DÉCRETS
En notre camp impérial de Klein-Baschewitz, sur le champ de bataille de Wurtsclien, le 22 mai 1813, à 4 heures du malin.
Napoléon, empereur des Français, roi d’Italie, protecteur de la Confédération du Rhin, etc., etc.
Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :
Art. l". — Un monument sera élevé sur le mont Cenis. Sur la face de ce monument qui regardera le coté de Paris seront inscrits les noms de tous nos cantons des départements en deçà des Alpes. Sur la face qui regardera Milan seront inscrits les noms de tous nos cantons des départements au delà des Alpes el de notre royaume d Italie.
A l’endroit le plus apparent du monument sera placée 1 inscription suivante :
« L’empereur Napoléon sur le champ de bataille de ^^urtschen a
NAl'OLÉON EMlM-:UKim
onlomu! rércflioii tic ce momimcnl coinnic un lômoignai^c de sa reconnaissance envers ses peuples de France et d’Italie et pour transniellre à la postérité la plus reculée le souvenir de cette époque célèbre, où, en trois mois, 1 "200 0(10 hommes ont couru aux armes pour assurer l’intégrité du territoire de l’empire et de ses alliés. »
Art. 2. — 'Nos Ministres de l’intérieur de France et d’Italie sont chargés de l’exécution du présent décret.
Napocéox.
Au nom de S. M. l’empereur et roi, etc..
Nous l’impératrice reine et régente, etc..
Vu le décret de S. M. l’empereur et roi, notre très cher époux et souverain en date du 22 mai, du champ de bataille de Wurtsclien.
Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :
Art. 1“'’. — L’Institut de France, celui du royaume d’Italie, les académies de Home, d’Amsterdam, de Turin et de Florence, nommeront des commissaires et prendront tous les moyens qu’ils jugeront les plus convenables pour présenter un projet de monument à élever sur le mont Cenis pour réaliser les intentions de l’empereur.
Art. 2. — Ce monument devra, autant qu’il sera possible, sans se détourner de sa destination principale et sans nuire à sa durée, offrir en même temps un avantage d’utilité publique.
Art. 3. — Vingt-cinq millions sont consacrés à son exécution. Les devis ne devront pas dépasser cette somme.
Art. 4. — L’Institut d’Italie et les différentes académies enverront au Président de l’Institut de France les projets qu’ils auront adoptés. Ces envois devront avoir lieu d’ici au 1" novembre prochain, afin que les projets puissent être soumis à Sa Majesté dans le courant de l’hiver et le monument commencé au printemps prochain.
Art. 5. — Les Ministres de l’intérieur de France et d’Italie sont chargés de l’exécution du présent décret.
Donné en notre palais de Saint-Cloud le 10 juin 1813.
Marie-Louise. '
Paris, le 21 juin 1813.
Le Ministre de l’intérieur, comte de l’empire, à M. Delamhre, chevalier de l’empire. Secrétaire perpétuel de la première classe de l’Institut impérial de France (pour les sciences mathématiques).
M. le Secrétaire perpétuel, le 12 de ce mois j’ai notifié à l’Institut impérial de France les décrets des 22 mai dernier et 10 du courant, tous deux relatifs à l’érection d’un monument sur le mont Cenis pour consacrer la mémoire de la célèbre victoire de Wurtsclien.
iî'J8 liONAPAr.TK MEMP.RE DE L’INSTITUT NATIONAL
Ces décrets feront époque dans les arts, et trop de soins ne peuvent être apportés à leur exécution.
Des commissions chargés spécialement de la rédaction des projets doivent être prises dans le sein des Instituts de France, d’Italie, d’Amsterdam et des Académies de Rome, de Florence et de Turin.
J’ai pensé que je devais vous entretenir du mode à adopter pour la formation de la commission à créer dans l’inslitut impérial.
La quatrième classe, la classe des beaux-arts, paraît d’abord être principalement appelée s’occuper du monument à ériger. Mais les autres classes ont droit aussi à intervenir en cette circonstance et de cette réunion de toutes les classes, il y aura lieu d’attendre que les plans dressés seront dignes de fixer l’attention de l’empereur j)our le choix du style du monument, de sa position, des inscriptions (|ui pourront accompagner celles que Sa Majesté elle-même a dictées.
