‹ L'Académie francaise, 1629-1793Chapitre 19 sur 47 · MÉDAILLE DU PRIX DE VERTU · texte numérisé non relu

MÉDAILLE DU PRIX DE VERTU

R. PROTECTEUR DE L'ACADEMIE FRANÇOISE (deux palmes.. Au centre d'une couronne de laurier: A || L'IMMORTALITE.

LOUIS XVI. ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE Buste du Roi; signé et daté ,111 la tranche du bras B. DUVIVIER F. || 1778.

complet. C'est assez pour apprendre que, pendant la fin du dix-septième et les premières années du dix-huitième siècle, trois éditions des pièces présentées aux concours n'épuisèrent pas la curiosité du public ; car il y faut ajouter un recueil des pièces couronnées de 1671 à 1748, qui eut au moins deux éditions. Voilà de quelle importance étaient ces couronnes et quelle valeur morale prenaient ces deux modestes prix annuels de 300 livres, formés, après les successives réductions des contrats de rentes, moyennant les fondations réunies de MM. de Balzac, de Ciermont-Tonnerre et Gaudron. (Ce dernier, ancien horloger du duc d'Orléans, avait, en 1742, légué une somme de 6.000 livres pour la fondation d'un prix d'éloquence que l'Académie avait converti en prix de poésie.)

Bien que, à partir de 1754, environ, il ne fût plus question de Louis XIV dans le sujet donné pour le concours de poésie, et que, dès 1727, le discours fût de philosophie bien plutôt que de dévotion, tout de même, pour les grandes lignes, la procédure de remise et de jugement demeura identique; et de deux ans, l'un, jusqu'en 1751, puis, tous les ans, alternativement pour la prose et les vers, l'Académie remplit son office avec la même équité. La médaille, telle que l'avait, par son testament, décrite M. Gaudron, telle que l'Académie avait résolu de la décerner pour chacun de ses concours, telle qu'elle l'avait fait graver par le sieur Roëtiers, graveur du Roi et artiste très célèbre,

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fut à chaque fois frappée en or, avec, d'un côté, la tête du roi régnant, et, de l'autre, une Minerve, tenant, d'une main une couronne de laurier et, de l'autre, une branche d'olivier. Légende : Paris et Scientiée félicitas et prsemium.

Seulement, sa valeur varia. En 1751, de 300 In res pour l'éloquence et de 270 pour la poésie ; de 300 livres pour chaque médaille en 1753, puis, à partir de 1755, de 600 livres, alternativement pour la prose et la poésie.

A dater de 17(56, voici commencer les concours particuliers, sans qu'il soit question que le Roi les ait autorisés : un anonyme propose une médaille d'or de la valeur de 300 livres pour un discours en français exposant les avantages de la paix, « inspirant de l'horreur pour les ravages de la guerre, et invitant toutes les nations à se réunir pour assurer la tranquillité générale». Cela est bien assurément pour affirmer, au lendemain de la paix honteuse, le triomphe que la secte antifrancaise, pensionnaire de la Prusse, a remporté à l'Académie, le triomphe des doctrines pacifistes. Et ce n'est pas assez d'un prix. Lorsque l'on arrive au jugement, comme il se trouve une pièce qui balance presque la première (celle que l'on a trouvée être de M. de la Harpe), M, d'Alembert, faisant fonction de Secrétaire perpétuel, en l'absence de M. Duclos, annonce qu'un anonyme lui a remis les fonds nécessaires pour une seconde médaille, ce que l'Académie accepte, et cette médaille est

offerte à M. Gaillard, de l'Académie des Inscriptions.

Un concours en 176G, Sur l'utilité des Ecoles gratuites de dessin pour la perfection des Arts, est oiseux, et Ton ne comprend point que l'Académie ait consenti à s'en faire juge.

L'on s'arrête là, car le roi Louis XV n'est point disposé à laisser manquer à la monarchie et il l'a signifié, mais, avec le règne de Louis XVI, commencent les entreprises de plus en plus hardies des philosophes. Une première est arrêtée en 1775 par le Roi, qui refuse l'autorisation d'accepter une somme de 500 livres offerte par un particulier (M. Elie de Beaumont, a-t-on dit), pour un concours sur ce sujet : « Quels sont, dans un Etat monarchique, les meilleurs moyens de rétablir les mœurs, d'animer et d'entretenir l'amour du bien public d'une manière compatible avec les principes d'un tel gouvernement ? » N'était-ce pas introduire la politique à l'Académie, et jeter celle-ci au milieu de luttes où elle avait tout à perdre ?

En 1778, le 3 août, d'Alembert offre de porter le prix de poésie à 1.100 livres, pourvu que le sujet soit l'éloge de Voltaire, mort le 30 mai précédent. Bravade contre l'archevêque de Paris et l'Eglise entière : « L'offre est acceptée d'une voix unanime », par les douze Académiciens présents qui, tous, sont de la secte.

Le 18 novembre 1778, Joseph-Alexandre-Omer de Valbelle-Oraison, des vicomte de Marseille,

marquis de Tourves, chevalier de Saint-Louis, maréchal de camp, ancien colonel de Berry-cavalerie, meurt à Paris, dans la cinquantième année de son âge. Ce cadet de très grande maison, qui n'a jamais rien publié qu'on sache, laisse par testament à l'Académie la somme de vingt-quatre mille livres, une fois payée, qui sera placée le plus avantageusement et le plus solidement possible, pour le revenu en être décerné tous les ans, par la pluralité de ses suffrages, « à un homme de lettres ayant déjà fait ses preuves ou donnant seulement des espérances», et l'Académie pourra «les décerner plusieurs années de suite au même et y revenir après avoir discontinué ». On acclame feu Valbelle, on lui vote un buste par Houdon, avec cette inscription :

Joseph-Alexandre-Omer de Valbelle

Bienfaiteur des Lettres 1119.

On échange des politesses avec la mère du testateur, la marquise de Valbelle, qui elle-même est Valbelle-Tourves ; on fait son éloge à la séance publique de la Saint-Louis, et on décerne pour la première fois, en 1760, le prix à Court de Gebelin, auteur du Monde Primitif, sur le refus de Garât ; plusieurs années de suite, on le donne à Laeretelle ; et l'on distingue encore, parmi les lauréats, Roucher, de Wailly et Saint-Ange. Les choix sont défendables, mais il n'y a encore qu'un lauréat.

Ce n'est pas un surcroît de travail lorsque, en 1770, le comte de Montausier ajoute six cents livres au prix proposé en" 1781 pour l'éloge du duc de Montausier, ni lorsque « deux citoyens amis des Lettres et qui gardent l'anonyme » offrent à la Compagnie, le même jour, et sans s'être concertés, chacun la somme de six cents livres pour être attribuée au discours classé le second et portant pour devise : «Je vais à la Cour et j'f/ dirai la vérité. » Ce n'est pas un surcroît de travail, mais c'est, par le choix du sujet, par les considérations dont l'entourent les lauréats Garât et Laeretelle, par la vivacité des louanges, par la virulence des critiques, une attaque de front à la nouvelle cour, à la monarchie même, car c'est à cette séance que d'Alembert lit son pamphlet contre le cardinal Dubois et contre le Régent.

