‹ L'Académie francaise, 1629-1793Chapitre 17 sur 47 · II. — LE DICTIONNAIRE · texte numérisé non relu

II. — LE DICTIONNAIRE

Le Dictionnaire ! Les retards que subit sa confection, les mots suspects que doit définir une assemblée de gens graves, les problèmes que s'amuse à poser quelque journaliste en belle humeur, l'ignorance où se trouve le public de l'intérêt que présentent ces délibérations et delà conscience qu'y portent les membres de la Compagnie, tout a fait du Dictionnaire un prétexte à épigrammes faciles, qui, étant usitées depuis bientôt trois cents ans, ont l'agrément d'être familières et de pouvoir être indéfiniment rééditées. On en publiera quelque jour un recueil, si ce n'est déjà fait, et ce sera d'un excellent secours pour les chroniqueurs dans l'embarras.

Avant même que l'Académie eût reçu une existence légale, Chapelain, qui mérite certes mieux que les épigrammes de M. Despréaux, représenta que, pour épurer la langue et la rendre capable de la plus haute éloquence, fonction que devait se proposer l'Académie, « il fallait, premièrement, en régler les termes et les phrases par un ample Dictionnaire ». Tel est, dans l'état civil académique, le premier acte mentionnant le Diction-

naire. Sa conception remonte ainsi au 20 mars 1634. On ne saurait souhaiter date plus belle. Le 27, M. Chapelain s'étant étendu sur la manière dont on devait travailler à ce grand œuvre, fut prié d'en dresser le plan.

Après bien des conférences avec M. de Vaugelas qui, ayant fait depuis longtemps plusieurs belles et curieuses observations sur la langue, les offrit à la Compagnie, M. Chapelain, en mars 1638, proposa ce plan qui fut approuvé par la Compagnie, mais qui fut contesté quelques jours plus tard par M. Silhon, pour lors directeur; et comme, en effet, il s'agissait d'extraire des citations de tous les auteurs et que l'on appréhenda le travail et la longueur des citations, on résolut, sur l'avis môme de M. Chapelain, de renoncer à citer les autorités.

Il fallait pourtant, que certains des membres de l'Académie se consacrassent entièrement à ce travail. On proposa au Cardinal MM. de Vaugelas et Faret. Il ne fit d'abord point de réponse. Mais à la fin de juin 1639, sur les instances de Boisrobert, en vue de donner à M. de Vaugelas tous moyens de travailler librement au Dictionnaire, il rétablit en sa faveur une pension de deux mille livres. Les cahiers commencèrent d'être dressés, et, pour y travailler, l'Académie fixa au mercredi des assemblées extraordinaires où elle se divisa en deux bureaux, puis en quatre fonctionnant simultanément. A la mort de Vaugelas, les cahiers du Dictionnaire furent saisis par ses créanciers et il fallut

une sentence du CliâteleL, du 17 mai 1651, pour que l'on rentrât en possession. Alors, Yaugelas était sans doute arrivé à la lettre I.

Mézeray prit la suite du travail, mais sans y mettre un zèle extrême, car, en 1672, l'on n'avait pas encore commencé la lettre S et l'on entreprenait pourtant une revision générale des cahiers manuscrits qui équivalait à une refonte intégrale. Un ordre de travail était établi pour que chaque cahier ne restât pas plus d'une semaine aux mains de ceux qui avaient accepté de s'en occuper et qu'il courût ainsi de main en main. Colbert, qui était homme de résolution et de volonté, s'était mis en tête que l'Académie achèverait, et dans le plus court temps, cette œuvre intéressante pour la gloire du Roi et il ne négligeait rien pour pousser et hâter ses confrères. Il faisait fournir par le Roi une somme d'argent pour la transcription des cahiers, et, s'il faut en croire le Père Léonard, il traitait si bien les copistes, les sieurs Cousin et Lhéritier, qu'il leur allouait, par chaque jour de leur travail, trois livres quinze sols, ce qui leur eût fait pour l'année ronde un traitement qu'eussent envié bien des Académiciens. Il prenait à cœur qu'il y eût du bois pour les chauffer, du papier et tout ce qu'il fallait pour qu'ils écrivissent, mais tout cela laissait encore loin de compte. En mars 1673, M. de Mézeray proposait qu'on dressât des catalogues de tous les mots dans l'ordre alphabétique afin de voir si l'on n'en avait point oublié, car, dans