Le parti auquel je croirais qu’il conviemlrait de se fixer, ce serait Je composer une commission do sept membres, dont quatre à nommer par la classe des beaux-arts et un dans chacune des autres classes.
La commission ainsi composée dresserait un projet.
Les classes prendraient, chacune en particulier, connaissance de ce projet et feraient, par l’organe des membres de la commission, désignés dans leur sein, les observations dont le travail leur semblerait être susceptible.
Le projet étant ensuite discuté de nouveau et définitivement arrêté par la commission, celle-ci en ferait son rapport.
Mais ce rapport encore ne serait joint aux projets des autres Académies et adressé au Ministre pour être soumis à l’empereur, qu’accompagné d’un avis motivé de chacune des classes.
Telles sont les dispositions qui me paraîtraient dans le cas d’être faites pour assurer la meilleure exécution des intentions de Sa Majesté.
J’écris à MM. les Secrétaires perpétuels des trois autres classes de l’Institut impérial de France une lettre pareille à la présente.
Je vous invite à vous concerter avec MM. vos collègues pour convoquer les classes et provoquer les mesures nécessaires a 1 assemblée générale qui doit se tenir à 1 occasion du monument a élevei au mont Cenis.
Je mettrai beaucoup de prix à être bientôt instruit du résultat des délibérations de la Compagnie.
Recevez, etc.
Montalivet.
Conformément aux intentions exprimées par le Ministre , l’Institut désigna le 24 juin les commissaires suivants .
NA1>0LÉ0N EMlMiRKUIi
l'"' dusse ■ -Monge cl Prony 5 GanioL, supplénnl- 2" dusse : Regnaud de Sainl--lean d Angely cl de Ségui , Raynouard, suppléant.
J.-lî.-A. Dumas,
Secrélaire perpétuel de l’Académie des sciences (1808-1884), d’après le portrait lithographié par Lafossc.
d® classe : Qnatremère de Quincy, de Laborde et Visconti.
/p classe : Fontaine, Renon, Percier, Durourny et Peyre; Leinot, suppléant.
Ce grand dessein reçut un commencement d’exécution; l’Institut de France, en possession de nombreux projets, se pré-
:100 ItONAl'AUTE MEMHUE DE D’INSTITUT NATIONAL
[)arail, à les examiner coiirorrnémenl an règlemcnL qn’il avait adopté dans la séance même où la communication des décrets ([ni [)récèdciit lui avait été donnée; malheiirensenient il était trop tard, l’année 1813 s’achevait au milieu d’nnc conflagration générale qui allait ouvrir les portes de la France aux armées alliées.
Vient l’année 1814 , Napoléon lutte avec l’énergie des meilleurs jours; mais les trahisons l’écrasent, son armée est épuisée, ses lieutenants sont battus, et les alliés ont, dans Paris môme, noué des intelligences qui leur préparent l’entrée de la ville.
Le 3 avril , le Sénat consomme la défection en déclarant que « Napoléon est déchu du trône, le droit d’hérédité aholi dans sa famille, le peuple français et l’armée déliés du serment de fidélité ».
Le 5 avril, l’Institut de France, accablé par de si effroyables catastrophes, était mis en demeure, en sa qualité de corps constitué, d’adhérer à la déchéance de l’homme, qui, vaincu par une ambition démesurée, a vu pâlir son étoile et vient de laisser tomber le pays sanglant aux mains de l’étranger.
Le procès-verbal de la séance tenue par l’Institut a été conservé ; il est conçu dans les termes suivants ;
Le Secrétaire perpétuel demande la parole pour communiquer tà l’Assemblée quelques propositions relatives aux circonstances. Il lit un discours qu’il termine en proposant de déclarer que l’Institut de France adhère à Pacte du Sénat qui prononce la déchéance de Napoléon Bonaparte et des membres de sa famille, ainsi qu’aux principes que ce corps a adoptés pour servir de base à la constitution nouvelle qu’il s’occupe à rédiger. Il ajoute que l’Assemblée jugera sans doute juste et convenable d’exprimer un sentiment de reconnaissance pour les sages mesures prises par le Gouvernement provisoire pour maintenir l’ordre et la tranquillité dans Paris, et pour assurer le succès du grand événement qui se prépare.
