MARINE
6» Div°“, 3° Section.
Prisonniers do guerre.
Copie.
Copie d’une lettre écrite au Ministre de la Marine et des Colonies, le 8 messidor an 8 par le C"" Otto, Commissaire du gouvernement français à Londres.
Citoyen Ministre,
J’ai communiqué à M. le Chev®'' Banks les lettres que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser par votre dépêche n® 167 touchant la situation déplorable du C®" Dolomieu. Vous verrez par la réponse ci-joinle combien M. Banks en a été affecté et combien il désire de rendre service à notre infortuné compatriote. Je crois pouvoir compter sur la continuation de ses efforts, mais je n’ose espérer que le Gouvernement anglais veuille compromettre son influence à Naples, en insistant sur une mesure qui doit paraître étrangère à ses relations avec cette cour. Il est plus vraisemblable que les événements glorieux de la campagne d’Italie, donneront bientôt au Premier Consul la facilité d’agir directement en faveur du C®" Dolomieu.
Vous verrés par la même lettre de M. Banks, qu’il espère que le Gouvernement anglais accordera les saufs-conduits que le Ministre des relations extérieures m’a chargé de demander pour le Cap“® Baudin. Je viens de recevoir ces saufs-conduits et je les adresse au Ministre des relations extérieures par le courrier de ce jour.
Salut et respect,
Signé : Otto.
Pour Copie conforme.
Le Chef de la 6® division,
Bonjour.
Traduction de la lettre de Sir Joseph Banks, Président de la Société royale de Londres, au G®" Otto, commissaire de la République française en Angleterre.
Soho Square, le 13 juin 1800.
M'', conformément à la demande de mes amis de l’Institut national, chargés par leur Gouvernement de faire connaître les voyages de découvertes propres à reculer les limites des sciences, je me suis de suite adressé aux Ministres de S. M. et c’est avec plaisir que je puis dire que je les ai trouvés très disposés à faciliter (ainsi que le doivent les hommes instruits) l’acquisition des connoissances humaines
liONAPARTE MEMBRE DE L’INSTITUT NATIONAL
quelque .soit la nalioii qui s’eu occupe. Je ne me ferai ilonc pas un mérite d’avoir procuré un assenliment qu’ils ont donné de leur propre mouvement. Si cependant il s’élevoit quelques difficultés dans la rédaction des passeports, je ferai tous mes efforts pour que les arrangements qui seront pris soient conformes aux intentions de l’Institut national ; pourvu toutefois qu’elles s’accordent avec les précautions que chaque nation doit prendre pour la sûreté de ses colonies et pour l’intérêt do son Gouvernement.
Relativement à la malheureuse situation dans laquelle l’habile et respectable Dolomieu se trouve en ce moment, je prie mes amis d’être bien convaincus que j’ai employé et employerai tous les moïens qui me paraîtront pouvoir lui procurer sa liberté ou au moins quelque soulagement dans son infortune. Je suis fâcbé d’avoir à ajouter que jusqu’à présent mes démarches ont été infructueuses : je n’en suis pas surpris en considérant le peu de succès qu’on doit attendre des efforts d’un individu qui est absolument hors de la carrière politique. D’ailleurs quelques soient l’intention et le désir des ministres de S. M. Britannique d’être utiles à un homme qui a si bien mérité de la République des lettres (et je crois qu’à cet égard leur désir est sincère) et quelque fût leur empressement de le faire mettre en liberté s’il étoit prisonnier en Angleterre, ce n’est qu’avec beaucoup de circonspection et de ménagement qu’ils peuvent faire usage de leur médiation près d’une cour éloignée, et ils n’en peuvent presser l’effet avec vigueur, dans la crainte que leur entremise dans une affaire qui ne les concerne pas directement, ne déplaise à une pnissance dont ils cultivent en ce moment l’amitié avec beaucoup d’attention. Je prie cependant mes respectables amis de l’Institut national d’être assurés que je continuerai sans relâche et avec le même zèle à diriger mes efforts vers tous les points d’où je pourrai espérer quelque succès, tant que l’homme de mérite qui en est l’objet sera dans nue situation où les bons offices de ses amis pourront lui être utiles.
J’ai l’honneur d’être avec considération et respect, etc.
Banks.
Pour copie conforme.
Le chef de la 6° division du ministère de la'’’marine et des colonies.
Bonjour.
17 fructidor an VIII.
