I LES AUTRES
Le laurier dont je me couronne.
APOLLON
Que ce débat me plaît! Pour votre bienfaiteur Le plus parfait accord eût été moins flatteur.
Combien j’aime à vous voir, généreuses rivales.
Vous disputer le cœur de cet ami commun Qui, vous ennoblissant par des faveurs égales.
Protège tous les arts el n’en préfère aucun!
Ce n’est pas d’un art seul, mais des arts tous ensemble, Qu’il doit recevoir les tributs.
Donnez-moi ces lauriers; qu’un seul faisceau rassemble De votre amour pour lui les divers attributs.
E. Maindhon.
150NAPARTE MEMÜRE DE L’INSTITUT NATIONAL
S'adressant à la statue.
Reçois, bienfaiteur de notre âge,
Du trône où tu t’assieds entre Thémis et Mars,
Le tribut offert par les arts Au héros qui les encourage.
De tes bienfaits dans l’avenir Tu trouveras la récompense.
Un granil siècle vient de finir.
Un plus grand aujourd’hui commence.
Le siècle de Napoléon Illustré par tant de victoires,
Aux siècles de Louis, d’Auguste et de Léon Va disputer toutes les gloires.
Artistes, prenez vos pinceaux;
Poètes, saisissez la lyre.
Préludez aux accords nouveaux (Ju’un si haut sujet vous inspire.
Montrez-vous dignes dans vos vers El d’A})ollon (jui vous seconde.
Et du Héros de l’univers.
Et du premier peuple du monde.
LE CHŒUU GÉNÉRAL.
Artistes, prenez vos pinceaux ;
Poètes, saisissez la lyre.
Préludez aux accords nouveaux (Ju’un si haut sujet vous inspire.
Montrez-vous dignes dans vos vers, etc.
Le bloc de marbre (|ui servit à l’exécution de la statue de Napoléon valait, en raison de sa beauté et de sa grosseur, 80 francs le pied cube. 11 avait 158 pieds 8 pouces et fut payé par l’Institut 12 098 fr. 3o. La statue, primitivement érigée dans la salle des séances, sous le dôme du palais, à l’endroit précis où se trouve actuellement le bureau des Académies, a été mise, sans doute au retour des Bourbons, à la place qu’occupait le tombeau deMazarin, au fond du vestibule dans lequel se trouvent les statues dont nous avons parlé tout à l’iieure; ce vestibule donne accès à la salle et aux couloirs qui la desservent.
Page 271
An Pillais de l’Institut,
NAPOLÉON EMPEREUR
La statue de l’Empereur a 7 pieds de haut; Napoléon est représente debout et revêtu du grand costume impérial, sa main gauche est appuyée sur le sceptre; de la droite, il saisit une couronne de laurier placée au sommet d’un cippesur lequel a été figurée une Minerve.
Un socle était resté libre dans le vestibule où se trouvaient déjà réunies les statues assises, dont nous avons parlé (i); désireuse de remplir ce vide, la classe de la langue et de la littérature française avait pris des dispositions pour s’assurer la possession de la statue de d’Alembert, de Le Comte.
Le procès-verbal de la séance du 31 décembre 1806 fait connaître les décisions qui furent prises à ce sujet ;
Un membre prend la parole et dit qu’il existe dans l’atelier de M. Le Comte, statuaire, une statue de M. d’Alembert.
La 2' classe à laquelle d’Alembert a appartenu au double titre d’Académicien et de Secrétaire perpétuel, veut payer un juste tribut îi la mémoire d’un de ses plus illustres membres, en proposant que l’Institut acquierre cette statue, pour la placer dans son sein.
Un piédestal vuide dans la galerie qui précède la salle des séances publiques seroit prêt à la recevoir, et une souscription volontaire ouverte dans le sein de l’Institut donneroit les moyens d’en acquitter le prix fixé par l’artiste à 0000 francs.
La classe adopte h l’unanimité la proposition qui lui est faite, et arrête en conséquence les dispositions suivantes :
1“ Il sera établi une souscription formée de 000 actions de 10 francs cbacune ;
2“ Les seuls membres de l’Institut pourront y concourir;
3“ 11 sera libre à chaque membre de l’Institut de souscrire pour une ou pour plusieurs actions;
4" Il sera ouvert au Secrétariat de l’Institut un registre où cba(iue souscripteur s’inscrira pour le nombre d’actions qu’il jugera à propos de prendre ;
La classe, considérant de plus que la statue de d’Alembert étant destinée à décorer la' salle publique de l’Institut, le projet de souscription devoit obtenir l’approbation et le concours des quatre classes qui le composent, en conséquence, elle arrête que le Secrétaire enverra une copie de la délibération aux trois autres classes, en les
(I) Voy. p. 74.
J!()NAl>AnTl': MKMIÜIE DE L'INSTITUT NATIONAL
mvilanl à prendre le projet en considération et à coinmunicpier à la classe les observations ou ainendeinents (pdelles jugeront convenable de proposer.
François Auago,
Secrétaire perpétuel de UAcadéiiiie des sciences (1830-1853), d’après le portrait de Henry Schctrer.
Instruit de ces circonstances, l’Enipereur faisait adresser, par Cliampagny, au Président de la première classe, la lettre suivante, qui fut communiquée à l’Institut dans sa séance générale du 7 avril 1807 :
NAPOLÉON EMPEREUR
Paris, le 'È avril 1807.
M. le Présidenl, S. M. l’Empereur me charge de faire connaître à la classe de l’inslilul que vous avez l’honneur de présider, sa résolution (le faire placer dans la salle des séances de Vlnstilul la statue de d' Alemhcrt, celui des mathématiciens français qui, dans le siècle dernier, a le plus contribué à l'avancement de celte première des sciences.
L’Empereur désire que la première classe voie dans celte déler-' ' mination une preuve de son estime pour elle et de sa volonté con~stante d'accorder des récompenses et de l'encouragement aux travaux de cette compagnie qui importent tant à la prospérité et aux biens de ses peuples.