La discussion s’étant ouverte sur le discours, plusieurs membres proposent de faire quelques additions aux propositions qui le terminent.
On nomme une commission composée des quatre Bureaux, des membres de la Commission administrative et des membres qui ont fait des observations sur ce sujet. Les Commissaires se sont retirés
.NAl'OLÉON EMlMUiElll’.
pour aller délibérer, séance Iciiaiitc, sur les chaiigcufienls proposés; leur rapport ayant été soumis à une nouvelle discussion, l’Assemblée a pris l’arrêté suivant :
« Pénétré des sentiments et des principes fini ont dirigé le Sénat et le Gouvernement provisoire dans ces circonstances mémorables, l’Institut arrête qu’il les remercîra solennellement des mesures salutaires qu’ils ont prises pour rendre à la France un monarque appelé par le vœu général, et pour donner à la nation une charte fondée sur des institutions fortes et en harmonie avec le progrès des lumières et l’état de la civilisation européenne.
(( Il arrête en outre qu’il priera le Gouvernement provisoire de lui obtenir des souverains alliés la permission de leur exprimer la reconnaissance de tous les amis des Sciences, des Lettres et des Arts, pour la magnanimité avec laquelle ils ont protégé les monuments de cette Gapitale et tant de dépôts précieux dont la conservation était si importante pour tous les peuples éclairés. »
Les Bureaux de l’Institut se rendront auprès du Gouvernement provisoire pour lui soumettre le présent arrêté.
Un membre propose d’arrêter que le discours du Secrétaire perpétuel sera inscrit au Procès Verbal. Un autre membre demande que, pour des raisons qu’il ne fait pas connaître, le discours ne soit pas inscrit.
L’Assemblée arrête que le discours ne sera pas inscrit au Procès Verbal.
Un autre membre demande qu’il soit fait des remercîmenis au Secrétaire perpétuel sur la mesure qu’il a provoquée et sur la manière dont il a exprimé les sentiments de l’Institut à cet égard.
Sa proposition est adoptée.
Le 1 1 avril, Napoléon signait à Fontainebleau son abdication dans les termes suivants :
Les puissances alliées ayant proclamé que l’empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l’empereur Napoléon, fidèle à son serment, déclare qu’il renonce pour lui et ses héritiers aux couronnes de France et d’Italie, et qu’il n’est aucun sacrifice personnel, même celui de la vie, qu’il ne soit prêt à faire à l’intérêt de la France.
Comme suite à sa manifestation du 5 avidl, l’Institut avait ])ensé qu’il élait de son devoir de porter la ptirole devant les souverains étrangers; « il fut successivement admis, en LSI//.,
lîONAl’ARTK MEMJlUE DE L’INSTITUT NATIONAL
devant, le roi do Prusse, l’eiripereur d’Autriche et l’empereur do llussio (1). »
On trouve, dans le Moniteur du 12 avril, les documents qui suivent, relativement à la visite qui fut laite par l’Institut à l’empereur Alexandre :
S. M. l’EuqDereur de Russie a bien voulu recevoir une députation de l’Institut de France, composée des Présidents et Secrétaires des quatre bureaux et de plusieurs autres membres qui s’y étaient réunis.