Mais voici du travail. Le 25 novembre 1780, la Compagnie, convoquée par billets, reçoit communication d'une lettre par laquelle Me Bronod, notaire, lui fait savoir « qu'un citoyen qui aime les lettres et qui les croit utiles à l'humanité désire fonder un prix en faveur de l'ouvrage de littérature dont il pourra résulter un plus grand bien pour la société... Aucun genre n'est exclu, et l'Académie évoquera elle-même, parmi les livres parus l'année précédente, celui qui lui paraîtra devoir contribuer le plus au bonheur temporel de l'humanité». Et, pour y pourvoir, le généreux anonyme offre une somme de 12.000 francs. L'Académie était de bon

sens ce jour-là, car elle décida d'examiner seulement quel livre sera « le mieux fait et le mieux écrit», de ne point s'arrêter à ce qui traite «des matières qui ne sont pas de son ressort » et d'exclure ses int'iiibres des concours. Le généreux anonyme. M. de Montyon, dont tout un chacun connaissait le nom, s'empressa d'accepter ces conditions et le Roi approuva. C'étaient donc quatre prix à décerner désormais.

Sur ce dernier venu, l'on commença par se bien disputer et l'on ne mit aucune aménité à soutenir ses candidats, ses candidates plutôt, car deux dames entraient en lice et certains membres de la Compagnie allèrent de confrère en confrère mendiant les suffrages ; il s'agissait d'un bataille de plus entre les Encyclopédistes, lesquels ne pouvaient trouver mieux que M1"" d'Epinay et Les Concersatio?is d'Emilie, et les prétendus catholiques, qui eussent, à coup sûr, pu se donner un autre champion que Mme de Genlis, même suivie à' Adèle et Théodore. Mmc de Genlis fut outrageusement battue, mais battue à manquer mourir de rage. Par la suite, lorsqu'il s'agit de Berquin, de Lacretelle, de l'abbé Roubaud, de M. de la Croix, de Necker, de Gudin de la Brenellerie et de M. Pastoret, il y eut encore des luttes épiques et qui prenaient plusieurs séances ; mais nulle n'égala en vivacité lapremière.

Voici, en avril 1782, un cinquième prix et c'est encore le généreux anonyme qui l'octroie à l'Aca-

demie, laquelle, ayant contracté ladéplorable habitude de recevoir, accepte, avec des convulsions, de joie, toutes les obligations nouvelles qu'imaginent de lui imposer des personnages le plus souvent grotesques, affolés par leur vanité et désireux de prolonger le bruit médiocre qu'ils ont fait de leur vivant. Cette fois, c'est tout à fait hors des attributions qui lui ont été fixées par les Lettres patentes et parles Statuts, dans un royaume qui est pleinement de ce monde, et qui est tout à l'antipode de la république des lettres, que l'Académie se trouve conduite. Le généreux anonyme propose ceci : « La donation a pour objet un acte de vertu dont l'éloge ou récit sera fait dans une assemblée publique par le Directeur"; le fait, objet de l'éloge ou récit, se sera passé dans l'étendue de la ville ou de la banlieue de Paris et, autant qu'il sera possible, dans une classe au-dessous de la bourgeoisie. » La donation sera de 12.000 livres. Le prix pourra être partagé et l'on pourra aussi faire une mention honorable des autres actes de vertu qui, sans avoir obtenu le prix, paraîtraient dignes qu'on les fît connaître au public.

Voilà, par le généreux anonyme, moyennant l'agrément du Roi obtenu par l'archevêque d'Aix, M. de Boisgelin, faisant fonction de Directeur, l'Académie engagée sur cette voie de sensiblerie pleurarde et de bienfaisance laïque où elle ne peut manquer de rencontrer des succès et des applaudissements. Si elle craig'nait que ses séances eussent

moins de succès, voici pour remplir la salle k y étouffer. Au lieu d'y bâiller comme il put arriver, on y versera des larmes pures: on y élèvera à bon compte des autels à la sensibilité ; on y fera des sacrifices à la vertu pauvre ; d'ailleurs, on n'y saurait produire aucun bien, car ce n'est pas par l'attrait de six cents francs et d'un discours académique qu'on provoque des actions sublimes. Et sur quelle mer sans limites, sur quelle mer tempétueuse, le généreux anonyme lance l'esquif des Quarante. Bien sûr qu'il trouvera des imitateurs. Songez que, moyennant les 12.000 livres qu'il en coûte, il participera à l'Immortalité ; le coin de la médaille que Gatteaux a généreusement offert de graver gratuitement ne traversera point les âges et, quelque jour, on verra sur une autre médaille paraître les traits du vertueux anonyme. Il lui manquait une statue: il l'aura, et, jusqu'à la consommation des siècles, il fera retentir son éloge.

A la vérité, on ne réussit pas toujours aussi bien. Un particulier — qui pourrait bien être encore le généreux anonyme — propose, le 13 mai 1782, un prix de douze cents francs pour un ouvrage élémentaire de morale que l'Académie aura désigné; mais, durant cinq années, le concours reste ouvert sans donner aucun résultat, car les manuels d'instruction morale et civique ne prêtent point, semblet-il, à développer l'intelligence, et, à la Saint-Louis de 1787, le Directeur en fonction annonce que le donateur a révoqué sa donation.

De même, en 1788, M. l'abbé Raynal a-t-il la velléité de proposer un prix de douze cents francs à perpétuité pour un ouvrage de littérature ; la Compagnie l'accepte-t-elle et M. de Chastellux, directeur, se charge-t-il d'en parler à M. le principal ministre. Mais, le 31 décembre 1791, le Secrétaire perpétuel prévient la Compagnie que les fonds destinés au paiement du prix fondé par l'abbé Raynal ne lui ont pas été remis et qu'ils sont déposés dans les mains de M. Grand, banquier. Ils y sont restés sans doute, car il n'en est plus fait mention et le prix n'a jamais été décerné.

Ce n'est que de littérature et de gens de lettres qu'il s'agit ici et rien n'est moins pour intéresser le public et, peut-on dire, l'Académie. Même à ce qui est littérature, il faut de la sensiblerie ou mieux encore de la philosophie, de cette philosophie des Encyclopédistes, par quoi l'on bat en brèche la royauté. C'est un anonyme, — Condorcet, dit-on, — qui offre une médaille d'or de six cents livres pour doubler le prix si l'on met au concours l'éloge de d'Alembert. C"est un autre anonyme, qui propose six cents livres pour l'éloge de Jean-Jacques llousseau, citoyen de Genève, et un troisième anonyme qui double la somme; c'est un personnage illustre (le comte d'Artois), qui propose un prix de mille écus pour une ode sur la mort du prince Maxim ilien-Jules-Léopold de Brunswick, mort à Francfort-sur-1'Oder en s'efforçant de sauver des inondés. C'est encore là du Montyon, et du Montyon

pour princes ; mais c'est au prix de Vertu que tout Paris s'attache ; cela est Greuze et il ne manque que des rosières à ce prix de Vertu. La Société du Salon offre douze cents livres en 1786 ; la Reine double le prix de 1790 et le duc de Penthièvre, en même temps, offre une somme égale. Vertu! Vertu! quelle consommation de vertu l'on fait à la veille du jour où le vertueux Robespierre en réclamera le monopole, et est-ce à la Liberté ou à la Vertu que, tout à l'heure, M'"' Roland, montant à l'échal'aud, dira:

« Que de crimes on commet en son nom ! » En tout cas, la Vertu n'aida pas à avancer le Dictionnaire.

