CASTIL-BLAZE, RUE BUFFAULT
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XG.
Il est étonnant que personne encore n'ait songé à nous donner Thistoire de l'Académie royale de Musique.
XGI.
Ce serait une histoire assez curieuse, et qui pourrait servir de pendant à celle de l'Académie française.
Ces deux Académies ont beaucoup de rapport par leur objet , par les talents qu'elles rassemblent, par les circonstances de leur établissement.
C'est de l'Italie qu'elles tirent toutes deux leur origine.
Elles ont eu , l'une et l'autre, pour fondateur, un premier ministre, bien mieux, un premier ministre cardinal.
Leur but est également de perfectionner la langue et la musique, Elles ont toutes deux l'avantage de faire des colonies.
XCVT.
L'Académie de Musique est l'endroit du monde où l'on se pique le moins de la savoir.
xcvn.
Tant de conformité me fait croire que l'histoire de l'une de ces Académies ne sera pas moins intéressante que celle de l'autre.
xcvin.
Le portrait des filles d'opéra ne figurerait pas mal avec celui des auteurs de l'Académie française.
On pourrait juger de ceux ou de celles qui ont le plus travaillé, par la liste de leurs ouvrages ou de leurs intrigues.
Il n'y a pas jusqu'au choix des sujets et des réceptions qui ne pussent fort bien soutenir le parallèle.
Enfin, pour le rendre parfait, il manquerait seulement à l'Académie de Musique d'avoir un secrétaire, et de pouvoir choisir elle-même son directeur et son trésorier.
Je donne ici les douze derniers articles de la Constitution de l'Opéra, facétie publiée en 1737, sans privilège du roi. Chevrier, l'auteur, se cache sous le pseudonyme de Pancrace, et fait contre-signer son opuscule par mademoiselle Mariette, danseuse, qu'il qualifie de princesse, de directrice de r Académie royale , à cause de la toute-puissance qu'elle exerçait sur cet empire, alors gouverné par le prince de Carignan.
Je réponds à l'appel fait aux chroniqueurs français depuis trop longtemps, en publiant l'histoire de notre grand théâtre lyrique , au moment où ses virtuoses viennent de chanter, pour la seconde fois , son hymne séculaire.
Avant d'entrer en matière, je dois parler des écrivains qui déjà s'étaient rendus à l'invitation du docteur Pancrace.
François Parfaict, mort en 1753, avait entrepris une Histoire de l'Opéra restée en manuscrit.
Histoire de l'Académie royale de Musique , depuis son établissement jusqu'à présent; tel est le titre d'un fatras indigeste dans lequel on ne trouve pas plus d'ordre et de goût que de connaissances et d'exactitude. Deux petits volumes in-8, imprimés deux fois à Paris en 1753 et 1757, sans nom d'auteur. Cet anonyme est Durey de Noinville, conseiller au parlement de Dijon; Travenol , violoniste de l'Opéra, lui fournissait les documents. Durey n'a pas su les mettre en œuvre.
Histoire de L'Académie royale de Musique, par Fraiiçois- Charlemagne Lefebvrc, bibliothécaire et chef de la copie de ce théâtre. Vingt -deux plans de l'orchestre de l'Opéra, de 1G71 à 1800, accompagnent cette histoire manuscrite, que son auteur m'a donnée; trop abondante en détails, les trois volumes in-4 dont elle se compose finissent en 1710.
Beffara doit être compté parmi les historiens de l'Opéra, bien qu'il n'ait fait que des travaux préparatoires. C'est lui qui nous a conservé l'ouvrage de Parfaict en le copiant. Il avait colligé soigneusement une infinité d'actes, notes, pièces et documents pour servir à 1 histoire de l'Académie royale de Musique : quarante-cinq gros volumes in-4 manuscrits. Beffara m'avait communiqué cette collection précieuse, dont il n'a malheureusement légué qu'une part à la bibliothèque de la ville de Paris; l'autre s'est égarée.
Cinq ou six mille volumes feuilletés pendant quarante ans, les registres du théâtre, les écrits périodiques, les arrêts du parlement, les jugements rendus par les tribunaux inférieurs, les mémoires manuscrits, les récits que je tiens directement des anciens, tels que Grétry, Gossec, Méhul, Perne, Henri Plantade, Cherubini, Le Sueur, Henri- Montan Berton, Pierre Gardel, Beaupré, Maze, François- Charlemagne Lelebvre, Cartier, Louis Grégoire, Cellérier, Chéron, Lainez, mademoiselle Chevigny, madame Saint- Aubin et même Sophie Arnould, les causeries de foyer, ce que j'ai vu de mes yeux depuis cinquante-quatre ans, m'ont fourni les matériaux que j'ai disposés, alignés en ordre diatonique.
Je vais donc vous conter ce qui s'est passé dans les trenteune salles que notre Académie chantante, sonnante et dansante a fait retentir de ses accents joyeux ou lamentables depuis 1645 jusqu'en 1855.
ACADÉIE ROYALE DE ffiUSIOUE.