A M. Musquitz, ambassadeur d’Espagne.
M. le Ministre des relations extérieures n’a pas laissé ignorer à l’Institut, l’intérêt que vous inspire le sort de notre malheureux
liONAI'AKTE IMU'^MIKR CONSUL
confrère Dolomieii, les soins (jne vous avez pris pour en obtenir radoucisseinenl, et le bonheur (|ue vous avez eu de réussir, non suivant toute rélendue des souhaits que formait votre cœur généreux, mais assez du moins pour rendre sa détention moins sévère et pour lui procurer d’idiles secours et la consolante correspondance de ses amis. Le plaisir de faire du bien à un homme qui mérite d’en recevoir était, sans doute, la seule récompense que vous en désiriez ; vous l’avez re(,'ue; mais vous n’en avez pas moins de droits. Monsieur, à la reconnaissance de l’Institut. Elle est vive et sincère et il me charge de vous en adresser le témoignage.
Salut respectueux,
Lévesque,
Secrétaire de l’Institut.
Extrait du Procès-verbal de la séance du 11 vendémiaire an Ylll
(3 octobre 1800).
Le Cit. Lacépède fait part à la classe d’une lettre qu’il a réunie de notre confrère Dolomieu, prisonnier de guerre à Messine, où il est étroitement resserré; menacé de malheurs plus graves encore, il demande que l’Institut emploie le plus promptement les moyens qu’il peut avoir de lui rendre la liberté. Le Cit. Lacépède rend compte des démarches faites auprès du Directoire par l’Institut et auprès de M. Banks, au nom de plusieurs membres des trois classes, et de l’espoir que nous avons de faire rendre notre confrère aux sciences.
Le Cit. Lacépède communique ensuite un fait observé par le Cit. Dolomieu et rapporté dans sa lettre. Le vaisseau qui le portait, battu par la tempête, faisait eau de toutes parts sans que néanmoins il se trouvât aucune ouverture considérable, les vagues avaient seulement desserré les jointures et néanmoins les pompes ne suffisaient plus aux épuisemens. De la paille hachée, jetée à la surface de la mer, entraînée ensuite par les petits courans jusque dans les fissures entr’ouvertes, a suffi pour rallentir l’entrée de l’eau dans le navire, assez pour user des pompes avec avantage et sauver le navire.
Plusieurs membres observent que ce fait n’est pas nouveau et rapportent divers moyens analogues à celui-cy employés par les marins dans de semblables circonstances.
Paris, le 22 frimaire an IX de la République française, une et indivisible.
Le Ministre de l’intérieur au Président de l’Institut national.
Citoyen président, une précieuse collection d’objets d’histoire naturelle, formée par les soins du célèbre Dolomieu, vient d’arriver
nONAPARTE MEMRHE DE l/INSTITUT NATIONAL
de Maltlie à Marseille. J’ai aussitôt donné des ordres pour qu’elle fût expédiée à Paris.
Lorsqu’il saura que sa patrie possède la plus chère de ses propriétés, les fruits de ses longs et pénibles travaux, Dolomieu, dans les fers, éprouvera quelque consolation.
J’ai pensé que l’Institut apprendrait cette nouvelle avec intérêt. Puisse notre infortuné confrère venir bientôt jouir lui-même du dépôt que lui conserve le gouvernement.
Je vous salue,
Chaptal.
Extrait du procès-verbal de la. séance du 1 6 germinal an IX
(G avril 1801).
Le citoyen Dolomieu écrit à l’Institut pour lui annoncer sa mise en liberté et remercier du soin que l’Institut a pris pour l’obtenir. Cette lettre sera communiquée aux trois classes (1).
Le même jour BerLliollet, Cuvier et Delambre adressaient à Dolomieu, au nom de l’Institut tout entier, la lettre qu’on va lire :
Paris, le 16 germinal an IX.
Au citoyen Dolomieu.
Notre cher confrère, il n’est pas en notre pouvoir de vous rendre tout le plaisir que l’Institut national a éprouvé lorsqu’il a appris la nouvelle de votre mise en liberté; il suffit de vous dire qu’il égale la peine que votre malheur lui avait causée et qui avait été partagée par l’Europe entière. Vos lettres étant arrivées un jour de séance publique, l’Institut en a fait donner communication, et l’enthousiasme général qu’elles ont excité, a montré qu’il n’est aucun de nos concitoyens qui ne soit pénétré pour vous des mêmes sentimens d’estime et d’intérêt que vous ont depuis longtems voués vos confrères. Venez bien vite jouir des embrassemens de vos amis; venez vous consoler par le tendre attachement de tous les hommes éclairés et généreux, des maux dont vous ont accablé l’ignorance et la cruauté. Heureux si leurs sentimens pouvaient vous dédommager de deux années de souffrance ; jamais ils ne pourront dédommager les sciences de deux années d’inactivité de votre part.