le système de classification par racines qu'on avait adopté, rien de plus facile. Ce système menait à de très ingénieux rapprochements, à condition de parcourir, à propos d'un mot, toutes les filiations qu'il avait données et d'énumérer, après sa famille légitime, tous les membres de sa famille naturelle. Cela conduisait loin, et exigeait un continuel rapprochement de toutes les lettres. Ainsi, pour absoudre, absous, absoute, devait-on chercher à soudre, pour abstenir, abstinence, abstinent, à tenir, pour abstraction et abstrait, à traire; il était des rencontres faites pour surprendre et, par là, la lecture du Dictionnaire promettait d'être singulièrement divertissante. Mais il fallait qu'il y eût un Dictionnaire.

tj rtuieleqe pouir l JiiywiWton

au dictionnaire cLQr^h-^ *'-

l Clcadcmu \ %

Ce Dictionnaire reçut, le 28 juin 1674, les lettres du Roi qui lui accordaient, avant même qu'il fût, une existence légale, et, bien mieux, ne reconnaissait qu'à lui le droit d'exister. Sa Majesté « faisait défense à tous imprimeurs et libraires, dans tous

les lieux de son obéissance, d'imprimer ci-après aucun dictionnaire nouveau de la langue française, soit sous le litre de dictionnaire, soit sous un autre titre tel qu'il puisse être, avant la publication de celui de l'Académie française, ni pen-

miu-^u vnoux.'i)^ Jtiwi Pivu i.f Onacr \\\\( Jvx r.vto JVvxauV.J

4itialot^t-) u"it-m<- n;fln.*-fi"Ytnwi"(rMi.-?»vi<i^

dant toute l'étendue des vingt années dudit privilège », et cela à peine de quinze mille livres d'amende, applicables : un tiers au Roi, un tiers à l'Hôtel-Dieu de Paris et l'autre tiers à l'Académie

ou aux libraires dont elle se sérail servie. Par les louanges qui lui étaient données, par l'éloge qui était fait du Dictionnaire à naître, l'Académie se trouvait obligée à remplir sa promesse et, en effet, elle fut prise d'un zèle extrême et, pour avancer le travail, elle résolut d'y consacrer trois jours par semaine et bientôt de se diviser en trois bureaux travaillant simultanément. Au 13 février 1677. on donnait à imprimer le premier cabier de la lettre A, mais c'était encore un faux départ, car, au 13 mai de la même année, M. Quinault et quelques autres prétendirent remettre en question de quelle manière on rangerait les mots du Dictionnaire et si l'on n'abandonnerait point le classement par racines ; on leur répondit du haut ton qu'on ne pouvait pas changer, après trente-sept ans de travail uniforme, sans une marque de légèreté et d'inconstance et, après beaucoup d'autres fort bonnes raisons, « qu'une si célèbre Compagnie, faisant un nouveau Dictionnaire, devait prendre une route nouvelle qui ne fût point frayée par des gens du commun, et qui ne pût être tenue que par des gens très savants dans toutes les parties de notre langue, ce qui distinguerait son ouvrage de tant de petits dictionnaires qui sortent tous les jours en foule des collèges ». Au moins en sortaient-ils, et le Dictionnaire de l'Académie ne sortait point du Louvre !

Par surcroît, Mézeray, qui avait, comme secrétaire perpétuel, charge et fonction du Dictionnaire, mourut le 10 juillet 1683 et il fallut lui trouver

un successeur. On choisit assurément l'homme le mieux fait pour mener à bien une telle besogne : l'abbé Régnier-Desmarais ; mais, juste au moment où, avec un très vil* désir d'aboutir, il mettait la machine en train, survint l'affaire Furetière. L'abbé, membre de l'Académie, mêlé à toutes les péripéties du Dictionnaire de l'Académie, obtenait du chancelier, au mépris des droits de l'Académie, un privilège pour un dictionnaire nouveau. Soupçonné alors d'avoir, à la mort de Mézeray, volé les cahiers préparés et rédigés par celui-ci ; convaincu, en tout cas, d'avoir plagié l'œuvre commune de ses confrères, Furetière est mis en accusation et voici qu'interviennent, avec toute la procédure de l'exclusion de l'abbé, des intrigues singulièrement violentes contre l'Académie; l'on est déjà en 1687. Sans doute, a-t-on travaillé et fortement avancé ; on a constaté des fautes et des omissions, mais on ne recommencera pas pour cela l'impression, et Ton ajoutera seulement une feuille d'errata.