Dès 1667, cinq ans avant que le Roi déclarât son protectorat, l'Académie avait reçu le privilège très envié d'être admise en corps à lui rendre ses respects, comme les autres Compagnies souveraines, au retour de ses campagnes et dans les différentes occasions. Que c'ait été en badinant et moyennant quelqu'une de ces plaisantes façons où il excellait que le président Rose ait obtenu cette faveur, il n'importe ; l'Académie s'en mit en possession lorsque le Roi reçut les harangues pour la conquête de la Franche-Comté. Le Directeur, suivi de toute la Compagnie, vint exprès à Saint-Germain, L'Académie fut reçue à la suite du Parlement, de la Chambre des Comptes et de la Cour des Aides, et, comme ces Compagnies, le grand maître des Cérémonies alla la prendre dans la salle des Ambassadeurs, où elle était assemblée, et la mena jusqu'à la chambre du Roi, où le secrétaire d'Etat de la Maison du Roi se trouva et la présenta à Sa Majesté, qui l'attendait.

Le pas était grand et, de ce coup, l'Académie

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conquérait l'accès près du Roi, seulement il esî vrai, dans les occasions tout à fait solennelles. Le second pas quelle fit, et décisif, fut au jour où les confrères éminents quelle s'était adjoints, tels que l'archevêque de Paris, M. de Harlav, et l'essentiel M. Colbert, obtinrent que le Roi agréât le protectorat. Ce fut au mois de mars 1(>72. Le 12, l'Académie vint en corps à Versailles pour faire ses remerciements. « Le sieur de Saintot, maître des Cérémonies, l'introduisit dans la chambre du Roi », où l'archevêque de Paris, directeur de la Compagnie, porta la parole. Après la réponse du Roi, qui fut très favorable, le marquis de Dangeau. l'un des Quarante, convia la Compagnie à dîner et la traita somptueusement.

Le protectorat royal engageait forcément à toutes sortes de nouvelles démarches qui ouvraient l'entrée près du souverain et permettaient de l'approcher dans des conditions de familiarité, si l'on peut dire, infiniment souhaitables ; car, puisque toute grâce émanait de lui, se mettre etse tenir à portée de l'auteur des grâces était l'essentiel. Comme du Cardinal duc et du chancelier, il fallait, du Roi protecteur, obtenir le consentement à chaque élection nouvelle. Il peut sembler que, tout au début, ce ne fut point l'Académie qui le sollicita, mais le récipiendaire. On peut l'induire de cette phrase inscrite aux registres relativement à l'élection de M. de Benserade : « M. Pelisson s'est chargé de lui faire savoir qu'il était nécessaire qu'il

eût l'agrément du Roi, protecteur de la Compagnie », et plus loin : «M. Peli'sson (directeur), ayant rendu témoignage à la Compagnie que M. de Benserade avait obtenu l'agrément du Roi... » L'on trouve les mêmes phrases lors de l'élection de Huet, successeur de Gomberville, en juillet 1674; mais, lors de l'élection de MM. Cordemoy et Rose, le 2 décembre 1673, au moment qu'on passa au second scrutin, « M. le Directeur a dit qu'il avait eu 1 honneur de voir le Roi et que, lui ayant fait rapport que MM. Cordemoy et Rose avaient été admis par le scrutin de la proposition sous le bon plaisir de Sa Majesté et que la Compagnie la suppliait très humblement de lui faire savoir si elle les avait agréables, Sa Majesté lui avait répondu qu'elle les agréait ».

Il se pouvait que ce fût le Directeur en personne qui allât, selon le droit de sa charge, recevoir les ordres du Roi ou que l'Académie déléguât quelqu'un tenant à la Cour et ayant occasion d'approcher Sa Majesté. Dans ce dernier cas, c'était pour obtenir une plus prompte réponse et n'avoir point l'embarras de demander une audience; mais, au cas que ce fût le Directeur, il était de règle que le Roi lui donnât audience dans son cabinet et non ailleurs. Cela fit l'objet d'une délibération spéciale, en juillet 1746. Le Directeur, en demandant son audience, dut représenter, à chaque fois, au premier gentilhomme de la Chambre, quel était le droit de la Compagnie.

De même, au moins à partir de 17 57, est-on assuré qu'il était de règle que Le Directeur demandât une audience particulière pour présenter le récipiendaire au Roi et à la Famille royale et leur offrir les discours prononcés eu séance publique. Et cette audience, comme toutes celles données au directeur, avait lieu dans le cabinet du Roi et non ailleurs.

L'on est bien sûr que l'Académie ne laissa pas plus périmer ce droit que celui de députer et de haranguer : l'établissement des rangs et privilèges étant fait de précédents soigneusement triés et dont chaque circonstance, même la plus futile, était enregistrée avec un soin jaloux. Pour la guerre de Hollande, le 13 août 1672, l'Académie vint faire son compliment; quatorze de Messieurs se réunirent à Saint-Germain, dans la cour du vieux château, et se rendirent ensuite dans l'antichambre du Roi, où l'archevêque de Paris, directeur pour lors, vint les quérir et les introduisit dans la chambre du Roi, auquel, en présence de plusieurs personnes de grande qualité, M. Perrault adressa une harangue qui contenta merveilleusement toute l'assistance. Harangue sur la prise de Maastricht, par l'abbé Tallemant le jeune, le 30 octobre 1673, à Versailles, dans la chambre où le Conseil venait se tenir ; harangue par l'abbé Fléchier, le 17 juillet 1674 ; harangue par M. Quinault, le 30 juillet 167-j : « M. de Saintot, maître des Cérémonies, est venu prendre Messieurs et les a introduits dans la

chambre du Conseil, où ils ont trouvé le Roi assis dans un fauteuil, M. le comte d'Ayen, capitaine de ses gardes, derrière lui, Monsieur le Dauphin à sa droite et, tout à l'entour, un grand nombre de seigneurs et de gens de son Conseil». Harangue par M. Pelisson, le Ï2 juillet 1670 — et c'est M. de Saintot qui prend la Compagnie dans la salle des Ambassadeurs et la conduit dans la salle du Conseil, où le Roi l'attend debout. Harangue par M. Quinault, le 12 juin 1677, où, de la salle des Ambassadeurs, la Compagnie est conduite à la chambre de Sa Majesté par le grand maître et un maître des Cérémonies; où, à chacune des trois révérences que fait le Directeur en approchant, le Roi, qui est dans son fauteuil, répond en ôtant son chapeau, et où il se lève pour répondre. Mais, lorsque, précédé du grand maître et d'un maître des Cérémonies, le Directeur se retire, à peine si, des vingt et un Académiciens venus à l'audience, il en reste quelques-uns, derrière lui ; déjà, à l'arrivée, au lieu du rendez-vous, plusieurs ne s'étaient point rendus où était le Directeur, et ceux qui y étaient venus avaient marché devant et derrière lui fort confusément. On décida donc à la séance suivante que, désormais, « en arrivant au lieu où est Sa Majesté, on se rendra tous ensemble à l'endroit désigné pour l'assemblée, d'où l'on partira et l'on suivra M. le Directeur, marchant tous suivant l'ordre du tableau, et le discours fait, qu'on retournera au même lieu, dans le même ordre ». Harangue,

le 23 avril 1678, par M. Perrault, à Saint-Germain ; malgré la délibération précédente, plusieurs de Messieurs refusent de se rendre à la chambre du premier aumônier, où l'on a eu l'ordre de s'assembler pour aller de là haranguer le Roi. De là, redoublement des injonctions à chacun des Académiciens, lesquels, d'ailleurs, annoncent tous leur bonne volonté.