Le Président a adressé à S. M. le discours suivant :
(( Sire, durant le cours des guerres où nous précipita l’ambition d’un homme, l’Institut de France fut toujours en paix, en relations d’amitié avec les savants, les gens de lettres, les artistes de l’Europe. Nous n’avons point désespéré des progrès de la civilisation. Mais pendant ce temps, Sire, aidé de vos augustes alliés, du digne successeur de ces deux empereurs philosophes, Joseph et Léopold, du digne héritier du grand Frédéric, aidé du Prince-régent d’Angleterre et du peuple anglais, vous travaillez, même au milieu du tumulte des armes, à perfectionner la bienveillance sociale, objet des vœux de tous nos sages. Jamais cette bienveillance n’accomplit de plus grandes merveilles, jamais aussi elle n’émana de plus nobles cœurs. On avait voulu nous persuader que, vainqueur, vous n’épargneriez pas chez nous les monuments des sciences et des arts. Sire, nous ne l’avons pas cru. Vous ne mettez pas votre gloire à détruire. Nos monuments sont conservés. Ce bienfait, si précieux pour l’Institut de France, disparaît en (juelque sorte devant des bienfaits tels que jamais aucun souverain n’en dispensa au monde. Vous avez sauvé et Paris et la France. Avec la liberté, nous recouvrons le roi que nos vœux appelaient. Nous sommes toujours une nation fière, et nous redevenons une nation aimante. L’amour des lettres a été, pour le roi que nous proclamons aujourd’hui, ce qu’il a été. Sire, pour votre belle âme. Les lettres qui l’ont soutenu dans le malheur le conseilleront sur le trône. Nous adoucirons par nos soins le souvenir de ses peines passées, comme il soulagera nos malheurs trop récents. Nous respecterons sa puissance; l’héritier de saint Louis et de Henri IV saura s’arrêter devant ces sages limites du pouvoir qui souvent en sont l’appui. Un père n’est jamais mieux ref.u dans sa famille que lorsqu’elle a beaucoup souffert pendant son absence.
(.( Notre attendrissement redouble à ces mots. Sire; notre bonheur
(t) Granier de Cassagnac, De l'Institut de France. Paris, II. Plon, 1856, in-S®.
NAPOLÉON KMPEUEUPi
ost votre liicnfiiit, votre coïKiuêle. Vous avez appris aux héros imc nouvelle manière de triompher, üu se trompe sur la grandeur, les malheurs du monde ne l’oul attesté que trop souvent; mais quel cœur peut se tromper sur la inagiianimité? Désormais on se défiera de toute admiration (pie l’épouvante accompagne. L’admiration n est
J.-B.-A.-L.-L. Eue de Beaumont,
Sccrétuirc perpétuel de l’Acodémic des sciences (1853-1874), d’après un portrait publié par V Illuslralion.
légitime que lorsqu’elle est mêlée d’amour. La nôtre est bien pure : nous ne louons pas, Sire, nous bénissons. »
Le avril, inlbrmés par les délégations de l’Institut, de la délibération prise le 5 du môme mois, l’empereur Alexandre et le roi de Prusse, accompagnés de plusieurs princes de la maison de Prusse, prenaient place au sein de rinstitut de France, et le Président leur adressait les paroles suivantes :
nONAl'AIlTE MEMIiME DE L’INSTITUT NATIONAL
l’i’cs d’un siècle s’est écoulé depuis que Pierre le Grand visita nos Académies; comme ils ont prospéré, les fruits de civilisation qu’il venait cherclicr parmi nous ! et comme sou magnanime successeur nous rend avec usure ce qu’emprunta de nous ce héros législateur. Les Cassini, les llernoulli, les L’ilopital avaient à lui révéler les grands résultats des Sciences. Nous ne pouvons entretenir son auguste héritier et celui du grand Frédéric que des modestes objets de iios travaux, c’est-à-dire des progrès de notre langue, des difficultés de la critique et du goût; mais ces objets leur sont familiers et les grandes pensées qui les occupent sauront leur prêter de l’élévation.
