‹ L'Académie francaise, 1629-1793Chapitre 1 sur 47 · IL A ETE TIRE A PART · texte numérisé non relu

IL A ETE TIRE A PART

4 exemplaires sur papier du Japon.

20 exemplaires sur papier de Hollande-.

Numérotés à la presse

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Lorsque, voici bientôt dix années, j'eus le très grand honneur d'être élu membre de l'Académie, je trouvai établis toutes sortes d'usages dont je demandai vainement à plusieurs de mes anciens l'exacte signification. Il me parut que la plupart n'attachaient à leur observance qu'une attention modérée et que presque tous ignoraient comme ils s'étaient introduits. A coup sur, en toute occasion, les doyens invoquaient des précédents auxquels la Compagnie s'empressait de se conformer; mais les précédents qu'on citait et dont, à vrai dire, on n'invoquait aucun qui fût antérieur à 1870, me semblaient, si j'ose dire, empiriques, et n'étaient justifiés ni par une décision de l'Académie qu'on invoquât, ni par un acte du Souverain dont on justifiât.

Ces usages, pourtant, à quelle époque remontaient-ils et qui les avait établis ? Étaient-ce, durant le xixe siècle, les divers souverains qui avaient exercé le Protectorat ? Etait-ce Celui qui, après

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Richelieu et Louis XIV fondateurs de l'Académie, en fut le rénovateur ? A coup sûr, certains règlements venaient de lui et certaines formes qu'il est aisé de reconnaître, malgré l'effort qu'on fit pour en abolir les vestiges. Mais, au vrai, ce qui subsiste de lui est peu de chose à l'Académie, si c'est toutou presque à l'Institut. Pour nous, c'est plus haut qu'il faut remonter, et, sans tenir compte des dix années de sommeil où tomba la Compagnie (1793 à 1803), c'est à l'Académie fondée par Richelieu, adoptée par Louis XIV et Louis XV, qu'il faut demander le secret des traditions suivies par l'Académie ' d'aujourd'hui.

On en a — du moins en partie — les moyens, grâce aux Registres où les Secrétaires perpétuels avaient fonction d'inscrire tout ce qui intéressait la Compagnie. A la vérité, il nous manque les procèsverbaux des séances tenues durant les trente-huit premières années et, si les registres que l'on possède semblent partir de 1(372 pour finir en 1793, ils sont, quant aux procès-verbaux, singulièrement incomplets ; l'on doit louer l'Académie française d'en avoir ordonné la publication ; l'on doit rendre grâce aux savants qui ont consacré des années nombreuses à en éclairer le texte, à l'entourer de notes, à relever les imprimés auxquels il fait allusion; mais on ne peut que regretter la négligence des Secrétaires perpétuels qui ont si brièvement

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noté les faits intéressants, lorsqu'ils ont pris la peine de les mentionner.

C'est pourtant là, et uniquement là, que Ton peut puiser des renseignements certains, à la fois sur les deux premiers siècles où l'Académie exista, et sur les formes qu'elle adopta, de concert avec son protecteur, pour recruter de nouveaux membres et les recevoir, pour exercer vis-à-vis de ceux qui auraient manqué à l'honneur la peine de l'exclusion; c'est là qu'on peut se renseigner des règlements institués pour l'élection du bureau, des agréements accordés au Secrétaire perpétuel, des privilèges reconnus à chacun des Quarante ; là enfin qu'il est permis de suivre l'Académie dans sa vie, dans ses travaux, dans ses divers exercices, et jusqu'à sa mort. Pour raconter cette mort ou plutôt cette entrée en sommeil, je me suis servi d'autres documents, mais, jusqu'à l'époque de la Révolution, les deux mille cent quatre-vingt-onze pages des registres ont formé mon bréviaire et je dois en remercier ceux qui les ont publiés, en particulier M. Rebelliau, le savant bibliothécaire de l'Institut, qui connaît l'estime et l'amitié que je lui porte.

J'ignore si le public qui d'ordinaire s'intéresse aux menus événements dont l'Académie est le théâtre, fera accueil à un livre où se trouvent ainsi rassemblés et mis en ordre, pour la première fois,

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des détails sur l'institution académique qui permettent de comprendre quantité d'usages, de règlements et de traditions essentiels à l'existence de la Compagnie. Puis-je au moins espérer que mes confrères auxquels je le dédierais si je m'y sentais autorisé, y trouveront la preuve de mon attachement à une institution qui, étant à présent la seule en France remontant à trois siècles, emprunte de là une autorité et un prestige que nulle autre ne saurait présenter.