En copiant fidèlement les expressions de la lettre que Sa Majesté m’a fait l’honneur de m’écrire de son camp d’Osterode, le 17 mars 1807, je crois ne pouvoir annoncer à la première classe, d’une manière plus agréable et plus honorable pour elle, la résolution dont j’ai été chargé de lui donner connoissance.
Je me félicite, M. le Président, de ce que Sa Majesté, en me rendant l’interprète de ses nobles dispositions envers la première classe de l’Institut, m’a fourni une telle occasion de vous renouveler l’assurance de ma considération distinguée.
Champagny.
Ici se place un incident particulièrement pénible et que nous voudrions pouvoir passer sous silence, tout aussi bien pour Napoléon que pour l’illustre astronome qui le détermina; cet incident se résume dans ce qui suit :
Le 5 nivôse an XIV (20 décembre 1805), les quatre classes composant l’Institut étaient réunies sur convocation spéciale; il s’agissait de donner à la Compagnie connaissance d’une lettre adressée de Scliœnbrunn par Napoléon, à Champagny, le 22 frimaire précédent (13 décembre). Cette lettre, relative à Jérôme Lalande, était ainsi conçue :
M. Champagny, c’est avec un sentiment de douleur que j’apprends qu’un membre de l’Institut, célèbre par ses connaissances, mais tombé aujourd’hui en enfance, n’a pas la sagesse de se taire et cherche à faire parler de lui, tantôt par des annonces indignes de son ancienne ré|)iitalion et du corps auquel il appartient, tantôt en professant ralhéisme, principe destructeur de toute organisation sociale, qui ôte à l’homme toutes ses consolations et toutes ses espérances. Mon intention est (jue vous aj)peliez auprès do vous le Pré-
BüNAPAllïE MEMBRE DE E’INSTITUT NATIONAL
sideiit el le Secrétaire de l’Institut et que vous les chargiez de faire connaître à ce corps illustre dont je m’honore de faire partie, qu’il ait à mander à M. Delalande et ii lui enjoindre, au nom du corps, de ne plus rien imprimer et de ne pas obscurcir dans ses vieux jours ce qu’il a fait dans ses jours de force pour obtenir l’estime des savants; et si ces invitations fraternelles étaient insuflisantes, je serais obligé de me rappeler aussi que mon premier devoir est d’empêcher que l’on n’empoisonne la morale de mon peuple. Car l’athéisme est destructeur de toute morale, sinon dans les individus, du moins dans les nations.
Sur ce, je prie Dieu qu’il vous ait en sa sainte garde.
Napoléon.
Lecture de cette lettre fut donnée en présence de Lalande ([ui déclara vouloir se conformer aux intentions qui venaient de lui être exprimées.
Parvenu à l’apogée d’une gloire restée sans rivale, le vaste esprit de Napoléon allait s’affirmer encore par deux créations importantes et qui méritent de fixer particulièrement l’attention ; les Prix décennaux et le Concours sur le croup.
Le premier de ces concours fut institué par les deux décrets qui suivent :
Premier décret. — « Au palais d’Aix-la-Chapelle, le 24 fructidor an XII.
« Napoléon, Empereur des Français, îi tous ceux qui les présentes verront, salut;
« Etant dans l’intention d’encourager les sciences, les letlres et les arts qui contribuent éminemment à l’illustration et à la gloire des nations;
« Désirant non seulement que la France conserve la supériorité qu’elle a acquise dans les sciences et dans les arts, mais encore que le siècle qui commence l’emporte sur ceux qui l’ont précédé ;
« Voulant aussi connaître les hommes qui auront le plus participé à l’éclat des sciences, des lettres et des arts;
« Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :
« Art. 1". — Il y aura de dix ans en dix ans, le jour anniversaire du 18 brumaire, une distribution de grands prix donnés de notre propre main dans le lieu et avec la solennité qui seront ultérieurement réglés.
« Art. 2. — Tous les ouvrages de sciences, de littérature et d’arts, toutes les inventions utiles, tous les établissements consacrés
NAPOLÉON KMPEItKUU
aux progrès de l’agricullure cl de l’indiislrie nationales, publiés, connus ou formés dans un intervalle de dix années dont le terme précédera d’un an l’époque de la distribution, concourront pour les grands prix.
« Art. 3. — La i)remièrc distribution des grands prix se lera le 18 brumaire an XVIII et conformémenl aux dispositions de l’article précédent; le concours comprendra tous les ouvrages, inventions on établissements publiés ou connus depuis l’intervalle du 18 brumaire de l’an Ail au 18 brumaire de l’an XVII.
(( Arl. k — Les grands prix seront, les uns de la valeur de dix mille francs, les autres de la valeur de cinq mille francs.
« Art. 5. — Les grands prix de la valeur de dix mille Irancs seront au nombre de neuf, et décernés : 1“ aux auteurs des deux meilleurs ouvrages de sciences, l’un pour les sciences physiques, l’autre pour les sciences mathématiques;... 3“ à l’inventeur de la machine la plus utile aux arts et aux manufactures; 4-“ au fondateur de rétablissement le plus avantageux à ragricullure ou à l’industrie nationale.
(( Art. ü. — Les grands prix de la valeur de ciu([ mille francs seront au nombre de treize, et décernés : 1° aux traducteurs des dix manuscrits de la Bibliothèque impériale, ou des autres bibliothèques publiques de Paris, écrits en langues anciennes ou en langues orientales, les plus utiles soit aux sciences, soit à l’histoire, soit aux belles-lettres, soit aux arts...
« Art. 7. — Ces prix seront décernés sur le rapport et la pro])osition d’un jury composé des quatre Secrétaires perpétuels des quatre classes de l’inslilul et des quatre Présidents en fonctions dans l’année qui précédera celle de la distribution. »
Deuxième nÉCRET. — « Au palais des Tuileries, le 28 novembre 1807.