C’est le caractère national qui a voulu que notre langue lïd sincère, facile dans sa marche, ennemie de l’apprêt et d’une pompe stérile.. Elle se prête aux aimables fictions; mais le mensonge lui fait toujours violence; quand elle se pare trop, c’est qu’elle a quelque chose à déguiser. Ses lois sévères ne furent jamais des entraves pour le génie; elle sait faire intimement l’union de la grandeur et de la simplicité, de l’élégance et d’un doux abandon ; enfin, elle ne paraîtra jamais pauvre, parce qu’elle est féconde pour exprimer les mouvements du cœur. Aussi voyons-nous combien elle a étendu scs conquêtes sur les bords du Danube, de l’Oder et de la Néva. Nous l’avons reconnu dans un jour qui pouvait être si terrible et dans lequel nos alarmes furent si promptement dissipées. Nous disions comme le Pbiloctète de Sophocle : Guerriers qui ne cous montrez point en ennemis, qu'il m'est doux d’entendre de votre bouche les sons de ma langue natale.
C’est pour nous un fréquent sujet d'entretien et de recherche que de suivre les progrès de notre littéi’ature. Il en est une cause qui peut-être, jusqu’à ce jour, a trop échappé à la reconnaissance des Français. Notre langue était encore sans harmonie, sans richesse et sans lois, que déjà nos chevaliers en faisaient l’organe de l’honneur. Déjà plusieurs de nos rois, dans l’enthousiasme des résolutions les plus généreuses et les plus héroïques, élevaient cette langue jusqu’au sublime. Bien longtemps avant les beaux vers de Corneille, le fds infortuné de Philippe de Valois avait dit que : Si la bonne foi et la vérité étaient bannies du reste du monde, elles devaient se trouver dans la bouche des rois.
Un monarque avait pris possession dn trône en disant : Louis XII ne venge point les injures du duc d'Orléans. François 1" avait écrit : Tout est perdu, fors l'honneur. Henri IV : Relevez-vous, Sully, ils croiront que je vous pardonne.
Nous l’entendons cjicore cette langue adorable de notre Henri 1\ ; nous l’entendons dans la bouche d un de ses descendants.
NAl'OLÉOiN EMl'EllEL'U
Comment une telle révolution s’est-elle opérée? Un mot du frère de notre roi nous l’apprend : Rien n'est changé en France, seulement il y a un Français de plus. Ah! Sire, il y en a plusieurs qui nous sont indiqués par radiniration et la reconnaissance publiques, et tous les droits de cité leur appartiennent dans la patrie de Henri IV.
J. -G. Jajiin,
Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences (1884-1886), d’apres une photographie de Truchelut.
La veille du jour où cette séance avait eu lieu, Napoléon faisait, à Fontainebleau, ses adieux à sa garde, et le 4 mai il prenait possession de File d’Elbe qui liti était cédée en toute souveraineté ; c’est de là que, passionnément occupé des événements qui se déroulaient, mettant à prolit les fautes de la Restauration, il débarquait à Cannes, au fond du golfe Juan, le 1“'' mars 1815, cl, au milieu de la stupéfaction générale, après avoir
E. Maindhon. 20
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couru quelques dangers, parvenait à Paris le 20 du même mois sans avoir rencontré d’énergiques résistances.
A l’annonce de cet événement imprévu, l’Institut sent se réveiller en lui les sentiments d’alîection qui l’unissaient autrefois à l’Empereur. Carnot a pensé d’ailleurs à l’attitude que prendrait l’illustre Compagnie; il lui adresse la lettre suivante :
M. le Président, les premiers corps de l’Étal s’empresseront sûrement, dans celle circonstance, d’adresser des félicitations à l’empereur sur son heureux retour. La gloire de notre belle patrie, M. le Président, revient avec ses aigles; mais Sa Majesté, oubliant les conquêtes que nous devions à son génie, ne veut plus s’occuper que du bonheur de son peuple, en lui donnant des institutions fondées sur la liberté, sur l’égalité des droits et en faisant fleurir le commerce et les arts. Ne nous enorgueillissons pas d’avoir été les maîtres de l’Europe. Plus de flatterie : elle doit être écartée d’un trône relevé par un grand homme.
L’Institut, ce foyer de lumière, répondra à ces idées libérales pour lesquelles nous avons combattu pendant vingt-cinq années et qu’un gouvernement élevé par la force, usé, vieilli et détruit dans moins d’une année, voulait faire disparaître.