Les choses se passèrent, en effet, bien mieux que ci-devant, lorsque, le 23 mai 1679, l'Académie fut admise à haranguer le Roi, à Saint-Germain, sur le sujet de la paix. Messieurs se trouvèrent en nombre tout à fait inusité — vingt-huit ou vingtneuf — dans l'appartement de l'évêque d'Orléans, où M. de Saintot, maître des Cérémonies, précédé de son aide, M. Martinet, vint les prendre pour les mener à la chambre du Roi. Ils y allèrent deux à deux en fort bon ordre, le Directeur et le Chancelier à la tète, et, après la harangue du Chancelier, qui était le président Rose, et la réponse toute gracieuse du Roi, on repartit dans le même ordre jusqu'à l'appartement de l'évêque d'Orléans.

Ainsi fut-il lorsque l'Académie, au nombre de quatorze membres, s'en vint à Fontainebleau, le 28 août 1683, porter au Roi ses respectueux compliments sur la mort de la Reine ; et ce fut même, cette fois, le grand maître des Cérémonies qui conduisit la Compagnie de la Salle des Suisses à la chambre du Roi, où elle fut présentée au Roi par le marquis de Seignelay, secrétaire d'État. Ainsi

fut-il encore, le 12 mai 1690, lorsque l'archevêque de Paris, directeur, à la tête des Académiciens au nombre de vingt, harangua Sa Majesté pour la mort de Madame la Dauphine ; toutefois, le secrétaire d'État, M. de Seignelay, n'avait pas reçu l'Académie à la porte de la chambre du Roi et ne l'avait point présentée à Sa Majesté, suivant ce qui s'était toujours pratiqué ; l'archevêque prit son temps pour en porter des plaintes en faisant voir au Roi combien « tous les souverains les plus illustres s'étaient fait honneur en traitant au mieux les hommes de lettres ».

On ne rencontre point aux registres de détails authentiques sur le cérémonial suivi le 24 août 1694, lorsque, à Fontainebleau, M. de Tourreil, directeur, à la tête d'un petit nombre d'Académiciens, présenta au Roi, dans son cabinet, le premier exemplaire du Dictionnaire, mais l'on doit penser que tout s'y passa conformément aux précédents par qui s'était constitué le privilège. En effet, l'Académie n'en laissait rien omettre. Ayant été admise, le 23 novembre 1700, à complimenter le duc d'Anjou sur son avènement à la couronne d'Espagne, elle constata que M. des Granges, maître des Cérémonies, ne l'était point venu prendre et ne l'avait point reconduite au lieu de son assemblée ; elle en fit l'objet d'une plainte qu'elle adressa directement au Roi et sur laquelle on lui fit raison, car, aux diverses occasions, de là jusqu'à la fin du règne, il ne s'éleva aucune réclamation.

Ainsi, les degrés ont été montés. D'abord, c'est le Directeur de la Compagnie qui, étant de la familiarité du Roi, va chercher la députation et l'introduit ; puis, c'est un maître des Cérémonies qui la vient quérir ; puis, c'est un ministre qui la présente : c'est le grand maître des Cérémonies qui l'introduit, qui la vient chercher, qui la reconduit. Tous les honneurs sont atteints qui sont accessibles et le ciel est ouvert. Tout cela, grâce à une marche prudente et à une attention constamment éveillée.

Les précédents créés sous le règne de Louis XIV furent exactement suivis sous le règne de Louis XV, notamment lorsque la Compagnie, au nombre de vingt à vingt-deux, alla à Vincennes faire son compliment de condoléance. Rien ne manqua, ni grand maître des Cérémonies en personne, ni secrétaire d'État, ni aucune des formalités suivies. Ainsi était-il de droit que, après avoir fait son compliment, le Directeur ou celui qui tenait sa place nommât au Roi tous les Académiciens présents.

Il paraît s'être introduit, sous la Régence, l'usage* lors des compliments de condoléance, des manteaux de deuil pour les laïques et des habits longs pour les ecclésiastiques venant en députation. Mais l'habit court était de mise pour les compliments de conjouissance et l'on eut bien soin de le noter. Plus tard, il devint de règle, à chaque fois que l'Académie venait haranguer le Roi, qu'elle

allât, ensuite, chez la Reine, où elle était reçue* avec le même cérémonial. S'il semble que le cérémonial ne fut point observé, le 30 juin 1718, où M. l'évèque de Fréjus, chancelier, accompagné du Secrétaire et de cinq ou six Académiciens, présenta, comme familièrement, au Roi son élève, la deuxième édition du Dictionnaire, il fut exactement suivi le 8 septembre 1740, où le duc de Villars, directeur, accompagné du Chancelier et de dix Académiciens, présenta au Roi, à la Reine et au Dauphin la troisième édition, et le 10 janvier 1761, où l'abbé Batteux, à la tête de vingtquatre Académiciens, fit de même pour la quatrième.

Louis XV avait marqué à l'Académie, dès les débuts de son règne, une bienveillance qui ne se refroidit à la fin que par les continuelles entreprises des philosophes. Il lui faisait demander des consultations sur des expressions ou des mots, et il en recevait des questions, en particulier sur des termes de vénerie, sur quoi il donnait son sentiment, comme si, au lieu d'un trône, il eût tenu un fauteuil. Le 25 janvier 1718, il faisait présent à l'Académie de son portrait, que l'ancien évèque de Fréjus faisait apporter dans la salle des assemblées et que « la Compagnie recevait avec tout le respect et la reconnaissance que méritait un présent si précieux ». Et, cette fois, l'Académie parut ravie d'aise ; mais lorsque, cinquante ans plus tard, le 8 janvier 1770, le Roi fit le même geste, on l'accueillit

en inscrivant aux registres celte note en orthographe simplifiée :

M. le secrétaire a communiqué à V Académie une lètre par laquèle M. de Marigni directeur des Bâtiments annonce que le Roi accorde son portrait à l'Académie. »

Il avait fait ce que Louis XIV n'eût jamais fait. Le 22 juillet 1719, il s'était fait porter en chaise à l'Académie, où se trouvaient réunis vingt-deux Académiciens, et, assis dans un fauteuil, il avait suhi un discours de M. le maréchal de Villeroy, son gouverneur, puis un compliment de M. de Valincour, directeur, puis des vers de M. de la Motte. Après quoi, il avait demandé à voir la machine aux boules blanches et noires, vertes et rouges, qui servait aux élections trimestrielles ; il avait encore subi une fable d'un anonyme, qu'il avait reçue le matin même et dont on lui avait longuement développé la morale. Il ne revint point à l'Académie, et cela s'explique, mais il lui fit présent, six ans plus tard, d'une magnifique pendule, du prix de quinze cents livres, construite tout exprès par le sieur Martinot, horloger en réputation. Etait-ce là une épigramme et voulait-il apprendre à Messieurs le prix du temps, ou n'étaitce qu'un témoignage de sa royale protection, car il était fâcheux, en vérité, que l'Académie dût se régler sur une horloge qui ne lui appartint point ?