(( Napoléon, Empereur des Français, roi d’Italie et protecteur de la Confédération du Rhin, etc., etc.;
« Nous étant fait rendre compte de l’exécution de notre décret du 24 fructidor an XII, qui institue des prix décennaux pour les ouvrages de sciences, de littérature et d’arts, du rapport du jury institué par ledit décret;
« Voulant étendre les récompenses et les encouragements à tous les genres d’études et de travaux qui se lient à la gloire de notre empire;
« Désirant donner aux jugements qui seront portés, le sceau d’une discussion approfondie et celui de l’opinion du public;
« Ayant résolu de rendre solennelle et mémorable la distribution des prix que nous nous sommes réservé de décerner nous-même;
-«Ü HONAPAHTE MEMItHE DE I/INSTITUT NATIONAL
« Nous avons décrété cl décrétons ce (jiii suit :
« Titre P’’. — De la composition des prix.
(( Art. 1". — Les grands prix décennaux seront au nombre de trente-cinq, dont dix-neuf de première classe et seize de seconde classe.
« Art. 2. — Les grands prix de première classe seront donnés : P aux auteurs des deux meilleurs ouvrages de sciences mathématiques, ITin pour la géométrie et l’analyse pure, l’autre pour les sciences soumises aux calculs rigoureux, comme l’astronomie, la mécanique, etc.;
« 2“ Aux auteurs des deux meilleurs ouvrages de sciences physiques, l’un pour la physique proprement dite, la chimie, la minéralogie, etc., l’autre pour la médecine, l’anatomie, etc.;
« 3“ A l’inventeur de la machine la plus importante pour les arts et manufactures;
(( 4“ Au fondateur de l’étahlissemeut le plus avantageux à l’agriculture;
« 5° Au fondateur de l’établissement le plus utile à l’industrie.
(.( Art. 3. — ■ Les grands prix de seconde classe seront décernés : 1“ à l’auteur de l’ouvrage qui fera l’application la plus heureuse des principes des sciences mathématiques ou physiques à la pratique;... 10° à l’auteur de l’ouvrage topographique le plus exact et le mieux exécuté.
« Art. 4. — Outre le prix qui lui sera décerné, chaque auteur recevra une médaille qui aura été frappée pour cet objet.
a Titre II. — Du 'jugement des ouvrages.
«. Art. 5. — Conformément à l’article 7 du décret du 24 fructidor an XII, les ouvrages seront examinés par un jury composé des Présidents et Secrétaires perpétuels de chacune des quatre classes de l’Institut. Le rapport du jury, ainsi que le procès-verbal de ses séances et de ses discussions, seront remis à notre ministre de l’intérieur, dans les six mois qui suivront la clôture du concours.
« Le concours de la seconde époque sera fermé le 9 novembre 1818.
« Art. G. — Le jury du présent concours pourra revoir son travail jusqu’au 15 février prochain, afin d’y ajouter tout ce qui peut être relatif aux nouveaux prix que nous venons d’instituer.
« Art. 8. — Chaque classe fera une critique raisonnée des ouvrages qui ont balancé les sulTrages, de ceux qui ont été jugés dignes d’approcher du prix, et qui ont reçu une mention spécialement honorable.
iNAl>OLÉON fciMl'EUliint
»). i,ps ci‘ili(iues seront remlues publiques par la voie de rinipression...
« Art. 10. — Noire ministre de l’intérieur nous soumettra, dans le cours du mois d’août suivant, un l'apporl qui nous fera connaître le résultat des discussions.
<i Art, 11. — Un décret impérial décernera les prix.
« Titre TIl. — De Ja distribution des prix.
« Art. 1;2. — La première distribution des prix aura lieu le 9 novembre 1810, et la seconde distribution le 9 novembre 1819, jour anniversaire du 18 brumaire. Ces distributions se renouvelleront ensuite tous les dix ans, à la même époque de l’année.
« Art. 13. — Elles seront faites par Nous, en notre palais des Tuileries, où seront appelés les Princes, nos Ministres et nos Grands officiers, des députations des grands corps de l’État, le Grand maître et le conseil de l’Université impériale, et l’Institut en corps.
(( Art. l-i. — Les prix seront proclamés par notre Ministre de l’intérieur, les auteurs qui les auront obtenus recevront de notre main les médailles qui en consacreront le souvenir.
« Art. 15. — Notre Ministre de l’intérieur est chargé de l’exécution du présent décret, qui sera inséré au Bulletin des Lois. »
Dès la réception du premier des documents qu’on vient de lire, le jury, régulièrement constitué, tint de nombreuses séances, h la suite desquelles il se préoccupa de recueillir les matériaux nécessaires à l’examen des ouvrages sur la valeur desquels il allait être appelé à se prononcer.
Un programme, dont le jury avait adopté la rédaction le 22 juillet i(S08, fut transmis au ministre Cretet et publié par ses soins (1).
Le décret du 28 novembre 1809 modifiait sensiblement les conditions dans lesquelles les prix devaient être primitivement décernés. Pour ce nouveau concours, deux cent soixante-quatorze ouvrages furent inscrits et examinés; les opérations du jury furent délicates et longues, et c’est seulement au mois d’octobre 1810 qu’elles purent prendre fin. Pour la première classe de l’Institut, les décisions auxquelles elles donnèrent lieu furent les suivantes ;
(1) Voy. les Fondations de prix à l’Académie des sciences, par E. Maimlroii. Paris, Gautlüer-Villars, 1881, 1 vol. in-/i.“.
UONAPAItTK MKMIillK DK L’INSTITUT NATIONAL
Premier grand prix de première classe, destiné au meilleur ouvrage de géométrie ou d’analyse pure. — Commissaires : Laplace, Monge, Prony. — Rapport du 13 août 1810.— Lauréat proposé ; Laguange.