Piecevez, notre cher confrère, l’expression du bonheur que nous cause en particulier la certitude de vous revoir bientôt au milieu de
(1) Elle ne se trouve pas aux Archives de l’Aeadéniio.
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VOS compatriotes et de vos admirateurs, et surtout celle de pouvoir vous serrer bientôt dans nos bras, de vous dire tout ce que nous avons sonflert pour vous et de pouvoir par nos efforts vous faire oublier tout ce que vous avez souffert vous-même.
Bertiiollet, président.
Cuvier et Delambre, secrétaires.
Doloinieu, de retour à Paris, assistait à la séance générale du 5 lloréal an IX (25 avril 1801), et le lendemain même reprenait sa place au sein de la première classe de l’Institut.
Ce cpii précède montre jusqu’à quel point la situation restait urave et troublée.
Bonaparte avait tenté inutilement d’obtenir de l’Angleterre et de l’Autriche une paix honorable. Portant alors son attention sur l’Italie où Masséna luttait contre les forces autrichiennes trois fois plus fortes que les siennes, le Premier Consul faisait franchir à son armée le Saint-Bernard, le Simplon et le mont Cenis, surmontait tous les obstacles qui s’opposaient à son passage, entrait à Milan et remportait le 25 prairial an YIII (14 juin 1800) la victoire de Marengo ; il obligeait ainsi Mêlas à conclure un armistice par lequel l’Italie tout entière était abandonnée à la France. Cette campagne n’avait pas duré trois semaines.
Elle ajoutait encore à l’admiration et à l’enthousiasme du pays pour la personne du Premier Consul, mais elle n’anéantissait pas les partis qui s’agitaient dans l’ombre et y tramaient avec persévérance des complots redoutables.
Au sein des travaux les plus élevés, le Premier Consul avait toujours les yeux fixés sur Paris et manifestait l’intérêt le plus sérieux relativement aux événements, même les moins importants qui s’y accomplissaient. Le 18 prairial, sept jours avant Marengo, il adressait de Milan, aux Consuls de la République, une lettre dont l’Institut faisait l’objet principal ; Bonaparte apparaît dans cette lettre comme le défenseur résolu de la liberté d’écrire et de penser.
Nous en extrayons le passage qui suit ;
Milan, 18 prairial an VIII (1).
Le rapport du ministre pour la suppression de VAmi des
lois ne me paraît pas du tout fondé en raison. 11 me semble que
(1) Correspondance de Napoléon, i. VI, p. /1.32, pièce 4890.
E. Maindron.
BONAPARTE MEMBRE DE L’INSTITUT NATIONAL
c’est rendre rinslilul odieux ([ue de supprimer uii journal parce qu’il a lâché quelques quolibets sur cette Société, qui est tellement respectée en Europe qu’elle est au-dessus de pareilles misères, .le vous assure que, comme Président de l’Institut, il s’en faut peu que je ne proteste. Qu’on dise si l’on veut que le soleil tourne, que c’est la fonte des glaces qui produit le flux et le reflux et que nous sommes des charlatans; il doit régner la plus grande liberté
Bonaparte.
VAmi des lois, dans son numéro du 7 prairial an Vlll, avait rendu compte, de manière quelque peu mouvementée, d’une séance tenue par rinstitut le 5 du même mois. Lecture ayant été donnée d’une lettre par laquelle les membres fructidorisés : Barthélemy, Pastoret, Fontanes, Carnot et Sicard, sollicitaient leur réintégration, l’Institut, après une discussion vive et confuse, avait répondu à cette réclamation par la question préalable. Cette attitude avait été sévèrement jugée par l’auteur de l’article condamné.
Le 3 nivôse an IX (24 décembre 1800), Bonaparte n’échappait que par le plus grand des hasards à l’explosion de la machine infernale; les classes de l’Institut, réunies en séance générale, le 5 du même mois, prenaient la résolution de se transporter à sa résidence alin de lui témoigner une fois de plus leur vif attachement.