Il faut finir et l'on y est bien résolu ; avec l'abbé Desmarais, Thomas Corneille et Barbier d'Aucour s'appliquent à revoir les épreuves, puis c'est toute la Compagnie qui s'y emploie. Le 2 juillet 1692, on annonce que l'impression est achevée, maison impose au libraire de tirer mille exemplaires en sus des cinq cents qu'il a tirés déjà et qui, d'ailleurs, seront mis au pilon. Encore deux années et l'ouvrage eût été fini, n'étaient la préface et l'épître dédicatoire sur lesquelles on se disputa fâcheuse-

FRONTISPICE DU DICTIONNAIRE (1694) Composition de J.-B. Corneille, gravée par Mariutti

ment, le terrible Charpentier étant parvenu à substituer ses productions à celles déjà adoptées du Secrétaire perpétuel.

Enfin, tout fut prêt : le frontispice, inventé par J.-B. Corneille, gravé par Mariette, où des amours et des muses s'empressent, devant le Dictionnaire de l'Académie française ouvert à la première page, à couronner de fleurs le buste du Roi dont G. Edelinck a lui-même gravé l'effigie; les marques du libraire où, entre l'ancienne et la nouvelle Loi, sous le Livre sacré, sont placés t'écusson royal et celui de l'Académie ; l'en-tête de la dédicace au Roi, montrant les académiciens en habit long, prononçant un discours devant Sa Majesté, assise sur son trône; les lettres ornées, Tune avec le soleil et la devise Nec pluribus impar, l'autre avec la couronne de lauriers enfermant la devise de l'Académie : A l'Immortalité ; enfin, l'en-tête du texte lui-même, où l'on voit une sorte de classe de jeunes garçons et déjeunes déesses fort aimables, inscrivant sur de considérables tablettes les dictées du Temps au-dessus duquel on lit dans un nuage Si volet astis ; un jeune homme à ses pieds arrose un pot de lis, et Minerve — à moins que ce ne soit Bellone — enchaîne une hydre fantastique.

Le 24° d'août 1694, jour de la Saint-Barthélémy el veille de la Saint-Louis, M. de ïourreil, directeur, accompagné de partie de ses confrères, se présente au Roi à l'heure fixée, après son prie- Dieu. Sa Majesté les fait entrer dans son cabinet et,

au compliment du directeur, elle répond tout haut, en ces propres termes : « Messieurs, voici un ouvrage attendu depuis longtemps. Puisque tant d'habiles gens v ont travaillé, je ne doute pas qu'il ne soit très heau et fort utile pour la langue. Je le reçois agréablement ; je le lirai à mes heures de loisir et je tâcherai d'en profiter ».

Honorée d'un tel témoignage, l'Académie s'empresse d'offrir des exemplaires au roi et à la reine d'Angleterre, à Monseigneur et aux ministres. Il y a même lieu de penser que certains étaient reliés de longue date, puisqu'il s'en trouve un aux armes de la Grande Mademoiselle, morte en avril 1G*.»3.