Second grand prix de première classe, destiné au meilleur ouvrage dans les sciences soumises aux calculs rigoureux, comme l’astronomie, la mécanique. — Commissaires ; Delambre, Burckliardt, Lacroix. — Rapport du 13 août 1810. — Lauréat proposé : Laplace.
Troisième grand prix de première classe, destiné au meilleur ouvrage de physique proprement dite, de chimie, de minéralogie, etc. — Commissaires : Lelièvre, llaüy, Vauquelin, Charles et Desfontaines. — Rapport du 20 août 1810. — Lauréat proposé : Rer-
TIIOLLET.
Quatrième grand prix de première classe, destiné à l’auteur du meilleur ouvrage sur la médecine, l’analomie, etc. — Commissaires : Sabatier, Pelletan, Ilallé. — Rapport du l'"' octobre 1810. — Lauréat proposé : Cuvier.
Cinquième grand prix de première classe, destiné à l’inventeur de la machine la plus importante pour les arts et manufactures. — Commissaires : Charles, Prony, Malus. — Rapport du 3 septembre 1810. — Lauréat proposé : Montgolfier.
Sixième grand prix de première classe, destiné au fondateur de l’établissement le plus avantageux à l’agriculture. — Commissaires : Thouin, Tessier, Silvestre. — Rapport du 20 août 1810. — Lauréat proposé : l’étaldissement de la Mandria, de Chivas, département de la Doire.
Septième grand prix de première classe, destiné au fondateur de rétablissement le plus utile à l’industrie. — Commissaires : Prony, Périer, Cbaptal, Bertbollet. — Rapport du 20 août 1810. — Lauréat proposé : Orerk.vmpf.
Premier grand prix de seconde classe, destiné à l’ouvrage qui era l’application la plus heureuse des principes des sciences mathématiques ou physiques à la pratique. — Commissaires : Laplace, Guyton, Charles, Vauquelin, Arago. — Rapport du 27 août 1810. — Lauréat proposé : La rase du système métrique décimal.
Deuxième grand prix de seconde classe, destiné à l’ouvrage topographique le plus exact et le mieux exécuté. — Commissaires : Carnot, Cassini, Buache. — Rapport du 27 août 1810. — Lauréat proposé : La carte topographique de la Guyenne, par Belleyme.
Les trois autres classes de l’Institut avaient terminé, elles aussi, leur travail sur les prix décennaux; mais les événements
NAPOLÉON l'MPLniiUll
lie pei'iiiireiil pus de les déccrnei’, cl celle belle el giunde iiislilulion dispunil avec l’Empire.
L’orii'inc du second concours esl moins connue.
' M. J. -P. Flourens,
Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences (1853-1868), d’après le portrait lithographié par A. Lemoine
Le 5 mars 1807, Napoléon-Charles, le premier des fils de Imuis Bonaparle cl de llortcnse de Beauliarnais, frère aîné de Napoléon III, moiirail emporlé par le croup. Profondément ému de celte mort, l’Empereur, peu de jours avant la bataille
ÎÎS4 BONAPARTE MEMBRE RE LTNSTITUT NATIONAL
de Friedland, adressait, à Cliampagny, ministre de l’Intérieur, les ordres nécessaires pour qu’un concours fut institué en vue de rechercher les moyens d’arrêter les progrès du croup et d’en prévenir l’invasion. Conformément à ces ordres, le 21 juillet 1807, Champagny transmettait à la première classe un arrêté ainsi conçu ;
Le Ministre de l’intérieur, en exécution de l’ordre donné par S. M. l’Empereur, le 4 juin dernier, au quartier général de Finckenslein, d’ouvrir un concours sur la maladie connue sous le nom de croup, dont l’objet sera un prix de douze mille francs pour le meilleur ouvrage sur le traitement de cette maladie, et vu le rapport de l’Ecole de médecine de Paris, en date du 10 du courant, arrête :
Art. 1". — Il est ouvert un concours sur le sujet suivant : « Déterminer, d’après les monuments pratiques de Part et d’après des observations exactes, les caractères de la maladie connue sous le nom de croup, et la nature des altérations qui la constituent; les circonstances extérieures et intérieures qui en déterminent le développement; ses affinités avec d’autres maladies; en établir, d’après une expérience constante et comparée, le traitement le plus efficace; indiquer le moyen d’en arrêter les progrès et d’en prévenir l’invasion. »
Art. 2. — Tous les médecins nationaux et étrangers sont appelés au concours proposé pour le traitement curatif et préservatif du croup...
Art. G. — Tous les mémoires destinés au concours devront être adressés au Ministre de l’intérieur. Pour donner lieu à un renouvellement suffisant des circonstances qui peuvent favoriser les expériences et les observations, le concours ne sera fermé qu’au 1" janvier 1809. Ce terme passé, les mémoires qui parviendraient ne seront point admis au concours.
Art. 7. — Une commission spéciale sera chargée de faire un rapport au Ministre sur les ouvrages admis au concours. Cette commission sera composée de douze membres dont quatre seront pris dans la classe des sciences physiques et mathématiques de l’Institut, quatre parmi les professeurs de l’École de médecine de Paris qui ne feront point partie de l’Institut, et les quatre autres dans le corps des médecins de Paris.
Art. 8. — 11 sera décerné un prix de douze mille francs au médecin auteur du meilleur mémoire sur la nature du croup et sui les moyens de prévenir cette maladie ou d’assurer le succès de son traitement...
Le 25 juillet 1809, le Ministre informait l’Institut qu’il avait pris un arrêté par leiiuel le concours était prorogé au 31 du même mois. La Commission composée de : Des Lssarlz, llallé, Pinel, Portai, membres de l’Institut; Corvisart, premier médecin de l’Empereur et roi; Chaussier, Leroux, prolesseurs de la Faculté de médecine; Lepreux, premier médecin de l’IIôtel- Dieu; Balleroy, Duclianoy, docteurs en médecine; Royer-Collard, docteur en médecine, inspecteur général de l’Université impériale; Thouret, doyen de la Faculté de médecine, président, se réunit au palais de l’Institut , pour la première lois, le
3 août 1809. Le 23 du même mois, Thouret étant décédé, Lepreux fut nommé président.