Le procès-verbal s’exprime ainsi à ce sujet ;
Le Président, informé que l’Institut national pourra être admis chez le Premier Consul à sept heures, lève la séance et se transporte avec tous les membres de l’Institut au palais du gouvernement. L’Institut national est introduit chez le Premier Consul. Le Président lui exprime les sentiments dont tous les membres de l’Institut sont pénétrés par un double motif : le premier magistrat de la République accueille l’Institut de la manière la plus honorable, le membre de l’Institut donne à ses confrères toutes les marques possibles de sensibilité et d’amitié.
« Citoyen Consul, avait dit le Président, collègue infiniment cher à tous les membres de l’Institut national, il nous est difficile d’exprimer les sentiments divers, joie, indignation, intérêt, inquiétude, dont nous sommes agités lorsque nous venons vous féliciter de n’avoir pas été la victime d’un horrible attentat. Vous féliciter, citoyen Consul, oui! c’est le premier élan de notre cœur, mais il n’est pas
liONAl’Ain'E l'IŒMIEU CONSUL
le seul ni le plus vif. C’esl l’Europe entière, c’est la France, c’est chacun de nous que nous proclamons heureux de ce que vos jours ont été conservés, parce (jue c’est à chacun de nous et à notre bonheur individuel, c’est à la France et à sa tranquillité, c’est à l’Europe et à la paix que votre existence est nécessaire. L’élévation de votre îlme vous met au-dessus de la crainte des dangers ; vous vous êtes fait une habitude de les afl’ronler; mais les Français, chacun des Français, les redoute pour votre personne et réclame la vengeance de. la loi contre les êtres abominables qui immolent à leurs passions effrénées la République, lorsqu’ils dévouent à une machine infernale la tète du Premier Consul.
« Ils ignorent, ces hommes aveuglés par le crime, que chaque attentat de leur part est un motif nouveau de resserrer les liens qui attachent les Français à leur premier magistrat. Un Consul dont le génie ne serait pas la sauvegarde de la France ne serait pas le but de si cruelles conspirations. Diriger des attaques contre vous, c’est appeler auprès de vous, presser autour de vous, quiconque s’intéresse à la conservation et à la gloire de la République. »
Deux jours avant cet événement, le i" nivôse, Bonaparte assistait à une séance de la première classe de l’Institut; il y annonçait que le gouvernement avait reçu le même jour des nouvelles d’Égypte, en date du i" frimaire an IX (23 novembre 1800); que l’établissement français dans ce pays continuait à prospérer et que l’Institut d’Égypte avait nommé deux commissions, dont l’une s’était portée au mont Sinaï et espérait pénétrer beaucoup plus loin; l’autre avait remonté le Nil au delà des cataractes, conduites par des Mamelouks, et devait se rendre à un lieu encore inconnu, situé à environ deux cents lieues, où sont des ruines très considérables. L'Héliopolis, porteur de ces nouvelles, était arrivé avec un chargement de sucre.
Le 26 pluviôse an IX (15 février 1801), Bonaparte présentait à la classe deux manuscrits sur papyrus qui avaient été trouvés dans les caveaux de ïhèbes.
Ces manuscrits furent renvoyés à la classe de littérature ei beaux-arts avec l’invitation de s’en occuper aussitôt qu’ilsseraient mis sous verre.
Peu de jours après, le 5 ventôse an IX (24 février 1801), le traité de Lunéville, qui consacrait les résultats obtenus par Bonaparte lors de sa dernière campagne en Italie, ayant été signé le 0 lévrier, « un membre proposait à l’assemblée de se
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rendre eliez le Premier Consul, pour le leliciler de la paix glorieuse à laquelle il avait tant contribue par ses travaux et ses victoires ».
Trois mois plus tard, le 23 floréal (13 mai 1801), Ponaparlc donnait à son tour un témoignage de sympathie à l’Institut et décidait que ses membres, ayant place dans les grands corps de l’Etat, recevraient, suivant le désir qu’ils en avaient exprimé, le costume qu’ils portent encore aujourd’bui.
L’arrêté consulaire qu’il prit à cet égard est conçu de la manière suivante :
Les Consuls de la République, sur le rapport du Ministre de l’intérieur et sur la proposition de l’Institut national,
Le Conseil d’État entendu, arrêtent :
I. — Il y aura pour les membres de l’Institut national un grand et un petit costume.