Au moment où paraît ce volume, le suffrage de mes confrères m'a appelé, pour le quatrième trimestre de 1912, au fauteuil du directeur, ce qui par l'évolution quinquennale des Classes, me procure l'honneur de présider l'Institut. L'occasion me paraît honne de présenter à celui-ci les annales et les règlements de la plus ancienne des Compagnies dont il se compose et de montrer que la doyenne n'a atteint ce degré d'honneur et de renommée qu'en observant strictement des lois que n'avaient point tracées une humeur momentanée ou un subit enthousiasme, mais la sagesse des hommes d'État et la prudence des générations.

Frédéric Masson.

Clos des fées, octobre 1912.

LES ORIGINES

La monarchie ne connaissait point en matière d'institutions la génération spontanée : c'est pour quoi ce qu'elle fondait était de durée. Ce n'était pas du cerveau d'un politicien, sous un coup de foudre ou par une illumination de ce qu'il croit être du génie, que s'échappait , parée de ses grâces neuves, une loi d'ailleurs inapplicable, ou ruineuse, ou meurtrière.

La monarchie ne procédait même point par enquête et conseil. Elle n'imaginait point une mesure, et, pour savoir si cette mesure était bonne ou mauvaise, profitable ou néfaste, elle ne consultait pas des hommes appointés exprès dont l'avis fût soigneusement médité et pondéré ; elle attendait, pour l'ordinaire, que, par de lentes stratifications, une institution, sous l'action des besoins,

se fût d'elle-même agglomérée ; que des tentatives et des essais eussent montré comment tel ou tel établissement pourrait être utile à la nation, profitable à ses intérêts et, par là même, à la gloire du Roi. Alors, non sans des tâtonnements, elle se déterminait à des adoptions, des incorporations, et, si l'on veut, des créations : le plus souvent, ce n'était là qu'un mot. Bien antérieurement à l'acte royal qui lui donnait une forme légale, l'organe existait, créé parla fonction, et tel qu'il n'y avait plus qu'à le doter d'un état civil.

Tel fut le cas de l'Académie. On ne saurait en rapprocher les origines de la fondation du Collège de France, lequel avait un but d'enseignement et de haute culture ; mais l'on peut penser que c'est un même courant d'idées qui détermina les deux effets. Parallèlement au mouvement d'études grecques et latines, se dessine, dès le règne de Louis XII, s'accentue et se généralise, sous le règne de François Ier, un mouvement en faveur de la langue française. Jean Lemaire de Belges l'inaugure par son Illustration des Gaules ; Palsgrave et Dubois lui donnent une formule par leur Grammaire Française ; Florimond, par son Traite' de l'Orthographe ; Etienne Dolet, par son Traité des Accents ; Meigret, par son Traité de la Grammaire Française ; enfin, arrive Joachim du Bellay, avec La Défense et Illustration de la Langue Française ; et, joignant alors l'exemple au précepte, la glorieuse Pléiade. Mais cette langue, qui

LES ORIGINES

demeure en formation, a besoin de régulateurs et d'artisans qui la rendent de plus en plus apte à traduire élégamment la pensée contemporaine, selon les formes de la beauté antique. C'est là le but que se proposent, depuis les débuts de la Renaissance, tous les hommes qui se sont pris à adorer ces dieux nouveaux arrivés d'Italie, et. ils poussent l'imitation de ce qu'ils se donnent pour les formules grecques et romaines jusqu'à un point surprenant.

C'est ainsi que Jean-Antoine de Baïf s'est convaincu que les vers, en France comme en Grèce ou à Rome, devaient être chantés accompagnés sur la lyre ou sur des instruments analogues, et qu'il leur manquait l'essentiel de leur rythme s'ils étaient seulement récités ou même déclamés. Il voulut donc réaliser ce qu'il avait rêvé; mais l'exécution d'un tel dessein exigeait des études approfondies et une pratique qui ne pouvait s'acquérir que par l'union intime de la littérature et de la musique. Il ouvrit donc une école, une Académie ; « une école pour servir de pépinière d'où se retireraient un jour poètes et musiciens par bon art instruits et dressée ». En cette Académie, dénommée Académie française dans les statuts dressés par Baïf, et ailleurs Académie de poésie et musique, se trouvaient comme directeurs, avec le titre d'entrepreneurs, Jean-Antoine de Baïf et son ami Joachim Thibaut de Courville, « maître en l'art de bien chanter ». Puis, venaient les musiciens, poètes, savants, éru-

dits, chargés d'écrire les poèmes, à côté des artistes qui mettaient leurs compositions en musique ; auprès d'eux, six virtuoses, chantres ou joueurs d'instruments qui exécutaient les œuvres lyriques aux auditoires, en présence des auditeurs, public choisi, élu et payant. Cette hiérarchie des Académiques a été fort bien débrouillée, ainsi que tout ce qui touche à ces assemblées, par M. Edouard Frémy, dans un livre qui date déjà de vingt-cinq ans.