Dans la séance du 15 mai 1811, la Commission adopta les conclusions d’un rapport qui lui fut présenté par Royer-Collard.
Ces conclusions furent approuvées par une lettre ministérielle du D4 août.
Le prix fut partagé entre Jurine, de Genève, et Jean-Abraham Albert, de Rremen; Yieusseux, médecin à Genève, Caillaii, médecin à Bordeaux , Double, médecin à Paris, obtinrent chacun une mention honorable.
Un anonyme, dont le mémoire était inscrit sous le n“ 17, fut cité honorablement.
A la fin du mois de juillet 1807, Napoléon rentrait à Paris après avoir conclu la paix à Tilsitt. Supprimant le Tribunat, dernier vestige de liberté représentative que conservât encore la Constitution française, il organisait aussitôt l’expédition de Portugal et la fatale campagne d’Espagne qui devait préparer son renversement, et qu’il jugeait lui-même, à Sainte-Hélène, avec la plus grande sévérité.
Quelles qu’aient été cependant les préoccupations qui l’assiégeaient, l’Empereur rappelait à l’Institut l’arrêté consulaire du 13 ventôse an X (4 mars 1802) par lequel la Compagnie était chargée de rendre compte au Gouvernement des progrès accomplis en F rance, dans les sciences, les lettres et les artsdepuis 1789.
Cet arrêté était conçu dans les termes qui suivent :
Paris, le 13 ventôse an X de la République française une et indivisible.
Les Consuls de la République, sur le rapport du Ministre de l’intérieur, le Conseil d’État entendu, arrêtent :
liONAl'ARTE MEMl'.RE DE L’INSTITUT NATIONAL
Article l". — L’Institut national de France formera un tableau général de l’état et des progrès des sciences, des lettres et des arts, depuis 1789 jusqu’au l" vendémiaire an X.
Ce tableau, en trois parties correspondantes à chacune des classes de l’Institut, sera présenté au Gouvernement dans le mois de fructidor an XI.
Il en sera formé et présenté un semblable tous les cimi ans.
Art. II. — Ce tableau sera porté au Gouvernement par une dépuation de chaque classe de l’Institut.
La députation sera reçue par les Consuls en Conseil d’État.
Art. III. — A la même époque, l’Institut national proposera au Gouvernement ses vues concernant les découvertes dont il croira l’application utile au service public; les secours et encouragements dont les sciences, les arts et les lettres auront besoin, et le perfectionnement des méthodes employées dans les diverses branches de l’enseignement public.
Art. IV. — Le Ministre de l’intérieur est chargé de l’exécution du présent arrêté, qui sera inséré au Bulletin des Lois.
Le Premier Consul, Bonaparte.
Par le Premier Consul, le Secrétaire d’Etat, Hugues B. Maret. ,
Le G octobre 1(S07, l’Institut, réuni en assemblée générale, délibérait à ce sujet et adoptait la forme dans laquelle serait présenté le tableau dont l’exécution lui incombait :
Le rapport demandé à l’Institut par l’arrêté du Gouvernement du 10 ventôse au XIII, sera divisé en cinq discours ou traités :
Un pour les Sciences mathématiques;
Un pour les Sciences physiques ;
Un pour la Littérature française ;
Un pour l’Histoire et la Littérature ancienne ;
Un pour les Beaux-Arts.
Chacun de ces discours sera censé adressé personnellement a S. M, I. par la classe dont il émanera.
Ces discours seront historiques et suftisamment détaillés pour que S. M. I. puisse y prendre une idée nette des progrès de chaque ordre de connaissance et des travaux qui ont contribué à ces progrès.
Dans les genres de connaissance qui le comportent, les travaux des Étrangers seront mentionnés avec ceux des Français autant que les circonstances et les notions qu’on peut en avoir le permettront.
Chaque classe terminera son rapport particulier, en donnant, ainsi
NAPOLÉON EMPEREUR
que l’Enipereur le demande, son avis sur les moyens dencouiagei les Sciences et les Arts dont elle s’occupe, et sur ceux d en perfectionner l’enseignement.
Lorsque les rapports auront été lus et approuvés par les Buieaux
Membre de l’Institut (18i2).
des classes particulières, 'on les communiquera aux quatre Bureaux assemblés.
En attendant, les rédacteurs nommés par les classes se concerteront entre eux pour donner autant que possible à leurs rapports une forme commune et s’efforceront d’en faire, en quelque sorte, cimi parties d’un môme ouvrage.
Les classes et leurs rédacteurs feront en sorte (lue leurs rapports puissent être présentés aux Bureaux assemblés dans le commence-
BONAl'AUTE MEMBRE DE L’INSTITUT NATIONAL
ment de décembre, afin que l’Empereur puisse les recevoir au terme fixé du 1" janvier.
Pour cet effet, ils seront lus aux Bureaux des classes dans le courant de novembre.
Les Commissaires particuliers des classes seront incessamment invités à remettre leurs notes avant la fin du mois d’août.
Lorsque l’Empereur jugera à propos de recevoir le rapport général, le Président se bornera à lui faire, dans un discours, l’exposé sommaire de tout l’ouvrage.
Les rédacteurs présenteront ensuite cliacuu leurs rapjiorts copiés sur des cabiers de forme semblable et tels qu’ils puissent être imprimés ensemble, si S. M. I. y consent.
C’est seulciiicnt le 0 l'évi’ier 1808 que la première classe j)ut être reçue à la barre du Conseil d’Etat, eu audience solennelle. Bougainville, son Président, y prononça le discours qui suit :
Sire, Votre Majesté impériale et royale a ordonné que les classes de l’Institut viendraient dans son Conseil lui rendre compte de l’état des sciences, des lettres et des arts, et de leurs progrès depuis 1780.