Durant tout son règne, il contint avec une

vigueur toute particulière les Académiciens en même temps dans leurs droits et dans leurs devoirs. L'élection même du comte de Clermont, prince du Sang, qui eût été singulièrement dangereuse pour l'égalité académique, la renforça au contraire et y donna une consécration qui la mettait au-dessus de toute discussion. S. A. S. le comte de Clermont avait été proposé, passé au scrutin, ballotté et approuvé comme le dernier des gens de lettres; il ne vint point, il est vrai, prononcer son discours de réception ; mais, le jour qu'il vint assister à la séance, le 26 mars 1754, il s'assit à la première place venue, combla de grâce tous ses confrères, reçut les jetons avec joie et déclara qu'il eût voulu en porter un à la boutonnière. « Ce jeton, dit-il, serait ma croix de Saint- Louis d'académicien. » N'était-ce rien que, avec l'agrément du Roi, un prince de son sang fût confondu avec les autres membres de la Compagnie et se trouvât honoré d'y figurer?

Louis XVI n'a point hérité pour l'Académie des sentiments de bienveillance — presque cordiale, si l'on ose dire — que lui ont témoignés ses aïeux; à la première occasion, lorsque l'Académie demande à lui présenter ses compliments sur son avènement, il répond qu'il les recevra à neuf heures du matin « et qu'il désire que la députation soit la moins nombreuse qu'il sera possible » ; et on réduit cette députation aux trois Officiers et à trois des membres les plus anciens. Dés refus, point de grâces, un

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médiocre accueil lorsque l'Académie le complimente sur son sacre; un acquiescement de mauvaise humeur lorsque, après onze ans qu'il règne, l'Académie le supplie de lui accorder son portrait et celui de la Reine; mais, jusqu'au bout, jusqu'en pleine Révolution, l'Académie maintient et conserve le plus précieux de ses privilèges. Ramenés à Paris par cette populace qui bientôt allait les tuer, « le Boulanger, la Boulangère et le Petit Mitron », enfermés dans ce château des Tuileries qui déjà était une prison, ne recevaient plus guère les respectueuses harangues des corps souverains ; — y en avait-il encore? Au moins, l'Académie se présenta et, le 16 novembre, au nombre de vingt de ses membres, elle parut devant le Roi, la Reine et le Dauphin pour « l'es complimenter sur leur séjour à Paris ». Étrange compliment, en vérité, mais que M. le chevalier de Boufflers tourna agréablement. C'étaient des Heurs qu'il répandait sur les marches de l'échafaud.

L'Académie française « avait à peine vingt ans d'existence légale que sa renommée était déjà répandue jusqu'aux extrémités de la terre ».

En 1652, elle avait reçu la visite de M. le baron de Spaar, grand seigneur de Suède, qui avait témoigné son désir de venir la saluer, et qui l'avait assurée de l'estime particulière que la reine, sa maîtresse, faisait de la Compagnie. Le Directeur n'avait pas manqué de répondre comme le méritaient la civilité de ce seigneur et les rares qualités de cette auguste princesse. Cet échange de compliments détermina la reine Christine à envoyer à la Compagnie son portrait. « Comme j'ai su, ditelle, que vous désiriez mon portrait, j'ai commandé qu'on vous le donnât. » L'Académie remercia comme de juste, et la reine répondit : « Ce présent est doublement reconnu et par la manière dont vous l'avez reçu dans votre célèbre Académie et par les éloquentes paroles que vous avez employées

à m'en rendre grâce. » Par cette lettre datée d'Upsal, le 20/10 juin 1GH4, — lettre qui, sortie des archives de l'Académie, vint en mes mains, dans un lot de papiers, voici quelque dix-huit ans, et que j'eus alors le plaisir de rendre à L'Académie, — par cette lettre, la reine faisait connaître qu'elle se déterminait à « vivre pour la Vertu » et « je ne doute pas, ajoutait-elle, que vous ne m'aimiez dans la solitude comme vous m'avez aimée sur le trône ». Ne sachant pas d'endroit où elle pût mieux vivre, elle vint à Paris et de même que les divers corps de l'Etat, mais avec plus d'à-propos, l'Académie fut lui présenter ses compliments par l'organe de M. Patru. M. Patru avait la parole lleurie; bien qu'au 8 septembre, il offrit tout un parterre à « cette divine princesse », et, après avoir eu la félicité de la contempler, s'affligea de perdre peut-être pour jamais son adorable présence. « Cependant, Madame, dit-il, votre tableau nous consolera si rien nous peut consoler dans notre infortune. Votre image, en votre absence, sera le plus cher objet de nos yeux, nous lui rendrons nos hommages, nos respects; nous lui ferons nos sacrifices. » Ce pourquoi, la reine partie, on mit son portrait au grenier.

A vrai dire, on n'était pas chez soi, ni même en garni, et, chez le chancelier Séguier, si l'on recevait l'hospitalité, c'était à condition qu'on s'assemblât dans la chambre de M. de Priézac, commensal

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du chancelier. Peut-être, M. de Priézac préférait-il d'autres images. Aussi bien, lorsque, le 11 mars 1658, la reine, de retour à Paris, désabusée de l'amour, et telle que la reine des Scythes ayant pris pour usage de faire expédier ses amants au couteau, se reprit d'une nouvelle passion poulies lettres et voulut le prouver par une visite aux Quarante, ne trouva-t-elle point son portrait. On avait été seulement averti du matin ; on avait couru après Messieurs pour les prévenir; le chancelier Ségnier, pour plus d'honneur, avait décidé que la séance aurait lieu dans son appartement, parce que le haut du degré pour entrer chez M. de Priéziac était un peu obscur et malaisé ; la salle était donc fort belle, elle servait ordinairement d'antichambre à la salle du Conseil des finances ; par suite, que fût venu y faire le portrait de Thomyris? Dès qu'elle parut, la ci-devant reine, qui se renfermait dans la Vertu et la Solitude, s'empressa de soulever la question d'étiquette. La Compagnie s'assoirait-elle en sa présence? Elle s'en entretint tout bas, auprès du feu, avec M. le chancelier, qui appela divers Académiciens pour les consulter. M. de la Mesnardière fit observer que, « du temps de Ronsard, il se tint une assemblée de gens de lettres et de beaux esprits de ce temps-là à Saint- Victor, où Charles IX alla plusieurs fois et que tout le monde était assis devant lui ». L'opportune évocation de cette Académie et Compagnie de Poésie et Musique que Richelieu avait eu si grand

soin de passer sous silence en toute occasion, eut pour effet d'aplanir la difficulté ; déjà les têtes se montaient, un vent de fronde soufflait en la salle : Priézac et Patru se juraient l'un à l'autre qu'ils sortiraient si elle exigeait qu'on se tînt debout devant elle ; mais elle se rendit facile. Après le compliment que lui fit le Directeur, M. de la Chambre, et que l'on écouta debout, tout le monde s'assit et la reine assista à une séance : lecture d'un chapitre du Traité de la Douleur par M. de la Chambre, traduction de Lucrèce par l'abbé Cotin. sonnets par Tallemand, madrigaux par Boisrobert, vers, et combien enflammés, de Catulle à Lesbie, par Pellisson, « tout cela fut trouvé fort joli », et, après ces exercices préliminaires, on passa au Dictionnaire. On était au mot Jeu et on s'y tint ; c'était Mézeray qui faisait l'office du Secrétaire et il lut, ■entre les locutions proverbiales, celles-ci : « Jeux de prince qui ne plaisent qu'à ceux qui les font. » La reine daigna sourire : Monaldeschi avait moins ri.

Avec tous les honneurs de droit, on reconduisit la dame à son carrosse ; mais, par la suite, son effigie fut placée dans l'antichambre où l'Académie tint ses séances publiques, et ce fut la seule femme qu'elle eût admise.