Ainsi, bien qu'elle différât par quelques détails et qu'elle eût à la fois un caractère d'enseignement et un but de dilettantisme, cette Académie de Baïf, à laquelle, trois années après sa fondation, Charles IX conféra une existence légale par Lettres données au faubourg Saint-Germain, au mois de novembre 1370, apparaît comme le premier groupement régulier qu'aient formé les poètes français en vue d'améliorer, de perfectionner la langue et de lui donner ses règles.

On compta parmi les Académiques (car ainsi les nommait-on) Dorât, Ronsard, Amadis Jamyn, Jodelle, Belleau et Pontus de Thiard. Le Roi s'étant déclaré protecteur et premier auditeur de l'Académie, il ne manqua point de courtisans pour s'inscrire aux Auditoires d'un desquels on a, en vers de Jean-Antoine de Baïf, un très précieux compte rendu ; mais le Roi s'étant écarté, malgré les appels désespérés de Baïf, les courtisans tirent comme lui, et, faute d'argent, l'Académie faillit périr; au moins peut-on penser qu'elle tomba en sommeil.

LES ORIUINKS

Elle fut suscitée, advenant le règne de Henri de Pologne, par un homme qui fut assurément parmi les plus célèbres poètes qu'on connut en France, les plus populaires dans la jeunesse, les plus appréciés par les éducateurs, celui dont les enfants, dans les écoles et dans les familles, récitaient à l'envi les quatrains : le sieur de Pibrac. On a pu dire de ces quatrains : « C'est le vrai et simple bréviaire des honnêtes gens. » Mais, s'agissant. de relever une telle institution, le sieur de Pibrac était bien mieux qu'un faiseur de vers. Issu d'une très vieille race parlementaire, ayant fait ses études de droit en Italie, il fut nommé, presque dès son retour, juge-mage de Toulouse, puis il fut envoyé ambassadeur au Concile de Trente, et devint après avocat du Roi au Parlement de Paris, où il fut célèbre pour son éloquence. Membre du conseil privé du Roi, il était, en même temps, entré dans la confiance du duc d'Anjou, lequel le chargea de rétablir la paix dans son apanage, et, étant élu roi de Pologne, l'emmena comme chancelier de son nouveau royaume. Lorsque, par la fuite, Henri de Valois se déroba à ses sujets, pour venir régner en France, il reçut de Pibrac des services essentiels et il en conserva mémoire.

De là le considérable pouvoir qu'il prit, et comme son esprit était nourri autant de la philosophie que de la littérature antiques, qu'il était curieux de toutes les sciences, il élargit infiniment le cercle d'études de l'Académie de Baïf, bien que

celle dont il devint Y entrepreneur en fut la continuation avec la même hiérarchie, dans ses Académiques, de Musiciens et d' Auditeurs. Le Roi Henri III s'en déclara le protecteur, et, comme elle siégeait deux fois la semaine au cabinet du Roi. elle prit le nom d'Académie du Palais. On ne connaît d'une façon à peu près certaine pour Musiciens que Ronsard, Pibrac, Doron, Thiard, Baïf, Desportes, du Perron, Amadis Jamyn et Agrippa d'Aubigné ; il devait assurément s'en trouver d'autres, médecins ou savants, mais tenant par quelque charge, les uns et les autres, à la Cour. Il n'y avait point que des hommes pour Académiques et il se trouvait au moins deux dames du plus haut parage : la maréchale de Retz et Mme de Lignerolles. « Les deux, dit d'Aubigné, ont fait preuve de ce qu'elles savaient, plus aux choses qu'aux paroles, dans l'Académie qu'avait dressée le roi Henri troisième, et me souviens qu'un jour, entre autres, où le problème était sur l'excellence des vertus morales et intellectuelles ; elles furent antagonistes et se firent admirer. »

M. Frémy a retrouvé, à la Bibliothèque Royale de Copenhague, une suite de discours et de dissertations qui forment ce qu'on connaît jusqu'ici des travaux de l'Académie du Palais. Ces discours sont presque uniquement de philosophie et de morale, même lorsqu'ils sont l'œuvre, de poètes fort neufs en une telle besogne, et l'on ne saurait méconnaître, à cette direction imposée, l'influence du protecteur et premier auditeur, le roi Henri troi-

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