La classe des sciences matbématiques et pbysitpies s’acquitte aujourd’hui de ce devoir, et si je me présente à la tête des savants qui la composent, c’est à mon âge que je dois cet honneur.
Mais, Sire, telle est la diversité des objets dont celle classe s’occupe, que, même avec la précision dont un savoir profond et l’esprit d’analyse donnent la faculté, le rapport qui en contient l’exposé exige une grande étendue.
Ce n’est donc que de l’escpiisse et, pour ainsi dire, de la préface de leur ouvrage que MM. Delambre et Cuvier vont faire lecture.
.le ne me permets qu’une seule observation, c’est que l’époque de 1780 à 1808, en même temps qu’elle sera pour les événements politiques et militaires une des plus mémorables dans les fastes des peuples, sera aussi une des plus brillantes dans les annales du monde savant.
La part qui est due aux Français pour le perfectionnement des méthodes analytiques qui conduisent aux grandes découvertes du système du monde et pour les découvertes mêmes dans les trois règnes de la nature prouvera que, si l’influence d’un seul homme a fait des héros de tous nos guerriers, nos savants honorés par la protection de Votre Majesté, qu’ils ont vue dans leurs rangs, sont on droit d’ajouter des rayons à la gloire nationale.
Delambre et Cuvier lurent ensuite un lumineux rapport dans
NAPOLÉON EMPLP.EUK 2811
eqiiel sc Irouvciit exposés avec la plus parlai te méthode et le savoir le plus prol'oiid les travaux accomplis dans la science, pendant la période la ])lus im[)ortalite qu’il soit donné de parcourir.
J. -J. Euuiukh,
Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences (18!2:2-J830), d’apres le portrait lithographié par J. Eoilly.
Après la lecture de ce rapport, Napoléon prononça les paroles suivantes :
MM. les l’résitlcnls, Secrétaires et Députés de la preniicre classe (le riiistilut, j’ai voulu vous eulendre sur les progrès de l’esprit humain dans ces dentiers temps, aliii ipie ce que vous auriez à me dire fût entendu de toutes les nations et fermât la bouche aux E. .Mainüuon. 19
l'ONAl'AUTE MEMIMIE DE L’INSTITUT NATIONAL
délracleui-s de notre siècle, (jui, cherchant à faire rétrograder l’esprit humain, paraissent avoir pour hnt de l’éteindre.
J’ai voulu connaître ce (jui me restait à faire pour encourager vos travaux, pour me consoler de ne pouvoir plus concourir autrement à leui succès. Le bien de mes peuples et la gloire de mon tione sont egalement intéi esses a la prospérité des sciences.
Mon Ministie de 1 intérieur me lera un rapport sur toutes vos demandes, vous pouvez compter constamment sur tes elTcts de ma protection.
Le 40 lévrier, lu classe de littérature ancienne était admise à son tour a la barre du Conseil; son Président, Lévesque, et son Secrétaire perpétuel, Dacier, y étaient successivement entendus; le 27 lévrier, la classe de la langue et de la littérature françaises obtenait aussi 1 audience qu’elle avait sollicitée; Chénier était
son éloquent rapporteur ; enfin, le 5 mars, l’Empereur recevait la classe des beaux-arts, Dervic, son Président, prononçait un discours, et le rapport était lu par le Secrétaire perpétuel Lebreton.
Est-il nécessaire de dire ipie ces rapports, imprimés par les soins de l’Institut, peuvent être, aujourd’hui encore, considérés comme l’œuvre la plus remarquahle, la plus conqilctc et la plus utile à consulter, et qu’elle lait le plus grand honneur, tout aussi bien à ses auteurs (pi’au corps illustre qu’ils avaient mission de représenter ?
Les événénients suivaient un cours rapide : l’Espagne luttait avec l’énergie du désespoir contre l’invasion française; l’Autriche, profitant habilement de la présence de la grande armée dans la Péninsule, tentait de se relever de ses anciennes défaites ; mais, vaincue encore, son armée se relirait sur la rive gauche du Danube et y engageait une série de désastreux combats qui se terminaient par la bataille de Wagram où elle était anéantie. La paix, sollicitée alors par l’archiduc Charles, était signée à Vienne le 14 octobre 1809.
Le conquérant revient à Paris qu’il a, une fois de plus, enivré de succès et de gloire, l’Institut partage la joie du pays et son admiration pour le souverain qu’il s’est donné; le 16 novembre 1809, la Compagnie est reçue en audience particulière, et son
NAPOLÉON EMl'KUEUU
President, Boissy (PAiiglas , lui exprime les seiilimenls qui raniment.
Sire, (lit-il, l’Institut de France vient ofl'rir à V. M. le tribut de fidélilé et de respect, d’amour et d’admiration que lui apportent de toutes parts les nombreux sujets qui lui obéissent. Veuillez, Sire, agréer l’expression de la joie qu’il éprouve en vous voyant de retour dans votre capitale, triomphant de tous les dangers et rayonnant d’une gloire nouvelle. Nous partageons l’allégresse publique excitée par votre auguste présence, et ce jour qu’elle rend solennel est aussi pour nous un jour de fête et de bonlicur ; mais sensibles comme nous devons l’ètre aux bontés particulières dont V. M. se plaît à honorer ceux qui cultivent plus assidûment les arts, les sciences et les lettres, souffrez, Sire, qu’après vous avoir exprimé des sentiments qui nous sont communs avec les autres sujets de votre Empire, qu’après vous avoir remercié avec eux des nombreux bienfaits que nous vous devons tous ensemble, nous osions vous entretenir de notre reconnaissance personnelle.