Après ce cri de délivrance qu'elle avait poussé, l'Académie, comme on a vu, demeura quelque temps oisive, cherchant à quel travail elle s'emploierait. A la fin, en 1700, elle se résolut à une revision du Dictionnaire, en adoptant cette fois l'ordre alphabétique. Rien ne pouvait être plus à propos et nul travail ne peut, comme le Dictionnaire, alimenter les conversations d'une société d'hommes polis. Dans le Dictionnaire coule la langue; selon les époques, selon les fluctuations de la politique et des modes, elle prend ici ou là, sur telle ou telle frontière, des usages et des façons de parler ; le Dictionnaire est l'image du temps précis où il fut fait, si bien qu'après un quart de siècle, il est déjà si incomplet et paraît si vieux! Que de mots sont introduits, deviennent les plus courants et les plus souvent entendus, qu'on ne

connaissait point vingt-cinq ans de ça et qui obligent à de singuliers efforts pour être définis avec de vieux mots. Que de faits nouveaux, dans tous les domaines de l'intelligence, à constater et à régulariser, non qu'il s'agisse ici d'inventer des mots, mais de recevoir de la voix publique et d'inscrire, pour leur fournir un état civil, ceux qui ont eu raison de naître et qui ont raison de vivre. Et ce fut ainsi que, à trois reprises, durant le xvmc siècle, le Dictionnaire fut vivifié de la racine aux suprêmes frondaisons par l'effort des successives générations académiques. La deuxième édition fut, le 28 juin 1718, présentée au Roi par M. lévêque de Fréjus, chancelier, accompagné de M. le Secrétaire et de cinq à six Académiciens ; ensuite, elle fut offerte à tous les princes du sang qui, la plupart, remercièrent fort poliment. La troisième fut présentée, Je 8 septembre 1740, au Roi, à la Reine, •et à Monsieur le Dauphin par M. le duc de Yillars, directeur, suivi de M. l'abbé Alary, chancelier, et des autres Académiciens. La quatrième fut offerte, le 10 janvier 1762, au Roi, à la Reine, à Monsieur le Dauphin, à Madame la Dauphine, à MgI le duc de Berri. On en offrit ensuite un exemplaire au duc d'Orléans, mais « en veau fauve avec ses armes dessus ». La cinquième édition était en manuscrit lorsque l'Académie interrompit ses travaux. Ainsi, 1694, 1718, 1740, 1762, 1792 : à des intervalles presque réguliers de vingt-quatre ans en moyenne, l'Académie est parvenue au bout d'un travail de

revision qui avait été particulièrement rude pour la deuxième édition où elle avait adopté l'ordre alphabétique, ajouté quantité de mots nouveaux et de locutions nouvelles, mieux choisi les exemples et amélioré les définitions ; elle y avait peu touché à l'orthographe, qu'elle révolutionna au contraire dans l'édition de 1740 où, par l'influence de l'abbé d'Olivet, plus de cinq mille mots furent modifiés; ce fut là la Terreur. L'Académie se borna pourtant à couper des lettres, ce qui valait mieux que de couper des têtes.

Ht. — PRIX DE LITTÉRATURE ET PRIX DE VERTU

S'il s'en fallut de six années que la cinquième édition du Dictionnaire fût prête au même intervalle que les trois précédentes, c'est qu'à partir de 1767, le public s'avisa de distraire l'Académie de son travail essentiel et de l'occuper à des objets qui n'avaient aucun rapport avec son institution. Durant un siècle, elle avait, tous les deux ans, jugé un concours d'éloquence et un concours de poésie. Le concours d'éloquence, fondé par Balzac en 1646, étaitéminemment religieux et comportait, comme on verra plus loin, un prix de dévotion; et le concours de poésie, celui établi en 1673 par trois académiciens anonymes, aussi bien que celui fondé en 1699 par M. de Glermont-Tonnerre, évêque de Noyon, devait être une affirmation continuelle de loyalisme, la louange des vertus du Roi, du Grand Roi, de Louis le Grand, de même, le prix fondé en 1705 par Bétoulaud, de Bordeaux. Mais, si le nombre des concurrents était grand, le jugement, si approfondi qu'il pût être, et quelque excès de conscience qu'on y portât, ne pouvait point occuper la Compagnie durant plusieurs mois.

