pajiiers.
Ce revers porte pour légende : « Les sciences et les arts