C’est à l’ombre de votre auguste protection que se développent avec le plus d’éclat toutes les lumières de l’esprit humain et que ses progrès reçoivent une activité nouvelle. Votre voix fait naître les succès, vos institutions les assurent, vos encouragements les honorent. Toutes les parties des connaissances humaines sont favorisées par V. M., toutes les créations du génie sont récompensées par elle. Elle daigne appeler auprès de son trône les savans les plus justement célèbres et faire rejaillir sur eux une partie de sa splendeur ; elle associe leurs théories aux hautes conceptions du Gouvernement, elle les consulte, elle les écoute, et souvent en partageant leurs travaux, elle prouve qu’aucun genre de gloire ne devait lui être étranger. Elle donne de judicieux avis à l’artiste, elle lui prescrit des créations dignes d’immortaliser sa mémoire; elle promet par ses hauts faits une célébrité non moins durable à l’historien et au poète et rend leur gloire plus certaine. Oui, Sire, vous agrandissez le domaine de la poésie et de l’histoire. Vous ouvrez à toutes les deux une carrière brillante et nouvelle. Vous offrez à l’une, le héros le plus digne du génie qui l’inspire, et à l’autre les plus mémorables actions que son burin puisse consacrer.
Nos historiens et nos poètes échapperont à l’oubli, en fondant leur renommée sur celle de V. M. Ils s’attacheront à votre grand nom pour que les leurs ne périssent point, et la postérité reconnaissante, à cause de son admiration pour vous, de leurs travaux et de leurs veilles, honorera d’une grande gloire ceux (|ui auront le mieux retracé la votre.
IÎOÎsAi»AKTE MEMlîHE DE L'INSTITUT iNATIONAL
Eli! qui poiirniil rosier insensible à l’iispccl de tant de merveilles, de tant de hauts traits dont un seul sulïirail sans doute à riinmortalilé d’un homme et même à l’éclat d’un siècle? La poésie, pour les célébrer dignement, n’aura qu’à parler le langage de l’Histoire. Mais l’obligation la plus difficile de celle-ci sera de rendre ses récits croyables. L’une et l’autre, Sire, sauront peindre ce vaste génie qui dans ses profondes méditations ne laisse rien s’échapper d’utile, saisit les détails et l’ensemble et produit toujours un grand résullat; cet esprit aussi étendu que flexible, aussi mobile que laborieux, qui dans chacune des nombreuses et importantes choses qu’il embrasse, se montre tellement habile, qu’on croirait qu’elle a été jusqu’alors l’unique objet de ses plus constantes études.
Elles peindront ce grand caractère qqi n’apparlient qu’à Y. M., plus étonnant peut-être encore que tout ce qu’elle nous fait admirer d’ailleurs, ce caractère inébranlable et magnanime, le plus beau présent que la nature ait fait au génie, et qui toujours uniquement accessible aux plus nobles passions de l’àme, ajoute à la souveraine puissance tout ce qu’il faut pour qu’elle soit toujours un bienfait; ce caractère enfin qui fait que V. M. ne connaissant aucun repos tant qu’il lui reste une grande action à faire, part avec la rapidité de l’éclair, au premier bruit d’une imprudente agression, devance ses propres armées, en crée d’autres en présence même de celles qui avaient osé la menacer, délivre les Étals envahis de l’un de ses alliés les plus fidèles, et quand Elle a vaincu, triomphe encore du plus légitime ressentiment, dicte une seconde fois la paix, du palais même de son ennemi, et fait admirer sa modération aux lieux que venait d’étonner le spectacle de sa puissance.
Elles retraceront ces vertus guerrières, ces innombrahles et hrillans exploits qui placent Y. M. au premier rang des grands capitaines, et quand elles auront rappelé les trophées de tant de victoires, elles vous montreront, Sire, aussi grand dans la paix que dans la guerre, dans l’administration intérieure que dans les cabinets de la politique, dans vos conseils qu’à la tête de vos armées, et toujours également admirable, tantôt dictant ce code immortel que nos voisins nous ont envié dès qu’ils l’ont connu, que plusieurs se sont empressés d’adopter, et qui deviendra la loi de 1 Europe, tantôt couvrant la France de monuments impérissables comme votre gloire; réunissant les mers par de nouveaux fleuves et les contiées les plus éloignées par des routes magnifiques et faciles, peiçant les Alpes et les Pyrénées et ne permettant a aucun des obstacles que la natuie avait pu créer, de séparer plus longtemps des provinces unies entr’elles par les bienfaits de votre Gouvernement et par les mêmes sentiments de reconnaissance et d amour.
NAPOLÉON EMPEUEUl!
Elles VOUS montrei'onl, Sire, appelanl l’ordre le plus parlait dans toutes les parties de votre administration, établissant le crédit public sur rexaclilude et sur la justice, ouvrant de tous les côtés de nouveaux canaux à la prospérité, générale, assurant à tous 1 instruction, cette garantie du bonbeur des peuples, fondant la liberté des cultes et des opinions religieuses, et nous rendant l’empire sacré de la morale et des bonnes mœurs.
En retraçant ces grandes choses, Sire, elles y ajouteront d autres récits non moins précieux pour l’équitable postérité, elles diront ([u’aucun revers ne troubla jamais vos mémorables triomphes ; que lalbrlune, inconstante pour tous les hommes, ne le fut jamais pour Y. M.; que pour la première fois aussi, l’ingratitude des contemporains ne vint point aflliger le grand Homme; que les vôtres. Sire, furent toujours justes dans leurs sentiments pour vous, comme le sera l’avenir; et lorsqu’elles auront dit encore, pour achever de faire connaître votre grande âme, que dans tout le cours de ses immortelles actions, l’amour de ses sujets fut la première récompense que se proposa Y. M., elles ajouteront. Sire, que cet amour fit le charme de votre belle vie et que le plus grand homme des temps modernes en fut aussi le plus heureux.
Napoléon est parvenu à l’apogée de sa puissance. Pendant trois années l’Europe va jouir enfin d’un peu de calme qui permettra au vainqueur d’organiser son vaste empire ; seule la Péninsule lutte encore. C’est alors que l’Empereur regrette de n’avoir point d’héritier direct, et que, rompant les liens qui l’imissent à Joséphine, il épouse, le2 avril 18 10, l’archiduchesse Marie-Louise.