Après quarante ans, le 19 juin 1720, un autre souverain, souverain en exercice celui-là, et quel souverain! Pierre le Grand, vint pour voir l'Académie, à présent protégée par le Roi et établie au

Louvre. Mais elle n'avait pas été avertie et la séance était levée. Deux ou trois Académiciens seulement attendaient dans la salle de l'académie •des Inscriptions, qui, elle, avait été prévenue. M. Dacier la présidait, et, comme on sait, il était, en même temps, secrétaire perpétuel de l'Académie française; il reçut donc le tsar aux Inscriptions. « De là, il le suivit dans la salle de l'Académie française, où il lui (it voir Tordre des séances, lui montra le portrait du Roi, qu'il •considéra avec de grandes marques d'admiration pour la mémoire de ce prince ; il lui fit voir le portrait du cardinal de Richelieu. La beauté de cette tête et la noblesse de cette physionomie le frappèrent. Il a vu, ensuite, celui de M. le chancelier Ségoiier et, enfin, le Secrétaire lui a montré le portrait de la reine de Suède en lui disant que l'Académie conservait précieusement le souvenir de l'honneur que cette grande reine lui avait fait de venir la visiter et qu'elle ne conserverait pas moins précieusement la mémoire de celui que Sa Majesté lui faisait aujourd'hui. » Il ne paraît point que •cette visite ait tracé sur l'esprit de Sa Majesté tsarienne, laquelle était plutôt occupée de littérature utile. Aussi ne fit-elle point don de son portrait.

Il fallut près de cinquante ans pour que la mode revînt, pour les souverains, de visiter l'Académie et, il faut le reconnaître, tous, ou presque, arrivaient du Nord. Ainsi, le prince héréditaire de Brunswick

en 1766; Christian Vil, roi de Danemark, en 1768 ; Gustave III, roi de Suède, en 1771 ; l'empereur Joseph II, en 1777; le grand-duc de Russie, qui allait être Paul I01', en 1782 ; le prince Henri de Prusse, en 1784. Durant cette période, où le Roi se désintéressait de l'Académie, où le Protecteur ne protégeait plus et ne paraissait en peinture qu'à force d'être prié, de tous les coins d'Europe où l'on avait la curiosité de penser et l'admiration des belles-lettres, on venait en pèlerinage au Louvre pour y voir quelques vieillards assemblés autour d'une table verte.

Dans les visites que reçut l'Académie, il en est qui furent faites en caractère public, d'autres, et la plupart, en semi-caractère; mais l'étiquette adoptée dans l'un et l'autre cas ne différa pas sensiblement.

Lorsque le roi de Danemarck, Christian VII, fit à l'Académie, le 3 décembre 1768, l'honneur de venir à son assemblée, Sa Majesté fut reçue, à la descente de son carrosse, par le Directeur, qui se trouvait être l'abbé Batteux, à la tète de la Compagnie, au nombre de vingt-quatre membres. Elle fut conduite dans la grande salle ou antichambre, où le Directeur lui présenta tous les Académiciens l'un après l'autre; elle fut conduite, ensuite, dans la salle d'assemblée, où elle prit séance dans le fauteuil et à la place du Directeur ; le Directeur s'assit, laissant vide l'espace d'un fauteuil et tous les Académiciens s'assirent rangés en demi-cercle

selon l'ordre de leur réception ; « le demi-eercle était terminé par les seigneurs de la .suite de Sa Majesté et était fermé par le Secrétaire ayant à sa droite sa table vis-à-vis du roi ». Le Directeur se leva, prononça un discours louangeur, mais bref. Quand il se fut rassis, le roi daigna demander quelques fables au duc de Nivernais, et l'une était, par hasard, intitulée Le Roi voyageur ; une pièce de vers à l'abbé de Voisenon, et elle se trouva, par hasard, chanter le voyage de Sa Majesté danoise ; et, enfin, de la prose à Marmontel, mais ce fut alors, tiré des Incas, le chant de mort d'un sauvage qu'on fait mourir dans les supplices. Après quoi, tout le monde se leva; explication des portraits des plus célèbres Académiciens ; arrêt devant le portrait de la reine Christine, à côté duquel on avait eu soin de laisser une place vide. « Alors, M. le Directeur dit au roi que l'Académie serait extrêmement honorée si Sa Majesté voulait bien remplir cette place de son portrait ; le roi répondit qu'il était sensible à l'honneur que l'Académie lui faisait, fit appeler le baron de Gleichen et lui donna ses ordres pour faire faire son portrait et le remettre à l'Académie. » En effet, quatre ans plus tard, le 21 mars 1773, « M. Roslin, de l'académie royale de peinture, a apporté à la Compagnie le portrait du roi de Danemark et le Secrétaire s'est chargé de remercier ce prince au nom de la Compagnie ».

Même cérémonial à la réception du roi de Suède

Gustave III, le 7 mars 1771, sauf que, étant accompagné il»' son frère, le prince Frédéric-Adolphe, celui-ci prit place à côté du souverain; mais, tant pour l'ordre des places que pour les présentations, l'on suivit exactement ce qui avait été fait pour le roi de Danemark : Harangue par l'abbé de Radonvilliers, chancelier, de l'agrément de M. de Châteaubrun, directeur; lecture par M. d'Alembert d'un Dialogue entre la reine Christine et Descartes aux Champs Éhjsêes (qu'il faut lire!), par M. Marmontel d'une comédie en vers, L'Ami de la Maison, et par M. le duc de Nivernais, qui était de toutes les fêtes, de quelques fables. Mais, ce qui fut une innovation, la séance finie, lorsque le Secrétaire distribua les jetons de présence, « il en présenta un en or à Sa Majesté suédoise, qui voulut bien l'accepter comme marque de confraternité littéraire. Le prince, son frère, et les seigneursde la suite du roi reçurent des jetons en argent comme les Académiciens ».

Bien que les registres ne le mentionnent point, on n'avait point manqué de faire passer par le roi la revue des portaits et de lui indiquer, près de celui de la reine Christine, une place vide, car, le 18 mars 1773, M. Roslin, de l'académie royale de peinture, apporta à l'Académie le portrait du roi de Suède ; la Compagnie lui accorda un billet d'entrée pour chaque séance publique et le Secrétaire se chargea de remercier le roi de Suède au nom delà Compagnie ».

La séance de 1771 n'avait point laissé de trop mauvais souvenirs au roi de Suède, car, se retrouvant à Paris en 1784, il voulut assister à la réception de M. le marquis de Montesquiou et l'on en changea même le jour à cause de lui. Il parut, mais cette fois sous le nom de comte de Haga, ce qui lui permit d'entendre, sans que sa modestie fût offensée, les louanges que lui décernèrent à. Tenvi le récipiendaire et le Directeur, M. Suard. Après quoi, il eut la joie d'ouïr, avec un poème de M. de La Harpe, des fables de M. le duc de Nivernais. Cela le rajeunissait de treize ans.

L'empereur Joseph II parut, en 1777, sous le comte de Falkenstein ; il fit une première visite dans un strict incognito et sans que nul fût avisé, et se fit montrer la galerie des portraits. Il survint le 17 mai; la séance était commencée, la Compagnie se porta dans l'antichambre pour le recevoir ; il entra dans la salle d'assemblée et, avant de s'asseoir, il se fit présenter par le maréchal de Duras tous les Académiciens présents. Puis, il s'assit au milieu d'eux sans vouloir aucune place distinguée; les seigneurs de sa suite s'assirent derrière les Académiciens et les deux commandants du Louvre se tinrent debout derrière l'empereur. Pour lui donner une idée des différents objets dont s'occupait la Compagnie, il eut des synonymes et un Éloge de Fénelon par d'Alembert, des vers de La Harpe et de Marmontel ; il accepta un jeton d'argent à l'ordinaire, promit son portrait et, après

avoir témoigné à la Compagnie toute son estime, sortit en exigeant qu'on ne le reconduisît point.