Je vous prie, M. le Président, de me faire parvenir de suite l’adresse de l’Institut; vous jugerez facilement dans quel sens elle doit être rédigée.
Recevez, etc.
Le Ministre de l’intérieur, comte de l’empire,
Carnot.
Le 28 mars, réuni en assemblée générale, l’Institut arrêtait la rédaction de l’adresse; elle était conçue dans les termes qui suivent :
Sire, les Sciences que vous cultiviez, les Lettres que vous encouragiez, les Arts que vous protégiez, ont été en deuil depuis votre départ.
L’Institut, attaqué dans son heureuse organisation, voyait avec douleur la violation imminente du dépôt qui lui était confié, la dispersion prochaine d’une partie de ses membres.
Nous appelions avec toute la France un Libérateur, la Providence nous l’a envoyé.
Vous êtes venu au secours de la nation inquiète sur tous ses intérêts, blessée dans ses plus chers sentiments, ollensée dans sa
NAl'OLlilUN EMl'EKhUU
ÜU7
Lligiiilé, .el la roule t|iie vous avez parcourue des bords de la Médilerranéc jusqu’à la capitale a oU'erl riiiiage d’uii long Iriomplie.
Une dynastie abandonnée par le peuple rraii(;ais, il y a plus de vingt ans, s’est éloignée devant le monarque que le vœu du peuple IraiH-.ais avait appelé au trône par la toute-puissance de ses sull'rages trois fois réitérés.
Vous allez nous assurer, Sire, l’égalité des droits des citoyens, l’honneur des braves, la sûreté de toutes les propriétés, la liberté de penser et d’écrire, enfin une constitution représentative. Bientôt nous verrons terminer ces grands monuments des arts dont nos villes s’enorgueillissaient et ceux qui devaient répandre, d’une extrémité de l’Empire à l’autre, la vie et la prospérité.
Sire, bâtez le moment où placé entre votre épouse et votre fils, entouré des représentants d’un peuple libre et fidèle, qui vous apporteront de tous les départements, le vœu national, le résultat d’une expérience de vingt-cinq années de révolution, vous renouvellerez avec la France le contrat auguste et saint qui est resté gravé dans tous les cœurs français, et qui, fortifié par toutes les stipulations, par toutes les garanties qu’appelle l’opinion publique et que promet votre sagesse, attachera pour jamais la nation à votre personne et à votre dynastie (1).
Une voix s’éleva contre ce projet d’adresse, celle de Suard, secrétaire perpétuel de la classe de la langue et de la littérature françaises :
Messieurs, dit-il, c’est avec une extrême répugnance que je prends la parole pour proposer une objection à l’adresse qu’on vient de lire et que l’Assemblée paraît disposée à adopter sans discussion.
.le déclare d’abord que j’approuve l’esprit dans lequel elle a été rédigée; que j’adopte les principes politiques qui y sont très bien exposés et que je me joins aux justes éloges qui y sont donnés à S. M. l’Empereur; mais j’aurais désiré que, suivant l’invitation faite à l’Institut par S. E. le Ministre de l’intérieur, aucune flatterie ne se joignît a la louange. J’appelle flatterie tout ce qui a pour but de plaire a la puissance en blessant la vérité.
Je trouve dans l’adresse quelques lignes qui me paraissent blesser la vérité et la justice, et je ne puis y donner mon assentiment. Je n’insisterai pas sur ce passage, parce que je ne veux pas provoquer une discussion qui pourrait avoir de l’inconvénient sans aucune utilité.
(I) Moniteur du 3 avril 1815.
3Ü8 150NAPAHTE MEMJtllE DE L’INSÏITUT NATIONAL
Je prie l’Assemblée de ne pas regarder mon opinion comme un acte d’opposition au gouvernement, ce qui, de ma part, ne serait qu’une ridicule forfanterie. Je n’ai jamais eu qu’un principe en gouvernement, c est celui de saint Paul, que toute puissance vient de Dieu; je me soumets volontairement à toute autorité établie, et c’est avec sincérité que je voue soumission et obéissance au gouvernement de l’Empereur (1).