A cette occasion l’Institut s’émeut et manifeste l’intention de célébrer dignement cet événement que personne encore ne considère comme une faute politique; le i2 mars, la Commission administrative se réunit extraordinairement et examine les projets d’illumination du palais qu’elle a demandés à son architecte Yaudoyer; elle adopte le suivant, dont la mise à exécution nécessite une dépense de 8892, Ir. 60,
PROJET d’illumination
i“ Le Péristyle du milieu sera formé en colonnes, entablement et fronton, couvert de lampions de fer-blanc;
2“ Il y aura dans le tympan du fronton un transparent où seront peints le buste de Minerve et les attributs des Lettres, des Sciences et des Arts, ce transi)arent aura sc[)t toises superlicielles ;
ItONAPARTli MEMIil'.K DE L’INSTITUT NATIONAL
H” Il y aura dans la frisa une inscription en verres de couleur portant : Palais de l’Institut de France;
4" Dôme ; les ciiui arcades de face du dôme seront entourées de lampions en terrines ;
T)“ La corniche du dôme, la balustrade, et la corniche de la lanterne seront entourées de terrines;
tP Les arrière-corps et les parties circulaires seront décorées de deux cordons : l’un à la corniche, l’autre à l’imposte, de lampions en terrines, sans entourage de croisées ni d’arcades;
7" Gros pavillons i Tl y aura aux deux gros pavillons deux cordons de terrines sur trois faces, l’un h la corniche, l’autre à l’imposte;
8° Les dix arcades et dix croisées qui décorent chacun de ces pavillons, seront entourées de lampions de.fer-hlanc sur bâtis;
9“ M. Yaudoyer, architecte, est autorisé à faire exécuter ces travaux ;
10° M. Dufourny est nommé commissaire pour surveiller l’exécution du présent arrêté.
A la fin de celle année, la France a trente départements maritimes; sa carte présente vingt-quatre degrés de longitude sur sept degrés de latitude; elle est habitée par 41 millions d’hommes. Le moment n’est pas loin pourtant où l’auteur de ces prodiges va se briser cà toutes les haines (pi’il a, comme à plaisir, accumulées sur son passage, à toutes les ambitions qu’il a lait naître et qu’il n’a déjà plus la force de satisfaire, de dompter ou de vaincre.
llientôt va commencer la fatale et désastreuse campagne de 1812, après laquelle viendront les défections, puis la campagne de 1813, dans laquelle de grands succès sont encore réservés à nos armes. La bataille de Lutzen, celles de Bautzen et de Wurtseben , remportées sur les Prussiens et les Russes, donnent la mesure du dévouement que Napoléon peut attendre d’une armée jeune et inexpérimentée, il est vrai, mais reconstituée et conduite par une main savante. Emu lui-mème, à la vue de ces conscrits dont le patriotisme a fait des héros, l’Empereur veut perpétuer le souvenir de ces combâts glorieux.
Le 22 juin 1813, l’Institut, réuni extraordinairement, recevait de Montalivet les documents suivants :
Paris, le 12 juin 1813.
Le Ministre de l’intérieur, comte de l’empire, à M. le Président de l’Institut de France.
NAPOLÉON LMPEr.Eim
lAl. le Président, l’empereur a voulu consacrer par un grand monument la victoire mémorable qu’il a remportée a Wurlsclien, aux plaines de la Sprée, avec ses troupes françaises et italiennes sur les armées combinées de la Prusse et de la Uussie. Sa Majeslé a rendu à cet égard un décret le 22 mai dernier sur le champ de bataille meme.
l'.-L. Dulonc,
Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences (1832-1833), d’après le portrait gravé par A. Tardieu.
Un autre décret (en date du 10 juin) affecte 25 millions à ce monument qui sera élevé sur le mont Cenis et sur lequel seront inscrits les noms de tous les cantons de la France et de l’Italie. C’est un glorieux témoignage de satisfaction que l’auguste monarque veut donner à ses peuples, de l’entier dévouement dont ils ont fuit preuve lorsqu’en ces derniers temps, ils se sont portés de toutes parts sous ses aigles, pour aller vaincre et repousser au loin les ennemis de l’empire et de ses alliés.
:2'Jü
IIONAI’AIITI': Ml^Mlilili
DK L’INSTITUT NATIONAL
Los liislitiils (lo Fnuico, d’Iliilie cl d’Ainslerdain, ainsi que les académies de Home, de Florence el de Turin sonl charges de nommer des commissaires cl de prendre tous les moyens convenables pour dresser les plans du monument à ériger.
Sa Majesté sait qu’elle trouvera dans ces Compagnies toutes les lumières et tous les sentiments (lui peuvent inspirer des projets dignes de l’événement qu’il s’agit d’éterniser el propres à remplir aussi les vues d’utilité publique qui ne sortent jamais de la pensée du souverain.
Je vous envoie, M. le Président, une ampliation de chacun des décrets du !2:2 mai et du 10 courant.
J’ai écrit aux différentes Sociétés qui ont des dispositions à faire en cette occasion. Je leur ai recommandé de bien faire en sorte que les projets qu’elles auront adoptés me parviennent avant le P'' novembre pour vous être remis.
J’ai écrit également à M. le Ministre des relations e.xtérieures d’Italie au sujet des projets à envoyer par l’Instilul de ce royaume.
De votre côté, M. le Président, provoquez, je vous prie, sans retard toutes les mesures qui doivent assurer, en ce qui vous concerne, l’exécution des ordres de Sa Majesté.
Quand les plans des diverses Académies m'auront été adressés, ([lie je vous les aurai transmis, qu’ils auront été examinés à l’Inslilul impérial de France, vous m’en ferez le rapport afin que je sois à même d’en rendre compte cet hiver à l’empereur, pour que le monument puisse être commencé au printemps prochain.
Recevez, etc.
Montalivet.