Le cérémonial adopté lors de la visite du comte et de la comtesse du Nord (le grand-duc Paul et la grande-duchesse Marie Feodorovna) fut le môme que celui usité lors de la visite du roi de Suède ; toutefois, ils ne furent point reçus dans l'antichambre par la Compagnie entière, mais seulement parles Officiers ; le cardinal de Rohan, directeur, « fit mettre le comte du Nord à sa place et la comtesse du Nord après le Directeur ». Les personnes de la suite se placèrent avec les Académiciens ; il y eut deux morceaux de M. de La Harpe et un de l'abbé Arnaud ; on présenta des jetons ordinaires au comte et à la comtesse et on leur demanda leurs portraits qu'ils voulurent bien faire espérer. Après quoi, les Officiers les reconduisirent jusqu'à la porte extérieure de l'antichambre.

Le prince Henri de Prusse, qui se trouvait à Paris, en 1784, sous le nom de comte d'OEls, avait assisté à la séance publique du 25 août, où M. Marmontel lui avait offert quelques fleurs de sa rhétorique ; on le revit à la réception du chevalier de Boufflers, par M. de Saint-Lambert, le 29 décembre 1788, et, le 7 février 4789, il assista à la séance particulière de l'Académie ; il entendit Rulhières dans un morceau de l'Histoire de r Anarchie de Pologne, Florian dans des fables, La Harpe dans Lucain et Marmontel dans des varia-

tions sur le Dictionnaire. On lui offrit un jeton ; on lui demanda son portrait et il daigna le promettre. Il le donna. Mais il fit mieux. Devant M. le chevalier de Boufflers, qui avait été directeur ce jour-là, il ouvrit toutes grandes, lors de la Révolution, les portes de son château de Rheinsberg et lui accorda la plus large hospitalité. Ce fut là un jeton bien placé.

Que sont devenus les portraits de ces rois et de ces princes? Ont-ils péri avec les portraits des Protecteurs, de Richelieu, de Séguier, de Louis XIV, de Louis XV, de Louis XVI, de Marie Leczinska, lorsque des ouvriers vinrent, dans le courant de juillet 1793, arracher les tapisseries semées de fleurs de lis, effacer la figure et le nom de Louis XIV « et imprimer partout, a dit Morellet, la trace de cette puissance du mal qui régnait alors despotiquement sur nous », ou bien faut-il les reconnaître dans les portraits des mêmes souverains et des mêmes princes qui sont à présent égarés dans quelque salle du Musée de Versailles, où le public n'a plus le moyen d'accéder et où se trouvent exilées les toiles qui n'ont pas l'heur de plaire?... Ne seraient-ils pas mieux à l'Académie qui a le droit et le devoir de les réclamer?

A l'instar de Paris, certaines villes de la Province, où la société était lettrée et où les sciences étaient cultivées, souhaitèrent avoir leur académie. Il fallait qu'elles obtinssent des lettres patentes d'érection où le Roi désignât, en même temps que le protecteur, les premiers membres. Ceux-ci se recruteraient ensuite librement, par voie d'élection. Dans certaines des lettres patentes, il est ordonné que le protecteur fasse partie de l'Académie française : il n'est, à la vérité, choisi que parmi les grands seigneurs qui y ont pris séance, y siègent quelquefois et ne dédaignent point de paraître aimer les lettres.

On n'est point embarrassé de trouver que la première en date de ces compagnies fut celle d'Arles qui, fondée, en 1668, par quelques gentilshommes de la ville, fut, grâce à la protection du duc de Saint-Aignan, érigée en académie par lettres patentes de l'année suivante. Ces lettres louent des gentilshommes « qui se sont différenciés du commun par l'amour des belles-lettres et ont mérité,

212 L'ACAJDEMÏE FRANÇAISE

par les marques qu'ils ont données de leur savoir, que la voix publique ait honoré leurs conférences du nom d'académie, bien que ce ne fussent que des assemblées particulières où des personnes savantes, sans bruit, sans éclat, conféraient entre elles de la pureté du langage et des ouvrages d'éloquence et de poésie ». C'est à ces causes, et à la considération du duc de Saint-Aignan, protecteur, que leur société fut érigée en académie, composée de vingt gentilshommes, et jouissant des mêmes privilèges que l'Académie française. Pour quoi, elle se donne une devise qui ne manque point d'être téméraire. Rappelant la couronne de laurier qui entoure la devise de l'Académie française : A l'Immortalité, elle place, l'un à côté de l'autre, deux lauriers croissant sous un soleil louis-quatorzien et elle inscrit : Sole faventur eodem. Il paraît que, dès 1669, l'Académie royale, ainsi que s'appela l'académie d'Arles, entra en rapports avec l'Académie française. M. de Châteaurenard, député par elle tout exprès, le 10 décembre 1669, demanda son alliance et Conrart répondit qu'en considération de MM. d'Arles et de M. de Saint-Aignan, l'Académie y consentait avec joie. Mais cela, aussi bien que les diverses cérémonies auxquelles on se fût livré pour recevoir à l'hôtel Séguier et pour reconduire à leur carrosse MM. d'Arles, n'est point consigné aux registres.

Par contre, on voit authentiquement paraître, en mai 1675, deux messieurs de l'académie d'Arles, M. le marquis de Châteaurenard et M. Gif-

fon, qui « désirent avec passion de venir saluer la Compagnie et d'assister à une de ses séances ». Ils sont introduits, le 9 mai, par M. Charpentier, et prennent séance, à la main gauche des officiers, au haut bout. Les Officiers étaient Segrais et l'abbé Tallemant, et il y avait, autour de la table, Boyer, Leclerc, Furetière, Charpentier, Quinault, Racine, Corneille, Doujat, La Chambre, Balesdens, Perrault, Fléchier, Pellisson, Cassagne et Mézeray. « On a travaillé devant eux jusqu'à six heures et on a pris leur avis sur les choses mises en question. La Compagnie se levant, on leur a fait une distribution pareille à celle qu'on fait à Messieurs, sans conséquence pour l'avenir. Puis, MM. Corneille et Charpentier les conduisirent jusque sous le vestibule du Louvre. »

Les députés d'Arles emportèrent de l'Académie la plus hautes idée. « Lorsqu'ils entrèrent, ils virent, écrit l'un d'eux, dix-huit ou vingt de ces Illustres rangés, un chacun ayant le chapeau à la main et debout, dans un silence et une modestie vénérables, dignes de l'ancien aréopage d'Athènes. »

On vit paraître, en 1677, un nouveau député, M. Robin, qui, le 17 août, fut introduit à l'assemblée et lui présenta, de la part de sa compagnie, l'estampe d'un obélisque des anciens Romains qui avait été trouvé « en fouissant sous la ville d'Arles » et qu'on avait, par une inscription latine, fort élégante, consacré à la gloire du Roi « Ce gentilhomme, est-il dit aux registres, a été reçu et

traité fort honorablement. On a envoyé au-devant un de Messieurs pour le recevoir à la porte de la seconde salle ; on lui a fait prendre place du côté droit, au-dessous du Chancelier, vis-à-vis du Secrétaire »; on a reçu avec applaudissements son compliment, (jui a même été inséré au Recueil de 1698. « M. Tallemant, directeur, Ta remercié en peu de paroles, mais fort énergiques et convenables à la dignité de l'Académie française et à la civilité de celle d'Arles », et M. Robin, d'Arles, « qui a porté un obélisque », a eu, à la fin de la séance, « part à la distribution ».

