‹ L'Académie francaise, 1629-1793Chapitre 20 sur 47 · LE MARECHAL DE VILLARS · texte numérisé non relu

LE MARECHAL DE VILLARS

Protecteur de l'Académie de Soisson;

Protecteur de l'Académie de Marseille

(au bout de la table), présenta une lettre de Messieurs de Soissons avec un sonnet, participa au travail de la Compagnie et à la distribution des jetons. Les choses se passèrent en 1691, comme en 1688, ce qui, certes, parait honorable pour Soissons, et pourtant, en 1692, Soissons se plaignit que l'Académie ne reçût plus les pièces du tribut avec le même agrément qu'autrefois. « Nous craignons, disaient ces messieurs, de vous être à charge lorsque nous vous en envoyons de nouvelles... De grâce, reprenez des sentiments si propres a nous encourager; surmontez la répugnance que vous paraissez avoir à nous donner des remarques et faites-nous la justice de croire que nous sommes, avec une obéissance parfaite, vos très humbles et très obéissants serviteurs. » Que répondre à cela, sinon que les sentiments n'ont pas changé et qu'on conserve la même estime, la même affection, et tout le reste ?

Des années passent : le tribut est plus ou moins régulier; mais, « lorsqu'un député vient apporter quelque chose de la part de l'académie de Soissons, il assiste, ce jour-là seulement, à l'assemblée et participe à la distribution des jetons ».

Faut-il croire que ce soit négligence de la part des Secrétaires à inscrire les tributs? Si l'on en trouve mention chaque année ou de deux ans l'un, de 1717 à 1741, un grand vide se creuse entre 1745 et 1770, où le cours des tributs reprend régulièrement. Mais il n'est plus question ni de lecture à la

séance solennelle, ni d'assistance, ni de jetons k la séance particulière. Néanmoins, les rapports sont encore assez bien établis pour que Soissons réclame, en 1777, un exemplaire de chaque discours de réception et de chaque ouvrage couronné. Là se borneront à peu près les faveurs de l'Académie vis-à-vis des académies affiliées. 11 est pris, en effet, à la date du 17 février 1780, un règlement sévère refusant tout droit de séance à un membre d'une académie affiliée dans une assemblée publique à moins que le tribut n'ait été payé et qu'il ne soit de littérature; défaut qu'aucun membre ne sera admis à une séance particulière; qu'un seul député par académie affiliée pourra assister à l'assemblée publique, encore sous condition que sa qualité soit régulièrement établie et qu'il habite ordinairement la ville siège de l'académie. Le cas se présenta en 1781, où un député de Soissons assista à la séance parmi les Académiciens. La dernière mention qui soit faite du tribut est de 1787.

Avec la Révolution, la mère et la fille disparurent. Elles avaient pris l'essor définitif dans la nue, ainsi que le montrait, au sceau de l'académie de Soissons, un aiglon s'élevant, à la suite d'une aigle, vers le soleil royal : Maternis ausibus audax. Combien de fois plus tragiquement ne vit-on pas deux générations disparaître, se succédant sur Péchafaud ? Ici, la fille, au moins, dut laisser d'assez médiocres regrets; elle n'avait guère marqué par ses œuvres et, n'étaient ses petits voyages

à Paris, elle n'eût guère fait parler d'elle : ce qui est convenable pour une fille bien née.

Il n'y eut point correspondance avec l'académie de Grenoble, dont Mgr le chancelier avait, en avril 1687, communiqué le projet de lettres patentes; mais il en fut différemment pour l'académie de Nîmes, toutefois après 1692, lorsque M. Fléchier, qui avait l'oreille de ses confrères, en fut devenu protecteur. On prit modèle, pour la réception des députés, sur ce qui se passait avec Messieurs d'Arles et on en fit l'objet d'une décision ; mais, en un siècle, cette décision n'eut qu'une seule application, et, lorsque les Nîmois voulurent s'en prévaloir en 1778, il leur fut répondu qu'après quatrevingl-cinq ans où l'on n'avait point entendu parler d'elle, cette association prétendue devait bien être tenue pour caduque.

Il y eut un peu plus de fréquence dans les rapports avec l'académie de Marseille, laquelle, lorsqu'elle se constitua, en 1726, sous la protection du maréchal de Villars, fit solliciter par celui-ci son affiliation dans les conditions où elle avait été accordée à l'académie de Boissons. Cette affiliation lui fut accordée par les lettres patentes d'érection données à Versailles, au mois d'août 1726, sous condition que cette académie aurait toujours pour protecteur un membre de l'Académie française et que, pour chacun an, elle enverrait à celle-ci, au

jour de la Saint-Louis, un tribut en prose ou en vers. L'Académie reçut donc les députés de Marseille comme elle faisait ceux de Soissons et les rapports durèrent tant que le tribut fut à peu près régulièrement payé

11 y eut, en 1740, sur le sujet de l'admission en séance publique des députés marseillais, une mémorable discussion, qui se termina par des résolutions favorables prises à la considération de M. le duc de Villars. La Compagnie consentit à ce que-, dans ses assemblées publiques, les académiciens de Marseille pussent avoir séance au nombre de trois, pourvu qu'ils fussent régulièrement députés et accrédités et que le tribut eût été payé; mais, bien qu'elle eût cédé, l'Académie ne l'avait fait que par contrainte et on le vit bien, peu de temps après. En 1747, le tribut avait été régulièrement envoyé, le 21 août, et il avait été décidé qu'on en donnerait lecture à la séance solennelle. « Comme il faisait une grande chaleur et que la séance avait déjà duré assez longtemps, la lecture du tribut de Marseille fut remise à la première séance publique », et on ne se souvint plus qu'on avait à la faire. Sur quoi, Messieurs de Marseille résolurent de s'abstenir de complimenter par députation, selon un usage qui remontait à 1720, chacun des Quarante qui passait par leur ville. Il y eut, en 1770, un semblant de réconciliation, et, pour une fois, un Marseillais fut admis à l'assemblée publique, mais ce fut bien la lin. Le règlement du 17 février

1 780 fut appliqué à Marseille comme à Soissons et y il fut même ajouté que « l'académicien affilié ne pourrait occuper un fauteuil dans la séance publique que dans le cas où tous les fauteuils, qui ne pouvaient guère être qu'au nombre de vingt-huit, ne seraient pas occupés par des Académiciens ».

Ainsi se trouva éteinte cette association, cette affiliation si Ion veut, qui eût pu être si profitable à la politesse et au beau langage, et qui, venant le temps où l'Académie française est devenue l'Institut central des Œuvres de Bienfaisance, lui rendrait bien plus aisée une tâche dont on n'apprécie point assez les difficultés, les ennuis et les périls.

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