Il est vrai de reconnaître qu'au début on avait

raffiné, et peut-être est-il opportun de rappeler comme l' Académie comprenait alors son devoir pour le jugement des concours. En 1672, la première année où le concours fut ouvert, il avait été envoyé au Secrétaire perpétuel quarante pièces de prose, chacune n'excédant pas demi-heure de lecture, approuvée par deux docteurs de la Faculté de Théologie de Paris et « portant au lieu du nom de l'auteur » une marque ou un parafe avec un passage de l'Ecriture Sainte qu'on avait écrit aussitôt sur le registre de l'Académie ; et vingt-neuf pièces de poésie, lesquelles, dispensées de l'approbation des docteurs, mais remplissant toutes les autres conditions, n'excédaient point cent vers. A mesure qu'il avait reçu les discours, le Secrétaire perpétuel les avait numérotés en chiffres romains de là XL et il les apportait à présent à l'Académie. Celle-ci se partagea en quatre bureaux, chacun de cinq membres, qui s'assemblèrent chez le confrère le plus commodément logé ; à chaque bureau furent remis dix discours, qui furent examinés successivement en particulier par les cinq académiciens, lesquels, ensuite, en délibérèrent dans leur bureau et marquèrent entre eux les discours qui leur paraissaient les meilleurs ; puis, ils les envoyèrent au bureau suivant, et « tous les paquets roulèrent ainsi dans les quatre bureaux, et, lorsque tous les eurent vus et examinés, marqué les meilleures pièces, ils rapportèrent leurs résultats particuliers dans l'assemblée générale ». Dans cette assemblée,

nul ne pouvait voter qu'il n'eût été des bureaux, qu'il n'eût travaillé avec eux, qu'il n'eût vu tous les discours, qu'il n'eût assisté à la conférence générale des bureaux et de plus à la séance de la prononciation.

Et il était pour les pièces de poésie comme pour celles de prose.

Ainsi obtenait-on des opinions sérieuses, éclairées, où la complaisance ne pouvait entrer pour rien et qui, étant émises par la portion — peut-on dire laborieuse — de la Compagnie, avaient cliance pour être équitables.

Chaque bureau a donc apporté à l'assemblée générale les pièces qu'il a jugées le plus passables, et aussitôt on les a lues toutes, sept de prose et six de vers ; de celles-ci, on a éliminé quatre l'une après l'autre ; à la séance suivante, un même Académicien a lu les deux pièces qui avaient été réservées; on les a données successivement à chacun des membres présents, lesquels ont été invités à les critiquer du plus près et à y faire des remarques. Après quoi, l'on est passé au scrutin. Même procédure pour le discours. On employa donc ainsi huit séances, neuf avec la séance de la Saint-Louis où les prix furent décernés, sans compter les séances particulières que tinrent les bureaux ; mais Ton peut dire qu'il y avait là une recherche de précautions qui eût semblé presque hors de proportion avec le sujet, si elle n'avait été justifiée par la célébrité de ce concours,

unique en France, et dont le résultat faisait événement. Et puis, en vérité, il n'était point mauvais que les concurrents apprissent avec quelle conscience, quelle rigueur et quelle méticuleuse méthode travaillaient leurs juges. Si l'on se relâcha d'une telle discipline, ce ne fut point pour l'honneur de l'Académie, ni pour la valeur des concours.

Les pièces présentées au concours appartenaient à l'Académie qui en concédait le débit à son libraire : il eût eu le droit de les imprimer toutes et on peut croire qu'il eût plu à l'Académie de mettre ainsi, sous les yeux du public, toutes les justifications de ses jugements, mais le libraire ne s'y risqua point et se contenta d'en présenter un certain nombre sous le titre de Recueil de quelques pièces de prose et de vers proposées par l'Académie en 1671. On débuta par le concours jugé en 1672 et il y en eut neuf volumes imprimés par Pierre Le Petit (1672 à 1688); Jean Gouterot, acheteur du fonds de Le Petit, réimprima cette collection en cinq volumes qu'il poussa jusqu'en 1697; Jean Baptiste Coignard, qui succéda à Jean Gouterot, réimprima lui aussi toutes les pièces couronnées, depuis 1671. mais en y joignant les discours de réception, les panégyriques de saint Louis, les tributs des diverses académies de province. Cette collection Coignard, poursuivie jusqu'au concours de 1771 inclus, forma quarante-trois volumes dont, selon M. Kerviler, si bien instruit de la Bibliographie académique, on ne connaît qu'un seul exemplaire

LrJVfTi

Page 1