Cette académie qui, pour se distinguer de l'Académie française dont elle se disait la fille aînée, avait élu pour un de ses membres Mme Deshoulières, ne craignait point de proposer à son illustre mère des énigmes qu'OEdipe lui-même eût été impuissant à résoudre. Ne vit-on pas M. de Vertron, député de l'académie d'Arles, arriver tout exprès, entrer en séance, et déployer une gravure représentant la statue antique que la ville d'Arles avait tout récemment offerte au Roi; cette statue représentait-elle Diane ou bien Vénus ? Arles tout entière, ou plutôt son académie, était, à ce sujet, partagée en deux camps, et elle sollicitait que l'Académie française rendit sur ce sujet un jugement définitif. L'Académie ne parut point y incliner. En écrivant à M. le duc de Saint-Aignan une lettre des plus aimables où elle lui rendait compte du bon accueil qu'elle avait fait à M. de Vertron

et du jeton qu'elle lui avait offert, elle se tira J'affaire : Arles était loin et son académie n'était point promise à de longs destins.

A la mort du duc de Saint-Aignan, le Roi nomma le marquis de Dangeau pour protecteur; le marquis de Chàteaurenard vint-tout exprès, le 4 septembre 1687, donner part à l'Académie de la grâce que Sa Majesté venait de faire à sa compagnie. Il fut reçu à la porte de la première salle par M. Charpentier, accompagné de M, Perrault. « Étant entré dans le lieu où se tient le premier bureau, il a fait un compliment à la Compagnie, assis au bout de la table, et M. Doujat, doyen, faisant la fonction de Directeur, lui a répondu avec beaucoup d'éloquence et de dignité; ce qui, étant achevé, il a été reconduit par les mêmes Académiciens jusques où on l'avait reçu. » Et puis, c'est tout; il ne fut plus jamais question de l'académie d'Arles. Comme elle était composée de gentilshommes qui tous, ou presque r servaient ou avaient servi, il faut croire que ces Illustres se dispersèrentdanslescampsàlarecherche d'une gloire plus solide que celle qu'ils pouvaient acquérir dans les Lettres, car, ainsi qu'on a dit, « le sang- est encore la meilleure encre pour écrire son nom dans la mémoire des hommes ».

Cette fille aînée de l'Académie mourut donc en pleine jeunesse, mais déjà avait-elle une sœur bien autrement vivante, active, bruissante, pleine d'ardeur, c'était l'académie de Soissons.

« Par une louable émulation «le l'Académie française instituée en notre bonne Ville de Paris, diverses personnes studieuses de notre ville de Soissons nous ont fait supplier d'approuver et d'autoriser les assemblées qu'elles font depuis quelques années pour conférer de leurs lectures et de leurs études et s'avancer ainsi dans la connaissance des belles-lettres » ; pour quoi, le Roi institua lesdites assemblées et conférences, sous le nom de l'académie de Soissons, voulant que le nombre en fût limité à vingt personnes, « à condition que ceux qui composeront ladite académie envoyeront tous les ans à l'Académie française, aux jour et fête de Saint-Louis, quelque ouvrage de leur composition, en prose ou en vers, sur tel sujet utile et bonnète que bon leur semblera », et, pour resserrer encore le lien, il stipulait que le protecteur de la nouvelle académie serait toujours un membre de l'Académie française; pour cette première fois, il nommait au protectorat le cardinal d'Estrées, duc et pair de France, l'un des Quarante de l'Académie française, mais, à l'avenir, l'élection du protecteur serait libre, toujours sous cette réserve : pour quoi, après le cardinal, mort en 1714, le protecteur fut l'abbé d'Estrées, mort en 1718, arebevèque nommé de Cambrai; puis, le marécbal duc d'Estrées mort en 1737; enfin, deux Rohan.

Lorsque, le 20 mai 1G75, M. Segrais, directeur, informa la Compagnie que les députés de l'académie de Soissons allaient venir à Paris pour lui

rendre leurs devoirs et qu'il convenait qu'on avisât à la façon de les recevoir, l'Académie décida qu'ils seraient reçus par deux de Messieurs dans la première salle et reconduits de même jusqu'à la porte, qu'ils prendraient leur place au bout de la table comme les récipiendaires et qu'ils auraient part à la distribution des jetons, « pour cette fois seulement, sans tirer à conséquence ». Ils furent reçus ainsi qu'il avait été dit; on donna lecture des lettres de leur établissement; on écouta avec bienveillance un discours de M. Guérin, avocat du Roi à Soissons ; M. Segrais, directeur, répondit avec beaucoup de bonne grâce, et plusieurs de Messieurs lurent diverses pièces de leur composition. Le premier tribut fut payé par l'Académie de Soissons en août 1675. On le lut à la séance publique de la Saint-Louis. C'était la harangue que M. Bertemer, avocat du Roi au Présidial, avait faite en ce siège pour y demander l'enregistrement des lettres de l'académie.

L'auteur ne se trouva pas encore content par là et fit demander un témoignage de la satisfaction de l'Académie qu'on ne manqua point de lui donner. Les choses allèrent ainsi durant cette période. Les Soissonnais envoyaient un tribut qu'ils doublaient parfois et on leur répondait par des louanges d'une exagération notoire. On lisait leurs pièces de prose à la séance solennelle de la Saint-Louis, avant même les pièces couronnées par l'Académie ; mais l'on vint à trouver que, par

là, la séance était très allongée et l'on décida que l'on ferait désormais cette lecture dans la première assemblée après la Saint-Louis et à huis clos.

MM. de Soissons demandaient avec insistance que l'Académie fit la critique de leur tribut et la leur envoyât; on y consentit, en 1683, où deux commissaires en furent chargés; mais, à la Saint- Louis de 1684, ces commissaires n'avaient pasencore remis leurs rapports, car c'étaient M. Perrault et M. l'abbé Dangeau, personnages d'importance. On crut se tirer d'affaire avec des éloges, à quoi l'on se trompa. L'académie de Soissons voulait être critiquée tout comme Martine être battue, et il lui importait peu que l'Académie française n'en eut point le loisir. On revint, semble-t-il, en 1687 sur le règlement fait ci-devant, car, à la Saint-Louis, on lut en séance publique le tribut de MM. de Soissons avec la lettre qui l'accompagnait, et même le fit-on imprimer dans le recueil des pièces de la Saint-Louis. Ce ne fut qu'à la séance d'après le 2o août qu'on lut le tribut en 1688, tandis qu'à la Saint-Louis de 1689, après la lecture des pièces couronnées, « deux de Messieurs de l'académie de Soissons, placés au bout de la table, se levèrent pour faire la révérence à la Compagnie et l'un d'eux fit la lecture d'une pièce envoyée par ladite académie suivant l'obligation de son institutign ». En 1690, le député M. Bocquillon, fut introduit dans la Compagnie le 26 août (la séance après la Saint-Louis), prit place vis-à-vis M. le Directeur

FLECHIER

Protecteur île l'Académie de Nîmes

LE MARECHAL D'ESTREES

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